‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 79 sur 119 · SERMON POUR LE SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR l'hypocrisie.

DiaM Jésus disdpuHs suis : AUendiU à falsis prophetis , qui veniwml ad vos in vesiimentis ovium , intrinsscus autem sunt lupi rapaces.

Jésus dit à ses disciples : Gardez-Yous des faux prophètes , qui viennent à vous déguisés en brebis, et qui dans le fond sont des loups ravissants. Saint Hatth., chap. vn.

C'est de tout tempis qu'il y a eu de faux prophètes et des hypocrites dans rÉglîse de Jésus-Christ : et c'est à nous» mes chers auditeurs, aussi bien qu^aux premiers disciples » que s'adrçssent cea paroles de notre adorable maître. Il n'est rien de plus saint que la piété» rien de plus excellent et de plus divin; mais ne.puis-je pas dire avec douleur qu'il n'est rien aussi de plus exposé aux profanations et aux abus » ni rien de plus dangereux que ces âmes artificieuses qui» sous le voile d'une dévotion apparente» cachent ou le venin d'une doctrine corrompue» ou le dérèglement d^une conduite criminelle? Ceci» Chrétiens » m'engageroit à parler aujourd'hui contre l'hypocrisie» si Dieu ne m'avoit inspiré un autre dessein qui » quoique différent de celui-là » ne laisse pas de s'y rapporter» et dont je me promets encore plus de fruit pour la réformation de vos mœurs. L'hypocrisie » dit ingénieusement saint Augustin» est cette ivraie de l'Évangile» que l'on ne peut arracher sans déraciner en même temps le bon grain. Laissons-la croître jusqu'à la moisson» selon le conseil du père de famille» pour ne nous point mettre en danger de confondre avec elle les fruits de la grâce» et les saintes semences d'une piété sincère et véritable. Au lieu donc d'employer mon zèle à combattre l'hypocrisie» j'entreprends de combattre ceux qui, raisonnant mal sur le sujet de l'hypocrisie» ou en tirent de malignes conséquences,- ou en reçoivent de funestes impressions, ou s en forment de fausses idées au préjudice delà vraie piété.

Je veux ooDsidérer rhypocrisie non pas en elle-même, mais hors d'elle-même ; non pas dans son principe , mais dans ses suites ; non pas dans la personne des hypocrites, mais dans ceux qui ne le sont pas. En un mot, je veux, autant qu'il m'est possible, vous préserver des tristes effets que produit communément en nous rhy{)ocrisie d'autrui. Esprit sainte vous qhi êtes souverainement et par excellence l'esprit de vérité, éclairez-nous et conduisez-nous par votre grâce, afin que nous marchions en assurance dans le chemin du salut, et que nous ne recevions nul dommage de l'imposture et du mensonge. C'est ce que je vous demande par l'intercession de la Vierge à qui vous communiquâtes vos plus pures lumières, et que je salue en lui disant : Ave,

Vous avez trop de pénétration, Chrétiens, pour n'avoir pas compris d'abord le dessein et le plan de ce discours. Je distingue dans le christianisme trois sortes de personnes qui, sans être hypocrites ni le vouloir être, se font de l'hypocrisie d'autrui un obstacle essentiel à leur salut. Remarquez-en bien les divers caractères. Les premiers , ce sont les mondains et les libertins du siècle, qui, déclarés contre Dieu et contre son culte, se prévalent ou veulent se prévaloir de l'hypocrisie d'autrui pour autoriser leur libertinage et s'élever contre la vraie piété. Les seconds, ce sont les chrétiens lâches à qui l'hypocrisie d'autrui est une occasion de scandale et de trouble , jusqu'à les dégoûiter et à les rebuter de la vraie piété. Et les derniers, ce sont les ignorants et les simples, qui, ne consultant ni leur foi ni leur raison, se laissent sédujre par l'hypocrisie d'autrui , et la prennent pour la vraie piété. Ainsi les impies pensent trouver dans l'hypocrisie d'autrui la justification de leur impiété, les lâches le prétexte de leur lâcheté, les simples l'excuse de leur imprudence et de leur témérit^. Mais je prétends leur montrer à tous combien leur conduite est insoutenable et leurs raisonnementsfrivoles. Je prétends, dis-je, faire voir au libertin combien il est mal fondé quand , pour se confirmer dans son libertinage et son désordre, il se sert de l'hypocrisie d'autrui, ce sera la première partie; au lâche, combien il est foible et coupable dans sa foiblesse quand il se trouble de l'hypocrisie d'autrui jusqu'à s'éloigner des voies de Dieu» ce sera la seconde partie; à l'ignorant et au simple, combien il est inexcusable devant Dieu lorsqu'il se laisse surprendre à l'hypocrisie d'autrui , ce sera la troisième partie. Trois points d'une extrême importance, et que je traiterai selon que le temps me le permettra. Commençons.

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