SERMON POUR LE ONZIÈME DIMANCHE APRÈS
LA PENTECOTE.
sua LA MÉDISANCE.
El adduewiu ei êurdwn et imUtM» , et depreetUHmtur eum ut impmuU Hli manum. On loi ameDa un bonuoe qol étoit sourd et muet, et on le pria de mettre les maina aor lui pour le guérir. Sairt Marc, chap. vu.
Voici, Chrétiens, une chose bien étrange, que nous représente notre évangile. Dans un moment le Fils de Dieu, par une vertu toute miraculeuse, délie la langue d'un muet et lui donne l'usage de la parole : Solutum est vinculum lihguœ qus , et loquebatur rectè (Marc, 7); mais en vain ce même Sauveur des hommes veut-il imposer silence à une nombreuse multitude qui l'environne , et leur fermer la bouche. Malgré le commandement qu'il leur fait , et plusieurs ordres réitérés de sa part, ils élèvent la voix, et ne cessent point de se ^ire entendre : Quanta autem eis prœctpiebat ^ tanto magis plus prœdicabant (Ibid). C'est, dit saint Grégoire, qu'il est beaucoup plus difficile de se taire que de parler. L'un procède d'une discrétion sage, d'une retenue modeste et humble, d'une charité compatissante aux foiblesses d'autrui, et d'un empire absolu sur soi-mé:ne; au lieu que l'autre , en mille rencontres , n'est l'effet que d'une impétuosité naturelle , et souvent d'une passion maligne et d'une envie secrète de censurer. Si ron.parloit au moins comme cette troupe zélée qui rend gloire à Jésus- Christ, et qui publie le miracle qu'il venoit d'opérer à leurs yeux ! mais on parle pour décrier le prochain et le couvrir de confusion; on parle pour en railler, pour le condamner, pour relever ses défauts, pour noircir sa réputation , pour le perdre enfin dans l'estime publique. Il y a longtemps , mes chers auditeurs , que je me suis proposé de vous entretenir de la médisance, et c'est ce que j'entreprends dans ce discours. Injurieuse et criminetlè liberté , qui ne respecte personne , qui s'attaque sans distinction et aux grands et aux petits , qui n'épargne ni le profane ni le sacré, et qu'il est d'une importance extrême, pour le bon ordre du monde et le salut des âmes, de répii-
mer. Demandons le$ lumières du Saint-Esprit, et adressons-nous à sa sainte Épouse» qui est Marie : Ave.
Si nous connoissions parfaitement nos maux, et si nous avions soin d*en étudier la nature et les qualités, souvent il ne faudroit rien da* vantage pour nous en guérir , et cette réflexion seule en pourroit être le remède infaillible et souverain. Ce qui fait que nous les entretenons, c'est que nous n'en voyons pas la malignité , et que , par une négligence très dangereuse, nous n'examinons presque jamais, ni de quelle source ils procèdent, ni quels effets ils causent dans nous. Or je parle aujourd'hui, Chrétiens, d'un mal d'autant plus déplorable qu'il est volontaire, et d'autant plus pernicieux qu'il est habituel ; savoir, du péché de médisance, ou plutôt de la passion qui est en nous le principe de ce péché. Mon étonnement est que cette passion étant d'une part la plus lâche et la plus odieuse, et de l'autre ayant pour la conscience les plus étroits et les plus terribles engagements, ce soit toutefois celle que nous craignons le moins, et qui nous devient ainsi plus ordinaire. Car enfin, pour peu que nous soyons sensibles à l'honneur, sans grâce même et sans christianisme, nous fuyons naturellement ce qui porte avec soi un caractère de lâcheté, et ce qui peut nous attirer la haine des hommes ; et pour peu d'ailleurs que nous ayons de religion et que nous soyons touchés de zèle sur l'affaire du salut , nous devons conséquemment éviter ce qui nous le rend plus difficile et ce qui l'expose à un péril plus certain. Mais, par une conduite tout opposée, la médisance est de tous les péchés celui dont nous nous préservons avec moins de précaution, et voilà encore une fois ce qui me surprend. En deux mots, qui comprennent tout mon dessein, point de péché plus universel que la médisance, et c'est ce qui m'étonne par deux raisons : en premier lieu, parcequ'entre les péchés il n'en est point de plus lâche ni de plus odieux , vous le verrez dans la première partie : en second lieu, parcequ'entre les péchés il n'en est point qui engage plus la con> science, ni qui lui impose des obligations plus rigoureuses; je vous le montrerai dans la seconde partie. Appliquez-vous à Tune et à l'autre, et commençons. '