JÉSUS-CHRIST NAISSANT DANS UEUGHARISTIE
restriction ni la moindre ambiguitë. Pourquoi ne serois-je pas en droit d'user de la même liberté au regard de rhumanitë de Jésus- Christ, au regard de sa mort, de sa résurrection » prenant tout ce qu'eu dit le texte sacré pour des apparences et rien de plus? Or où en serions^noas» et que deviendroit toute la foi chrétienne?
Je leur porterois le défi : Et apprenez-nous donc vous-m,âmes, leur dirois-je, quelles expressions plus convenables et moins obscures pou- Yoit employer le Fils de Dieu pour signifier que le pain avoit été changé en son corps, et le vin en son sang. Falloit-il que, sans se contenter de dire , Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il ajoutât : Ceci est réellement mon corps, et ceci est réellement mon sang? Maïs eût-il parlé selon l'usage commun?
Je dis, par exemple : Voilà du pain, voilà du vin , ou qudque autre chose que ce soit, et je m'en tiens là. Quiconque m'écoute ne oonçoit41 pas d'abord ma pensée, et que je veux dire que c'est en effet du pain , ou que c'est en effet du vin? Est-il besoin quej'ajoute: Voilà réellement du pain, ou voilà réellement du vin? Cette addition ne parottroit-elle pas inutile, ne le seroit-ellepas? Que dis-jel et le Sauveur du monde ne s'explique-t-il pas même par une addition importante et remarquable , quand, aprè» avoir dit. , Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il poursuit et ajoute : Le même corps qui sera livré pour vous, le même sang qui doit être répandu pour vous?
Enfin, je les renverrois à la tradition de tous les siècles depuis rétablissement de l'Église; aux définitions des'condies, tant généraux que nationaux; aux sentiments de tous les Pères, soit grecs, soit latins; à la foi de tous les peuples, de tous les empires, de tout le monde chrétien, où, d*âge en Age et sans interruption, je vois une profession authentique et unanime de cette vérité capitale, que Jésus-Christ, dans son sacre^ient, est présent en personne, et contenu sous les accidents du pain et du vin. A qui nous en rapporterons-nous? qui en croironsnous? J'en atteste le jugement secret et la conscience de tout homme sage et non prévenu. Est-il de la raison que les vues singulières el nouvelles de quelques hérésiarques l'emportent dansnotre estime sur de telles autorités, et sur cette nuée de témoins?
Ne nous arrêtons pas ici plus long-temps, chrétiens Auditeurs : ce qui Eait le scandale des hérétiques doit être la matière de notre foi, et d'une foi ferme et soumise. Avec cette fermeté et cette soumission de la foi, nous découvrons un Dieu sur nos autels, et nous lui disons, comme un de ses prophètes : Ah! Seigneur, voui ites vraiment iin Dieu caché (Isai., 45). Vous le fûtes à votre naissance dans Tétablede Bethléem, et vous Têtes encore plus à celte autre naissance où votre humanité même se dérobe à nos yeux. Mais, tout caché que vous êtes, vous n'en êtes pas moins Dieu, et le même Dieu-Homme qui, dans le ciel, est assis à la droite du Père. Ainsi je le crois : vous , Seigneur, animez toujours par votre grâce et fortifiez ma foi.
JÉSnS^GURlST NAISSANT BANS L'EUCHARISTIE. S&7
SicoND POINT. Naissance admirable et toute miracalease. Dans le del, le Fils éternel de Dieu est produit d'un père sans mère; sur la terre, il fut produit d'une m^ sans père; et.dansrËucharistie, il est produit sans l'un ni l'autre : quel prodige ! piour opérer ce divin sacrement, la parole suffit; et quelle parole ? Voici la merveille. L'Écri* ture nous apprend que toutes choses ont été faites par la parole de Dieu ; que c'est par cette parole que les deux ont commencé à rouler sur nos têtes , par cette parole que la terre s'est affermie sous nos pieds, par cette parole que les eaux ont rempli les abîmes, par cette parole enfin que tous les êtres créés sont sortis du néant, et ont composé ce vaste univers : tant cette parole de Dieu , selon les termes de l'Apôtre, est vive, efficace, agissante. Tout cela est grand sans doute, et digne d'admiration ; mais dans le sacré mystère du corps et du sang de notre Sauveur, et dans la manière dont il s'accomplit , je trouve quelque chose de pins surprenant. Car ce n'est pas même la parole de Dieu qui agit, c'est la parole d'un homme ministre de Dieu. Tellement que nous pouvons appliquer au prêtre cette belle et noble expression du Prophète royal , parhint de Dieu , créateur du monde : // dit, et tout 9e fit [Piabn. 32).
En eflet , le prêtre parie, il prononce, il dit : et tout-à-ooup que de mirades! Il dit, et dans l'instant toute la substance du pain, toute celle du vin est détruite : de sorte que sous la même figure , les mêmes dehors, et sans que rien de nouveau paroisse, ce n'est plus ni du du pain ni du vin, mais Jésus-Christ en substance avec tout son corps, tout son sang, tout son être et conune Dieu et comme honune. U dit, et, par une division au-dessns.de tout l'ordre naturel, et jusque là inconnue à toute la raison humaine, de foibles acddents, tels que ceux du pain et du vin , couleur, odeur, saveur et autres , sont séparés de leur sujet, demeurent en cet état, et ne subsistent que par la vertu divine qui les soutient. Il dit, et ce même corps, caché sous les espèces sacramentelles, y est à la manière des esprits; c'est-à-dire qu'étant tout entier dans toute l'hosUe, il est encore tout entier dans • chaque partie de l'hostie; qu'il y est indivisible et incorruptible, et que ce n'est ni ce corps que Ton partage en partageant l'hostie, ni ce corps qui se dissout quand l'hostie vient à se dissoudre. U dit, et le même Fils de Dieu, qui, sortant de ce monde après sa résurrection, monta au plus haut des deux, sans quitter ce séjour céleste, descend sur l'autel : si bien qu'il est en même temps et dans le del et sur la terre , tout édatant de lumière dans le dd , et comme enseveli dans Tobscurité sur la terre; mais aussi glorieux néanmoins sur la terre que dans le del.
Mirades incompréhensibles et ineffiablesl miracles que les Pères n'ont considérés qu'avec une sainte horreur, et que saint Chrysoçtome appelle mystères terribles et formidables! mirades que les hérétiques osent contester, paroeque, ne k^ pénétrant pas, ils ne les jugent pas
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possibles : comme s'ils ignoroîent cet oracle de l'ÉvangUe, qu'il ii*y a rien d'impossible à Dieu ; comme s'ib prëlemlotent mesurer la lout«< puissance de Dieu selon. leurs vues étroilea et bornées; comme sile^ œuvres de Dieu n'étoient pas au^i menreiUeusea qu'elles le «qqi, , parcequ'eiles passent notre inteUigfence, et qu'elles sont au-deasus dQ tous nos raisonnements. Hé quoi ! dit saint Augustin, refuserou^-noua à nn Dieu si grand cet avantage de pouvoir âdre plus que qom^ qu pouvons penser ni comprendre? Ii^milions-nous et tremblons sous le, poids de sa grandeur ; reconnoissoos-la dans le ministre qu'il en a fat^ comme le dépositaire , en le revotant de son pouvoir ; eptrous dans 1^ sentiment de ces troupes de peuple dont parle l'évangélisie saint Mat-; tbieu , qui furent saisies d'une crainte religieuse » et s'écrièrent d ui^q commune voix, en louant Dieu et le bénissant d'avoir donné auK bom* mes le pouvoir de remettre les péchés ; béni^ns-le mille fpia nousmêmes , et rendons-lui mille actions de grâces du pouvoir qu'il a dôioné à ces mêmes hommes de consacrer son corps et son sang. Seutîmeal d'autant plus juste , que ce pouvoir ue leur es^ accordé fu'en uotr^^ faveur et pour notre salut.
TaoïsiiMB POINT. Naissance infiniment avantageiise çt salutaire pour nons. Ne ermgnez poînt, dit l'ange aux pasteurs, en leur ânnon? çant la naissance de Jésus-Christ ; je viens vous apprendre une noicvelle qui doit être pour tout le peuple le sujet d^une grande joie , savoir, qu*ilvous C9t né un Sauveur ( Luc, 3). Or c'est en cette même qualité de Sauveur que Jësus-€hrist se rend présent sur l'autçl , et qu'il se renferme dans son sacrement. Il y renferme avec lui des trésors infinis de grâces, puisqu'il est l'auteur de la grâce, et la source inépuisa* ble de tons les dons célestes. Ce n'est pas pour les tçnir resserrés dans son sein , mais pour les répandre sur nous, et pour nous les communiquer avec abondance.
C'est donc dans ce divin mystère, et par rapport A nous, que ae Térifie cequedisoitle FilsdeDieu touchant lafindesamissionetdeson avènement sur la terre : Je suis venu afin qu'ils aient la vie, et qu^iU taiaU plus abondamment (Joan.,10). Sacrement dévie, sacrement de aalot, parcequ'il sert à entretenir la yie spirituelle de nos âmes, et à nous soutenir dans la voie du salut; parcequ'il sert k guérir toutes nos foiblesses, et à nous fortifier contre tous les obstacles du salut; parcequïl nous fournit tous les secours nécessaires au salut; enfin, paroeque c'est un gage de cette vie future où nous aspirons, et de cette gloire éternelle où consiste le salut. Quel fonds de réflexions, si j*entnBpre« nois de le creuser! quelle matière à tous les sentiments de la plus vive reconnoissance! Je ne vous prierai point. Soigner, comme le Prophète, de dire à mon ame : Je suis votre saiut (Psolm. 34). Vous l'êtes déjà avant que je vous le demande, et vous aiez sur cela présfenu mes vœux. Mais je m'adresserai à tontes les créatures; je les imiterai
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à chanter vos miséricordes envers moi ; je leor crkraii* dans le transport de ma joie : Venez, voyez, admirez combien le Seigneur a fait pour mon ame de grandei choses {Psalm. 6d) I II Ta créée » il l'a purifiée et Iav4e dfi \^ (acbe originelto ; il Ta remplie de son esprit et Ta sanctifiée; il est sorti du sein de aoii Père et s'est revêtu de notre chair pour la rechercher, pour la rachçtçff pOMf 1^ réçQncilier ; il (('y s^ i^ épar<e«éÎMAqu à m vie : mais tout ceb ne lui a point encore suffi ; il veut que ce corps qu*il a pris pour le salut de cette ame lui reste CQipmç ea héritage ; il veut que c||aq|up jour ce oorp^ renaisse en quel-
!|^i^ sfijt^e, p9,ur. ^ile» et qu'elle en puisse toujours reoavoir une nouvelle orce Q( dp npuves^ux açcroissemenis de graoe.
YoiÛ^ oi^ Tamour ie ce Dieu Sauveur Ta porté : car ce sacrement de grâce et de ^ut eiit en piémQ temps un Mcrement d'amour : &ais de qUQl ai^otir ?' qui pQviii>xprim«r? Ayant aimé Us sient^ dû saint Jeau, et dans eux tous Iqs boUMues, \l les mvmjmques à la fin (JoAii., 13). Qu'd^t'Ce à dire, jusques à la fin? c'est-à-dire qu il les ainm jusqu'à sa. mort ; i;'«^t*à-dire qu'il les aimsi jusqu'à ce jour où ces mêmes bommes j^ qui il se donnât, coi^uré^ contre lui» le trahissoient, le ven- 4oient« i^'^spiro^ent qu'à sa ruine, et lui préparoient les plus cruels tourments; c'est-à-dire que, par l'effort le plus géqéreux et le plus constant de. son amour, sans égard à tout le mal qu'ils médifoient contre sa personne et qpç^ h haine leur uispiroit , il ne pensa qu*à Ciiu-mêiin^ ç( at^ bieiL qu'il ley r vouloit faire; c'est-à-dire que, sans avojr encore plçinemi^ut satisfait jusque là son amour, il y mit le comble par le don qu'U l^or fit , ei qe le^ir laissa plus rien à d^irer sur la terre de tQHt cç qu'ils ^ pouvoien t attendre. Yoilà comment il a aimé 1^ fronde, et vojlà conp^pie il m'a aimé, mpi ep particulier : car il pensoit dès-Lnrs à moi , et il m'ayoit en vue comq;^e les autres. Son amour n'a point eu de bornes : tous y ont été compris» et tous en peuvent profiter. Qr sur cela que me dit mon cœ^ur, ou que ne me dit-il poii^^ quQQC me reprocl^e-t-i^ point? Hélas! Vil ne me dit rjen, o^est qu'il ne sent rien; et de quoi sera-^l touché, s'iUst insensible à un tel amoqr? Malheur k ^o\ et à mon indifférence ! Elle ne se liait que trop conaoitre dans toute ma conduite à l'égard du sacrement de oe Dieu d'amour; dans les évagations de mon esprit, dans mes tiédeurs , mes làcheiés , mes ennuis en la présence de ce sacrement. Cependant r Apôtre s'explique en des termes bien terribles pour inoi : Quiconque n aime pas le Seigneur Jésus, quil soit anathhne {X. Çor., 15)^. Je dois l'aimer d^ns toua les étals oii la foi me Iç présente. Mai^ en^uel état doit-il me paroitrei et me doit-il être plus aimable, quç dans un mystère où il veut s'unir tellement à m.oi et m'unir si étroite: ment à lui, qu'^n conséquence tie cette union la plqs intime et la plus parfaite, je puissç dire ce que disoit le maître des Gentils, dans, I ar* deur d^. l'amour dopt il étoit en^brasé : Je vis; mais non, ce n*est ph^ nu^ qfuvis^ çcsf JésY^'Çhrviiqui mt en mo^ (Ççutef, i).
600 JÉSUSK]11RIST ADORÉ DAMS L'EUCHARISTIE.
SBCoiio MU. — Jteu-CbiM recenat 4am l'EnehaiMit dm adonUdH.
SERMON
SUR LB CULTE d'ADO&ATION RENDU ▲ JÉ8US-CSRIST DANS LE
8A1NT-SACRBKENT.
FetnUêf adoremui, êtfrœkUmmt : quia ipte est Dominus Deus notier, Yanfls, adoraoB le séigoear» et praterlioiii-iioiu doTant lui, car c'ett le Seigmor notre DIen. Psaume zcnr.
C'est aa nom de toute TÉgUse» de cette sainte ëponse de Jésus* Christ , que nous sommes appelés devant les autels de son divin époux» pour lai offrir notre encens et ponr Fadorer. Elle ne se contente pas que nous lui rendions un honneur commun, soit anx esprits bienheureux , sÂt aux Saints » qui sont les élus de Dieu : elle vent que ce soit un culte particulier et d'adoraticm. Elle ne se contente pas que nous l'adorions dans le ciel où il est remonté , et qui est le séjour de sa gloire : elle veut encore qu'il soit adoré sur la terre , dans ses tabernacles où il réside, et dans son sacrement. En vain Thérésie lui a-t-elle refusé ce culte suprême, et par une audace insoutenable a-t-dle entrepris de Tabolir : l'Église, armée de ses foudres, s'est élevée, et eu a pris la défense. Animée d'un zèle de religion , die n'a rien omis pour la cause de ce chef invisible dont elle est le corps mystique, et elle s'est employée de tout son pouvoir à le maintenir dans la juste possesûon où il a toujours été de voir les fidttes se prosterner en sa présence , et de. recevoir dans son sanctuaire les hommages dus à la Divinité. Allons donc , chrétiens Auditeurs , et nous-mêmes acquittons-nous d'un devoir si légitime. Afin de nous y exciter davantage, perçons le voile qui couvre un si grand mystère ; ne nous arrêtais point à des apparences capables de rabaisser l'idée que nous en devons avoir; mais comprenons bien deux vérités qui feront le partage de ce discours : car je vais vous montrer comment l'état de Jésus- Christ, dans le sacrement de l'autel, est celui où il mérite plus nos adorations, premier point ; et comment ce même état de Jésus-Christ , dans le sacrement de Tautel, est encore celui qui donne à nos adoraticms |dns de mérite , second point. Deux instructions qui demandent votre at« tention.
Prexier point. L'état de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel est celui où il mérite plus nos adorations : comment? 1. En vertu de sa présence plus immédiate et plus prochaine ; 2. en recgnnoissance de l'humiliation volontaire où il est réduit, et où il se tient abaissé pomr nous. Je m'explique.
1 . Présence de Jésus-Christ plus immédiate et plus prochaine dans le sacrement de l'autel , premier motif qui nous engage spécialement à l'y adorer. A parler en général , il est partout ég^ement adorable, puisqu'il est partout également Dieu ; mais plus il est proche de nous