‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 144 sur 225 · SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE

seaœ dans l'enfier fait le tourment des réprouves , et c'est (Mur-li qu'il y glorifie sa justice et qu'il venge ses intérêts. C'est doiic lui qui de son soufQe alliune ce feu et ces tourbillons de flammes où les pécheurs, selon le terme de l'Évangile , sont ensevelis; c'est lui qui , par une vertu toute divine , sans nourriture nourrit ce feu , et, sans matière qui serve à son entretien, l'entretient; c'est lui qui, par un miracle supérieur à toute la nature, Ait passer jusques à Tàme toute l'ardeur de ce feu, et lui en lait sentir toute la violence : conmie si c'étoit nu feu spirituel , ou que Tame, toute spiriuielle qu'elle est, devint, ainsi que le corps, un sujet sensible et combnstibte; c'est lui qui , depuis la création du monde, par une action que tontes les révdutîons des temps n'ont jamais ni interrompue ni altérée, renouvelle à chaque moment Vactivilé d&cefeu, et qui, sans terme, sans fin, le fera subsister au-delàdes siècles, et lui conservera toujours la même force : car, suivant la parole expresse de Jean-Baptiste, te feu ne iétént point. Que dirons*nous encore? c'est lui qui, pour seconder sa colère, déchaîne toutes les puissances infernales , et les emploie, comme les ministres de ses vengeances, contre ces troupes de malheureux qu'il a précipités dans ce feu , et qu'il y tient liés et entassés ; c'est lui qui 9 pour redoubler l'horreur de l'affreuse prison où il les a rassemblés , y répand ces épaisses ténèbres que ce feu , privé lui-même de toute lumière, ne peut percer ni éclairer; c'est lui qui , non content de cette peînede feu, quelque extrême qu'elle puisse être, y joint de plus ce ver intérieur, ce ver de la conscience , qui de sa pointe pique sans relâche le cœur du réprouvé, et le ronge impiu>yablement sans le consumer ; ce ver qui ne meurt point (HIarc. , 9), parceque le péché, d'où il naît , ne s'effece point, et que la isémoire ne s'en perd point. Demeurons-en là, et ne nous engageons pas plus avant dans un détail que nous ne pourrions épuiser. Ne descendons point à des particularités qui ne nous sont pas assez connues pour les bien exprimer; mais arrêtons-nous À ces idées générales : que c'est Dieu alors qui pu** nit en Dieu; que c'est Dieu, qui se satisfeit par un châtiment digne de au majesté làéeet^ offensée; que c'est Dieu qui, sans compassion, san^ nul sentiment d'amour, décharge toute sa haine sur une ame criminelle. Elle est dans ses mains; et qui pourra la dérober à ses coups? où ira-t-elle pour le fuir? et puisqu'il la suit jusque dans le fond do l'abîme où il la tient captive et asservie , quand , malgré lui, sera-telle eu état d'en sortir ? Je dis naalgré lui : car jamais il ne le voudra ; jamais, dis-je , il ne voudra qu elle sorte de cet abîme de misère ; ja* mais il ne le permettra , et c'est un point capital de notre foi. 11 veut maintenant que par nos sqins, aidés desa grâce, nous nous préservions de cette étemelle réprobation, ij nous fournit pour cela tous leé oioyens;il nous feit donner sur cela tous les avis nécessaires. Heureux, si nous y pensons ; si nous marchonsau milieu des dangers qui nous environnent, avec toute la vigilance et toute la précaution convenable ; si

Mi SECONDE SEMAINE.

110118 ae pardDii^ jtmaisdATaeiepréoipiceoùtanid'ADlfnâvaDliKNisae sont bisuMS ài'trâlnèr, et où chaque pak peut nous enCraiiier no^s* oiéfliei. Gardons-DOtts de Ifa prétence redoutable de Dieu dans Tenferf par une présence utile et profitable dès ce monde; c'est-ànlire ayons Dieu dès ce monde toujours présent à Tesprit y comme ennemi di pëohë. Imaginons^nons partout le Toir ariné de son tonnerre^ et sur le pomt d'édatèr et de noes frapper» La frayeur dont cetie pensée nous doit saisir ne sera point une frayeur okimërique* C'est b crainte la. plus juste , puîa^n'elte est fondée sur les principes les phn solidcB. C'est une crainte toute chrétiennÉi puièque Jésus-Christ lui* même a voulu nous l'inspirer dons cette grande maiimu qu'il a pro* noneée, et cju'il a cm même, i raison de son importance* devoir confirmer par un serment. Méditons-la , repassobs-U millefois» afin que ce soiipoutnou* un appui inébranlable daitsb voie dusahit^ et un préservatif assuré oouire toutes les occasions et toutes les tenta* tions. La voici : iVe cratyftes pvkuttê matiriM ^ui donnent seu/cmeni la morl au corps ^ et f ni île peuvent ritn faire de pht$. Hais je trots vont Èiontrier qui i^ouf d^ts erotndrt. Croî^nea refait f ni , aprèi Wfotr été (a vie an ctxrpe^ pemt enevre perdre famé et la dammer* Oai^je Mite (e diê^ voilà le mtiUré fuii fauieraimÊreftt cramdré senNruiiieaieiit (Luc., là).

JEAN-BAt»TIST£ i^RÊCItANf U PÉmtfcNCB I^OtR DISPOSEE LÉS PKIPLÉS

A LA T£NDE DB jésOS-ÈÉHÏST.

Après avoir amiolMé Msus«Clirist aux peuples èi léteor avolt* Mt connoltre, il i^Hoit les disposer à le lèoevoiri «I c*est pour èda qlie ieitoi'Baptiéte leiir prèrife la péltiienoe. Il leur prèdbé, f . une pésîténce ph>fflpse et sans reiardetneni : Lu ^née èàt d^a à la tadde de Furkre ( Hatth . ,5)^2. utie pénitence sincère et sans dëguisofuent : /fendes drtties lee ^ùies du Sei^eur (Ibîd.) ; 3. tihe péftitence humble et sans présomption : Baee de vipères, qui vous a ùpprU à fvnria ven* ^Bonee dont vous êtes menacés? Et ne dites point : A^rahâon est notre père (Luc, S); 4. une pénitence fractUeuse et sans relâchement : foi" tu de tagàes fnâts de pénitence (Hatth.» Sf; S. une pénitence austère et sans niénagemeut :0r $oH vêtement étiAt de pdil de ehameaa; M utroit duiutr des reins une ceinture de cuh^ et iu nourriture, c'éMm des samêreUeê et du mkt sauvage (Lèc., 8) } 6. inè pébltetaMefHMoe %t snhmM 9 Tthtthomm terra le salut (fM tient de iNnt* (IbM.t

SUR LE DÉLAI M LA PÉNITl&NGE. SK

aiuMu. •» JMKliplIrte piMiMliM ptfailMHa proMpleet notnlferdtanal.

SERMON

StR tiS 1>ÉLAI DIT LA I»ÉMltENCE.

Jùm iecM rit ad radieem mrborum podta ut. hkmfnèt eà, Aéji k te netne àtt urbres. Loc, cbap. lU.

Il o'y a dope point lieu de différer et d'allettdre , puisque Tarbrè est si prés de su cbaie, it qae le coup qui va Tabatire va bientôt par* tir et le renverser*. Parloas sans figure , ou tirons de c^tte figure t*avja ioiportant que itan^Bapuste vouloil donner i tout ^pëebeilr actuellement engagé dans le désordre du péclié, qui est de n'y point demeu» i*er, de ne s'y point obstiner» maia de reionmer promptenient i DîeUf et de ne sexpoaer pas aux suites funestes (||^n retardement très dangereux. Je dis d*un i^feiardemeut très dangereux ; ei » 9abs insister sur ces accidents imprévus , où la mort » par un |uste châtiment de DieÉ» surprend un pécheur qui difiëre , inais pour ne prendre la chose que dans le cours même le plus naturel. et te plus commun i àrrôtons-boiis aux deux effets les plus ordinaires fia délai de k pénitenee i ei ttu» fermons-les en deux propositions* Car le délai do la pénitence fohné l'habitude du péché : c'est le premier effet et la première propolitiou i et f par un retour presque imman^liable, rfanbttude du péché entre* tient jusquea à la. mort le délai de k péoitftnce « et par-ià eOndait à l'impéniienoe finale i C'est le aeeond effet et k acoonde propositiotttf £xpliqnons*nous mieux et en moins de pnmks i habitude du péché » effet du délai dé k péaitence ; délai de k pémiencb « effet de I habitude du péché ; de lun et de I autre » impéitiienoe finale s veilà ce que nous allons développer; et si ces vérités ne nous umehebt pas i il Atut que nous soyons bien peu sensibles aux kitéréls de nntre sâluti

. PasMum POiMTé Le délai do Ja pénitenee forme rbabilude du péché* Il n'eut pas difficile de k comprendre , et l'on en voit d'abord k rai* son. Car oa qui forme ks habitudes , ee sont les actes iMauenIs et rëitéféa i et Cs qui doit par conséquent former l'habitude ou pécbé^ ce sont les longues et fréquentes rechutes dans le péché. Or tel est réiat d'un pécheur qui diffère sa pénitence » Voilà l'effet de ses l'émises contittifeUeâ et de ses reurdesaBata.

11 s'agit d'un bofimie que Ses passions ont entraîné hofs des voies de Oieii^ et kit entrer dans les voies de l'iniquilé ; il s'agit d'eue fedlÎM i d'ane jeune personae que k monde ébtoeit ^ qûê k plaisir unebmitei que eertaîns okîeta atmcfaent ^ que la seliaibilité du eœur précipité d«is les défégkments , ou secrets , ou même oomitit« -INeu lea i^pslk t il les presse par sa graee , oé kor parle de sa part 4 on letir prêché k pénîtenee. Mais que répondènt-iis? lia ne a'aveufiMÉt pfÀ» mm peur préMudru jdaiîier km oanéuiie 1 ili lédvkMMt

534 SUR LE DÉLAI DE lA PÉNITENCE.

qu'il y a du lîberiioage , el qu'ils ne vivent pas dai» l'orclre , ni sdon la loi de Dieu; ils compient sur l'avenir, et ils se promettent bien de cbatiger quelque jour, de prendre une route tout opposée, et de travailler sérieusement à la réformation de leurs mœurs, fflais ce jour, disent-ils , n'est point encore venu ; il seroit trop tôt maintenant , et il faut attendre. Ah ! il faut attendre ! c'est-à-dire qu'il faut laisser le vice jeter de profondes racines et se bien établir ; c'est-à-dire qu'il en fout contracter Tbabitude, qu'il faut la laisser croître , et kir donner tout le loisir et toos les moyens de se forti6er ; c'est-à-dire qu'il fout se lier au péclié , se livrer au péché , se rendre le péché si familier qu'on ne le craigne plus, el qu'on n'en ait plus de scrupule. Car qu'estpce que tons ces retardements dont on use , et à quoi se réduisent>ils, si ce n'est à multiplier les péchés en suivant toujours le même train de vie , en c|f meurent toujours dans les mêmes engagements , en s'abandonnant toujours aux mêmes excès ; en* ne corrigeant rien , mais ajoutant toujours crimes sur crimes, débauches sur débauches ? Or, pour reprendre le principe que nous avons déjà posé touchant l'habitude et son origine» n'est-ce pas là ce qui la fait naître, et n'est-ce pas ainsi qu'elle s'insinue dans un cœur et qu'elle se Tassujettit? Un premier péché ne la forme pas ; mais , comme a remarqué saint Bernard , ce premier péché dispose an second ; celntci donne une facilité toute nouvelle pour l'autre qui lui succède : de degrés «a degrés la contagion se répand; le. cœur se tourne au mal , il s'y ac^ coutume , il s'y attache , et toinbe dans un esclavage où il n'est presque plus maître de lui-même.

Triste vérité , d'autant plus constante que les habitudes videnses ont cela de propre /qu'elles s'impriment beaucoup plus aisément et plus profondément: pourquoi? parceqoe notre nature corrompue est plus disposée à les recevoir, et que nous portons an-dedans de nous-mêmes de malhe^ureuses concupiscences qui les secondent et qui les appuient. Une prompte pénitence les préviendroit et leur coiq>eroit court. Elle ne nous mettroit pas à couvert de toute rechute , et» quoique pénit«[its, nous ne serions pas impeccables , mais nous a^ rions moins sujets à la tyrannie de l'habitude. En appliquant le remède aussitôt que le mal viendroit à paroture , on l'empêcheroic de s'invétérer. En jetant l'eau , selon la comparaison de saint Auguatiii « à 'mesure qu'elle entreroit , tout fragile et tout ouvert qu'est le vaisseau, on le garantiroit du naufrage. Et c'est à quoi l'ApAtre exhorloit si fortement les fidèles , et ce qu'il leur recommandoît par oes paroles : Mes Frères^ ne umffre* éùnc potne tfue le péehé règne doits votre ccrpi morul^ en sorte que vous vous soumetHe» à toutes ses ( voitises ( Rom. y 6 ). Prenez garde : ce saint apêlre ne leur àkoii

vous de tout péché

entendre, si, par le poids

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