‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 60 sur 119 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

De tous les sacrements , nul autre n'a plus d'effet ni même autant d'effet dans l'homme, que celui du corps de Jésus-Christ; et son effet est d'imprimer en l'ame qui le reçoit un caractère de pureté et de sainteté. Pourquoi cet adorable sacrement est-il si efficace , et d'oii lui vient cette force supérieure? La raison en est évidente : c'est qu'il coniiem en soi l'auteur de la grâce. Tous les autres sacrements n'opèrent que par une vertu émanée de Jésus-Christ, et qui leur est communiquée par Jésus-Christ ; mais en celui-ci c'est Jésus-Christ luimême , Jésus-Christ présent e9 personne , qui agit, puisque ce divin sacrement n'est autre fchose que Jésus-Christ même, caché sous les espèces qui le couvrent. Or comme le feu échauffe bien plus quand il est appliqué immédiatement à son sujet que lorsqu'il lui communique sa chaleur [par un corps étranger, ainsi Jésus-Christ, qui est le principe de tous les dons célestes et la source de toutes les grâces, les doitil répandre beaucoup plus abondamment dans nos cœurs quand il nous est uni par lui-même et par sa propre substance, que lorsqu'il les distribue par un sacrement distingué de lui. Voilà* le privilège singu-* lier et incontestable de l'Eucharistie.

Mais cette grâce spéciale du sacrement de nos autels, quelle estelle; et cet effet salutaire qu'il produit, à quoi se réduit-il? Je dis. Chrétiens, que c'est à nous faire vivre d'une vie pure et simple. Les autres sacrements ont des effets plus bornés. Le baptême efface le péché d'origine, la confirmation nous fait confesser là foi. Tordre nous met en état d'exercer les sacrés ministères, l'extrême-onction nous fortifie aux approches de la mort, et nous soutient dans ce dernier combat ; mais l'Eucharistie étend sa vertu sur toute la vie de l'homme ^ pour la sanctifier , et, si je puis parler de la sorte, pour la diviniser ; car vous devez bien remarquer avec moi Fexcellente et es-

sentielle propriété de la chair de Jésus-Chris^ dans ce mystère; c'est un aliment, et Taliment de nos âmes : au lieu qifb l'esprit , selon les lois ordmaireset naturelles, doit vivifier la chair; ici, par un miracle au-dessus de toute la nature, c'est la chair qui vivifie l'esprit : Caro mea veri est àbui (Joàn.,6)* Et de là nous pouvons connoitre quel fruit il y a donc à se promettre de la fréquente communion : car à force de manger une viande, on en prend peu à peu les qualités ; mais si je n'en use ,que très rarement, si je n'en fais ma nourriture qu'une fois dans tout le cours d'une année, je n'en ressentirai presque nulle impression , et mon tempérament sera toujours le même. Ainsi , qu'un chrétien, dans l'usage du sacrement de Jésus-Christ, s'en tienne précisément à la pàque, à peine en retirera*t-il quelque pjofit, et le pourra-t-il apercevoir. C'est une viande, il est vrai; c'est de toutes les viandes La plus solide, j'en conviens ; c est une viande toute divine et toute puissante, je lé sais: mais que lui servira la vertu de cette viande, si par un dégoût naturel, si par une négligence affectée, ou par une superstitieuse réserve, il ne s'en nourrit pas, et qu'il la laisse sans y toucher? Par conséquent, veut-il qu'elle lui soit utile et profitaUe, il faut qu'elle luî soit commune et ordinaire. Alors il verra ce que peut cette chair sacrée, et mille épreuves personnelles l'en convaincront : elle le transformera dans un homme tout nouveau. C'est une chair virginale : elle amortira dans son cœur le feu de la cupidité qui le brûle, elle y éteindra l'ardeur des passions qui le consument , elle purifiera ses pensées , elle réglera ses désirs , elle répri* mera les révoltes de ses sens, et les tiendra soumis à l'esprit. C'est une chair sainte , et immolée pour la réparation du péché : elle détruira dans son ame l'empire de ce mortel ennemi qui le tyrannisoit ; elle le fortifiera* contre la tentation, contre l'occasion, contre l'exemple, contre le respect humain, contre le monde, contre tout ce que l'enfer emploie à notre ruine spirituelle et k la perte de notre innocence ; elle le remplira d'une grâce ^ctorieuse, qui le fera triompher des inclinations perverses de la nature , des mauvaises dispositions du tempérament, des retours importuns de l'habitude, des attraits corrupteurs du plaisir, des amorces de l'intérêt, de toutes les attaques où il jpent être exposé, et où il pourroit malheureusement succomber. C'est la chair d'un Dieu : elle le. dégagera de toutes les affections terrestres pour rélever à Dieu, pour l'attacher à Dieu, pour ne lui inspirei* que des vues, que des ^ntiments chrétiens et dignes de Dieu; car ce sont là les heureux effets de ce céleste aliment, selon que l'Écriture ellemême nous les a marqués : Quid enim bontim^us est, et^uid ptdchrum tjusy fusi frumentum electorum, etvinum germinans virgines (Zàgh.,9)? Qu'y a-t-il en elle, disoit le prophète Zacharie , parlant de TÉgUse de Jésus-Christ , dont il avoit une connoissance anticipée , qu'y a-t-il de bon en elle et de beau par excellence, si ce n'est ce pain des élus et ce vin qui lait les vierges? paroles que tous les interprètes ont expli^

quées de la très^ sainte «açfaaristie. Elfe fait les vierges, dit saint Ber-

et queUe arrête les emportements d'une aveugle concupiscence oarçequ elle met en fuite le démon del'impureié. Est^ unKg?'f^.

penchant qm se fait seaiir ; est-ce un objet séducteur qui vous éblouit

SsS ZMÏt' '*"'' ' '''"^'' ^^"^ y trouverez'n présermî assure, un remède prompt , un appui ferme, et des arm^ toujours

?^ÏÏ T^ ''*'"? '^f^^"'' "»« ''«»»« !«'•<>»« àe ce Dieu SaavSî^

fiîr ?'■'" '^ '^°°* *»''*'^ •*'«»?"»» immondes qui les infcc-

Ivl .;' f * T'*"' P*"^" •"'•'»*•»« «n vous, et demeurant en vous avec tout son être et tout son souverain pouvoir?

Uela ces comparaisons dont les Pères se sont servis (et pourquoi

MUS lesquelles ils nous ont représenté l'adorable sacrement, "^tôt ^ « comparent a on levain, à ce bon levain dont a parlé l'Apôtre, à oe tevam dejusiice et de.sainteté qui se répand et s'insinue dais toute

î« nf.r/*"""J* S.""* *^''®'*' «'es'-à-dire qui se communique à toutes u £*"'**"**« ^« } '•««"ne intérieur, pour l'gnimer et le viWfier; tantôt

ro„ilir'"''^ï?°*u "° '*" *I"' I^"*""* 'e fer «"«"«. q»i en «>ns"me la ni.!: T' \^}^^^ «^ 'e rend lui-même tout brûlant : Etenim ^,T^ • *^ '=«'!««»»««« «« (/^c*., 12). Or prenez garde, reprend fcL- »*'"" ^^P"*" = '=<'""»« 'e fer dans le feu perd sa première rorme et en acquiert une plus noble, comme il devient feu de fer qu'il

««^ I'/"^'' P"^ ""® °°'**° '"""e et fréquente avec Jésus-Christ, nous nous trouvons insensiblement convertis en Jésus-Christ, nous cessons a être ce que nous étions, pour être quelque chose de ce qu'est Jésus- Gbrist. Ce n est plus nous seulement q.ui vivonsen Jésus.Chris<, c'est i^^H aIT ''"t.." *" "**"*' •*« '* «'«'ne 8««e qu'il vivoit dans le

C T '^,' T """^ J'^ """ '^fl'*!' "'"'^ ^^ •« «« CAmtw (Oûtof., 2) Et voilà sans doute. Chrétiens, une des plus beUes bré-

rogatives du sacrement que nous recevons par la communion. Les au

très viandes dont nous usons se changent en notre propre substance .

mais celleKa nous change nous-mêmes en eUe: changement, ômon

i'élre ch *w ^^^ . , --'— — V», wuo y p6rdi i«^ Tuii'c sain-

jeté, parceque je ne suis que péché et qu'injustiee : vous y perdriez tomes vos perfections, parceque je n'ai rien de moi-même et que je ne suis nen : mais moi, l'étant en vous autant que je le puis être, j'acquiers tout ce que je n;avoi8 pas , et que je ne pouvoisavoir que de vous. Jetois foiHe, et je deviens fort; j'étois aveugle, et je deviens (slairvoyant; j etois pécheur, et par la plus heureuse transformation je deviens saint.

Tout cela, dites-vous, mon cher auditeur , suppose certaines dis-

positions ; et sans ces dispositions, la fréquente communion, non seulement .n*opère rien de tout cela» mais, au lieu de tout cela, elle ne sertqu'à nous rendre encore plus coupables. Je l'avoue ; mais c'est de là même que je lire une nouvelle preuve des fruits de conversion et de sanctification qu'elle doit produire. Entrez dans ma pensée. En effet, nous ne pouvonsdouter selon les règles ordinaires qu'un chrétien qui se rend assidu à la tablede Jésus-Christ, et qui s'est fait une loi de conomunier souvent, n'aitau moins un fonds de christianisme et de religion dans l'amcNous ne pouvons pas plus douter qu'il ne soit suffisamment instruit de la dignité du sacrement auquel il participe, de la révérence qui lui est due, et de la préparation qu'il convient d'y apporter. Or je prétends qu'avec ce fonds de religion , qu'avec cette connoissancé des dispositions que demande le divin mystère, il n'est pas moralement possible que ce chrétien retienne la fréquente communion sans être puissamment et continuellement excité à purifier son cœur, à régler, ses mœurs, à réformer sa conduite, à mettre entre ses communions et ses actions toute la proportion nécessaire et qui dépend de lui. Car s'il reste à une ame quelques sentiments religieux, quel frein pour l'arrêter dans les rencontres, ou quel aiguillon pour Ja piquer, que cette pensée : Je dois demain, je dois dans quelques jours approcher de la table de mon Sauveur- et de mon Dieu ; je dois paroitre en sa présence et m' unir à lui! De ce souvenir quels reproches nai»sent dans une conscience qui ne se sent pas assez nette ! quelles \ues de son indignité! quels troubles intérieurs et quels combats, qui se terminent enfin à de saintes résolutions, et à former le dessein d'une vie toute nouvelle! C'est pour cela que les directeurs des âmes les plus éclairés, noot point de moyen qu'ils^mploient plus sagement , plus efficacement, plus communément pour maintenir certains pécheurs dans la bonne^voie oii ils sont entrés en se convertissant à DieU; que de leur prescrire certaines communions, et à certains temps marqués. C'est pour cela que les maîtres de la morale ont établi comme une maxime indubitable qu'il y en a plusieurs à qui la fréquente communion est non'seulement si utile, mais si nécessaire, qu'ils y sont obligés sôus peine de péché mortel , n'ayant pomt pour se conserver de meilleur moyen, ni de préservatif plus assuré.

Mais, après tout, nous ne voyons point ces grands effets de la communion. Ainsi parlent bien des mondains, et c'est peut-être ce qu"ls me répoadent actuellement dans le secret de leur cœur. Or voici sur quoi il faut les détromper, et la réponse que j'ai de ma part à leur faire; car ils ne voient pas ces effets si salutaires et si merveilleux, parcequ'ils ne les veulent pas voir, parcequ'ils ne se mettent point eu peine de les voir, parcequ'ils y font trop peu d'attention pour les voir : makmoi je les ai vus, je les ai vus cent fois, je les vois encore tous les jours ; etpi^isque vous en appelez, mon cher auditeur, à l'expérience, elle m'apprend des choses dont il est bon que vous soyez instruit , et

qui achèveront de vous convaincre. C'est, premièremeiit, que les pins grands Saints de TÉglise de Dieu, et les âmes les plus élevées par leur piété, se sont fait et se font tous ou presque tous une règle de communier souvent ; que tout ce qu'il y a eu de bien en eux et tout ce qu'il y en a , ils l'ont attribué et Tattribuent particulièrement à cette pratique de la fréquente communion ; qu'ils l'ont regardée et qu'ils la regardent comme le fonds de toutes les grâces dont ils ont été comblés, et de toutes les vertus qu'ils ont acquises. Je sais que quelques uns s'en sont retirés par humilité, et qu'il s'en trouve encore qui veulent s'en abstenir par le même principe ; mais je sais aussi que les saints de ce caractère et de ce sentiment sont en très petit nombre ; que s'ils s'éloignent de la communion, ce n'est qu'avec peine, ce n'est que pour un temps, qu'ils abrègent le plus qu'ils peuvent ; ce n'est que dans des occasions extraordinaires et par des inspirations particulières. Or tout ce qu'il y a eu dans les Saints de particulier et d'extraordinaire ne nous doit point servir de modèle. Voilà néanmoins notre aveuglement, et même notre malignité. Pour un Saint à qui Dieu, par des vues spéciales, et qu'il ne nous appartient pas d'approfondir, pdit avoir inspiré de rendre ses communions moins fréquentes, nous en trouvons mille autres à qui il inspire le contraire : que dis* je? nous trouvons qu'il fait tenir une conduite opposée presque à tous les autres ; et l'on veut que les exemples d'une multitude innombrable , qui nous montrent évidemment quel a été et quel est encore l'esprit général des Saints, cèdent à un seul exemple où nous devons respecter les desseins de Dieu , mais que Dieu n'a point prétendu nous donner pour guide. Quoi qu'il en soit, on ne peut donc pas dire que l'on n'aperçoive dans le christianisme nul effet delà fréquente cotnmunion, puisque tant de saintes âmes, d'un consentement universel, se reconnoissent redevables de tout ce qu'elles sont à cet exercice si utilement et si constamment établi. Ce que je vois en second lieu, c'est que ceux qui font profession de fréquenter le sacrement de nos autels vivent la plupart dans une plus grande innocence et une plus grande régularité ; car, sans nous laisser aller à certains préjugés contre la dévotion, examinons bien qui sont ces personnes qu'on voit paroitre avec plus d'assiduité à la table de Jésus-Christ. Outre les prêtres du Seigneur, que leur ministère y engage, ce sont des vierges pieuses qui vivent au milieu du monde sans être du monde, ou comme si elles n'en étoient pas; ce sont des dames chrétiennes séparées des vaines compagnies du siècle, adonnées à la prière, à la lecture des livres de piété, aux bonnes œuvres ; ce sont des âmes choisies, zélées pour l'honneur de Dieu, charitables envers le prochain, solidement occupées de leur salut. Or il est constant que s'il y a encore de la sainteté sur la terre, c'est dans ces sortes d'états qu'elle se rencontre. Peutêtre y en a-t41 quelques uns qui, par la plus monstrueuse alliance, voudroient accorder ensemble la fréquente communion et une vie

mondaiiie ; mais c'est de qaoi nous sommes peu témoins, de quoi nous avons peu d'exemples» et ce qui passe pour une abomination. Il est donc vrai que la plus saine partie du christianisme est de ceux qui communient plus souvent; et cette expérience que nous avons n'est pas moins avantageuse à la fréquente communion que la première ; car si je vous disois d'une viande, que tous ceux qui jouissent d'une bonite santé en usent ordinairement, et que plus ils en font d'usage, mieux ils se portent, il n'y a personne qui ne la souhaitât, qui ne prît soin de s'en pourvoir, et qui ne la mangeât. Or je vous dis qu'il y a dans l'Église un pain tel , que ce sont les plus forts qui en font leur nourriture, et que ceux qui en font leur nourriture la plus commune deviennent les plus forts : cela me suffit , et ne doit-il pas vous suffire? Enfin, ce que j'observe en troisième lieu, c'est que tout ce qu'il y a de gens vicieux, de libertins, de mondains et de mondaines, ne communient que très rarement; qu'ils n'approchent de la sainte table que le moins qu'il leur est possible ; que du moment qu'ils ont commencé à se dérégler, ils ont commencé à se relâcher dans l'usage des sacremients , et surtout de celui-ci; qu'ils n'y vont que par nécessité, que par respect humain, que pour garder quelques dehors , et que souvent ils en viennent jusqu'à se dispenser de la communion pascale : pourquoi ? parcequ'ils sentent bien à quoi les porteroit la participation des sacrés mystères, et que, ne voulant pas être guéris , ils fuient le remède dont ils connoissent la force^ et dont ils ne peuvent ignorer la souveraine vertu.^oilà encore une fois ce que je remarque,, et ce qu'il ne tient qu'à vou^de remarquer aussi bien que moi.

Nous le savons, reprendra quelqu'un : mais nous savons en même temps que telle et telle dont les communions sont si fréquentes, ont néanmoins leurs défauts comme les autres. Nous savons qu'elles sont sensibles et hautaines , qu'elles sont vives et impatientes, qu'elles sont opiniâtres et obstinées, qu'elle^ ont leurs animosités, leurs fiertés, leurs jalousies. Ah ! mon cher auditeur, né descendez point là-dessus dans un détail peu conforme aux sentiments de la charité chrétienne ; et si vous ne voulez pas les imiter dans l'uçage fréquent de la communion, pratiquez au moins à leur égard et appliquez-vous à vousmême la maxime de saint Paul , que celui qui ne mange point n'a pas droitde mépriser celui qui mange: Qui non manducat, manducanteni non judket {Rom. , 14). Si j'entreprenois de les justifier, je vous dirois que ces défauts, dont aucun n'échappe à votre censure, si exacte et si sévère, sont souvent assez légers, bien au-dessous des odieuses peintures que vous en faites , et très pardonnables à des âmes que la communion ne rend pas tout-à-coup parfaites ni impeccables. Je vous dirois que pour un défaut que vous remarquez et que vous exagérez, il y a mille vertus que vous ne remarquez pas, où que vous tâchez malignement de rabaisser. Car telle est l'injustice : une imperfoctioQ

en certaines personnes» c'est un crime et un crime réel dans Tesprit des libertins du siècle; et mille perfections ne sont rien, ou ne sont que de trompeuses apparences. Je vous dirois ce que le Fils de Dieu disoit à rhypocrite : que vous découvrez une paille dans l'œil de votre prochain, et que vous n'apercevez pas une poutre qui vous crève les yeux ; qu'il ne vous sied pas de traiter les autres avec tant de rigueur, tandis que vous êtes si indulgent pour vous-même ; et qu'en vous comparant avec celles que vous condamnez , pour peu qu'il vous reste d équité et de droiture, vous verrez bientôt le degré de prééminence que leur donne sur vous le saint aliment dont elles se nourrissent. Je vous dirois que si elles sont encore sujettes, malgré la communion, à quelques fautes, ces foutes , sans la communion , deviendroient bien plusgrièves, et que,. ne l'étant pas, vous devez en cela même reconnottre l'efficace du divin sacrement qui les retient en tant de rencontres, et qui les empêche de tomber dans des abîmes d'où peut-être elles ne seroient jamais sorties. Mais pourquoi m'engager dans une justification qui n'est point ici nécessaire? Cette personne, je le veux, pour communier souvent, n*en est pas moins attachée à elle-même et à toutes ses commodités, pas moins vindicative, moins médisante, moins intéressée. Sur cela que ferai-je? je m'adresserai à elle, je lui représenterai le désordre de son état , je lui dirai : Prenez garde , vous recevez tant de fois le corps d'un Dieu, et vous ne vous corrigez point : il faut qu'il y ait quelque chose en vous qui arrête les effets de la communion. Car sans cela, cette chair toute sainte, entrant dans votre bouche, Taurolt purgée de ces médisances et de ce fiel que vous répandez avec tant d*ameriume ; entrant dans votre cœur, elle y auroit étouffé ces ressentiments et ces haines que vous y entretenez. Éprouvez-vous donc vous-même, examinez-vous, allez à la source du mal, et metlez-y ordre. C'est ainsi, dis-je, que je lui parlerai j et si elle ne m'écoute pas, je déplorerai son aveuglement , je la condamnerai. Mais en la condamoant, condamnerai-je la fréquente communion? Non, mes Frères; parceque-je me souviendrai toujours qu'un moyen , par les mauvaises dispositions de celui-ci en particulier ou de celui-là, peut ne leur pas profiter, sans rien perdre de sa vertu en général ni en lui-même.

Apprenons, Chrétiens, apprenons à mieux connoitre le don de Dieu , et ne négligeons pas le plus grand de ses bienfaits. Rendonsnous aux pressantes invitations du maître qui nous appelle à son festin, et qui nous a préparé ce repas somptueux et délicieux. N'imaginons point de vains prétextes pour nous priver voloutairement d'un bien que nous avons au milieu de nous, et que nous devrions chercher au-delà des mers. Peut-être s'il éioit moins commun, le desireroit-on davantage, et le demanderoit-on avec plus d'ardeur. Mais faut-il donc que la libéralité de notre Dieu nous soit nuisible; et parcequ'il est bon, en devons-nous être plus indifférents? Yoiis, ministres de Jésus-

Christ , n'oubliez jamais que vous êtes envoyés pour rassembler lés fidèles à sa tablé, et non pour les en éloî{yner. Inspirez-leur tout le respect et toute la vénération nécessaire pour honorer cet auguste sacrement ; peignez-leur avec les couleurs les plus noires le crime d'une communion mdigne ; aidez-les à se later, à se purifier, et disposez-les^ ainsi à recevoir le Saint des saints. Mais du reste, en les intimidant, prenez soin de les consoler et de les encourager. Ne vous faites pas un principe de leur rendre laccès si difficile, qu'ils désespèrent de pouvoir être admis au banquet. Ouvrez-leur la porte delà salle, ou du moins ne la leur fermez pas. Ne retranchez pas aux enfants le pain qui les doit sustenter, et sans lequel ils périront. Ne le mettez pas à un si haut prix qu'ils n'aient pas de quoi l'acheter. N'en soyez pas avares, lorsque le Sauveur qui vous Fa confié pour eux en est si libéral; et, si j'ose m'exprimer de la sorte, n'ayez pas plus ù cœur les intérêts de Dieu et de sa gloire, que Dieu lui-même ne les a. Vous ne m'en désavouerez point , Seigneur, puisque c'est en votre nom , et selon les favorables desseins de votre miséricorde , que je parle. Nous irons à vous avec tremblement,mais aussi avec confiance. Votre divinité, qui tout entière est cachée dans votre sacrement, nous remplira d'une crainte religieuse; mais en même temps votre infinie bonté, qui dans ce même mystère épanche avec une espèce de profusion tous ses trésors , nous animera d'une confiance filiale. Dans le sentiment de notre indignité $ nous nous écrierons comme saint Pierre : Retirezvous de moi ,'nion Dieu , car je suis un pécheur, et rien de plus. Exi à me, quia homo peccator sum (Luc, 5). Mais du reste, comptant comme le même apôtre sur votre grâce, nous nous tiendrons auprès de vous, et nous vous dirons : A quel autre irions-nous, Seigneur; et loin de vous, où trouverions-nous la vje? Domine ^ ad quem ibimus? verba vitœ œlernœ habes (Joan., 6). Vous nous recevrez, vous viendrez vous-même à nous et dans nous ; vous vous communiquerez à nous, vous vous ferez sentir intérieurement à nous, jusqu'à ce que nous puissions , ^saps voile et face à face, vous contempler et vous posséder dans Tétemité bienheureuse , où nous conduise , etc.

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