‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 42 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je Fai dit, et c'est ma première proposition » dont vous connottrez ^sèment la vérité : se scandaliser de la religion chrétienne et s'en rebuter parcequ'elle est fondée sur les humiliations de la croix et sur les abaissements de Jésus-Christ, c'est le scandale le plus injurieux à Dieu; pourquoi? parceque ce scandale choque directement la grandeur de Dieu, parceqn'ilblessela bonté de Dieu, paroeqn'il fait outrage à la sagesse de Dieu.Yoiià les trois preuves auxquelles je m'arrête , et que j'ai présentement à développer.

Parlant en général , Chrétiens , c'est attaquer Dieu dans la souveraineté de son être, que de prétendre, en quoi que ce soit, censurer sa conduite et sa providence. Quand Dieu auroit feit des choses dont notre raison sembleroit offensée, dès-làque la foi se présente avec tous ses motifs, pour nous déclarer que cela est, ce seroit à nous de condanmer notre raison comme aveugle et téméraire, et non pas à notre raison de trouver à redire aux œuvres de Dieu. Hé ! mes Frères , disoit saint Augustin, donnons pour le moins à Dieu cet avantage, qu'il puisse faire quelque chose que nous ne puissions pas comprendre : Demus Deum aliquid posse, quod nos fateamur invesHgare non posse (Au6.). Ce n'est pas trop demander pour lui, et cependant c'est ce que nous lui refusons tous les jours. Car nous censurons tout ce que Dieu Sait, qui n'est pas conforme à notre sens ; et toute la raison que nous avons de le censurer, c'est que nous ne le comprenons pas : Et ipsi nihil horum intellexerunt. Mais si cela est vrai généralement de toiis les ouvrages de Dieu , beaucoup plus l'est-ii du grand ouvrage de la rédemption divine ; de cet ouvrage de Dieu par excellence., selon la parole du Prophète ; de cet ouvrage qui est l'abrégé de toutes ses merveilles, qui est la fin de tous ses conseils, qui est le chef-d'œuvre de sa grâce ; de cet ouvrage où, dans ses abaissements et ses plus profondes humiliations, il a élit éclater toute sa gloire ; de cet ouvrage enfin dont il n'a pas seulement été l'auteur, mais dont il fut lui-même sur la croix le sujet et la principale partie. Car n'est-il pas indigné que l'homme entreprei;ine de raisonner à son gré sur^un semblable mystère, et qu'en se choquant de ce mystère, il se choque et se scandalise de Dieu même?

Tel est néanmoins, mes chers auditeurs, le désordre où nous tombons, et qui me pàroît à peu près le même que les Pères de l'Église reprochoient aux païens. Savez-vous en quoi consistoit le désordre des païens de Rome à l'égard de leur religion ? Tertullien l'a remarqué dans son Apologétique, et le voici. C'est, dit-il , que les Romains, par un orgueil insupportable , au lieu de se soumettre à leurs dieux, se faisoient les juges et les censeurs de leurs dieux. On délibéroit en plein sénat s'il falloit admettre un dieu dans le Capitole, ou non ; et selon les goûts et les avis différents, ce dieu étoit exclu ou étoit reçu.

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S'il agréoit aux juges qui en dévoient décider, il passoit au nombre des dieux ; mais si cette approbation juridique venoit à lui manquer, on le rejetoitTivec mépris. De sorte, ajoute TertuUien , que si ces prétendus dieux ne plaisoient pas aux hommes, ce n'étoient plus des dieux. Nm homini deus placuerit, deus non erit (Tertul.). N'est-ce pas là le dernier aveuglement de l'esprit humain?

Or , Chrétiens , permettez-moi de le dire ici : cet aveuglement rè^« gne encore aujourd'hui dans le monde; et ce qu'il y a de bien déplorable, c'est qu'il ne règne plus parmi les païens, mais au milieu du christianisme. On voit dans le christianisme des hommes à qui leur Dieu, si je puis ainsi parler, ne platt pas. Ils ne trouvent pas bon qu'il se soit fait ce qu'il est, ni qu'il ait été ce qu'i| a voulu être. Il s'est feit homme, cela les révolte. En qualité d'homme, il a voulu s'anéantir et souffrir ; mais ils le voudroient dans l'éclat et dans la grandeur ; et s'ils pouvoient le réformer, ils en feroient )tout un autre Dieu. Car voilà l'idée, ou plutôt la présomption de tout ce qu'on appelle esprits forts du monde, c'^est-à-dire des libertins du monde, des sensuels du monde, des ambitieux du monde, et même des femmes du monde. Combien en voyons-nous, jusqu'entre les personnes du sexe, corrompues par la mollesse des sens, et emportées par la vanité de leur es* prit, en venir là? En vérité, mes Frères, conclut saint Hilaire s'adressant à ces faux sages, il faut que nous ayons porté notre orgueil au dernier excès; et s'il nous étoit permis, je pense que nous irions jusque dans le ciel corriger le mouvement des astres, que nous donnerions un autre cours au -soleil, et qu'il n'y auroit rien dans la nature que nous n'entreprissions de changer : Si licerety et corpora et manus m ccelum levaremm (Hilar.). Ainsi s'expliquoit ce grand évéque. Mais ce qui n'est pas possible à nos corps, parceque leur poids les tient attachés à la terre, notre esprit le fait. Car il s'élève non seulement jusque dans le ciel, mais au-dessus du ciel; et, non content d'attenter sur les œuvres du Seigneur , il attente sur le Seigneur même, en raisonnant sur ses mystères , et en s'offensant de l'état humble et obs* cur où il s'est réduit pour nous*

Je dois après tout convenir, Chrétiens, que Harcion sur cela, l'un des hérésiarques Jes plus déclarés contre les abaissements du Fils de Dieu, répliquoit une chose assez apparente et assez spécieuse. Car si je me scandalise des humiliations et des souffrances d*un Homme- Dieu» c'est, disoit-il» pour l'intérêt même et pour Thonneur de Dieu, dont je ne puis supporter que la majesté se soit ainsi avilie jusques à la croix ; et mon scandale ne peut être criminel , puisqu'il ne part que d'un bon zèle. Zèle trompeur et faux, lui répondoit Tertullien. Eh quoi ! Dieu vous a-t-il fait le tuteur de sa divinité? Ne se passera-t-il pas bien de votre zèle, et de l'intérêt que vous prenez à sa gloire? Non, non, poursuivoit cet ardent défenseur de la passion et des anéantissements du Verbe de Dieu, ce n'est point à vous, Marcion, d'entrer

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en de tête raisoDoements ; mais c'est à vous de reconnoltre TOtre Dieu dans tous te^ états où (il a, voulu se faire voir ; dans la crèche comme sur le Thabor, et dans les opprobres de sa mort comme sur le trône de sa gloire. Car il est aussi parfaitement Dieu dans Fun que dans l'autre, par conséquent aussi grand dans l'un que dans l'autre ; et c'est une erreur de prétendre , ainsi que vous le dites , qu'en souffrant il eût cessé d*étre Dieu, puisque Dieu ne court jamais le moindre risque de déchoir en quelque manière de sa grandeur, et de dégénérer de son état. Nec potes dicere^ sipassus esiet^ Deiu esse desiis* set : Deo emm nuUum est perkulum status sut (Tektitll.). Or je vous dis Iç même, Chrétiens : ce n'est point à vous de philosopher sur les abaissements et la croix de votre Sauveur ; c'est à vous d'adorer . votre Sauveur jusqve dans ses abaissements el sur sa croix, parcequ'en effet ses abaissements mêmes sont adorables, et que bien loin que la croix ait avili sa personne divine, elle a tiré de sa personne divine de quoi devenir eUe-méme digne de tous nos respects. C'est à vous, dis-je, de lui rendre ce culte, et de faire hommage à la révélation que nous en avons reçue. Car, comme disoit saint Ambroise écri* vant à l'empereur Yalentinien, à qui est-ce que je croirai dans les choses qui regardent mon Dieu, sinon à mon Dieu ? Cui tnim ma^ de Deo, quàm Deo credam ( Aub. )\? Mon Dieu me dit qu'il est né enfant, je l'adorerai enfant ; mon Dieu m'apprend qu'il a souffert sur la croix, je l'adorerai sur la croix; et quoiqu'il me paroisse moins Dieu sur la croix que dans le ciel, sa croix ne me sera pas moins vénérabk que le ciel. Au contraire, je prenc|rai phis de plaisir à l'adorer crucifié qu'à l'adû^ glorifié, parbequ'en l'adorant crucifié, je lui ferai un plus grand sacrifice de ma raison, que lorsque je l'adore à la droite du Père et dans les splendeurs des Saints.

y oilà conument doit parler un chrétien ; et si nous ne parlons pas de la aorte, je dis que c'est un scandale qui offense dn*ectément la grandeur de Dieu : mais j'ajoute qu'il blesse encore bien plus sa niiséricorde. Autre outrage que j'y découvre, et dont l'injustice se fait d'abord sentir par elle-même. Car n'est-il pas étonnant qne nous nous scandalisions des propres bienfaits de notre Dieu , et que ce soit son infinie et incompréhensible bonté pour nous qui nous révolte contre loi? Qu'est-ce qui nous rebute dans la religion que nous professons, ou que nous devons professer? cela même où Dieu nous a fait paroltre plus sensiblement son amour. En effet, tous ces mystères^ d'un Dieu fait homme, d'un Dieu humilié, d'un Dieu persécuté, d'un Dieu mourant, se rapportent à cette grande parole de l'Évangile : Sic Deus dilexlt mundum. C'est ainsi que([Dieu a aimé le monde. Si l'honuDe étoit tant soit peu raisonnable , trouvant ces mystères si avantageux pour lui et si pleins de charité, il embrasseroit avec joie tout ce qui lui en persuade la vérité; et comme la foi lui en fournit des témoignages convaincants , il geûteroit cette foi, et n'auroit point de plus dooœ

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emisoiatioa que de a'ëtablir aoUdement dans cette foi. Mais que feit-H? tout le contraire. Par une préoccupation extravagante de son libertinage» il a'élève contre cette foi ; et sans examiner sérieusement si ce qu'die lui propose est vrai ou ne Test pas, il se scandalise d'abord, et ne Teut rien entendre. Au lieu de dire. Voilà de grandes choses dont je sois redevable à mon Dieu, il dit» Il n'est pas croyable que Dieu se soit tant intéressé pour moi ; et au lieu de vivre ensuite dans la juste correspondance d'un amour réciproque, et dans une fidélité respectueuse envers Jéms-Christ son rédempteur, il vit dans une inseDsitH** Uté de cœur et dans une monstrueuse ingratitude à l'égard de tout ce qui coBoerne sa rédemption : pourquoi cela? parceque le moyen dont lésua-Christ s'est servi pour h sauver ne lui revient pas, et qu'il n'entre pas dans son sens.

Désordre que déploroit saint Grégoire pape, dans ces belles paroles de rbomélie sixième sur les Évangiles : bidè hamo advenus Salvatorem s€(mdaium «imiptît, uude et magU debitor eue debmi (Greg.)- Ah! mes Frères quel renversement! L'homme a pris sujet de scandale contre son Dieu, de la même chose qui devoit l'attacher inviolablemen t à son Dieu. Car il est évidenti]tte s'il y eut jamais rien qui fftt capable de m'attacher fortement à EÎeu, de m'inspirer du zèle pour Dieu, de me faire tout entreprendre et tout soufirir pour Dieu, o'étoit cette pensée : Dieu est mort prar moi, il s'est anéanti pour moi. Voyez les ^

fruits merveitteux de grâce que cette pensée a produits dans les Saints, les miracles de vertu, les conversions héroïques, les renoncements au monde, les ferveurs de pénitence, les dispositions généreuses au martyre« Qui faisoit tout ceb? hi vue d'un Dieu-Homme, et d'un Dieu sacrifié pour le salut de Thomme. Voilà ce qui gagnoit leurs cœurs, ce qui les rav^soit, ce qui les transportoit : et il se trouve. Chrétiens, que c'est ce qui cause notre scandale, et que notre scndale nous entretient dans une vie lâdie , impure, déréglée, c'est-à-dire dans une vie où BOUS ne ftdsons rien pour Dieu, ex oii nous nous tenons constamment éioignéB de Dieu. Or en £androit-il diivantage pour détruire en nous ce scandale, et pour nous justifier à nous-mêmes la foi qui lui est opposée, que de penser : C'est celte foi qui me sanctifie, et c'est ce scandale qui me pervertit; c'est la foi de la mort d'un Dieu, qui m'engage à la pratique de toutes les vertus, et c'est le scandale de la mort d'un Dieu qui me plonge dans la corruption du péché? Gela seul ne devroit-il pas réprimer tous les scandales de notre esprit en matière de reUgion?

Hél mcm Frère, encore une fois, s'écrioit TertuUien, je vous conjure de ne vous pas scandaliser de ce qui a été la cause essentielle de votre bonheur. Voici, Chrétiens, des sentiments et des expressions propres de ce grand génie : ScandaKsez-vous, si vous le voulez, de tout le reste, mm épargnez au moins la personne de votre Sauveur; épargnez sa croix, puisqu'elle vous a damé la vie; épargnez-la, puiscpi'eUe est Tespàrance de tout le monde : Paree^ obsecro , ^orce huic

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$pei toHu» orbis (Tertull.). Si c'étoîent les anges qui s'^ offensassent et qui s'en scandalisassent, cela seroit en quelque sorte plus supportable i Jésus-Christ n'a pas souffert pour eux. Mais que ce soit ¥ous pour qui ce Sauveur est venu; et ponr qui il a voulu mourir, c'est un scandale qui doit soulever contre vous toutes les créatures. Et ne me dites point, poursuivoit TertuUien, que rhumilité de la croix étoit indigne de Dieu, car elle a été utile à votre salat; or, dès qu'elle a été utile à votre salut , elle a commencé à être digne de Dieu , puisqu'il n'y a rien qui soit plus digne de Dieu que le salut de l'homme : Nihil tam {Ugnum Deo quam hondms salus ( Idem. ). Ne me dites point que la mort est un opprobre dont un Dieu ne de voit pas être susceptible; car ce que vous appelez l'opprobre de mon Dieu, c'est ce qui a été la guérison de mes maux et le sacrement dé ma vécùndlia* tion: Totum Ddmeidedecus, 8€uramentumftdtmeœ saltUis (Idem.). Or il faudroit que je fusse bienméconnoissant et bien insensible, si je vesois à concevoir du mépris pour cet opprobre si salutaire, et par consécpient si respectable et si aimable pour moi. Cependant il y a des hommes ainsi faits. Toute la bonté de Dieu ne suffit pas pour les toucher , si sa sagesse, selon leurs idées , ne s'y trouve jointe. Ils ne se contentent pas que Dieu les ait aimés, ils veulent qu'il les ait aimés sagement , je dis sagement selon leurs vues ; et s'il les a aimés d'une autre manière , ils sont déterminés à se scandaliser de son amour même. Or, suivant leurs vues et leurs idées, tout ce mystère d'humiliation et d'anéantissement sur quoi le christianisme est établi, leur paroit une folie. Et moi je prétends enfin que c'est le mystère de la sagesse même de Dieu, et que, par un dernier caractère, le scandale qu'ils en tirent est d'autant plus outrageux à Dieu qu'il va contre tous .l^s ordres et les plus admirables conseils de cette divine sagesse.

Car à quoi se réduit le scandale des prétendus esprits forts du monde sur le sujet de Jésus-Christ et de la rédemption de l'homme? Us ne peuvent se persuader qu'un Dieu se soit abaissé et humilié de la sorte : mais je soutiens, moi, qu'il n'y avoit rien de plus convenable à son office de Sauveur ; pourquoi? parcequ'il n'étoit sur la terre qu'afin de satisfaire à Dieu pour les hommes. Or la satisfaction d'une offense porte avec soi l'humiliation et rabaissement de celui qui satisfût. Cela n'est-il pas dans l'ordre naturel? Us ne goûtent pas que le Fils de Dieu ait publié dans sa religion des maximes si rigoureuses, la haine de soi-même, l'abnégation de soi-même, la sévérité envers soi-même : mais devoit-il en publier d'autres, dit saint Jérôme, établissant une religion d'hommes qui dévoient se reconnoitre pécheurs et criminels ? Car qu'y a-t-il de plus sortable au péché que la pénitence, et qu'y a-t-il de plus conforme à la pénitence que la rigueur pour soi-même et l'austérité? La raison seule n'autorise-t-elle pas cette conduite? Us s'é« tonnent que Jésus-Christ ait canonisé la pauvreté comme une béatitude, qu'il ait proposé la croix aux hommes conuue un attrait pour le

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suivre, qu'il ait relevé l'amour du mépris au-dessus de tous les honneurs du siècle : et moi j'admire la profondeur de son conseil en tout cela. Car que pouvoit-il foire de mieux» puisqu'il éloit question de sauver le monde eu le réformant, que de combattre, pour le réformer^ la cupidité du monde, la sensualité du monde, l'orgueil du monde?

Mais qu'étoit-il besoin que ce médecin des âmes prît lui-même les remèdes nécessaires pour guérir nos maladies? qu'étoit-ii besoin qu'il souffrit, et qu'il s'anéantit? Il le felioit, Chrétiens, afin que son exemple nous portât à user nous-mêmes de ces remèdes. Sans cela, sans cet exemple qui les adoucit, aurions-nous pu en soutenir l'amertume? S'il avoit pris pour lui les douceurs, et qu'il ne nous eût laissé que la croix, qu'aurions-nous pensé de ce partage? Dans le dessein où il étoit de donner du crédit à la pauvreté et à l'humilité, dont le monde avoit tant d'horreur, de quelle invention plus efficace pouvoilril se servir, que de les consacrer dans sa personne, afin, comme dit excellemment saint Augustin, quel-humilité de l'homme, qui est foible par elle-même, trouvât dans l'humilité de Dieu de quoi s'appuyer, et d^ quoi se défendre contre les attaques de l'orgueil? Ut saluberrima humilitas humona, contra insultantem Hin iuperbiam, divinœ kumilitati$ patrocinio fulciretur (Auc). Mais après tout cela, me direz-vous, il y en a bien peu encore qui goûtentces maximes. II ne s'agit pas s'il y en a peu ou beaucoup : il s'agit du dessein qu a en Jésus-Christ en les proposant au monde. S'il y en a peu qui les goûtent, on peut dire aussi qu'il y a peu d'élus et de prédestinés, et qu'il n'est point nécessaire qu'il y en ait plus des uns que des autres, puisque pour faire subsister les décrets de Dieu, il suffit qu'il y ait autant de sectateurs de ces maximes, qu'il doit y avoir d'hommes choisis et destinés pour le ciel.

Qu(M qu'il en soit, reprend saint Augustin, telle est la conduite qu'a tenue le Fils de Dieu. Il a fait de sa croix un moyen pour corriger nos mœurs dépravées et corrompues. Et parceque ce moyen étoit inouï et que le monde s'en sc&ndalisoit, il l'a soutenu à force de miracles. Par l'autorité de ses miracles, il s'est acquis la foi des peuples. Par cette foi des peuples, il a formé une Église nombreuse. Par la propagation de cette Eglise, il a eu le témoignage de la tradition et de l'antiquité. Et par-là enfin il a fortifié sa religion, mais en sorte que ni le paganisme ni les hérésies ne l'ébranlassent jamais. MiracuHs conci" Uavit auctoritatem^ auctoritate meruit fidem^ fide enutrivit multitudi-' neniy maliitudine obtirmt vetmtatem^ vetustate roboravit religionem (Idem.). C'est dans lé livre de l'Utilité de la Foi que parle ainsi ce saint docteur. Mais savez-vous, mes chers auditeurs, pourquoi nous nous scandalisons de la croix de notre Dieu? c'est justement parcequ'elle est un remède contre nos désordres. Voilà ce qui nous blesse : car nous ne voulions point de ce remède; nous nous trouvions bien de nos maladies , et bien loin d'en souhaiter la guérison , nous ne cherchions qu'à les entretenir et qu'à les accroître. Le Fils de Dieu est venu nous

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dire qu'il en foUpit sortir, et c'est ce qui nous a d^hi. S'U nous avoit dit tout aqtre chose, nous l'aurions écouté. S'il nous avoit proposé les fables du paganisme, nous les aurions reçues. Hais paroequ'ii nous a révélé des mystères qui tendent tous à bi réformation de notre vie et à la destruction de nos passions, voilà pourquoi nous nous sommes révoltés : semblables à ces frénétiques qui se tournent avec fureur contre ceux mémes.que la charité emploie auprès d'eux pour les soulager. C'est ainsi , continue saint Augustin , que notre Dieu , tout adorable qu'il est, est devenufun sujet de contradiction pour les superbes, parcequ'en s'humiliant il a prétendu rabattra leur orgueil. Comme si c'étoit peu à l'homme d'être malade, s'il n'y ajoutoit encore de se glorifier dans son propre mal, et de trouver mauvais qu'on entreprenne de l'en délivrer. Que je parle à un grand du monde d'un Dieu enfant, d'un Dieu couché dans une crèche, cela le trouble : non pas à cause de la difficulté qui paroit dans ce mystère , car souvent il ne pense pas à cette difficulté, et peut-être ne l'a-t-il jamais examinée; mais parceque ce mystère condamne tous les projets de son ambition, et tous les desseins injustes et criminels qu'il a conçus d'agrandir sa fortune à quelque prix que ce soit. Que je mette devant les yeux à une femme du monde un Dieu souffrant et couvert de plaies, son cœur se soulèvera : non pas pour l'impossibilité qu'elle y voit , car elle n'y en voit point ; mais parcequ'un Dieu dans cet état est ua reproche, sensible de ses délicatesses, de son amour*propre, du soin qu'elle priend de son corps. Et pour preuve de ce que je dis, que je pro* pose à l'un et à l'autre le mystère d'un ÏHf&a en trois personnes , qui est encore bien plus incompréhensible que celui d'un Dieu bumSié ; ni l'un ni l'autre nes'en offensera : pourquoi? parceque le mystère d'Un Dieu en trois personnes ne porte pointde conséquence immédiatement contraire à l'ambition derun,ni au luxe et aux mondanités de Pautre. Ne cherchons donc point là véritable source de nos scandales ailleurs que dans nous-mànes , que dans nos viœs, dans nos inclinations criminelles , dans nos dérèglements. Et c'est par-là que nous devrions encore juger de la qualité de ce scandale , puisqu'il ne procède que de notre iniquité , et qu'il ne se forme dans nous qu'à proportion que nos mœurs se pervertissent. Ah ! Seigneur, je ne m'étonne plus que le monde ait tant comba^u votre loi , et tant oontredit votre adorable pers<Hine. Le monde étant au point de libertinage où il est , il falbit par une suite infaillible qu'il vous traitât de la sorte ; et je serois surpris s*it ne sa scandalisoit pas de vos maximes en suivant des principes tout opposés. Ce scandale , Seigneur, n'est qu'une marque de sa corruption et de votre sainteté. Si vous étiez moins saint , ou s'il étoit moins vicieux , il ne se seandaliseroit pasde vous : mais 8up)K>sé votre sainteté et ses désordres, son scaudale est nécessaire. Ainai vous voyez, mes chers auditeurs, combien le scandale des humiliations et de la croix de tous-Christ est injurieux à Dieu, et je vais voua mon-

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trer qu'il n*esr pas moins pernicieux à Tbomme , surtout à l'homme chrëden : c*est la seconde partie. "*

DBUXiillB PARTIS.

A prendre les choses dans l'ordre de la providence et selon la conduite ordinaire de Dieu » soit pour la disposition, soit pour Faccomplissement et l'exécution du salut de Thomme , on peut dire , et il est Trai , que ce qui a feit presque tous les réprouvés , c'a été le scandale des humiliations et dé la croix du Fils de Dieu. Voilà , si nous en croyons saint Ghrysostome; l'origine de l'apostasie même des anges. Il dit qu'au moment que Dieu créa ces esprits célestes , il leur proposa le gr2\nd mystère de la rédemption et du salut , qui se devoit un jour accomplir dans la personne de son Fils, et qu'il les- obligea d'adorer ce Rédempteur: Et adorent eum omnes anigeli Dei; que les uns s'y soumirent respectueusement , et que ce furent les anges prédestinés : mais que les autres par orgueil s'en scandalisèrent , et qu'en punition de leur désobéissance Dieu les précipita dans l'abtme éternel. Voilà , selon la pensée de tous les Pères , la source funeste de la réprobation des Juiiis. Les Juifs attendoient un Messie riche, puissant , magnifique, envoyé de Dieu pour rétablir par ses conquêtes le royaume d'Israël, et dont ils se promettoient toute sorte de prospérités. Mais quand ils virent Jésus-Christ dans une disette extrême de toutes choses , foible , petit; inconnu , condamné à la mort , et à la mort de la croix , ils le méprisèrent , et ce scandale les fit tomber dans l'infidélité ; leur infidélité les jeta dans l'endurcissement ; leur endurcissement irrita Dieu, qui les abandonna ; et les effets de cet abandon de Dieu furent la des* truction de leur ville , la profanation de leur temple , la ruine de toute leur nation. Voilà , disoit saint Jérôme , et l'expérience nous Fap« prend , ce qui rend les païens indociles et rebelles à la lumière de rÉvangîle ^ quand nous leur annonçons notre sainte loi. S'ils pouvoient vaincre ce scandale d'un Dieu crucifié , ils seroient fidèles comme nous. Mais parceque leur raison en est préoccupée , ils de« meurent malheureusement dans les ténèbres de l'idolâtrie et dans l'escbvage de Kenfier.

Mais laissons là les Juifs et les païens : parlons de nous-mêmes. Voilà , mes Frères , la tentation la plus subtile dont un chrétien du siècle ait à se défendre , et dont il se défend communément le moins. Voilà ce qui l'expose à un danger plus évident de se perdre : pourquoi ? j'en donne trois grandes raisons, que je vous prie de méditer et de graver bien avant dans vos cœurs. Parceque ce scandale des humiliations et de la ciroix d'un Dieu est essentiellement opposé à la profession de foi que doit faire tout homme chrétien ; c'est la première. Parceque ce scandale est un obstacle continuel à tous les devoirs et à tontes les] pratiques de la religion d'un chrétien ; c'est la seconde. Parceque ce scandale est leprbicipe général , mais immanquable , de

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tous les désordres particaliers de la vie d'un chrétien; c'est la troisième. Que n'ai-je , ô mon Dieu ^e zèle de votre apôtre , pour traiter aussi dignement et aussi fortement que lui ces importantes vérités!

Je dis que cette t^entation ou ce scandale est essentiellement opposé à la profession de foi que doit faire tout homme chrétien ; et en voici la preuve , qui est sans réplique. C'est que la foi d'un chrétien et la profession qu'il en fait , doit aller jusqu'à se glorifier des humiliations et des souffrances de Jésus-Christ. Ce n'est point assez pour moi que je les croie ; il faut que je dise comme saint Paul , et que je dise sincèrement : Absit mihî gloriari^ nisi m cruee Domini nostri Jesu Christi {Galat., 6). Sans cela il n'y a point de salut pour moi. Car Dieu, dit saint Augustin, a attaché mon salut à la croix de son Fils : non pas à la croix méprisée , rejetée , envisagée avec horreur ; mais à la croix respectée avec toute la soumission de lu foi, et embrassée avec toute l'ardeur d'une sainte piété et d'une fervente charité. En effet, ajoute ce saint docteur, il est bien juste , puisque c'est la croix qui me doit sauver, qu'il m'en coûte au moins d'espérer en elle et de m'en glorifier* Or le moyen que Je me glorifie de la croix , si j'en suis intérieurement scandalisé ? Et quand je dis la croix du Sauveur , je n'entends pas seulement cette croix extérieure et matérielle qui fut l'instrument de son supplice , et dont nous voyons la représentation sur nos autels , parcequ*il se peut faire que , par une habitude de religion et une certaine coutume, nous honorions celle-là, sans en reeevôir nulle atteinte de scandale ; mais j'entends cette croix intérieure dont le Fils de Dieu fut affligé dans le secret de son ame , et à laquelle nous participons tous les jours par les injures, par les adversités, par les disgrâces de la vie , par la perte de nos biens , par le mépris de nos personnes , par les persécutions qu'on nous suscite. Car dans le lau" gage de fÉvangile et celui de saint Paul , c'est précisément tout cela que signifie la croix ; et si| notre profession de foi est pleine et entière , il faut , par une indispensable nécessité , qu'elle s'étende jusqu'à l'estime et à l'amour , je ne dis pas Tamour sensible et affectueux , mais l'amour solide et raisonnable de tout cela. Or, encore une fois,. Chrétiens , comment accorder Tamour et l'estime de tout cela avec le scandale que je combats ?

De là vient , mes chers auditeurs , que quand je vois les chrétiens se prosterner devant la figure de la croix ^ sans juger témérairement , je suis persuadé que la plupart ne font cette action que par une cérémonie pure ; et Dieu veuille que ce soit sans hypocrisie ! Car au même temps qu'ils adorent la croix en figure, ils ont pour la croix en ellemême un éloignement et un mépris caché , qui détruit ce culte d'adoration et qui l'anéantit. En effet , Tadoration de la croix n'est un acte de religion et une profession de notre foi , qu'autant qu'elle est accompagnée d'une vénération intérieure; et ce que saint Augustin disoit si magnifiquement à l'avantage de la crçix , qu'elle a eu la force

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de s^ëlever du lieu infâme des supplices jusqae sur le front des empereurs, A tocis supp&ciorum ad frontes imper atorum ( Auc), ii*est qu'une expression pompeuse et rien de plus , si du front des empereurs où la croix est imprimée , elle ne passe jusque dans le cœur des fidèles. Or il Sst impossible que l'impression s'en fasse dans notre cœur, tandis que l'horreur des souffrances et des humiliations y régnera ; puisqu'il n'y a rien de plus incompatible avec le respect et l'amour de la croix, que cette opposition aux .véritables croix que Dieu nous envoie. D'où je conclus que c'est un scandale qui va jusqu'à la destruction de notre foi.

De là même ( et c'est la seconde vérité , qui n'est qu'une suite de la première , et qui lui donnera un nouveau jour ) , de là scandale , qui , expcNSé de la manière que vous venez de le concevoir , est un continuel obstacle à tous les devoirs et à toutes les obligations d'un chrétien : oed meparott encore incontestable. Car toutes les pratiques delà vîechrétienne, selon le plan que nous a tracé TÉ vangile, tendent à la haine de soi-même , au crucifiement de la chair , à l'anéantissement de l'orgueil » au retranchement des plaisirs , au renoncement à l'intérêt ; et sans cela nous ne pouvons satisfaire, même en rigueur, aux préceptes de la religion. Or voilà ce qui se trouve combattu par le scandale de la croix du Fils de Dieu. Ainsi , faut-il étouffer le ressentiment d'une injure reçue » et en sacrifier la vengeance à Dieu ? ce scandale de la croix s'empare de notre esprit , et nous persuade que ce devoir de charité est dans la pratique du monde une folie qui ne se peut soutenir ; qu'il est juste de défendre ses droits , qu'il faut maintenir son rang, que l'honneur est un bien inaliénable dont chacun se doit répondre à soi-même , et qu'on n'y peut renoncer sans se perdre. Si j*honorois sincèrement la patience de mon Sauveur dans les persécutions et sur la croix , je raisonnerois tout autrement : je recevrois les injures sans émotion , je les oublierois sans peine , je les pardonnerois avec plaisir, je rendrois le bien pour le mal , je me tiendrois heureux de céder aux autres ; pourquoi ? parceque je serois prévenu de cette pensée , que tout cela m'est honorable depuis l'exemple de mon Dieu. Mais quand le scandale de l'exemple de mon Dieu vient à agir sur moi , dès-là je suis sensible à l'offense , je suis inflexible au pardon , je prends un cœur dur et impitoyable pour mes ennemis , je ne puis les aimer , je ne puis les voir, parceque je n'ai.plus rien qui me porte à me réunir avec eux , ni qui me facilite ce retour.

De même est-il question de surmonter un respect humain , lequel nous empêche de rendre à Dieu le culte qui lui est dû ; ce scandale de la croix et des humiliations de la croix ne manque pas de nous ^ suggérer mille prétextes qui nous arrêtent , et de nous dicter inté* rieurement qu'il faut vivre dans le monde comme vit le monde , qu'il faut accommoder sa religion à sa condition , qu'il faut éviter toute distinction et toute singularité ; que Dieu sait les intentions du cœur.

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mais qu'il ne demande pas qu'on fasse parler de soi , pi qu'on devienne un sujet de risée. Si je ne me scandalisois pas de Jésus-Christ, je ne me scandaliserois pas de ses opprobres et de ses at>aissements ; et ne me scandalisant pas de ses abaissements » je ne me scandaliserois pas des miens : jeies souffrirois tranquillement , et même avec joie. Et qui me poarroit troubler, lorsque je me dirois à moi-même : On me raillera , on se formalisera de me voir pratiquer cet exerdce de piété , de me voir assister régulièrement au sacrifice de nos autels » de me voir approcher de la sainte table ; mais si Ton me raille, j'en bénirai Dieu, et je me ferai un mérite et une gloire d'essuyer pour lui quelques railleries , après qu'il a été couvert pour moi de confusion? Voilà ce que je dirois , et c'est ainsi que je me conduirois dans toutes les rencontres et à l'égard de tontes les obligations du christianisme. Mais au contraire, parceque je me fais de Jésus-Christ et de sa croix un scandale , dès-là je ne veux rien souffrir, dès-là je me rends aux moindres attaques qu'il y a à soutenir, dès-là je rougis de mon devoir^ et je laisse tome ma fidéliié se démentir. Il n'y a point d'excès où je ne sois dans la malheureuse disposition de m'abandonner , ni de désordre où je ne puisse tomber.

Car ce scandale, mes chers auditeurs, dont je vous représente ici les suites funestes, est en effet le principe universel de tous les désordres particuliers qui régnent dans le christianisme : troisième et dernière vérité. S'il y a des chrétiens intéressés , c'est parcequ'il y a des chrétiens scandalisés de la pauvreté de Jésus-Christ. S'il y a des chrétiens ambitieux , c'est parcequ*il y a des chrétiens scandalisés de rbumilité de Jésus-Christ. S'il y a des chrétiens soisuels et voluptueux» c'est parcequ'il y a des chrétiens scandalisés de la vie austère et de la mortification de Jésus-Christ. Ainsi des autres. Otons ce scandale et bannissoQS-Ie du christianisme, nous en bannirons tous les vices, et nous y donnerons entrée à toutes les vertus. Je sais qu'un chrétien peut quelquefois, et en certaines occasions, se livrer à une passion d'intérêt, d'ambition, de plaisir, et néanmoins honorer dans la personne du Sau« veur les vertus opposées : ce n'est alors qu'un mouvement imprévu et qu'une saillie passagère. Mais qu'un chrétien persévère dans le désordre de cette passion , et qu'il s'en fasse une habitude , sans être scandalisé des maximes et des exemples de Jésus-Christ; c'est-à-dire, qu'il soit sensuel par état, sans être scandalisé de la croix de Jésus-Christ ; qu'il soit superbe et mondain par profession , sans être scandaUsé des abaissements de Jésus-Christ, c'est ce qui n'arrive point. Il faut pour cela qu'il y ait un principe habituel dans ce chrétien , qui pervertisse >»sa foi et qui corrompe ses mœurs ; et ce principe ne peut être que le scandale dont j'ai parlé.

Concluons donc avec le Fils de Dieu : Bienheureux celui pour qui l'auteur de son salut ne sera point un sujet de scandale ! et , par une règle toute contraire, malheur à quiconque se scandalisera de la vie et

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des actioils de son SAwrear t Car ce Befttadale que nous nous for motos cootre notre Dîeu ne lui peut nuire , et n*est pemideux qà^h noùsmémeSé 11 est trop indépaidant, ce Dieu de gloire, et trop éievë, pour recevoir de nos scandales quelque dommage. Scandalisons-nous tant que nous le voudrons de sa doctrine et de sa religion ; sa doctrine malgré nous subsistera » et sa religion triomphera. Elle a triomphé du scandale des Juifs, et de celui des nations idolâtras. Elle a triomphé du scandale des sages selon la chair^et de celui des simples; du scandale des savants et de celui des ignorants , du scandale des rois et de celui des peuples, du scandale de toute la terre : lui sera-t-il plus difficile de triompher du nôtre? Si donc ce scandale est funeste , il ne le peut 'être que pour nous ; et il ne l'est pour nous , que parcequ'il nous attire celui de Dieu. Car voici , mon cher auditeur, comment la chose se passe. Un scandale en feit nattre un autre. Nous nous scandalisons de notre Dieu , notre Dieu se scandalise de nous ; avec cette différence essentielle « que notre scandale est injuste, et que celui de notre Dieu est plein d'équité. Car nous ne trouvons rien en lui qui puisse justement nous rebuter ; et quand nous venons à nous scandaliser de lui , quels sujets ne trouve-t-il point en nous, qui doivent allumer toute sa colère et l'irriter ? Or ce scandale de Dieu envers nous est le plus grand de tous les malheurs, parceque c'est le caractère de réprobation le plus positif et le plus niarqué.

Sur cela, mon Dieu, je m'adresse à vous, et permettez-moi de vous faire ici une prière au nom de toutes les personnes qui m'écoutent. C'est une grâce bien commune que je vous demande ; mais si vous nous l'accordez, j'espère tout pour cet auditoire chrétien. Ne nous abandonnez jamais, Seigneur, jusques à ce point, que nous nous scandalisions de ce que vous avez feit pour noUs , et des divins enseignements que vous nous avez donnés. Nous savons que le libertinage du siècle nous porte là, et que si vous ne nous en préserviez, il nous conduiroit insensiblement dans cette espèce d'in6délité. Mais, mon Dieu, c'est pour cela même que nous implorons le secours de votre grâce. Imprimez dans nos esprits une haute estime de vos humiliations et de vos souffrances , telle que Tavoit saint Paul , lorsqu'il en parloit dans des termes si magnifiques , et qu'il en faisoit toute sa gloire. C'étoit vous. Seigneur, qui agissiez immédiatement dans le cœur de cet apôtre, pour y produire ces grands sentiraeiits. Il étoit , si j'ose m'exprimer de la sorte*, le persécuteur de votre humilité et de votre croix , mais dans un moment il en devint l'adorateur et le prédicateur. Faites-nous part et accordez-nous quelque portion de cet esprit apostolique, afin que nous hotiorions jusqu'à vos ignominies. Ah! que sera-ce, Seigneur, de votre magnificence et de votre splendeur dans le céleste séjour, puisque vos opprobres mêmes sur la terre ont été si glorieux? et que serace de nous , divin Sauveur, quand vous ferez un jour éclater sur nous votre gloire , puisque dès maintenant nous devone nous glorifier de

vos abaissements? Si opprobnum tuum gloria est, lionàne Jem, qmd erit gloria tua (Amb.) ? Belles paroles de saint Ambroise , mes cfaers auditeurs ! ce sont les sentiments où je vous laisse. Il ne faut qu'être chrétien pour les avoir, et il fout les avoir pour être chrétien. Plus vous entrerez dans ces sentiments, plus vous participerez à la grâce et à Fesprit du christianisme; et à mesure que ces sentiments s'affoibliront en vous, la grâce du christianisme s'y afifoiblira. Laissons, mes Frères , laissons les mondains courir après le monde et toutes les va« nités du monde ; mais attachons-nous à la personne dé notre aimable Rédempteur. Marquons-lui plus que jamais, en ces jours que le monde profane, notre fidélité. Il n'y a de salut que par lui, toute noire espérance est fondée sur lui ; et Dieu nous regarde comme desanatbètaes, si nous nous séparons de lui. Attachons-nous à sa morale, attachonsnous à ses exemples, attachons-nous à sa religion. Ayons en horreiur tout ce qui nous en peut détourner. Ne soyons pas de ces esprits inquiets qui se donneht à tout , et que rien n'arrête. Servons Dieu avec constance et avec fermeté ; et pour l'acquérir, cette sainte fermeté , établissons-nous sur la pierre, qui est Jésus-Chrïst. Ne nous faisons point de cette pierre une pierre de scandale , mais feisons-en le principe et le fondement de notre perfection. C'est ainsi que nouis parviendrons au comble de la béatitude, où nous conduise, etc.

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