‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 45 sur 119 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Tout péché contre la charité du prochain est une offense de Dieu, et toute offense de Dieu blesse la gloire de Dieu, et dès- là même est contre les intérêts de Dieu. Mais, outre cet intérêt général, qui, par un saint zèle pour Dieu, nous engage à éviter toute offense de Dieu, je prétends. Chrétiens, qu'il y en a un encore plus particulier, qui, pour rhonneur de Dieu, vous obligelà tenir vos domestiques dana la règle, et à les faire marcher dans la voie du salut, autant que vos soins y peuvent être utiles, et que votre vigilance y peut contribuer. Pour établir cette seconde vérité, reprenons la grande maxime que j ai posée d'abord, et qui es^ comme un premier prindpe dans la morale chrétienne, savoir, qu'il n'y a point de puissance sur la terre qui ne vienne de Dieu, et qui ne soit une participation de celle de Dieu : Non est potestas nisi â Deo{ Rom,^ 15). De là saint Paul concluoit que, quelque liberté que nous ayons acquise en Jésus-Christ, nous devons avoir un profond respect pour toutes les puissances supérieures ; et que, dès qu'elles sont de Dieu, nous devons être prêts à leur obéir comme à Dieu même. Conséquence indubitable. Mais moi. Chrétiens, j'en tire aujourd'hui une autre qui n'est pas moins certaine, non point pour les sujets qui obéissent, mais pour les maîtres mêmes qui corndemandent ; et je dis que toutes ces puissances étant de Dieu, il n'y en

a pâs une qui» par une obligation indispensable etessentielle» ne doive être employée pour Dieu et pour les intérêts de Dieu. Or quel est Tîntérét de Dieu dans une famille chrétienne? c'est d'y être honoré» d'y être glorifié par la bonne vie de ceux qui la composent. 11 fout donc que le maître qui en est le chef n'ait point d'autre vue que cellelà, et qu*il se considère toujours comme l'exécuteur des ordres de Dieu, comme le vengeur de la cause de Dieu, en an mot, comme l'homme de Dieu dans sa maison. Car être mattre et être tout cela, c'est la même chose, et je soutiens que tout cela est^ de droit naturel et de droit divin.

Et en effet, qu'y a-t-il de plus juste et de plus conforme à la loi naturelle, que d'obliger un homme qui a en main le pouvoir de Dieu, d'en user premièrement pour Dieu, avant que de l'employer pour lui-même? Dieu dit au père de famille : Je t'ai fait ce que tu es : tu n'as point' d'autre puissance que la mienne, et j'ai bien voulu la partager avec toi ; mais j'ai prétendu et je prétends encore que, dans l'exercice que tu en feras, je sois le premier à qui tu aies égard. Il y a deux intérêts à ménager, le tien et le mien : te tien, c'est le service que tes domestiques doivent te rendre ; le mien, ce sont les devoirs de religion qu'ils me rendront comme chrétiens. Sers-toi de ton autorité pour exiger d'eux ce qui t'est dû, je ne m'y oppose pas ; mais n'oublie jamais qulls me doivent plus qu'à toi, et que c'est à toi, pendant qu'ils sont soumis à tes ordres, de m'en faire raison. Toute la justice qui est entre moi et eux se réduit à l'accomplissement de ces devoirs auxquels sont attachés et leur salut et ma gloire. Souviens-toi que ce doit être là ton premier zèle : de leur faire observer ma loi, de les maintenir dans la vraie piété , de corriger dans leurs personnes tout ce qui me blesse, de les relever de leurs chutes, et de mettre un frein à leur licence. Souviens-toi que tous les commandements que tu pourrois leur faire pour ton intérêt particulier , ne sont rien au prix d'un • seul que tu leur feras pour l'avancement de ma gloire et pour la sanctification de leurs âmes. Souviens-toi qu'il vaudroit mieux, et mieux pour toi-même, qu'ils fussent réfractaires à toutes tes volontés, que i de manquer à la moindre des miennes; parceque tu peux bien absolument te passer de leurs services, et que tu ne saurois te passer ni te dispenser de les tenir dans mon obéissance.

Voilà, mes chers auditeurs, comment Dieu parle; et qu'y a-t-il, encore une fois, de plus raisonnable? Mais voyez sur cela même Tinjustice de l'homme. Que fait-il, cet homme revêtu de la puissance et de l'autorité de son souverain Seigneur? par un abus insupportable, et par une monstrueuse ingratitude, il la rapporte toute à soi. Ce droit de commander, de gouverner , lui avoit été donné pour l'intérêt de Dieu : il met à part l'intérêt de Dieu, et ne pense qu'au sien propre* Que ce domestique soit emportent blasphémateur , si du reste il paroît fidèle et attentif, çn en est content. Qu'il y ait dans une maison des

seandales et de honteux commerces» sî d'ailleurs on y est p(»ictueUement servi, les choses, dit-on, vont le mieux du monde, et jamais il n'y a eu de maison mieux réglée. Mais que par inadvertance un serviteur ne se soit pas trouvé au temps qui lui étott prescrit; mais que par oubli il ait omis une légère commission qu'il avoit reçue ; mais que par surprise il ait laissé échapper une parole inconsidérée, c'est assez pour exciter tout le feu de la colère et toute la chaleur de la passion. <)r n'est-ce pas là, mes Frères, une profanation désintérêts de Dieu? Voilà néanmoins ce qui se passe tous les jours parmi les hommes et parmi les chrétiens, et ce qui les rend coupables d'une espèce d'infidélité pareille à celle que saint Augustin reprochoit autrefois si éloquemment aux magistrats de Rome. Appliquez-vous à ceci ; c'est un des plus beaux traits de ce saint docteur, et je le tire du second livre delà Cité de Dieu.

Il parle d'une ordonnance que firent les Césars et les magistrats de ce temps-là contre certains auteurs, dont les poésies satiriques et remplies de médisance déchiroient sans ménagement et sans égard la réputation des plus honnêtes citoyens; ce qui leur fut défendu sous les plus grièves peines. Cependant, ajoute saint Augustin , on leur permettoit de publier contre les dieux que les Romains adonûent ce qu'il y a de plus abominable et de plus infâme. £n quoi , reprend ce Père, il faut confesser qu'ils tenoient une conduite assez juste pour euxmêmes , mais bien indigne par rapport à leurs dieux. Qtiod ergà se quidem satis honestè constittierunt^ $td ergà deos superbe et irreligiosi (AtJG.). Car comment est-ce, dit-il, raisonnant avec un sage Romain , comment est-ce, 6 Scipion, que vous pouvez justifier et approuver cette loi , qui ôte à vos poètes la hberté d'écrire et de parler contre vous, tandis qu'ils n'épargnent aucune^de vos divinités? Est-ce que vous estimez plus la dignité de votre sénat que celle de votre Gapi* ' tôle, ou plutôt est-ce que l'honneur de votre ville vous est plus cher que celui du ciel même; en sorte qu'un poète dans ses écrits n'ose attaquer les habitants de Rome , et qu'il puisse proférer impuném^t contre les dieux de Rome mille blasphèmes? Quoi ! ce sera un crime que Plaute ait mal parlé des Scipions qui sont de votre maison, et vous souifrirez que Térence ait déshonoré votre Jupiter, en le diffamant comme un adultère! Or ce reproche que saint Augustin fajsoit à des païens, ne nous peut-il pas bien convenir dans le christianisme, lorsqu'un père de famille, zélé pour soi et indifférent pour Dieu, punit dans ses domestiques tout ce qui intéresse sa personne , et ferme les yeux sur tout ce qui outrage la majesté divine ; lorsqu'il est insensible aux sales discours, aux impiétés, aux imprécations qu'ils prononceni, et qu'il se montre délicat jusqu'à l'excès sur un terme peu respectueux qui s'adresse à lui, et qui le pique ?

C'est cela même que saint Bernard déploroit amèrement; c'est ce qui £aisoît le sujet de sa douleur, quand il considàroit ce que l'expé-

rience lui avoit appris , et ce qu'elle lui apprendroit encore plus aujourd'hui, que dans des familles chrétiennes nous portons bien plus patiemment les pertes de Jésus-Christ que les nôtres ; Quod •paûentiusjacturam ferimûi Chrutt^ quàm nostram (Bern.); qu'on veut avoir un compte exact des moindres dépenses que font des domestiques » et qu'on ne prend nullement garde au déchet de leur piété et à la ruine entière de leur religion : Quod quotidianas expensM quotidiano rect" procamui scrutino, et continua dominici gregis detrimenta nescimM (Idem.) ; qu'on est instruit à fond» et qu'on veut l'être^ du juste prix et de la quantité de tout ce qui s'emploie par les officiers d'une maison pour son entretien, mais qu'on ne pense guère à découvrir les désordres auxquels ils sont sujets, et qu'on en est peu touché: Quod de pretio escarum et numéro quotidiano cum ministrU discussio est, et nuUa de peccatis eorum inquisitio (Idem). Voilà, dis-je , sur quoi ce grand saint ne pouvoit assez exprimer sa peine et son indignation. Voilà ce qui allumoit tout son zèle, parcequ'il y voyoit les intérêts de Dieu abandonnés. Zèle qui a été de tout temps le caractère des serviteurs de IKeu et des véritables chrétiens; zèle qui a paru dès la naissance de rÉglise, où l'on voyoit, parmi le peuple fidèle, autant de pasteurs des âmes, autant de prédicateurs , autant d'apôtres qu'il y avoit de maîtres. A peine un chrétien avoit-il i*eçu la grâce et la lumière de la foi , qu'il çherchoit à la répandre dans tous les esprits et dans tous les cœurs. A peine avoilril connu le vrai Dieu, qu'il se croyoit obligé de travaillera le faire connoître ; et le premier sentiment que lui inspiroit le christianisme étoit de soumettre ceux qui vivoient sous son obéissance à l'obéissance du Seigneur , dont il embrassoit la loi. Ainsi ce mattre.dont il est parlé dans l'évangile de saint Jean, témoin de la guérison miraculeuse de son fils, opérée par le Sauveur du monde, ne se contenta pas de croire, mais engagea toute sa maison à croire comme lui en Jésus^hrist, à se convertir comme lui, à reconnoître comme lui la vérité qui leur étoit sensiblement révélée : Credidit tp<e, et domus eyus tota (JoÂN., S). S'il n'eût pas eu ce zèle, il eût laissé ses domestiques dans leur incrédulité; mais sa foi les sanctifia , et ce nouveau dirétien usa si avantageusement de son pouvoir pour les intérêts de Dieu , qu'étant devenu lui-même disciple de' Jésus-Christ, il persuada, par son exemple et par ses remontrances à tous ceux qui hii appartenoient, de se faire instruire à la même école , et de recevoir la même doctrinetAinsi, dans la suite des siècles, le grand Constantin subitement éclairé du del, et compr^ant ce que demaudoit de lui le titre glorieux de premier empereur chrétien , n'eut plus désormais de plus ardent désir ni d'autre soin que de réduire tous ses états sous le même cuite dont il avoit fait une profession si authentique et si éclatante. Il avoit, en livrant des combats, en remportant des victoires , en domptant de fières nations , étendu les limites de son empire , et rendu son nom également célèd)re et redoutable; mais cette souveraine puissance que

tant de conquêtes avoient affermie, il ne crut pas pouvoir mieux remployer qu'à la conversion de ses sujets, qu'à déraciner de leurs cœurs Fidolâtrie, et à y graver profondément le nom de Jésus-Christ ; qu'à les ranger tous sous Tétendard de Jésus^Ghrist, qu'à leur foire adorer la croix de Jésus-Christ. Fameux conquérant, mais plus recommandable, si j'ose le dire, par son zèle et par le saint usage qu'il fit d'une si vaste domination, que par les plus hauts faits et les actions les plus Mémorables qui la lui avoient acquise. Ainsi , dans le même esprit et avec le même zèle, saint Louis, au milieu d'une cour nombreuse et à la tête d'un des plus florissants royaumes, n^eut rien plus à cœur que d'y faire honorer et servir Dieu. Il n'y a qu'à voir ces lois si sévères, mais si sages et si chrétiennes, qu il porta contre les impies et les profanateurs. Non seulement il les porta ; mais avec quelle rigueur les fit-il exécuter, se relâchant volontiers sur les injures qui n'attaquoient que sa personne royale, mais ne pouvant pardonner, ni même tolérer tout ce qui s'attaquoit à l'honneur de Dieu, et ne comptant pour quelque chose la dignité de roi, qu'autant qu'elle le mettoit en état de défendre les droits du mattre qui l'avoit placé sur le trône? Ce sont là des exemples au-dessus de vous, sans être inimitables pour vous. Dès que vous serez remplis de l'esprit du christianisme, vous ferez, chacun dans vos familles, ce que ces pieux monarques ont fait dans les villes et dans les provinces. Car d'où leur venoit ce zèle, si ce n'est de la foi qu'ils professoient et de l'esprit de religion dont ils étoient aoimés ? Au moment que vous serez conduits par le même esprit, et que vous en suivrez les divines impressions, vous vous regarderez parmi vos domestiques, non plus précisément comme des maîtres, mais comme les ministres de Dieu, chargés de ses ordres, et destinés à lui faire rendre les hommages qui lui sont dus.

Et voilà, mes chers auditeurs, en quel sens nous pouvons entendre une parole bien terrible de l'Apôtre. Si je ne savois pas que c'est le Saint-Esprit même qui la lui a dictée, die me paroitroit incroyable, et je la prendrois pour une exagération ; mais elle n'exprime que la vérité pure , et une vérité dont vous ne pouvez être trop instruits. Car, dit ce Docteur des nations, écrivant à son disciple Timothée , quiconque néglige le soin de ses domestiques, et surtout quiconque ne s'appUque pas à les former selon Dieu , à les élever dans la crainte de Dieu, à les maintenir dans la pratique et l'observation de leurs devoirs envers Dieu , doit être regardé comme un homme qui a retoncé la foi, et est même pire qu'un infidèle : Si guis suorum, maxime domesticfh rumcuramnonhabet^fidemnegavitj etestinfideti detertor{l, Timoth.Si). Quoi de plus exprès que ce témoignage ; et à qui nous en rapporterons-nous, si nous n'en croyons pas saint Paul ? Mais encore que veut-il dire, et comment cet homme dont il parle a-t-il renoncé la foi ? Ah ! mes Frères, répond saint Chrysostome , c est que dès qu'un chrétien ne travaille pas à entretenir dans sa maison la piété et le culte de Dieu,

il fout qu'il ait dégénéré de ce zèle évangélique qui, daos les preoiiers siècles de l'Église, fut une des marques les plus certaines de la foi, et qui a servi plus que toute autre à la répandre dans le monde. Or , n'ayant pas celte marque , il donne en quelque sorte à douter si la foi n'est point éteinte dans son cœur; ou s il est encore chrétien dans le cœur, du moins ne Test-il plus dans la pratique et dans les œuvres, puisqu'il ne se comporte plus en chrétien. Or sans la foi des œuvres, celle de l'esprit et du cœur est une foi morte. Fidem negavit. Mais de plus, comment est-il pire qu'un infidèle? parceque les païens et les infidèles sont communément très zélés pour leurs superstitions, et très exacts à faire adorer dans l'intérieur de leurs familles les fausses divinités en qui ils se confient. Et en effet, n'est-il pas étonnant de voir le zèle que témoigna un Dioclétien pour ses idoles, n'ayant pu soufArir personne dans sa maison qui ne leur offrît comme lui de Tencens , et pour cela même ayant abandonné ses plus proches, et ce qu'il avoit de plus cher, à toute la rigueur des supplices les plus cruels? N'est-il pas étonnant de voir le zèle que font paroitre les sectateurs et les disciples d*un Mahomet sur les moindres observances de leur loi , ne permettant pas qu'on les viole impunément en leur présence , et faisant un point capital de la plus légère transgression? Que dirai-je de nos hérétiques, et quelle leçon, ou plutôt quel sujet de confusion a été si long-temps pour nous de voir parmi eux, et par le zèle des maîtres, des domestiques plus réglés dans toute leur vie , plus adonnés aux exercices ordinaires de leur créance, plus assidus à leurs prières, plus respectueux dans leurs temples, que parmi des catholiques et dans le troupeau de Jésus-Christ! C'est de quoi nous avons été témoins à notre honte et pour notie condamnation ; et c'est ce qui n'a que trop vérifié et ce qui ne vérifie encore que trop tous les jours la proposition de l'Apôtre, qu'en cela, comme peut-être en bien d'autres points, nous sommes plus coupables que des infidèles : Et es^ infideli deie* rior.

Vous me direz que dans une maison on a bien de la peine à réduire des esprits difficiles et portés au libertinage ; que vous leur parlerez et quils ne vous écouteront pas; que vous les avertirez, et qu'ils ne feront nulle attention à tous vos avis; que vous établirez des règles , et qu'ils refuseront de s'y soumettre, ou que pour les y assujettir, il faudra sans cesse user de répréhensions et de menaces. Il est vrai, Chrétiens : quand vos impatiences naturelles et des ordres mille fois réitérés sans nécessité et même sans utilité , fatigueront indiscrètement et perpétuellement des domestiques ; quand il ne s'agira que de vous-mêmes , et que par un intérêt sordide vous les surchargerez de travail; que, par une humeur dure et mille chagrms bizarres et capricieux, vous les accablerez de réprimandes ; que, par une espèce d mhumanité, vous ne saurez jamais compatir à leurs foiblesses et à leurs peines; que, par une délicatesse infinie, vous n'approuverez jamais

rien i ?oas ne louerez jamais rien , tous ne serez Jamais contents de rien; que, par des hauteurs insoutenables et un empire tyrannique, vous les traiterez comme des esclaves , vous ne leur ferez entebdre que des paroles aigres , vous ne leur témoignerez que des mépris et des dédains : quand, au lieu de leur fournir les moyens et de leur laisser le temps convenable pour s'acquitter de leurs obligations envers Dieu , vous ne leur accorderez pas un moment de toute la journée ; que, ne distinguant ni jours consacrés ni autres , vous les emploierez sans relâcfae à des soins tout profones ; que ne leur donnant jamais l'exemple ni de la prière , ni de l'usage des sacrements , ni de tontes les pratiques de la piété chrétienne , vous vivrez au milieu d'eux , et vous leur permettrez de vivre auprès de vous comme des gens sans foi et sans divinité : que dirai-je encore? quand, par une conduite indigne de votre caractère et au-dessous de votre rang, vous vous femiliariserez avec eux , que vous ne garderez en leur présence nulle mesure, que vous les admettrez dans vos criminelles confidences , et leur communiquerez inconsidérément tous vos secrets , que vous les autoriserez à dire et à faire tout ce qu'il leur plaft : alors, je l'avoue, vous serez plus exposés à leur grossièreté naturelle, et vous les trouverez moins souples et moins soumis dans les rencontres. Mais quand vous leur parlerez de Dieu ; quand , avec une .diarité soutenue de l'autorité , ou avec une autorité tempérée par la charité, vous leur représenterez les droits du souverain Seigneur que nous avons à servir ; que vous leur remettrez devant les yeux l'injustice et la grièveté de leurs offenses contre le premier de tous les maîtres, et que vous les exhorterez à lui être fidèles ; quand il sera question des préceptes de l'Église qu'ils doivent observer, des fétes qu'ils doivent sanctifier, du sacrifice de la messe où ils doivent assister, des vices et des désordres dont ils doivent , ou se préserver, ou se corriger; quand ils verront que dans vos remontrances vous n'avez en vue que Dieu et qu'euxmêmes, que vous ne cherchez que sa gloire et que leur bien, et que c'est un zèle sincère et pur qui vous inspire , je prétends , mes chers auditeurs, qu'ils vous prêteront beaucoup plus volontiers l'oreille, que vous les trouverez beaucoup plus dociles, et qu'ils feront beaucoup plus de réflexion à vos paroles , soit parceque la sainteté du sujet les leur rendra plus vénérables, soit parcequ'elles leur paroîtront plus désintéressées de votre part, et qu'elles ne tendront qu'à l'honneur de Dieu et à leur salut. Faites-en l'épreuve , et vous pourrez par vous-mêmes vous en convaincre. Mais disons la vérité , et remontons à la source du mal : c'est que lé zèle des intérêts de Dieu n'est guère allumé dans vos cœurs , et que vous ne vous inquiétez point qu'il soit servi dans vos maisons, ou qu'il ne le soit pas. Du moins ayez égard à votre propre intérêt , dont il me reste à vous parler dans la troisième partie.

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