‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 158 sur 225 · SUR L'AUMONE. S · texte numérisé non relu

SUR L'AUMONE. S

comme lui , sans eo être ému de compassion ; et sans prendre soin de le soulager? Obligation indispensable dans tous les temps, depuis la naissance du monde; mais obligation plus particulière encore et plas étroite dans la loi nouvelle, qui est une loi de charité. Cest le sujet important que nous allons traiter ; et t)our réunir dans un ibéme dessein les plus puissants motifs qui nous engagent à la pratique de Taumône, nous la considérerons tout ensemble et comme un devoir d'o« bétssance, et comme un devoir de reconnoissance» et comme na devoir de pénitence. Il faut obéir à Dieu , il iàut reconnoitre les bienfaits de -Dieu, il Eaut apaiser la colère de Dieu. Or voilà ce que nous faisons par Taumône. Devoir d'obéissance par rapport au conunanderaent de Dieu, qui nous Tordonine : premier point. Devoir de reconnoissanoe par rapport à la bonté de Dieu, qui nous gratifie de ses dons : second point. Devoir de pénitence par rapport à la justice de Dieu» qui noua menace de ses châtiments : troisième point. Puissi<Mis-noas méftter ainsi l'éloge que le Prophète donnoit au Juste : // a répandu tes biens ; il en a fait part aux pauvres : ses bonnes csuvres substs^eroni^oiÊjoun, et il en recevra la réccmpense dans les siècles des siècles (Psabn» Hl).

poiHT. Devoir d'obéissanoe t car FamnAne est un commandement de Dieu. C!ommandement que Dieu a pu rairt, commandement que Dieu a dû faire, commandement que Dieu a fait. Reprenons.

1. Commandement que Dieu a pu faire. Il est maître de nos biens, ou plutôt ce ne sont pas proprement nos biens , mais les biens de Dieu , qui nous les a donnés , et dont nous sommes seulement à son ^rd Gonune les dépositaires et les économes. C'est par grâce que nous les avons reçus : or le maître qni dispense ses grâces à qui il lui platt, peut y apposer aussi telle condition qu'il lui piatt. D'oà il s'ensuit qu'il étoit libre à Dieu » en confiant au riche ses trésors » dt le choisir seulement comme ce sage et fidèle administrateur dont il eil dit, dans l'Évangile, que le père de famille ta étabU sur toute sa maisoss, afin qu'U fournisH à diacun, quand il le faut ^ de quoi senowrrkr (Matth.,2S).

2. Ce n'est pas assez : commandement que Dieu a dû fiure. Oii se* roit sa providence, cette providence universelle, s'il n'avoit pas iMwrvn à la subsistance des pauvres? Or les deux voies d'y pourvoir étoîent, ou de mettre entre les hommes une égalité parfaite de conditions et de facultés ^ tellement cpi'il n'y eût point de pauvres sur k terre; on,

• supposé cette inégalité que Dieu, dans le conseil de sa sagesse, a jngëe plus convenable au gouvernement du monde , de porter une loi qui obligeât les uns d'assister les autres, ^ de suppléer à ce qui leur man* que. Sans cela que feroient tant de misérables et de néoessiteUL? à quoi auroient-ils recours? Dieu n'esiril pas leur père ? ne sont«4ls pni ses créatures, son ouvrage » et leur n-t«il donné l'être et k vie peur tes laisser périr de calamités et de besoins ?

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De là donc enfin comn^andement qne Dieu non seulement a pu iaîre» non seulement a dû faire , mais qu'il a fait ; et en voici la preuve incontestable. C'est que rÈcriture» surtout l'Évangile, nous apprend que parmi les titres de damnation qui doivent être produits contre les réprouvés , un des plus formels , ce sera l'oubli des pauvres et le défaut de l'aumône. Par conséquent , disent les théologiens, il y a un commandement de l'aumône, puisque Dieu ne nous damnera que pour une oifense mortelle, et que, sans Finfraction d'un précepte, il n'y a point d'offense mortdie et digne de la réprobation. De détruire ici toutes les explications qu'on veut faire de ce précepte , tous les prétextes qu'on oppose à ce précepte, tous les détours qu'on prend pour éluder ce précepte , c'est ce que nous n'entreprendrona pas ; mais souvenez-vous , riches , que Dieu ne se laisse point tromper, et que, malgré toutes vos explications, malgré tous vos prétextes et tousi^vos détours, vous n'en serez pas moins frappés de ses anathèmes, et rejetéis éternellement de sa présence.

Second point. Devoir de reconnbissance. Reconnoissance envers Dieu , et reconnoissance envers Jésus-Christ, Sauveur des honunes et Fils de Dieu.

Reconnoissance envers Dieu. Sans parler de toutes les autres grâces dont les riches lui sont redevables , n'est-ce pas de sa libéralité qu'ils tiennent les biens qu'ils possèdent? n'est-ce pas lui qui, dans le partage de ses dons temporels , les a distingués? et s'ils vivent dans l'abondance , tandis qu'une multitude presque innombrable d'indigents ressentent toutes les rigueurs de la pauvreté et de la disette , n'a-ce pas été de sa part une pure faveur? Or il est juste de M eu témoigner la reconnoissance qui lui est due ; et celle qu'il nous demande, c'est que nous fessions retourner vers lui ses bienfaits, et qne nous en usions pour l'entretien des pauvres , qui sont ses enfants. Tout méprisables qu'ils paroissent selon le monde , il les aime , et il veut que nous l'aimions dans eux ; il veut que nous acquittions envers eux sa providence , qui en est chargée. Excellent motif de Taumôoe : Je rends à Dieu ce qu'il m'a donné ! Dans l'ancienne loi , on lui offroit solennellement les prémices des fruits de la terre, et il les recevoit dans son temple et à son autel, par le ministère de ses prêtres; mais sans cet appareil ni cette solennité, je lui offre encore les mêmes prémices et les mêmes fruits. Le temple où je les porte , c'est cet hôpital , c'est cette prison , c'est cette pauvre famille que je visite; et les prêtres qui les reçoivent au nom du Seigneur, ce sont ces mala- ' des , ce tout ces captifs , ce sont, ces orphelins ; c'est cette veuve , ce père, cette mère, qui tous me jeûnent la place de Dieu , et dont je deviens la ressource et le. soutien. Est-il pour une ame cimritable une pensée plus touchante et plus consolante ?.

Reconnoissance envers Jésus-Christ , Fils de Dieu et Sauvenr des

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hommes. Dans un mot cette qualité de Sauveur nous fait comprendre tout ce que nous lui devons ; et si nous le comprenons , est-il possible que nous ne nous sentions pas brûler d'un désir ardent de lui marquer nous-mêmes notre amour? Or ce qu*il dit à saint Pierre, il nous le dit , quoique dans un autre sens : Si vous nfaimex, paiuex mes brebis (JoAiv.» 37 ). C'est trop peu : non seulement les pauvres sont ses brebis j mais il les appelle ses frères , mais il ne dédaigne pas de les compter pour ses membres. De sorte que tout ce qui est fait à un pauvre» et au plus petit des pauvres , U l'accepte comme étant fait à lui-même. Sommes-nous chrétiens, si des rapports aussi étroits que ceux-là entre Jésus-Christ et les pauvres n'excitent pas notre charité? Que pouvons-nous refuser à un Dieu Sauveur? Or tout ce que nous refusons à ses frères et à ses membres, c'est à lui que nous le refusons. Après cela ne craignons-nons point qu'il ne retire de nous sa main libérale, et qu'il ne nous ferme te sein de sa miséricorde? Rien n'est plus capable de tarir la source dès grâces divines , que notre ingratitude.

TaoïsiÈiin point. Devoir de pénitence. Un nous sommes dans l'état actuel du péché, et il en faut sortir par la pénitence; ou nous sommes rentrés dans l'état delà grâce, mais il faut expier nos péchés passés par la pénitence : or un des moyens les plus efficaces pour l'un et pour l'autre, c'est l'aumêne. q

' If oyen efficace pour sortir de l'état du péché : car u faut pour cela une grâce de pénitence , et cette grâce, îions ne pouvons plus sûrement l'obtenir que par les œuvres de la charité chrétienne envers les pauvres. C'est ainsi que les Pères entendent ce beau témoignage du saint homme Tobie en faveur de l'aumône, oii il dit en termes si exprès et si précis, que F aumône délivre de la mort de Came^ qu'elle efface ks péchés^ qWelle fait trouver grâce auprès de Dieu, qu'elle conduit à la vie étemelle ÇloB.^li). Comment cela? non pas, répond saint AugustiD, que le pécheur soit réconcilié avec Dieu, ni que ses péchés lui soient remis du moment qu'il a fait l'aumêne , mais parceque ses aumônes lui attirent du ciel de puissants secours pour se relever de ses chutes par une solide conversion, et pour se remettre dans le chemin du salut. La grâce est le fruit de la prière ; et , selon Toracle du Saint-Esprit , l'aumône prie pour nous , et sa voix monte jusqu'au trôoe de Dieu pour le fléchir. Aussi est-ce une maxime coosiante parmi les maîtres de la morale et Içs docteurs les plus éclairés dans la conduite des âmes, qu'à quelques excès qu'un homme soit abandonné, on peut toujours espérer de lui daps l'avenir un retour salutaire , tant qu'au milieu de ses désordres on le voit porté à faire du bien aux pauvres. Tôt ou tard Dieu récçmpense la miséricorde par la miséricorde. ^ '

Moyen efficace pour expier les péchés passés. Car après» être revenu

itee quatiu£:m£ $e;biainë.

à Dieu , il faut satisfaire à la justice de Diea, il faut dès cette vie aoquitter les dettes dont nous sommes chargés devant Dieu, et par-li prévenir les rigoureux châtiments qui nous sont réservés après la inort f puisqu'en ce monde ou en l'autre le péché doit être puni. Or entre les œuvres pénales et satiafactoires , il n'en est point de phs agréable à Dieu ni de plus rocevable à son tribunal que FaumAne, et eda à raison de son utilité. En effet , les autres œuvres de pénitence ne sont profitables et utiles qu'au pénitent même qui les pratique; an Heu que l'aumône profite tout à la fois et an pénitent qui la feit , et aa pauvre qui la reçoit. Sur quoi raveuglement des riches est bien déplorable, quand ils négligent un moyeu si présent que Dieu leur met dans les mains , et qif'ils perdent le pins grand avantage de leurs richesses ; car voilà i quoi eHes sont bonnes , et ce ne sont plus alors des richesses d'raiqqlté» mais une rançon pour racheter tontes les iniquités de la vie , et pour éehajfiper au souverain juge , qui n'en remet la peine qu'autant que nous nous l'imposons nous-méoies. Tout autre us^e des biens temporebest» ou criminel, on vain, on du moins passager; mats de s'en servir pour rendre à Dieu le devoir d'une humble obéissance, pour marquer à Dieu les sentiments d'une vive reconnoissance, pour se rapprocher de Dieu par la grâce et par une soCde pénitence ^ c'est là l'usage chrétien qui les sanctifie , et qui, de richesses périssables, enfeit les gages d'une bienheureuse immortalité.

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