‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 70 sur 119 · SUR LES OECVRES DE LA FOI · texte numérisé non relu

SUR LES OECVRES DE LA FOI

n'est point ea notre pouvoir, toutes ces propositJcMis de Jésus-Cbrist étoient sans fondement ; il devoit supporter ses apôtres , tout incrédules qu'ils étoient; il ne devoit point les condamner de ce que leur foi étoit imparfaite ; il devoit remédier à l'impuissance où ils étoient de croire à sa parole , et non pas leur en foire des reproches. Or^ de dire que Jésus-Christ leur ait fait ces Reproches sans sujet et sans raison , c'est ce que je no crois pas que nous osions lui imputer. Il dépend donc absohiment de vous d*avoir la foi et de persévérer dans la foi : on ne vous dit pas, Chrétiens, que. vous la puissiez avoir de vousmêmes et sans le secours de la grâce ; on convient que la grâce nous est nécessaire pour assujettir notre raison à Tobéissance de la foi ; mais supposé cette grâce que Dieu nous promet, et que vous pouvez ensuite vous promettre infailliblement à vous-mêmes, parceque la parole d'un Dieu ne peut manquer, on dit qu'il est en votre pouvoir île pratiquer cette obéissance , de vous en imposer le joug , de le porter constamment et volontairement , en un mot de croire et d'être fidèles ; et on prétend que de douter de cette maxime , c'est faire injure à la grâce même , sous ombre d'en établir la nécessité.

Si l'erreur contraire étoit une fois reçue, que» dans l'état même de grâce où nous sommes, il ne dépend point de nous de croire ou de ne pas croire, il n'y aurpit plus d'impiété qui ne fût autorisée, plus de libertinage de créance qui ne se trouvât à couvert, plus d'athâsme non seulement qui ne devint pardonnable et excusable, mais qui ne se soutint même contre Dieu, sans avoir besoin d'excuse ni de pardon. En effet, c'est à quoi, aboutit le raisonnement des libertins et -des impies, et voilà ce qui les endurcit dans leur infidélité. On vous dit donc. Chrétiens, et on vous le répète, qu'il n'en est pas ainsi ; et qu'autant qu'il est vrai que la grâce de la foi dépend de Dieu seul, autant est-il vrai, dans la solide théologie, que la fgi dépend de Dieu et de vous : pourquoi? parceque , quand même yoiM^ n'auriez pas encore toute la perfection de cette vertu, il dépend de vous, en usant bien des grâces présentes, de la demander à Dieu ; il dépend de vous de vous y disposer, il dépend de vous dé retrancher miUe obstacles qui vous en éloignent; parceque si, l'ayant déjà, vous reconnoissez qu'elle s'affoiblit, il dépend de vous d'employer les moyens efficaces dont Dieu vous a pourvus pour la fortifier par de bonnes œuvres. Vous ne faites rien de tout cela; et sans user d'aucun effort, mesurant cette foi par les vues bornées d'un esprit n^ondain qui vous possède , vous prétendez en être quittes pour dire : Je n'ai pas le don de la foi , cette foi n'est pas en ma puissance. Je vous demande si c'est bien raisonner avec Dieu?

Mais allons plus loin, et, prenant la chose de plus haut, tâchons de pénétrer jusque dans le fond de ce mystère. Nous perdons la foi , parceque Dieu relire de nous les grâces et les lumières de la foi ; et Dieu rétire de nous les grâces de la foi , parceque nous ne faisons pas des

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