SUR LES OEUVRES DE LA FOL SOS
œuvres dignes de notre foi : voilà le second principe de riofidélité secrète qui règne dans nous. N'avançons rienéémérairement dans une matière aussi importante et aussi délicate que dêlle-ci. C'est le flambeau de la révélation de Dieii , et non pas celai de notre propre sens, qui nous doit conduire. Dieu nous ôte ces grâces spéciales et abondantes de la foi qui nous faisoieni chrétiens ; rien de plus formel ni de plus expressément marqué dans l'Ecriture. Mais pourquoi nous les ote-t-il?ah ! Chrétiens, remarquez ceci. Il pourroit nous les ôter souverainement y et sans autre raison que pai'cequ'il lui p)att et qum le veut: car il est le maître de ses biens. Mais, bien loin d'y procéder d'une manière si absolue, il nous déclare en mille endroits que la plus grande violence que nous lui puissions faire est de l'obliger d'en venir à cette extrémité ; que ses dons n'étant sujets à aucun repentir, il ne retirera jamais de nous celui de la foi , o'est-à-dire ces grâces particulières auxquelles notre foi est attachée , que parceque nous nous en serons rendus indignes, qu'en punition de l'abus que nous en aurons fait, que pour n'en pas souffrir davantage la profanation, et par-dessus tout dans le juste ressentiment qu'il aura de voir ces grâces si fécondes et si agissantes d'elles-mêmes, devenues stériles et oisives en nous.
Car voilà ce que le Saint-Esprit semble avoir entrepris de nous faire entendre par les apôtres et par les prophètes. Voilà ce que saint Jean, dans l'Apocalypse, eut ordre de signifier à Tévéque d'Ephèse, quand il lui dit de la part de Dieu : J'ai quelque chose contre vous, parceque votre charité s'est refroidie. Souvenez-vous donc de l'état dont vous êtes déchu , et rentrez dans l'exercice des saintes œuvres que vous pratiquiez autrefois, à l'édification de toute l'Eglise. Sinon je viendrai dans le mouvement de ma colère , et j'ôterai de sa place ce chandelier mystérieux qui vous éclaire inutilement : Memor esto ita" que undè excideris, et prima opéra fac; sinautem venio tibi, et movebo candeUxbrum tuum de lûco suo [Apoc, S). Ôr ce chandelier, dit saint Grégoire pape, selon même le sens de la lettre, nous représente la foi, dont il est le symbole; et cela montre que Dieu, lassé de la n^ligence de cet évêque et du relâchement de sa vie, n'avoit point de justice plus rigoureuse à exercer sur lui que de lui enlever les grâces de la foi. Voilà ce que nous prêche cette parabole si intelligible et tout ensemble si terrible, du talent enfoui que le père de famille fit ôter' à celui de ses serviteurs qui n'avoit pas pris soin de le faire valoir. Car, suivant l'observation de saint Augustin, ce premier talent qui en devoit produire d'autres est évidemment la foi , qui doit opérer dans nous les œuvres du salut; et la sévérité dont ce père de famille usa envers son serviteur est justement ce qui s'accomplit dans un homme du siècle , quand Dieu , commençant déjà à le réprouver, le dépouille du seul bien qui lui restoit, et qui étoit la lumière de la foi divine.
En effet , Chrétiens , s'il y a une raison capable d'autoriser cette
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conduite de Dieu, et de fermer Ja bouche aux hommes du monde» c'est ce mépris des bonnes <^uvres dans lequel ils vivent. Car la foi, dit excellemment saint Chrysostome, n'étant donnée que pour agir; toute sa vertu se réduisant à exciter dans les cœurs le zè^ du bien qu'elle fait connottre; son unique emploi étant de soutenir l'homme dans l'exécution de ce que le christianisme lui prescrit ; dès qu'elle n'opère plus rien de semblable , Dieu ,.en vue même de sa gloire, est intéressé '^h laisser détruire. C'est un arbre qui doit porter des fruits, et qui ne se trouve couvert que de feuilles, c'est-à-dire d'actions criminelles ou superflues; Dieu donc a [droit de dire : Sucdde illam, ut qmd etiam terram occupât (Luc, 13) ? Goupez-le cet arbre, eji arrachez-en jusqu'à la racine ; car à quoi bon le conserver, puisqu'il n'est d'aucun profit et d'aucun rapport ? Or ce que l'Esprit deQieu nous a'exprimé en figure touchant cette vérité, c'est ce qui se passe tous les jours et en effet, quand Dieu , par le plus redoutable de ses jugements, nous prive de certaines grâces choisies, en quoi consistée le don de la foi. Car il ne nous avoit pas donné la foi comme une simple prérogative, pour nous distinguer des nations infidèles; ni comme un simple ornement, qui ne dût qu'enrichir et parer notre ame. ]S>(ous n'étions pas seulement chrétiens pour connoitreles merveilles et les prodiges qu'un Homme-Dieu a foits pour nous, sans autre conséquence que celle de lui en savoir gré, et de nous en féliciter nous-^émes ; nous l'étions pour répondre à ses bfenfaits par des actions (jUgnes de lui et dignes de nous. Mous avions cette foi pour la faire multiplier, pour en rendre les fruits à Dieu, pour en édifier notre prochain, pour en recueillir nous-mêmes des mérites sans- nombre; et tout cela par le moyen de nos bonnes œuvres. Dieu nous visite, et au L'eu de ces bonnes œuvres, il ne trouve en nous qu'une foi inculte, aride, infructueuse, qui, quoique arrosée des pluies du ciel et engraissée du suc de la terre, c'est-àdire des grâces que nous recevons continuellement, demeure toujours ingrate et ne produit rien : que fait Dieu? il conclut ou à ^'extirper tout-à-iait, ou à la transplanter dans un aujtre sol : Succide, ut qvid etiam terram occupât? II commande aux anges, ministres de sa justice , de nous abandonner, et il renverse dans notre ame, ainsi que parle le Prophète royal , jusqu'au fondement de tout l'édifice spirituel qu'il y avoit lAû. Hxinanite usque ad fundamentumineâ (Psalm. 136). Qu'est-ce que ce fondement? c'est la foi qui devoit soutenir toutes les vertus chrétiennes, mais qui, ne soutenant plus ri^n lorsque nous n'agissons plus pour Dieu , senible exciter Dieu à prononcer le dernier arrêt contre nous. Exinanite usque ad fundamentum in eâ. £h bien ! dit Dieu, qu'elle périsse cette foi inutile, et qu'il n'en reste phis aucun vestige dans ce chrétien perverti, usque ad fundamentum.
£t c'est ainsi, mes chers auditeurs, que nous voyons parmi nous des génies sublimes , des esprits forts, pénétr^mte, éclairés selon le monde , tomber dans des aveuglements qui font horreur, ne recon-
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Doissânt plus ni Dieu, ni foi, ni religion ; c'est ainsi que nous-mêmes , avec toute notre suffisance et tous les avantages dont nous nous piquons 9 nous avons souyept moins de foi que des âmes simples qui s'emploient avec JbLumîlité aux œuvres chrétiennes., nous flattant que cette différence est même une marque ^e leur simplicité et de notre esprit, et ne copcevsMAt pas que Dieu, en récompense de leur ferveur, se coinmunique h elles , au lieu que , pour punir notre lâcheté, il se retire de nous ; c'^st ainsi que nous perdons la grâce de la foi, et que cette foi , par une substitution bien malheureuse pour nous , passe aux naiioos étrangères, qui font leur richesse de notre perte, comme dit saint Paul, et qui entrent dans le royaume de Jésus-Christ à mesure que pous, gui en étions les héritiers, en sommes chassés : substitution t^nt de fois prédite par^e Fils de Dieu, si manifestement accomplie ^ans tous k^ siècles du christianisme , consommée d'une manière si touchante dans le nôtre , oii nous avons vu naître de nouvelles cbré- Xientés, et comme deux mondes fidèles, Içs uns venus de l'orient et les autres de l'occident, par la propagation qui s'est iaite de l'Évangile, en même temps que l'hérésie a détaché de l'Église des peuples entiers, afip qu'il ne manquât rien à cette prophétie :» MuUi ab oriente vementetoctidente; filii autem regni qideniur in tenebras exteriores
(Màtth., 8).
Ah ! Ghrélîeps, puvronsles yeux â cette vérité, et, suivant Je précité de notre divin maître, travaillons , efforçons-nous de faire des œuvres conformes à notre foi ; n'attendons pas que la mesure de nos péchés étant r^nplie , le soleil de justice s'éclipse entièrement pour nous: puisque nQtre foi ^n'est pas encore éteinte, servons-nousi-en, non seulement pour engager Dieu à nous la conserver, mais pour Inériter même qu'il nous l'augmente; désabusons-nous surtout d'une erreur grossière qui nous séduit, de croire que, renonçant aux bonnes œuvres, nous ayons néanmoins. tocyours une intention droite de chercher Dieu, et un vrai désir de le connottre. Car comment cela pourroitil être? Est-ce par une vie lâche et toute mond^ne qu'on cherche Dieu? est-ce par-là qu'on le trouve? est»ce ainsi que Ton parvient à cette connoissance bienheureuse qui fait la sainteté des Justes? Dieu seroit-il ce qu'il est, si une telle voie nous conduisoit à lui? Non, non. Chrétiens, cela ne se peut. Dans la naissance de l'Église, dit saint .Ghrysostome, la foi des chrétiens se soutenoit par les miracles ; quelque temps après elle se fortifia par les persécutions; mais depuis que les persécutions ont cessé, et qu'il fie plaît plus à. Dieu d'opérer ces fréquents mirades, c'est par la constance dans les bonnes œuvres que nous la devons maintenir. Ceci m'engage dans la seconde partie, où, aprj|s vous avoir montré que nous perdons .la foi parceque nous négligeons 'les .œuvres chrétiennes, je dois vous faire voir que c'est aussi par les œiivres chrétiennes que nous ranimons et réparons notre foi altérée ou perdue. Renouvelez , je vous prie , votre attention.