‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 18 sur 225 · SUR LA MORT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT

nous porter aa relâchement ; elle doit retrancher l'excès, l'empressément, l'impatience et l'inquiélude de nos désirs trop impétueux et trop ardents ; mais elle ne doit pas refroidir les désirs louables et hponétes , que le zèle de notre condition et de notre rçligion nous oblige d'avoir. Retenez bien ces deux maximes, qui , jointes ensemble, font un merveilleux tempérament dans l'ame chrétienne. Il faut vivre détaché de tout, parcequ'il faut être prêt à mourir bientôt; mais eq môme temps il faut s'appliquer, vaquer, pourvoir et satisfoire à tout, parcequ'il font rendre compte à Dieu de notre vie. Si vous sépariez Tun de l'autre, le détachement même du monde ne seroit plus une préparation à la mort, parceque ce seroit un détachement mal entendu et mal réglé.

Y. Vous appliquant ces paroles de saint Paul , Le temps est court, lirez-en une autre conséquence , qui n'est pas moins essentielle que ce déta(ihement du monde , savoir : combien il est donc néc^saire que vous vous hâtiez de foire le bien que Dieu demande de vous et quil attend de vous; car le plus grand de tous les malheurs qui pourroit vous arriver seroit que vous fussiez prévenue de la mort , en laissant l'ouvrage de Dieu imparfait. 11 fout , s'il est possible , que vous puissiez dire à Dieu, par proportion, ce que Jésus-Christ disoit à son Père : Jm achevé. Seigneur, Couvrage dont vous nC aviez chargé (Joan., 17). Dans la condition où Dieu vous a appelée , vous savez à quoi cela s'étend, non seulement par rapport à vous-même , mais peut-être encore davantage par rapport aux autres. Quelle consolation , si vous pouviez, en mourant , vous rendre le témoignage que Jésus-Ghristse rendit sur la croix , en disant : Tout est accompli ( Joàn., 19 ) I Hais pour cela, encore une fois, il font vous hâter et profiter du temps, dont tous lés moments sont précieux; ne remettant' point au lendemain ce que vous pouvez faire aujourd'hui , ne couvrant point votre paresse du voile d'une fousse prudence , exécutant ponctuellement ce que Dieu vous inspire , et faisant le bien , comme dit saint Paul , pendant que vous le pouvez et ir]Ue Dieu vous donne le itemps de le foire. Agir de la sorte , c'est se préparer solidement à la mort.

VI. Considérez bien que Notre Seigneur^ instruisant ses disciples sur cette importante matière, ne leur disoit pas. Préparez-vous; mais, Soge% prêts (Matth., Si) ; car il arrive tous les jours aux eh* fants du siècle ce qui arriva aux vierges folles^ Elles* se préparoient » et même avec empressement , pour aller au-devant de l'Époux : cependant on leur ferma la porte. Gon4>ien ai-je connu dans le monde de personnes qui ont été surprises de la mort , dans le temps. qu'elles formoient des desseins , qu'elles prenoient des mesures , qu'elles foisoient même déjà quelques démarches pour leur salut ? Tout cela étoit un commencement de préparation : mais parcequ'une préparation commencée ne suffit pas , et qu'il en faut une complète; par un terrible jugement de Dieu , qui étoit peut-être le châtiment de leurs infi-

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dâités passées, malgré leur préparation même, Diea les rejetoit, parceqa'elles n'étoient pas entièroment préparées. Examinez donc les plia et les replis de votre cœur, pour vous rendre celte vérité salutaire. Voyez 8*il y a (encore quelque chose en vous qui soit uu obstacle à cette préparation consommée où vous devez être pour trouver grâce auprès de Dieu , quand il faudra parottre devant lut ; car ce seroit assez d'un seul point pour vous £adre éprouver lé maUieureux sort de ces vierges folles de l'Évangile,

VIL Mais le principal usage que vous devez faire de la pensée de h mort et de l'obligation de vous y préparer, est que cela même vous soit un remède contre le désordre que vous avez le plus à craindre, qni est la tiédeur et la Iftcheté dans les exercices de la religion. Or ce remède est non seulement souverain , mais fiicilé : car vous nnyez pour cela qu'à vous mettre dans la disposition où vous voudriez être ai vous étiez sur le point de mourir : par exemple , ne vous approcher jamais du sacrement de pénitence qu'avec la même conirition que vous voudriez avoir à la mort ; ne communier jamais qu'avec la même foi et le même zèle que vous communieriez i la mort. Et cela n'est-il pas juste, et même dans le bon sens? Cette vue de la mort répandra dans vos actions im esprit de ferveur qui vous deviendra même sensible ; ces actions ainsi faites sanctifieront votre vie, et vous ne serez point exposée à la malédiction des âmes lâches qui font l'œuvre de Dieu négligemment; une de ces actions vous attirera plus de grâces que cent autres : et voilà comment votre vie sera une préparation continuelle à ime heureuse et précieuse mort.

Vin. Servez-vous de la pensée de h mort pour vous déterminer et pour vous résoudre sur toutes les difficultés que vous pourrez avoir dans la conduite de votre vie. Il n'y a point de règle plus sûre que celle-là : Que penserai-je à la mort de ce que j'entreprends aniourd'hui? Cette vue de la mort vous servira de conseil et de lumière ponr ne prendre jamais un mauvais parti , et pour ne vous repentir jamais de ce que vous aurez fait; rien ne décidera mieux vos doutes, ni n'éclairera mieux les choses où il vous parottra de Tobscurité; et, au défiiut de celui que vous avez choisi pour votre guide dans la voie du salut élernd, vous aurez toujours dans vous-même un conseiller fidèle, qni ne vous trompera point et qui ne vous flattera point. De cette manière vous voas préparerez encore efficacement à la mort , puisqu'à la mort votre conscience ne vous reprochera rien et ne vous objectera rien à quoi vous n'ayez déjà pourvu par une anticipation de la mort même : heureux état pour s'assurer tout à la fois, autant qu'on le peut, une vie sainte et une mort tranquille !

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