‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 58 sur 119 · SACREMENT · texte numérisé non relu

SACREMENT

Bcfno quidam feeit cœnam magnam, et voeavU multos, et misH sei*vum suum hord eœnœ , dieere invitatU ut venirent , et cœpemnt omnes sinuU excusare.

Un homme fit mi graml repas, et InviU toeanooop de gens. Quand t'heore dn repas fut venue , il envoya son servitear dire aux conviés de venir ; mais ils commencèrent tous à s'excnser. Saint Luc , chap. ]ùv.

Ce repas dont il est parié dans aotre évangile , selon la plus commune interprétation des Pères , qu'est-ce autre chose que la divine Eucharistie? et n'est-Kïe pas ainsi que FÉglise parott l'entendre, puisqu'elle a choisi cette parabole pour l'appliquer à Tadorable sacrement de nos autels? C'est un grand repas : Cœnam magnum. Grand par l'jexoeUence et la qualité de la sacrée viande et du saint breuvage qui y sont servis; car c'est le corps même et le sang de Jésus-Christ : grand par le nombre de ceux qui s'y trouvent conviés; ce sont tous les hommes 9 du moins tous les fidèles : grand par la digm'té de leurs personnes e( la sainteté de leurs dispositions » puisqu'ils n'y doivent venir qu'en état de grâce : grand par le lieu où il est préparé ; c'est toute l'Église : grand, par sa durée ; il ne finira qu'avec le monde : enfin , grand par sa signification , parcequ'il contient une vérité dont les mystères de l'ancienne loi n'ont été que la figure et que l'ombre. Vous êtes tous appelés , mes Frères , à cette table du Seigneur; et c'est pour vous rannoncer de sa part qu'il envoie ses prédicateurs, et que. je pmÀa ici moirmême, selon le devoir de mon ministère : Et misit $ervum suum» Mais que faites-vous? Saint Grégoire pape le déploroit autrefois^ instruisant le peuple chrétien dont il avQit la conduite ; et rien en effet n'est plus déplorable : Home dives invitât^ et .patiper occurrere festinat : ad Dei vocamur convivhim, et excusamus (Greg.) : Qu'un riche , disoit ce saint docteur , daigné ipviter-mi pau- .vre à manger, chez Itii, le pauvre y court: la table du Fils de Dieu est dressée pour nous, et nous nous excusons!' Quels prétextes ne prend-oil pas? tantêt les affaires iempcH'eUes dont ou est chargé, tantôt les engagements de sa condition et de son état. On dit, comme ces conviés de l'Évangile : Je suis dans l'embarras, j'ai une famille qui m'occupe, et des enfants à pourvoir : Uxonem duxt. On dit. J'ai du bien qui demande mes soins , un négoce à entretenir, une charge à remplir : Villam emi (Idem). Et ainsi Xon a toujours, ou l'on croit toujours avoir des raisons pour abandonner le plus salutaire de tous les sacrements, et pour n'en appi^ochcr presque jamais : Et cœperunt

* Les Sermons pour le dimanche de la Pentecôte et pour celui de la Trinité sont ci-après , dans les Sermons sur kes Mystères.

omnes simul excusare. Mais entre les excuses les plus ordinaires dont on se sert, savez-vous, mes cherà auditeurs, quelle est la plus dangereuse, parcequ'elle est la plus spécieuse? c'est ce que nous entendons dire à tant de faux chrétiens , qu'ils ne sont pas assez purs pour se présenter à une table si sainte; et que leurs communions sont rares, parcequ'ils ne se croient pas dignes de lef rendre plus fréquentes. Or je soutiens, moi, que cette excuse, tout apparente qu'elle peut être, n'est point communément recevable; je soutiens que cette prétendue humilité, dont on voudroit se faire un^ mérite , n'est souvent qu'un piège de l'ennemi de notre salut, ou delà nature corrompue qui nous trompe. Comme ce point est d'une extrême conséquence, j'ai besoin , pour le. bien développer, des lumières du Saint-'Esprit. Demandons-les par l'intercession de la Mère de Dieu, en lui disant : Ave,

Il est vrai, Chrétiens, et je suis d'abord obligé de le reconnoitre , que la pureté de lame et Tinnocence de la vie est une disposition essentielle et absolument nécessaire pour participer au divin sacrement que nous recevons dans la communion ; et il est encore vrai que plus nos communions sont fréquentes, plus ifious devons être exempts de tache et saints devant Dieu. Bien loin de combattre cette vérité, je la confesse hautement, comme un principe incontestable et un point de ma créance; et je voudrois la graver si profondément dans vos cœurs, que rien jamais ne l'en pût effacerftMais , cela posé, je puis néan« moins avancer deux propositions dont il faut, s'il Vous plait, que vous preniez bien le sens', et qui vont faire le partage de ce discours : car pour détruire la vaine excuse de ceux qui se retirent de la communion parcequ'ils ne se croient pasasseJK purs, et qui, parla même maxime et la même règle de conduite, portée au-delà des bornes et mal conçue, en retirent les autres , je ois que la pureté requise pour approcher du sacrement de Jésus-Ciirisi ne doit point être communément ni en soi un obstacle à lu fréquente communion : ce sera la première partie. Je vais même plus loin, et, par l'effet le plus désirable et le plus heureux, je prétends qu'un des moyèrts les plus puissants , les plus infaillibles et les plus courts pour arriver à une sainte pureté de vie, c'est la fréquente communion : ce sera la seconde parlie. Je vous lierai donc voir comment une vie pure et innocente nous doit prépfirer à la communion , sans que ce devoir soit une juste raison de nous en éloigner ; et d'ailleurs je vous apprendrai comment même la communion doit servir à rendre votre vie toujours plus innocente et plus pure. Ces deux pensées sont solides; mais, encore une fois , il es( important que vous y donniez toute votre attention, pour les entendre précisément telles que je les entends et que je les propose. Appliquez-vous, et commençons.

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