‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 148 sur 225 · SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES · texte numérisé non relu

SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES

I oorrompne, pour reprendre l'enipire sur nous, et poar nous enleyer ( tout le fruit de notre pénitence. A ces heureux moments où la grâce

I nous touche, nous pénétre, nous possède, l'enfer, le monde, la nature»

i la pa^ion, sont eà quelque sorte réduits à se taire. On ferme l'oreille à tontes leurs suggestions, on repousse tous leurs efforts, on franchit toutes les barrières qu'ils nous opposent.Il faut qu'ils cèdent, et qu'ils nous laissent agir selon les saints mouvements qui nous transportent. Hais ce feu n'est pas toujours également vif.On pourroit l'entretenir: mais on n'y emploie pas les moyens convenables* Il diminue, ii passe, il s'éteint : et si peut-être on n'en vient pas d'abord jusqu'à retomber dans les mômes dérèglements, du moins au bout de quelques jours on se relâche, on devient lent , froid, tout languissant. Or c'est alors que ces mortels ennemis sur qui Ton avoit eu l'avantage , et qui sembloient abattus et vaincus, commencent à se relever. Cest là l'heure justement, c'est la dangereuse conjoncture qu'ils attendoient pour renouveler leurs attaques. L'esprit tentateur sollicite plus forteiûent que jamais: le monde se pr^nte avec ses charmes les plus engageants; la nature, la passion se réveillent , et , dans la disposition oii l'on est, dans cette bngueur et cet attiédissement, il n'est que trop ordinaire de rendre bientôt les armes et de reprendre ses premières voies.

Si nous voulons être à Dieu , soyons-y comme nous y devons être , et d'une manière digne de Dieu. Honorons-le d'autant plus, que nous l'avons plus déshonoré ; édifions d'autant plus le prochain , que noiys l'avons plus scandalisé ; tâchons de regagner tout ce que nous avons dissipé de temps, de grâces, de mérites, et enrichissons-nous d'autant plus, que nous sommes appauvris. Or tout cela ne se peut sans une ferreur toujours vive, toujours agissante. Telle a été la ferveur de Madeleine, et d'une multitude innombrable de pénitents dans tous les : tdie soit la nôtre !

JHIM. — Jawh'Bsptiite préohant ane pénitonoe austère et tant ménagemeot.

SERMON

SUR LES OEUVAES SATISFACTOIRES.

ipsê amtem habebai vettimentum de pUis eameiorum , et zonam pelHceam eirea lumbot tuo9. Bsea auUm ejuê erat loc*uta et nul sylvestre.

Or son vêtement étoit de [Miil de chameau. Il avoU autour dei reina une oeintnre de cuir t et aa nonnltuce, c'étoit des sautereltei et du miel sauvase. Mattibo , lu.

Ce n'est point seulement de bouche ni par ses paroles que Jean* Baptiste prêche la pénitence, mais par ses œuvres et par ses exemples. Ce vêtement grossier, dont il est couvert , cette abstinence, ce jeûne perpétuer qu'il pratique, ce renoncement à toutes les aises et à toutes les douceurs de la vie, voilà ce qui dut être mille fois plus efficace sur les esprits de ses auditeurs, pour les portera une pénitence austère, que tous les raisonnements et tous les discours. Quoi qu'il en soit, c'est

^ SUR LES GEUVftES S^TISFACTOiHES.

I cette pénitence, c'est à ces saintes rigueurs, à cette mortifioilioB des cens, à tout ce que nous appelons œuvres pénible^r et satisfactoires,

Ïue nous lengageot nous-mêmes deux grands intérêts ; l'intérêt de ^ieu, et notre intérêt propre. L'intérêt de Dieu que nous avons à yenger : precjiier poiipt. IVptre intérêt propre que nous avons a pro« CMrer : second point. Voici une matière dont la délicatesse du nuMide sera offensée ; mais U faut que le péché soit puni » et Von n'est pas pénitent pour mener we yie commode et molle.

Previeii point: L*intéri( deDîeuqije nousavons à venger, soit par un esprit de justice, soit par unespritde reconnoisance et d'amour : double

i^Jsonqui regarde Pieu directement, £tqui,en vue de sesdroitsqnenous typns violés , doit nous auiiaer d'un saint zèle contre nout-mêmes.

1. Esprit c|e justice : car il est bien ju&ie que Dieu, après l'offense qu'il a reçue de l'homme par le péehé, reçoive anssi de l'homme, par iine«peine proportionnée, la satisfaction qui lui est due. Ainsi ^ nous devons là-dessus nous re^^arder comme juges établis par la justice divine entre Dieu même tt nous. Dieu nous dit à chacun ce qu^il disoit par son prophèteaux infidèles habiuints de Jérusalem : Sayedjuges enire moi et ma vigne ( Isa.i., 5 ) ; c'est-à-dire entie moi et vous « pécheur que j'ai formé, que j'ai cultivé avec le même soin que le vigneron cultive une vigne dont il ytut recueillir de bons fruits. Où sont-ils ces fruits que j'attenJois? sont-ce tant d'iniquités où la passion vous a p^té? sont-ce tant d'outrages que vous m'avez faits et à ma graœ ? Voilà donc sur quoi nous devons prendre en main la cause de Dieu et BOUS juf^er nous-mêmes, sans égard, ni aux prétextes de l'amour-propre, ni aux répugn^ncesdela nature, ni aux révoltesdes passions; car

II n'y a que l'équité qui doive ici nous animer et nous conduire. Selon cette droite équité , nous mesurerons le vengeance par la grjèveté de Foffense ; et plus nous nous reconnoitrons criminels, plus nous redoublerons le châtiment et la peine. Or pour coroprendi^ oembies nous sommes coupables, comprenons, autant qu'il est possibleàla foibiesse de nos connoissances , ce que c'est que Dieu, et ce que c'est que riiomme rebelle à Dieu : oe que c'est , dis-je, que Dieu, et combien les droits de ce souverain maître sont inviolables et sacrés ; ce que c'est que l'homme devant Dieu, et quelle est sa dépendance, quels sont ses devoirs. De là nous conclurons de quoi nous sommes redevables à Dieu en qualité de pécheurs : et que faudra- t-il davantage pour nous déterminer à tout ce qu'il y a , dans une vie pénitente, de plus rude el de plus sévère?

2. Esprit de reconnoissance et d'amour. Plus un pécheur pense i la grâce que Dieu lui a faite en le rappelant, en se réconciliant avec lui, en lui remettant son péché et la peine éternelle oii l'exposoit sou péché, plus il sent croître son amour pour un inattre dont il ne peut }^sez admirer l'infinie miséricorde ; et plus il est lo«cbé d'aoM>ur po^r

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