‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 61 sur 119 · SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS

LA PENTECOTE.

SUR LA SÉVÉRITÉ CHBÉTiENNE.

Erant apprapinqwinies ad JesUm publieani et peceatorest itt audirent illumj et fnurmurabant pharisaH et tcribœ, dicentes : Quia hic peeeatores rtcipU , et mandueat cum mis.

'Des poblicaii» et dfs péchears venoient 4 Jésus pour [l'entendre; mais les pharisiens et les scribes en murmuroient, disant: Cet homme reçoit les pécheurs, et il mange avec eux. SAINT Luc, chap.XY.

. Ils murmuroient , dit saint Grégoire pape ; ils oomianmoient la con- B. S. 3t

duite du Sauveur des hommes, et l'accusoient d'une molle iDdul{rence à Té^jard des pécheurs, f)arce qu'ils ne connoissoient pas le véritable esprit de la s^iinte loi qu*il Ytoit venu annoncer au monde. Pleins de fa^te et d'orgueil, ils aJFf'ectoient une fausse sévérité; et ils auroient cru p'ofaner leur niiolsière, en se communiquant à des âmes criminelles elles recevant auprès d*eux. Mais telle est, mes Frères, la grande différence qui se rencontre entre la prétendue sainietédes pharisiens et la sainteté évangélique : l'une est sévère jusqu à se rendre inexorable,et à étouffer tous les sentimenls d'une juste compa>sion; Tauire ne dédaigne personne, s'attendrit sur les uiisères spirituelles du prochain, et ne cherche qu*à les soulager : Vera justitia compaS' sionem habei; falsa^ detestationem (Greg.)* H uest donc pas surprenant, selon des caractères si opposés, que ces pharisiens et ces scribes se scandalisassent de voir Jésus-Christ au milieu des pécheurs, leur préchant sa divine parole , leur enseignant les voies de ia pénitence, les visitant et mangeant à leur table: et nous ne devons pas plus nous éionner que le même Fils de Dieu, sans égard à l'injuste scandale des dévots du judaïsme et à leur rigueur extrême , appelât autour de lui, comme un bon pasteur, ses brebis perdues, qu*il travaillât aies ramener au. bercail, qu'il leur fit entendre sa voix dans leur égarement , et qu'il les accueillit avec douceur dans leur retour : Quia hic pccçatores redpil , et manducat cum tlUs, Que veux-je dire après tout, Chiétiens? £st-ce que cet Homme-D eu , pour attirer les pécheurs, flatioit le péché? Est-ce qu'il leur ouvroit un chemin spacieux ei commode, et «lu'il manquoitdesé\érité dans sa morale? 11 n'y 9 qu'à consulter ^on É van;; île pour se détromper d'une si grossière erreur. Ilétoit sévère, mais avec mesure, mais avec une sagesse toute divine; au lieu qiie les pharisiens Fétoient ou il ne falloit pas l'être, et ne Tétoient pas où il fallok l'être. Ceci , mes chers auditeurs, me présente une octasion bien naturelle de vous entretenir aujourd'hui de la vraie séyérité, de vous en donner Tidéeque vous devez avoir, de distinguer la sévérité chrétienne de la sévérité pharisienne,^' exposer l'une et l'autre à votre vue, et de vous faire ainsi connoitreile quels écueils vous avez à vous garantir dans la voie du salut , et quelle route vous avez à prendre pour les éviter. C'est particulièrement en ces sortes de sujets que nous avons besoin des lumières et de l'assistance du Saint- Esprit^ qui est un e»prit de discernement et de vérité. Demandons-les par l'intercession de Marie , et disons-lui : Ave. .

Si la perte et la damnation de Thomme est dans lui-même, selon que le prophète âutrt^fois le reprocboit à Israël, Perditto tua, Israël (OsEiE , 13) ; je puis dire. Chrétiens, par une règle toute contraire, et suppo.^ant (l'ai)Of d la. g ace comme un principe nécessairemtnt et absolument requis, que c*est aussi dans nous-mêmes et dans notre propre fondât (qu'est notre sanctification el notre salut* Four trouver donc

la véritable sainteté et tout ensemble la véritable sévérité de FÉvangile, BOUS ne la devons point chercher hors de nous, mais dans nous, pap-^ Cfque c'est dans nous qu'el'e réside, ou du moins en nous qu'elle doit consister ; je n/explique. Quelle étoit la séveri«é des'pharisiens? une sévéïitë tout exiéiîeure, qui ne regardoit que les cérémonies de la loi, que les an( iennes traditions, c|ue les exeic ces publics de la religion. Ilssanrtifioient, pour iiinsî parler, les dehors de rhomnie, mais ils ne sanctifîoient pas Thomme. Car qu'est -ce proprement que Fhomme, ri qu'y a-t-il dans l'homme de plus essentiel? Tisprit et le cœur. Or voilà où la sévérité pbarisienne ne s'étendoit point, et voilà surioutà quoi s^'attarhe la sévérité chrétien ne et ce qui en fait le capital. Prenez garde, s'il vous plaît, et comprenez le dr ssein elle partage de ce discours. Par rapporta l'esprit, la sévérité des pharisiens etoitune sévérité présomptueuse, et obstinée dans ses jugements; par rapport au cœur, la sévérité des pharisiens étoit une sévérité passionnée^et violente dans ses ressentiments. Mais à cela j'oppose deux marques distinc-^ lives de la sévérité chrétienne : Tune est la docilité de l'esprit, comme vous le verrez dans la première partie ; l'autre, la moriific-ation du cœur, comme je vous le montrerai dans la seconde partie. Docilité de l'esprit, pour en soumettre les jugements; mortiiication du cœur, pour en vaincre les passions. Ces deux points méritent toute votre attention.

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