‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 167 sur 225 · ESSAI D'OCTAVE DU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

ESSAI D'OCTAVE DU SAINT-SACREMENT

DESSEIN GÉKÊEAL.

LA VIE DE «islJS-CERIST DANS L'EUGHAUSTIE.

Bo€ faeUeinmeam eommemoraUonmn.

Faita œd en mémoire de moi. En saint Luc, chap. xxir.

Ce n'est point une représentation seulement » ni une simple commémoration. Tel que lésus-Christ , ce Fils unique du Père dans réternité et ce Fils de Marie dans le temps ; tel, dis-je , que ce Dieu-Homme vécut sur la terre parmi les hommes , et qu'il y parut revêtu d'une diair passible et mortelle ; tel encore , quoique d'une vie beaucoup plus parfoite , il vit dans Tauguste sacrement dont il fut rinstitutenr, et dont j'ai à vous entretenir pendant le cours de cette octave. II est vrai qu'il ne se montre point à nous comme autrefois : nous ne le voyons pas , nous ne l'entendons pas , nous ne sommes pas témoins de ses divines opérations. Mais dans ces ombres qui le couvrent il n'est pas moins vivant y et c'est là même que se renouvellent les plus grands mystères de cette première vie qu'il passa dans la Judée » et qu'il 'finit , après trente-trois ans , par le supplice de la croix.

ESSAI D'OCT^Vfi DU SAINT-SACREMENT. S0S

Entre ces mystères de k vie de JësDS-Christ, notre Saavenr , nous distinguons celui de sa bienheureuse nativité , lorsqu'une mère vierge» par la toute puissante vertu du Saint-Esprit » Tayant conçu et porté neuf mois dans son sein , le mît au monde dans Tëtable de Bethléem ; celui de l'adoration des mages » lorsque tro^s rpis » conduits par l'étoile et encore plus par la foi qui les édairoil » vinrent loi rendre hommage» et le reconnottre , malgré son état pauvre et abject , pour le Dieu et le souverain maître de l'univers ; celui de sa présentation » quand Harie se réfugia dans le temple » et qu'obéissant à la loi , elle offrit ce premier-né et présenta au Seigneur ce don précieux qu'die en avoit reçu ; ceux de sa vie agissante» quand » parcourant les villes et itn bourgades , il conversoit avec les peuples, il opéroit des miracles , il multipliait les pains et nourrissoit dans le désert de nombreuses troupes ; ceux de sa vie souffrante » où il fut si violemment persécuté» outragé^,; crucifié ; enfin le glorieux mystère de sa résurrection » où il triompha de la fureur de ses ennemis e% delà mort même.

Or je prétends que tout cela s'accomplit tout de nouveau dans la très sainte Eucharistie. C'est là» 1. que Jésus-Christ prend une seconde naissance ; 2. que Jésas-Ghrist reçoit nos adorations ; 3. que Jésus-Christ est présenté et offert à Dieu ; 4. que Jésus- Christ converse avec les hommes ; S\ qu'il se multiplie en quelque manière » et qu'il nourrit de son sacré corps une miHtituda innombrable d'ames fidèles ; 6. qu'ilôt exposé aux insultes et aux p^^sécutions ; 7. qu'il est même crucifié par les pécheurs sacrilèges ; 8. enfin » qu'il devient, comme dans sa iréNirrtetion,vîcloiîpuxet«triomphant. ^. *- « .

Voilà » chrétiens Auditeurs , ce que je meî>i^)M>se cft dévelo^^y en autant de discours que j'ai marqué d'articles différents. Voilà tout le ^ plan que je me suis tracé pour votre instruction et votre édification : je dis pour votre édification ; car, ayant à parler dans un auditoire jîhrétien et catholique » mon dessein n est pas de m'arrétèr uniquement à de sèches controterses » ni à de» spéculations abstraites et sans fruit. |e veux teUeiHnt vous expliquer les points de votre créance touchant le grand et ineffable sacrement dont nous solennisons la féie » que vous appreniez en même temps à le révérer » à le fréquenter» à l'honorer par toutes les pratiques d'une piété solide et religieuse. Ce seroit peu d'éclairer l'esprit » si je ne touchois le cœur ; et il ne suffiroit pas d'établir les dogmes de la foi » si je ne travaiUois également à corriger les abus et à sanctifier les mœurs.

Dieu tout puissant» Dieu de majesté, vous dont toute la grandeur est cachée sous de firagiles espèces et de viles apparences. Seigneur, aidez-moi de votre grâce*. C'est pour seconder les intentions de votre Église que je monte dans cette chaire ; c'est pour exalter le plus signalé de vos bienfuts, pour en rappeler le souvenir» pour en raconter les merveilles, et pour inspirer à mes auditeurs toute la vénération et tout l'amour qu'il mérite. Vous me soutiendrez, mon Dieu , vous bénirez B. 5. 38

SB4 JÉéUS-GHRIST NAISSANT DAf^ L'EUgAàRISTIE.

mon tnva9,et, pour Thonneur de votre sacremeût, vous donnerez de la forée à mesparoles, et les ioiprimerez profondément dansles ame^; Peut-éire, ô moQ Dieu^ votre providence, qui veille sur le salut de touS| coûdaira-t-eile ici quelques uns de nos frères ferrants. Daoi njk temps où le plus religieux monarque s'applique avec plus de tële et plus d'efficace que jamais à ramener ces brebis égarées et à les fUrè rentrer dans le bercaiU peni-é(ire quelques uris^ oii par un esprit dfe critique, ou par un vrai désir de s'instruire, se Dàéleroiit-its dads la troupe» et se rendrobt-ils attentifo à Én'ëcoutier. Dalgae^i Père des mi^ sérioordes, jeter sur eux un regard favorable; daignet, ponr dispos<!r l'ouvrage de leur conveàrsiony donnera ma vohl urie vertu particu* lière et toute nouvelle. Qu'eUe s'insinue, cette vertu divine, jdi<{tte dans le fond de leurs cœurs; qu'elle lés pénètre, qu'elle lea rémne; qu'elle les fléchisse. Ce sont nos frères, quoique séparée dé àôoA. Gè âokit des enfants rebelles à leur mère, mais dont ellefitelire la^ perte lA dont elle souhaite ardemment le retour. Heurëtlx tà je puis y eontiibuer, et s'il voua plaît de m'employer, Seigueur, i tine centré si sainte, et si digne de mon ministère I

FMKiKâ JboB. — Jéftof-Cbritt prenant dans ï'Ëacbarittie une seconde nai«anoe.

SERMON

StR LA PklËSfiNCK AÉëLlë i>E lÉsrà-GÉàlST DANS H SAIPiT-SACREMCrT.

Canantibut atUem eU^ atcefit Jésus panem, et hentdixii me fregit, deàiUtmâUciimiU sulst et ÛU : Jlecifite éi coihêdite : hoc est corpus meunL ^ ^

Peodanc ai/lb Boupoieot. Jésus prikduDaln, lebéatt, létonilll.'étledMailieiUM. Ogkifkàm : FredlB et mangez : cedestiODn corps. SiiST IUttiuio, chap. zxti.

clomment est-ce le corpfc de Jésot-Ghrist? et devons^iMÉs être sdr* pris lie la dispute qui s éleva d*abord entre tiss Juih, lorsque M ayant entendu dire : Le pum que je donnetai^ }t*'en ma their potr la vu du monde (Joan., 6), ils se demandoient les vus âttt autres : Cùù^ ment cet homme noiis peut-il donner sa cimir à Dtailger? ils ne comprenoient pas le merveilleui changement qui se fait daàa FEllcharistie, de la substance du pain et du vin en la sabstanée du edl*ps et du sang de ce Dieu-Bomme. Nous ne le comprenons pas uon^^êmea ; mais,

Cna dociles que ces incrédules, ce que nous ne comprenons pas, nous croyons; et, sans vouloir l'approfondir, nous nous soumettons à cet anîcle de notre foi. Changement qui, selon la pensée des Pères, et eh . particulier de saint Ghrysostome, est une extension de rincaruaiim divine : de sorte que nous pouvons regarder cet excellent mystère comme une seconde naissance du Fils de Dieu. 'Outre sa génération étemelle dans le sein desm Père, il naquit sur k tet*re , pour hi première foia, du sein de Marie, où il avoit été conçu ; et j'ose dire que cette seconde nais^anoe qu'il prend sur nos autels entHS le» mains des prêtres n'est pas moins réeUe , ni moins véritable , premier point; n'est pas moins miracnlenae, ni moins admirable , second polai; n'est

«IStîSJCftftliî NAISSANT DANS L'EUCHAMSTIÎE. 59S

jfts ffioifis âvatktagfeuse M% homitoes, ni moîûs salutaire » IroiMème pbhit. Itepusnonë, efi meUotti ceci dâtis toat son Jour.

rtifElMR pmttf. NàfslRaiiice rlSëtle «t véritable. C'est utt langage àà^«fc ordinaire ctèft Pères, quie léso^-Christ dafis le sacreffleùtde Taottl eftt Mriilemem et ^ritaMeofieiit produit; car ils appellent production tetce otMivérsion du pain et du ttn au corps du Sanvenr et en aoÉ iâtig'» Aossi est-te en ce même sens que sMnt Augustin, retetam Tadi« SfniCëdu saiSèrdoce dek loi ttonvellé, s'écrie : O respectable m VMôû^ table dignité des prêtre», poisqae c*est par leur minisière el dans leurs lAoains que le Fils fUéme de Dieu sincarue * !

Je sais de quelles erreurs l'hérésie a infecté sut cela les esprits. A l'etanple des Capbaraahes, les bérétfqueii des derniers siècles se sont 'Uôu seulement étonués; mais scaudati^, d'une vérité néanmoins aisélitfetteut étabHe. En vain pour les convaincre leur a-t-on opposé oea paroles fà dàirés, si formeUes, si précistes : Ceci at mon corpt^ ctd m iHan mny ; ils n'Ont point matiqtié de subtilités pour les interpréterai tes détourner ; car voilà te caraaère de {Incrédulité , de ne pas voir au mîKeu de la lomièrt», et de s'aveuglet, si je puis le dire, en plein jour; Pressés par un témoignage si évident, à la propre signification des termes, ils n'ont pas rougi de syiibstituer le sens le moins naturel et le plus forcé : altérant la proposition de Jésns-Christ; l'affolbliasant, tout expresse qu'elle est» et U réduisant à dire : Ceci est le signe, la figure de mou coypîs; et ceci le stçne, la figuré de mon sang.

Le vaste champ, si J'entreprenois de combattre ces ennenûs de l'Église, et si je m'engageois à Justifier contre leurs dogmes erronés la croyance orthodoxe et catholique où notts vivons ! Que n'aurois-je pûitat à produire pour les détromper, si de bbnne foi ils le vouloieut être ; et que l'opiniâtreté, que souvent même un intérêt secret.ou une fiiusse gloire ne les retlut pas obsiinément et presque invinciblensent dads leurs préjugés? Je leur demanderois avec quelle vraisemblance ils peuvent se pek-suader que le Sauveur du monde, la veille de sa mort, déclarant à ses apôtres ses dernières volontés, comme par testament, et leur marquant le don qu'il faisoit aux hommes de sou corps et de son sang précieux, il se soit énoncé dans une pareille conjoncture, et sur un sujet de cette importance, en des termes équivoques et métaphoriques ; qu'il né se soit pas feit entendre autrement, et que, ne s'expliquant pas davautage, il ait donné aux fidèles et à toute l'Église l'oocasion la plus prochaine d'une idolâtrie publique et perpétuelle?

Je leur ferois observer les affreuses conséquences qui doivent s'ensuivre, s'il est permis, surtout en ce qui concerne les mystères de la religion, de restreindre à un sens impropre et figuré ce que l'Écriture, ce que l'Évangile exprime le plus nettement, et sans la moindre

* In quorum mbfHMii IHcorfiatiir fVHti tM, Aog.

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