SUR LA FAUSSE CONFIANCE
ce péché qu'elle doit effocer, un pécheur la foit servir à reutreteair, i le fomenter et à le perpétuer. Voilà de quoi le Dieu dlsraêl se pkdgnoit si amèrement à son peuple, et de quoi il peut se plaindre à dousp mêmes : Vaut irCavez fait iervhr à voi mquith (Isài., 43), comme si j'en étois le feuteur ; comme si ma miséricorde, cet excellent attribut de ma divinité, n'étoit qu'une indulgence aveugle et molle; comme si, par une patience contraire à ma sainteté et aux intérêts de ma justice, elle devoit excuser tout, tolérer tout, me rendre insensible à tout.
Telle est en effet l'idée que le pécheur présomptueux conçoit de Dieu , et qu'il en veut concevoir : pourquoi? parceque cetteidée est fi^ vorable à sa passion, et voici le mystère. Quelque libertin et quelque abandonné qu'il puisse être, il y a toujours de secrets reproches de la conscience qui le troublent ; et, à moins qu'il n'ait éteint dans son cœur toutes les lumières de la foi, les menaces du ciel et ses yengeances l'effiraient malgré lui à certains moments. Mais que fait-il pour se délivrer de ces remords et de ces frayeurs? Il se figure dans Dieu une miséricorde selon son gré, une miséricorde qui ne lui manquera jamais , une miséricorde où il trouvera dans tous les temps une ressource prompte et présente. De cette sorte, il vient à bout de deux choses qui l'acconmiodent : Tune, de demeurer dans son péché; l'autre, d'y être tranquille et sans alarmes. De demeurer, dis-je, dans son péché ; et voilà ce qui lui platt, voilà ce qui fait toute la douceur de sa vie : mais afin de mieux goûter cette douceur , il fout qu'il y soit exempt de toute inquiétude; et voilà ce qu'il obtient, ou ce qull tâche d'obtenir, en éloignant de son esprit, autant qu'il peut, les formidables jugements du Seigneur, et ne conservant que le souvenir de ses bontés infinies.
Or, à l'égard de Dieu , est-il un outrage plus signalé? Malheur à moi, mon Dieu, si la passion m'aveugloit jusqu'à ce point! Je me souviendrai de votre miséricorde; et comment pourrois-je l'oublier,* Seigneur, lorsqu'elle m'environne de toutes parts, et que dans mes égarements elle ne cesse point de me suivre et de m'appder? mais je m'en souviendrai et je m'y confierai , pour me laisser vaincre enfin à ses aimables et favorables poursuites ; pour m'encourager moi-même» et m'exciter à rompre, par un généreux effort, les habitudes criminelles qui me retiennent; pdhr me répondre du secours tout puissant de votre bras, qui m'aidera et me soutiendra ; pour me reprocher Tobstination de mon cœur, et pour la fléchir par la considération de Uot d'avances que tous avez déjà fottes en ma faveur, et* de tant de
tout pécheur que je suis, veut me sauver. Car voilà, Seigneur, à quoi doit me servir la vue de cette miséricorde dont j'ai trop long-temps abusé ; voilà désormais l'usage que j*en dois foire.
SUR LA FAUSSE CONFIANCE, etc. S3S
Second point. Confiance, par rapport an pécheur, la pins trompeuse. Il compte sur une miséricorde dont il se rend spécialement indigne, et il s'expose par sa confiance même aux châtiments de Dieu les plus rigoureux. C'est donc une grossière illusion que cette confiance sur laquelle il s'appuie; et c'est, pour établir l'espérance de son salut, un fondement bien peu solide et bien ruineux.
1. Miséricorde dont il se rend spécialement indigne. Tout pécheur, dès-là qu'il est pécheur, est indigne de la miséricorde de Dieu : mais, outre cette indignité commune et générale, il y en a une «pédale et particulière; c'est celle du pécheur présomptueux. Car est41 rien par où Ion se rende plus indigne d'une grâce, que d'en abuser, que de s'en jouer, pour parler ainsi, et de la mépriser; que de l'employer contre celui-méme ou de qui on l'a reçue , on de qui on l'attend? Or se rendre non seulement indigne, mais spécialement indigne de la miséricorde du Seigneur, et cependant faire fond sur elle et s'en tenir assuré, tandis qu'on Tinsulte, tandis qu'on s'oppose à ses desseins et qu'on renverse toutes ses vues, tandis qu'on en tarit toutes les sonr» ces, n'est-ce pas une témérité insoutenable, et y a-t-il confiance plus vaine et plus chimérique? Hé quoi! les pénitents mêmes, je dis les vrais pénitents, touchés du repentir le plus vif et le plus sincère, n'osent encore se tenir assurés d'avoir obtenu grâce. A en juger selon les règles delà prudence chrétienne, ils ont pris toutes les mesures nécessaires pour fléchir la divine miséricorde, et pour se la rendre propice. Ils se sont humiliés devant Dieu; ils ont eu recours à ses ministres; ils ont pleuré, gémi, renoncé à leurs engagements; ils se sont accusés, condamnés , assujettis à des exercices pénibles et contraires à toutes leurs inclinations. Que de sujets de confiance, et que de raisons pour bannir de leur esprit toute inquiétude! Cependant ils tremblent toujours; la vue de leur indignité les tronble, et les jette quelquefois dans des alarmes dont ils ont peine à revenir, tant ils sont frappés de cette parole de l'Ecclésiastique, que notu ne devons pàinî être^tam araitue pour le$ offenset mimes qtd ont été remises {Eceli., 5). Cpm* ment donc le pécheur présomptueux peut-il demeurer tranquille sur celles qui sont à remettre, et dont tous les jours il augmente le nombre?
2. Confiance aussi qui exgpse le pécheur aux châtiments de Dieu les plus rigoureux. Mille exemples l'ont fait voir ; et combien de fois Dieu, égslemeni jaloux de toutes ses perfections et de ses divins attributs , a-t-il montré aux hommes, par des .coups éclatants , que s'il est miséricordieux, il n'est pas moins juste ; et qu'autant qu'il est libéral et bienfaisant dans ses dons, autant est-il sévère et terrible dans ses vengeances ?
Et sur qui les exercera-t-il avec plus de sujet, ces vengeances redoutables, si ce n'est sur des pécheurs qui se retirent de lui , qui s'obstinent contre lui, qui foulent aux pieds toutes ses lois,, qui le trahissent et le déshonorent, «nf résumant de sa grâce? Le jour viendra, dit-il,
^ SUR LES fHVm DE U pÉNITENÇ?;.
et vous apprendra alors, mais à vos propres dépens et à yotre niine, ^oipf le verrç%9 vous le sawre%j quel mal ç*étoU pour vom d'abandonner U Sàgnfiur votrp Dieu ( Jérém., 2 ), et de l'abandonner parceque voua VOQS répondiez k Yousm^mes de soq amour. Ce n'étoit pas seulement TofFenser» maisTinsuh^ : or il aura son teo^ps, où lui-même il îbsuU tera à votre malheur, quand h morl viendra fondre sur vous comme un orage, etque, dans une prompte et iîitale réyolution^ vous vous trqu'
aTenglemeiit de l'esprit, dont Dieu le frappe ; de la cet endurcissement do pœur où U le laisse tomber ; de la ce foudroyant arrêt qu'il lui prépare dans rétefnité, Espéroi)^ et tremblon^. Espérons en la miséri- Qprdede Dieu, mais tremblons sous (e glfiive d<^ la justice ^e pieu. |)enx sentimept^ s} ordinaire ai| Prophète royal. Que notre confiance soutienne notre crainte, qui pourroit nous abattre; et que notre crainte
I'etienne noire confiance, qui poorroit trop nous élever. Que Tune et 'fiutre, dans un parfait accord, nous conduisent au terme du salut!
tttcitDf. — Jeto-Baptifte tuMiant noe péniteiiee froetnêoie fH Mof rtUtofcmenl.
SERMON
SUR LES FRUITS DE LA P^NrfEIfCB*
Faeiif {ruelu$ di^nosjptenitentiœ.
hûitn de di^et fruits de pénlteDce. Luc , m.
Ce ne sont point seulement des fruits de pénitence que demande Jean-Baptiste, mais dedignes fruits; et ces fruits consistent à rétablir l'homme pénitent dans l*ordre, d*où le désordre du péché Ta bit sortir, il s'est déréglé parla transgression de ses devoirs, et voilà les fruits de son iniquiié; mais c'est par la pratique de ces mêmes devoirs qq'il sp remet dans la règle, et voilà les friiits de sa pénitence. Dignes fruits , ai cette pratique est telle que Dieuïaveut et qu'elle doit être; si, dis-je, ç'esl une pratique fidèle , et bi c'est une pratique fervente. Gomme donc on connoit l'arbre par ses fruits, on connott notre pénitence par ses œuvres : je veux dire qu'on la connott par raccomplissement de nos devoirs. Pratique fidèle qui ne laisse rien échapper : premier point. Pratique fervente qu'une sainte ardeur anime, et que rien ne peut arrêter : second point. Daigne le ciel nous renouveler ainsi par la grâce de la pénitence, et puissions-nous travailler nous-mêmes à ce cbaiigemeQ( par un^ conduite pli^s régi^lière et plus exemplaire!
Premier point. Pratique de ùos devoh's , pratique fidèle qui ne laisse rieq échapper. Qoand Dieu parle ^ fytk l'Apocalypse , à pet
SUB LES FRUITS DE Là PÉNITENCE. fOU
éfiqw d'Éphèse dont la charité s*ëtoit refroidie, et qu'il Tavertit de bire péniience ; Souvenez-vous, lui dit-il, <foU vous êtes déchu , et refre9u%vo9 premères œuvres (Apoc.,^). Ces premières œuvres , c*éloiem ses fooctioas, c'éioleiit sei devoirs qu'il a voit négligés , et à quoi Dieu lui ordonnoit de s'appliquer avec une fidélité toute nouvelle» Sans cela, qu'est-ce que la pénitence ? Car ime ^lide pénitence n'esit pas seulement de s'abstenir dumal qu'on acoanyiis» mais de pratiquer le bien qu'on n'a pas fait. Voilà pourquoi Dieq, rappelant les pécheurs par la bouche de ses prophètes, et les exhortant à la péniience, me se contentoit pas de leur dire : Quittez vos voies corrompues, mais ^ou« toit 9 Mordiez dans mes voies, marchez dans les voies de la justice. Or |ios devoirs, ce sont pour chacun de nous les voies de la justice, ce sont les voies de Dieu. Devoirs envers Dieu , devoirs envers le prochain, devoirs à l'égard denous-mômes. Devoirs envers Dieu, qui sont lous les devoirs de religion et de piéié ; devoirs ei^vers le prochain , qui ffont tous les devoirs de cbariié» de miséricorde, de société, de droiture et d'équité , de vigilance sur autrui et par rapport à autrui, aeion la différence des états et les divers degrés de subordination; devoirs à l'égard de nous-mêmes, qui regardent la réformation de nos nmeurs et la sanaificatîon de notre vie, le retranchement de nos vices et notre avancement dans les vertus. Devoirs généraux et devoirs particuliers : les uns qui nous regardent en général comme hommes, .comme chrétiens, comme enfants de l'Église; les autres qui nous concernent spécialement et en particulier, selon les divers enf,agements et les obligations propres que nous impa«ent notre vocation , notre profession , notre condition , la place que nous occupons , le raog que nous tenons, le caractère dont nous sommes revêtus. Quel champ pour la pénitence, et que de fruits elle peut produire ?
Fruits abondants : car dans une exacte observation de ces devoirs, aortont après up libertinage de plu»ieurs années, il n'y a pas peu de violences à se faire , ni peu de victoires à remporter. A combien d'exercices faut-il s'assujettir, dont on n*a presque jamais eu l'usage? k combien de soins faut-il descendre , qu'on avoit jusque là négligés , et même tout-à-fait abandonnés ? Combien de dégoûts et d'ennuis y a<t-il à soutenir, et en combien de rencontres faut-il rompre sa volonté et agir contre son inclination ? Fruits solides , puisque dans la pratique de ses devoirs^ tout communs qu'ils sont, il n'y a pas une perfection commune, et que rien au contraire n'est plus selon l'esprit et le gré de Dieu. Tout le reste est bon, et l'on n'en doit rien omettre autant qu'il est possible ; mais les devoirssont préférables à toute autre chose, et Dieu na demande rien de nous plus particulièrement ni plus expressément. Fruits durables et permanents : d'autres pénitences qu'on peut s'imposer, et que suggère un saint désir de satisfaire à I>îeo,sont passagères, elles ont leurs jours, eUes ont leurs tempç; mais l'aimiQpUBseaMt de nu devoirs est une pénitence, de toute la vie ;
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elle ne souffre point d'interruption, et c'est un joug que nous portons jttsques au tombeau. Suivant ce plan , formons-nous l'idée d'une ame vraiment pénitente : car en voiià b plus juste image. Mais où h trouve-t-on, cette ame, et ou voyons-nous de tels fruits? Ne pournnsje pas dire d'un pénitent de ce caractère ce qui est dit delà femme forte, qu'il est ausn rare que ce qu'on apporte de plus prideux des extrémités du monde {Prov., 31 ) ? Malgré la corruption du siècle, nous entendons encore parler de quelques conversions: mais à quoi se terminentelles? à corriger certains excès, à se défaire de certains vices, de certains attachements honteux et scandaleux ; mais du reste en devient-on plus fidèle aux devoirs du christianisme, aux devoirs de son état, à tout ce qui est du bon ordre et d'une vie réglée? Là-dessus nulle exactitude» nulle attention.
Second point. Pratique de nos devoirs , pratique fervente, qu'une sainte ardeur anime et que rien ne ralentit. G'étoit une exceUente règle que donnoit l'apôtre saint Paul aux Romains, quand , pour leur apprendre de quelle manière ils dévoient se comporter dans la loi nouvelle qu'ils avoient embrassée, il leur disoit : Comme vous avez fait servir vos corps à Fimpurelé et au aime pour tomber dans le péché, faites-les servir maintenant à la vertu et au devoir^ pour vous rendre saints {Rom. , 6). Règle que tout pénitent doit s'appliquer à lui-môme, etqai lui fournit un des plus puissants motifs pour exciter son zèle dans la nouvelle route où il est entré, et dans tous les exercices d'une vie chrétienne. Ce n'est point assez pour lui de se remettre à la pratique de ses devoirs : il faut de plus que la ferveur dont cette pratique est accompagnée la relève et la sanctifie. Car, doit-il dire, la même ardeur que j'ai eue dans mes ^rements, et avec laquelle je me suis porté à tout ce qui pouvoit contenter mes passions au préjudice de mon devoir, ne seroi^-il pas bien indigne qu'elle vint à se refroidir dans mon retour et à m'abandonner, lorsqu'il s'agit de satisfaire à mes obUgations les plus essentielles?
Ferveur tellement nécessaire, que sans cela notre pénitence ni ses fruits ne peuvent long-temps se maintenir. Et en effet, sans ce feu, sans cette ferveur et la force qu'elle inspire, le moyen qu'un pénitent surmonte toutes les difficultés qu'il doit immanquablement rencontrer dans un genre de vie auquel il n'est point feit, et qui le gène, qui le rebute , qui le tient toujours dans un état pénible et violent? De là donc tant de pénitents, semblables à ces Licbes combattants d'Éphrem, qui prirent la fuite au jour du combat et cédèrent dès le premier choc, se sont rendus aux moindres assauts et ont démenti toutes leurs résolutions : pourquoi? parcequ'un fonds de tiédeur où ils sont demeurés, quoique pénitents, leur a afFoibli le courage, et qu'ils ont manqué de fermeté pour résister. Et voilà aussi la dernière et la plus commune ressource qui reste à Teuiemi de notre salut , ou plutôt à la nature