‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 145 sur 225 · SUR LE D&LAI DE LA PÉNITENCE. SSS · texte numérisé non relu

SUR LE D&LAI DE LA PÉNITENCE. SSS

foibkflse biHDaine , tous tombez quelquefois , si vous péehez» ne permettez pas au péché d'affermir son empire dans vous et sur vous , par une possession paisible et habituelle. Leçon d'une conséquence infinie ; leçon dont nous ne comprendrons jamais mieux la nécessité , que lorsque nous comprendrons toute la malignité d'une criminelle habitude. Le péché est un mal ; mais au-dessus de ce mal , tout ex* tréme qu'il est, on peut dire qu'il y a qudque chose encore de plus pertûcieux et de plus à craindre : et quoi ? c'est l'habitude dans le pé« ché. Il n'y a qu'à consulter sur ce point de morale les Pères de l'Église et les maîtres de la vie cbrétienne(; il n'y a qu'à voir avec quelle force et en quels termes ils s'en expliquent. Mais allons plus loin : car peut-élre dirji-t-on quesi, par le délai de la pénitence, l'habitude s'est formée, on n'est pas après tout sans ressource, et qoe^désormaJan^'apponant plus à sa conversionde nouveaux retardeinents, on peut, par un vrai retour à Dieu , réjparer le passé et sanctifier le reste de ses années: espérance dont on se flatte, mais espérance que doft pleinement détruire une seconde proposition qui va faire le sujet do second point.

Second ponrr. L'habitude du péché entretient jusques à la mort le délai de la pénitence , et par-là conduit à l'impénitenoe finale. N'exagérons rien , et , pour nous renfermer dana les bornes de la vérité la plus exacte , convenons d'abord du sens dé cette proposition , et mettons-y tous les tempéraments et toutes les modifications convenables. Ce n'est point une règle universelle nvabsolue; ce n'est point à dire *qoe l'habitude soit à la pénitence du p^heur un obsuicle insurmontable , ni qu'elle le détermine tellement à persévérer dans son péché , qu'il ne lui soit plus libre d'en sortir. Ce n'est point à dire niéme que de temps en temps on n'ait vu et qu'on ne voie encore un petit nombre de pécheurs que la. grâce enfin , par un dernier effort, semble arracher à l'iniquité , et en qui elle triomphe de mille résistances, et des retardements les plus opiniâtres. Voilà, pour ne donner dans àscune extrémité, ce que nous soounes obligés de reconnoftre. Mais du reste , il n'en est pas moins vrai que si le retour d*un pécheur d'habitude n'est pas impossible , il est toujours d'une difficulté extrême , et en voici la preuve convaincante. Car si le ^heur n'ayant point encore l'obstade de l'habitude à surmonter, et avant qutelle se soit for^: tifiée , n'a pas eu néanmoins le courage de rompre ses liens, et d'entrer dans les voies de la pénitence \ que seni^ce quand , aux autres obstacles qui l'ont arrêté y celui-ci se trouvera joint? Que sera-ce , dis-je , quand il aura laissé Je vice s'enraciner dans son ame, quand il se sera attaché plus étroitement que jamaisau péché, qu'il se sera, pour ainsi dire , vendu au péqbé , asservi au péché , naturalisé avec le péché ; quand , par la force et l'impression de l'habitude , il aura presqtle perdu tout le remords du péché , et que ce ne lui sera plus une charge sur U conscience,, ni ua sujet d'inquiétude?

ttB SCII LE DÉtAt Dfr LA MllITftVGE.

De là rmiB» wr femisM , et Mardemeats sur retardemeiita. Ce n'est pas» comme je Vsi déjà obsenrë , qii*oi» rejette tout-à-fail h pësKesee » et qu'on prétende lie quitter jamaîe son péché. Il n'^y a qa^uo petit nombre d'impies qui s'abandonnent k te désespoir. Mais landîs qu'on ae flatte, qu'on se promet de retourner qnelqne jour à Dieu » parcequ'on on vmt l'indiapeiisable néeesrité; dans la pratique, et quant à l-exéçution , on no veut jamais se persuader que ce four soit VOQU , 01 , selNi quo saint Augmtin le témoigne de lui-même» on dit ton jours: Demmm, éemtAn; tanUH^ tantôt; encore un peu^ encore un pêH. Voilà par où taut do péebenrs , esclaves de lliabftude , vieillissent dans leurs désordres ; ei n'en avons-nous pas mille exemples devant les yeust) Cependant les aimécÀ passent , la mort arrive , une dernière fl^a^sedédaro, et alors mémo ie malade «roit toujDnrs pouvoir M«ettre« &, daus les premières atteintes du mal, ou ravertît de peuà ktt, que répond-il? Attenéem (Isai., iB). Si, dans le cours du qui Mgmentë» on tspr^e de nouveau, même réponse: Atten* encore, finfin i à forée d'attendre, ou ttfnt^à-coup il est surpris par une subite révolntion qui l'enlève , ou , dans une extrémité qui lai Ate presque toute connoissance, tot^t sentiment, if ne ftait phis qu'une péuitonosikupàrfisHe, qn^une pénitence prédpitée et forcée. Toat osia veut dire qu'après avoir vécu dans Pimpéaitenoe ^ 9 meurt iaqpénileot.

Concluons aves TApOtre ? Voici Ckeure de n&us réveiller de notre womamd, voiAle tempe feporatie, voici lesjourê de $atut [Rom.^ 13) : nskks perdons pas , et bàtons-nous. Car ces jours de salut , ce temps , cette heure fevorable qtie nous avons présentement , nous né les aurons pas totijours. Ih s'éeoulent, et nous ne savons quand ils reviendront. Que dis-je, et savons-nous même si jamais ils reviendront? Peut-être nous persuadons-nous qu'une pénitence difFérée canse pioins de peine , et qu'avec le temps elfe devient plus ais^. Mais c'est une erreur, et la phis trompeuse de toutes les illusions. Tout le reste , il est vrai , s'affeibKt avec l'âge : le tempérament s'altère , les forces du corps diminuent , les fnmières mêmes de h raison s'obscurctsseât ; mais tes passirâs du cœur , mais les habitudes vicieuses prennent toujours de nouveaux aosroissements. Le temps serre les nœuds et les endurdt ; les années donnent à la passion et à l'habitude plus cf ascendant; et dans un âge avancé , non setilemem on se trouve tel que l'on étoit daa3 une première jeunesse, mais c'est alors qu'on sent les funestes progrès du vice, et qu'on se voit prescfue hors d'état de Fattaquer et de le vaiucre. De Ui cette maxime gédérale de remédier aux plus petits maux , et de bonne heure , afin d'en arrêter de plus grands oè f&â se laisseroit entraîner. Maxime dictée par la sagesse humaine, st appliquée à toute la oondtute'de la vie » en quelque conjoncture et sur quelquesujet que ce soif; mais, à pins foHe raison, maxime spécialement nécessalre'dans la conduite du salut et dans la péuîtence

Sm ÎA PÉNltBNCB W CCBCR. »t

eMdBDne. Qaai qa*oo en puisse penser et qu'on m poiaie dire , ron* kûr sans œsse remettre sa pénitenced'av jour à un âetre jour, d'une seoiaM è une antre semaine , d'mi mois jb un autre mois , c^est en quelque mavièreirottloir al^selunMnt et pour toujours y renoncer. Or 7 raionees-'veus en effet? y reMoeei-reas pour jamnis? Qudte est dans eette assemblée rame s endurcie, qtt\}ne telle proposition ne lui fasse pas korrenr f Yotll nëanmoina à qooi l'on s^expose , et oe qu* 0D ne peot trop craindre ni prérewr avec trop de sem.

mmu — ABn-Bspaifeapf4fti«Bt aoa pMke^fBStiwAfaat iBa><Mgqliedi«it

SERMON

sim LA uinivuiwc bo ccBcn.

Bfffnit fkHtt MiTt^iflf ctei»

Beadez droites tcf yàk» da SfelSpfOr. Luc, diap. m.

Ces voies du Seignenr, ce sont peur les péehelum k^ voies dala pé* Bîteiioe, puisqaee*est par la pénitence qnenoianauarapprechaiii de Dieo, et que Dieu se rupproeb» de noa^ K faot que osa voiea finiant droite^ il fiant qn» noire pénitence soissincère : car Dia» aime lavéri» té, et rien ne peut fui pWre de teul ce qui «'est qv'estérienr el appie renulTest dose dai^ les sentîmmta du oQBur que eensisl^ la vraie p^ leoeef cTesl dans le coenr quTelte doto^nakf», es du eoBur qn'eHa doit partir. Car, poorprendre la chose dans aa» ficasd , queHe eat la nature da la pépftence , on quelle en eat la fimciion la phn eaasntieMe ? eSsst de détruire le péehé et de rétaUir l'bomme« à Végaré da Bieu y dans l'étal d'où le péabé l'a fcil déchoir. Voici ma pensée. Le péché, disent les thdelogiena , consiste dans «• mouvement de l'ame qui sa détache de Bien et sTattache mm objets créé$; et, par une règle toiHacon* trairev la pénitence doit dono eoneister dans m retour de l'amev qni se détadie des objett créés el s'attache h Dieo. Or Tnn et f amr» ne se peut faire véritablement et sincèrement que par la pénitence dn ooenr» San» la pénitence dv cœur, pobi de vrai détacheaaént da péché, ou des objets qui ont été la matière dn péché : premier poiai. Sans fai pénitence dû- cœur, point de vrai attachement i^Dieu , m par conséquent de réconciliation avec Dieu'; seeendpoint. Voilà, dans un partage égatenkent simple et soKde , uae des instrnctiena les [^lua inh portantesw

ment du péché, ou des objets qui ont été la matière du péché. Ce n*est point par ks Isrmes ni par les gémissements ; cenVsl point par les voNia , les longues prières , les premesses , les prolestatians ; ce n^efii même précisémeiit, ni par la conféssioa <to;Ka offenses , Qsjpii* b réparttiimqii^ en fiiit an jv^ent des bemmea; ea nW perat,

sa» SUR LA PÉNITENCE DU COEUR.

dis-je, par tout oda qo*on se détache dn pëebë : pourquoi ? parcequ'avec tout cela on peut encore avoir au péché une attache secrète et criminelle. En effet » tout cela peut subsister et se trouver dans un pécheur, sans que le cœur y ait aucune part» ou sans qu'il y ait la part qu'il y doit avoir. Les JuiEs s'humilioient , se proeternoient contre terre , se couyiroient la tête de cendres , déchiroient leurs habits en signe de pénitence ; mais le Prophète leur reprochoit qu'en déchirant leurs habits , ils ne déchiroient ni ne brisoient pas leurs cœurs. Or dès que le cœur n'entre point dans ces démonstrations extérieures 9 elles ne peuvent opérer un vrai détachettient du péché : la raison en est aisée à comprendre. Car qu'est-ce que se détacher du péché ? c'est renoncer au péché , c'est détester le péché , c'est prendre une sainte résolution de quitter le péché » et de ne le plus commettre. Or renoncer de la sorte , détester, résoudre , ce sont des opérations du cœur. Par conséquent, si le cœur n'agit, il n'y. a ni vrai renon» cernent, ni vraie détestation , ni vraie résolution, et^ par une même Gonsëiquence , pwnt de vrai détachement du péchié.

Mais , dira-t-on , le prêtre néannboins , comme ministre de la pénitence, sans autres preuves que la parole du pécheur , que son accusation, sa confession , ses larmes , et les témoignages ordiiudres de repentir, lui confère le bienfait de Tabsolution. J'en conviens , et ea cela il s'acquitte de son devoir , bien loin d'être repréhenstbie. Car ne pouvant lire immédiatement dans le cœur pour en oonnoltre la véritable disposition , il est obligé de s'en tenir à certiiitts dehors, et de former là-dessus son* Jugement.Ces dehors, naturellement et par euxmêmes, senties signée visibles du détachement intérieur. Ce ne sont que des apparences , je le sais : mais dès que le ministre a pris toutes les mesures convenables pour en bien juger , dès qu'il a fait tout r^xamen nécessaire, et qu'il y a employé toutes les lumières delà prudence évangélique , alors , s'il se trompe r il n'est point responsable de son erreur; elle ne lui peut être imputée, et le seul pénitent en doit rendre compte à Dieu.

Car, sous rêxtérienr le plus apparent , Dieu sonde le cœur ; et pareeque souvent il arrive que^ sous le voile le plus spécieux , le détachement du cœur n'est pas tel qu'il doit être, que sert au pécheur l'absolution qu'il a reçue » ou qu'il à cru recevoir? à le charger devant Dieu d'un nouveau crime, et à lui attirer de la part de Dieu un nouvel anathëme. Terrible vérité pour tant de mondains et de mondaines, qui , par je ne sais quelle bienséance , viennent à certains jours de Tannée se présenter au saint tribunal ! Sont-ils vraiment touchés? sont-ils dans le cœur, vraiment détachés de leur péché ? prennent-ils les moyens deTétre, et y font-ils toute l'aMèntion qii'il faut?. se détache-t-on sans violence , sans réflexion , sstns une iferme dâermination ? et cette violence, cette réflexion , cette détefnunaSon ferme et inébranlable, est-ce te fruit d'une reY«e courte et superficielle { d'une

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