‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 43 sur 119 · SERMON POUR LE SECOND DIMANCHE APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE SECOND DIMANCHE APRÈS PAQUES

f * *.' Dieebat Jésus pharisœîs : Ego sum pastor bonus,

Jésus dit aux pharisiens : Je suis le bon pasteur. Saint Jiàh, cbap. x.

Dieu, Chrétiens , n'a point de qualité , pour honorable qu'elle soit » qu'il ne communique aux hommes. Celle de pasteur, et de bon pasteur, étoit sans doute une des plus glorieuses que Jésus*Christ se fût attribuée dans TÉvangite; et nous voyons qu'il en a fait paçt à tous les prélats de son Église, qui sont, comme dit saint Paul, autant de pasteurs établis pour la conduite des fidèles , et pour veiller sur ce cher troupeau , que le Sauveur du monde a lui-même racheté de son sang. Mais ne pensons pas qu'il n'y ait que les évéques et les supérieurs % ecclésiastiques qui entrent avec Jésus-Christ en communication de cette excellente qualité de pasteurs des âmes. Je prétends que dans un sens, moins propre, si vous le voulez , et moins étroit , mais réel après tout et véritable , elle convient à tout ce qu'il y a de maîtres que la Providence, par une sage disposition , a constitués sur les Ëimilles pour y. commander et pour les gouverner. Ce sont des pas-> teurs, puisqu'ils sont chargés de conduire et qu'ils ont pouvoir

* Le sermon pour le ditiiaiiche de Quasimodo est à la fin du Carême.

d'ordonner; des pasteurs ;paisqae, sans parler du reste, ils ont sous eux des domestiques qui exécutent leurs ordres , et dont le soin leur est confié. Je dis plus , et ce ne sont pas seulement'^des pasteurs , mais despasleurs desames,puisques11sdoiventpourvoirauxbesoins tempo* ' rels de «eux qui^vivent dans leur dépendance, je vais vous faire voir qu'ils sont eqcore plus obligés de penser à leurs besoins spirituels et de s*^ intéresser. Que noânque-t-il donc à la plupart des maîtres pour avoir droit de dire , par proportion ; comme Jésus-Christ : Ego sum pastar bonus ? c*est d'être en effet de bons pasteurs , c'est de contribuer à la sanctification de leurs domestiques , et de s'appliquer à leur salut» Devoir dontj'ai à vous entretenir, après que nous aurons implore l'assistance et les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de Marie. Ave.

Qu'un maître » selon les règles ordinaires, doive à ses domestiques Taliment et la demeure ; que selon l'esprit de charité, et par une compassion même naturelle, il se trouve engagé à ne les pas abandonner dans leurs infirmités, et à leur procurer les secours nécessaires; enfin, que, par la loi d'une justice rigoureuse, il soit indispensablement obligé de leur tenir compte de leurs services , et de leur donner une réconipense proportionnée à leurs peines , c'est ce que l'usage du monde nous apprend assez , et ce que je suppose comme autant de maximes incontestables et universellement reconnues. Mais l'auriez- vous cru, mes chers auditeurs, et jusqu'à présent l'auriez-vous compris, qu'en qualité de maîtres, j'entends de maîtres chrétiens, vous avez été choi^si pour être les apôtres de vos maisons ; que vous y devez faire, eu quelque manière, à l'égard de vos domestiques, l'officede prédicateurs et de directeurs; que vous aurez à répondre de leurs âmes, et que vous ne pochez négliger leur salut , sans vous rendre coupables devant Dieu, et dignes de ses châtiments? C'est néanmoins une vérité dont il est aisé de vous convaincre, et c'est une des obligations les plus justes et les plus essentielles de votre état. Pour vous en faire convenir avec moi, m pour vous expliquer d'abord tout mon dessein, je considère cette importante obligation sous trois rapports : par rapport aux domestiques dont vous êtes chargés, par rapport à Dieu qui vous en a chargés, et par rapport à vous-mêmes qui en êtes chargés. Or sur.cela, je soutiens trois choses qui vont partager ce discours ; et je dis que trois grands intérêts vous imposent une loi étroite et inviolable de vous employer, selon toute l'étendue de votre pouvoir, au salut de ceux que le ciel vous a soumis pour vous servir ; savoir, l'ii^lérét de vos domestiques mêmes , vous le verrez dans la première partie ; l'intérêt de Dieu, je vous le montrerai dans la seconde partie; et votre propre intérêt, ce êera le sujet de la troisième partie. Voilà en peu.depi(roIes tout mon dessein , et ce qui contient des instructions d'autant plus nécessaires qu elles sont moins connues et moins pratiquées.

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