‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 74 sur 119 · SERMON POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS LA · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS LA

PENTECOTE.

SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÊt£.

Jmen dieo vobis : Nisi abtmdaverUjustitia vestra plusquàm sefibarum etpharisœà» rumi non intrabitit in regnum cœhrwm.

Je TOUS dis en Térité : Si votre Justice n'est an-dessns de celle des scribes et des phariafens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieuz. Sàiht Luc, chap. lu.

C'est la haute idée que Jésus-Chrîst nous donne de k joi évangélique et de la perfection qu'elle renferme. Vous savez , mes chers auditeurs , ce qu'étoient les pharisiens parmi les Juifs : des hommes solitaires et retirés , éloignés de la multitude et séparés du commerce du

peuple ; des hommes regardés comme des saints , ëgalemept respectés des petits et des grands y et dont la vie exemplaire foisoit tout ensemble et 1-admiration et Tédification publique. Mais qui Teût cru? malgré toute leur sainteté , le Fils de Dieu nous déclare aujourd'hui dans son Evangile » et nous l'assure même avec serment, Amen <tico vobis , que si notre piété ne surpasse encore celle de ces dévots de la Synagogue, nous ne serons jamais reçus danç le royaume céleste ; que la plus émiôente vertu où ils paroissoient élevés ne suffit pas pour le premier degré de la perfection d'un chrétien ; et que de s*en tenir là , ce ne seroit ni satisfaire à nos devoirs , ni remplir notre vocation. Parole du Fils de Dieu , qui devroit, ce semble, nous jeter dans le découragement , et nous inspirer un secret désespoir. Mais ce n'est point, mes Frères, le dessein que s'est proposé le Sauveur du monde. S'il prononce des arrêts , c'est pour nous instruire , et non pour nous perdre; s'il parle , c'est en maître , non en juge ; et s'il nous met devant les yeux l'exemple des pharisiens , c'est seulement pour nous laire connoître quels désordres peuvent cerrompre la plus apparente dévotion , et pour nous apprendre à les éviter. Sujet d'une conséquence infinie ; et de tous ceux que j'ai traités dans cette chaire, ou que j*y dois traiter, voilà peut-être le plus moral et le plus utile. Nous ne sommes tous sur la terre que pour servir Dieu ; c'est au service de Dieu que notre salut est attaché , c'est de là que dépend notre éternité bienheureuse ou malheureuse. Mais dans ce service de Dieu il y a des écueils à craindre ; et combien donc nous est-il important d'en avoir une pleine connoissance , afin de nous en préserver I Demandons les lumières du Saint-Esprit, et pour les obtenir adressons-nous à Marie : Ave. , •

L'or le plus brillant i^est pas toujours le plus pur, et la'piété la plus éclatante n'est pas toujours la plus solide ni la plus parfaite. En pouvons-nous souhaiter un témoignage plus authentique et plus sensible que celui des pharisiens et des docteurs de la loi ? Leurs œuvres les plus saintes en apparence ne leur étoient pas seulement inutiles devant Dieu , mais c'étoient des œuvres expressément réprouvées de Dieu : pourquoi cela? par trois grands désordres que nous y pouvons remarquer, et que j'entreprends de combattre dans les trois parties de ce discours. En effet, qu'étoit-ce que cette piété pharisienne? Une piété hypocrite^ une piété fausse et vicieuse, premièrement dans son sujet, secondement dans sa fin, troisièmement dans sa forme. Prenez garde» s'il vous plait : vicieuse dans son sujet, parcequ'elle afiectoit une régularité scrupuleuse sur les moindres observances, tandis qu'elle në« gligeoit les devoirs les plus essentiels. Vicieuse dans sa fin, parcequ'elle n'agi^soit qu'en vue de ses propres avantages et que pour des intérêts tout humains. Enfin vicieuse dans sa forme , parcequ'elle étoit tout extérieure, et qu'elle ne consistoit qu'en certains dehors. Voilà pour-

quoi le Fils de Dieu l'a si hautement attaquée, et pourquoi il Ta si Bouvent ff appëe de ses anathèmes. Alais voulons-nous , mes Frères , par une piété sincère et véritable, assurer auprès de Dieu notre salut, et nous rendre agréables à ses yeux? appliquons-nous à corriger dans nous-mêmes ces trois défauts ; c'est-à-dire que notre piété soit entière, qu'elle soit désintéressée, et qu'elle soit intérieure. Entière, pour embrasser tout ce qui concerne le service de Dieu, soit grandes ou petites choses, et surtout pour ne pas préférer le conseil au précepte; désintéressée , pour ne chercher que Dieu et le royaume de Dieu , sans égard à tout ce que nous en pourrions d'ailleurs espérer par rapport au monde et aux affaires du monde; intérieure, pour résider dans le cœur et pour partir du cœiîr. Si, par ces trois caractères, nous ne nous élevons au-dessus des pharisiens, si nous ne donnons à notre piété plus d'étendue, si nous ne lui proposons une fin plus noble, si elle n'a son principe dans le secret et le fond de l'ame, ne nous flattons pas qu'elle nous fasse jamais trouver ^race devant Dieu : Nid abundaveritjmti" tïa vestraplusquàm scribarum etpharisœorumj nonintrabitisinregnum cœlorum. C'est de quoi je vais vous convaincre par ordre, et ce que je vous prie d'écouter avec attention.

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