‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 17 sur 225 · DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

chrétiens et de mères chrétiennes. Ils ont vu pftr-là tontes lenrs entreprises réussir, leurs vœux accomplis, et leurs familles comblées de toutes les béaédictioos temporelles et spirituelles. Aimons au reste tout^ les dévotions instituées en l'honneur de Marie. Du moment que l'Église les a établies, ou qu'elle les approuve, elles nous doivent être vénérables. Autorisons-les par notre exemple, et soutenons-les par notre piété. Pratiquons celles qui sont plus utiles, et qui nous parolssent plus solides. Honorons au moins celles que nous ne prati- *qaons pas. Ne condamnons pas aisément celles qui ne sont pas de notre goût. Quoique ce soient des dévotions populaires , respectonsles, puisqu'en saoctifiaut les peuples elleç contribuent i la gloire de IMen. Par esprit d'opposition a Thérésie, déclarons-nous pour ce culte public et solennel, qui est rendu à la mère de Dieu dans toutela terre. Joignons-y le nôtre en pardculier. Gardons-nous de tomber dans la froideur et l'indifTérence qu'ont sur cela de lâches chrétiens , ou de prétendus esprits forts, dont la foi est tiède et languissante. Pleins de la foi derSglise, glorifions^ousde notre zèle pour Marie ; et comme Jésus-Christ luirméme n'a pas dédaigné d'être son Fils, tenons i honneur d'être du nombre de ses fidèles serviteurs.

IV. Vous nous recevrez. Vierge sainte ; vous agréerez la résolution qne nous formons en ce jour, de nous dévouer plus que jamais à vous et i votre culte. L'éclat de votre gloire ne vous éblouira point jusqu'à nous oublier; et dans votre souveraine béatitude, vous vous souviendrez de nos misères : elles sont grandes, elles sont innombrables , et vous les connoissez mieux que nous ne pouvons vous les représenter. Orvoilà^ mère de miséricorde, ce qui vous intéressera en notre faveur, ft ce qui excitera toute votre compassion. Tandis que nous ferons monter vers vous nos vœux , vous ferez descendre sur nous les grâces du de! , et vous userez de tout votre pouvoir pour relever et pour fortifier notre foîblesse. Vous n'en pouvez foire , j'ose le dire, sainte Viei^-, vous n'en pouvez foire un usage plus digne de vous, ni plus conforme aux desseins de Dieu sur vous , puisque c'est par vous qu'il a voulu nous donner le Rédempteur qui s*est revêtu de nos infirmités pour les guérir et pour être le salut du monde. En a^^issant pour nous, vous seconderez les vues de ce Fils adorable que vous avez porté dans votre sein , que vous avez accompagné au Calvaire , et qu'aujourd'hui vous revoyez au milieu de la cour céleste, tout rayonnant de gloire et couronné de toutes les splendeurs des Saints. Que dis-je, ô mère secourable! vous suivrez vos propres sentiments, et vous agirez selon les inclinations de votre cœur. C'est donc de vous , ou pluiôt c'est par votre entremise que nous attendons des grâces en quelque sorte semblables à celles que vous avez reçues , et qui vous ont conduite i ce bienheureux terme où vous aspiriez, et où nous devons adresser nous-mê.nes toutes nos préientions et toutes nos actions. Oui, Vierge sainte, ce que nous attendons et ce que nous demandons par

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votre secours , c'est la grâce d'une vie innocente et fervente, la grâce d'une mort chrétienne et d'une heureuse persévérance, l^ grâce d'une pureté inaltérable et de l'ame et du corps , la grâce d'une humilité sincère et d'un vrai mépris de nous-mêmes , la grâce d'un amour solide pour Dieu, d'un amour sensible , d'un amour libéral , généreux , constant; toutes les autres grâces qui vous ont sanctifiée, ceUed'un vif ressentiment des bien&it^ de Dieu , celle d'une ardeur empressée pouir la gloire de Dieu, celle d'une foi pure , simple , soumise , et d'un pleiû abandonnement au bon plaisir de Dieu ; celle d'une patience invincible en tout ce oui nous peut arriver de plus fâcheux^ par la volonté ou par la permission de Dieu. Gésont là les moyens qui ont servi à votre élévation , en servant à votre perfection ; et ce sont aussi les puissants moyens qui nous serviront à suivre vos traces et & marcher dans h même voie que vous , pour parvenir, sinon au môme rang, du moins à la même terre des vivants et au même royaume. Ainsi soit-îK

INSTRUCTION

SCRLAMOAT^

I. Vous devez établir pour principe , que la pensée qui vous est v^ue de vous préparer à la mort , et de faire désormais de cet exercice votre occupation principale , est non seulement une grâce , mais la plus précieuse de toutes les grâces que vous pouviez recevoir dé Dieu, et que l)leu, qui veille sur vous, par un effet de sa miséricorde vous a inspiré cette pensée pour vous engager plus que jamais à le servir en esprit et en vérité, et pour vous préserver par-là delà corruption du monde , et en particuliei^ des dangers de votre état ; car il est évident que le souvenir et la'vue de la mort est le moyen le plus efficace et le plus infaillible dont vous puissiez user pour conserver dans votre état| et au milieu du monde, l'esprit de votre religion. Il est donc maintenant question que vous soyez fidèle à cette grâce , et que , répondant aux desseins de Dieu , vous en tiriez tout le fruit que vous en devez tirer pour la sanctification de votre vie, et pour l'accomplissement du grand ouvrage de votre conversion.

II. La première impression que doit faire en vous cette grâce ou cette pensée de vous préparer à la mort , est un solide et parfait détachement de toutes les choses du monde. Peut-être, dans les sentiments que Dieu vous donne, vous y croyez- vous déjà parvenue; et ai cela étoit ainsi , j'en remercierois Dieu pdur vous i mais quand vous aurez bien considéré ce que c'est qu'un détachement parfait et solide, peut-être aussi avouerez-vous que vous en êtes encore bien éloignée. Quoi qu'il en soit, il faut que vous en commenciez la pratique piar la méditation fréquente de ces admirables paroles de saint Paul : Voici donc, met Frères, ce que je vont dit : Le temps est court; ainsi, que ceux qui possèdent des biens vivent comme ne les possédant pas ; cetix

* Cette InrtrucUoii fut blte pour une dame de qualité.

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ftà icnt dam les honneurs , comme n*y étant pas ; ceux qui usent de ce monde, comme n*en usant pas; car la figure de ce monde passe (1. Cor., ?)• Ces paroles ont quelque chose de divin qui se (ait s^'Utir. £o effet y être élevé , honoré , heureux daos le monde , et devoir bientôt mourir ^ c'est comme éire élevé et ne Fétre pas , comme être ho;* noré et né l'être pas » comme être heureux et ne l'être pas. Ce terme de mourir efface , délruit tofus les autres; et malgré nous-mêmes, pour peu que nous soyons raisonnables , il anéantit dans notre idée et dans notre estime ces prétendus biens et ces prétendus honneurs que nous sommes à la veille de quitter,

III. Soyez bien persuadée que ce détachement du monde ne peut être en vous ni solide ni parfait, s'il ne renferme le détachement de vous-même; et que c'est particulièrement dans vous-même qu'est pe monde corrompu , dont la pensée de la mort doit vous détacher ; que hors de là , le détachement de tout le reste ne coûte rien ; qu'il n'y a que le détachement de soi-mênie qui soit difficile , et qui soit une vert^ chrétienne, pubque tout autre détachement que celui-là s'est trouvé dans les païens ; qu'il ne s'agit donc pas de vous détacher des ri* chesses ni des plaisirs du momie , dont peut-être vous vous s^ucioc peu , mais de vous-même : c'est-à-dire, par exemple , qu'il s'agit que vous soyez sincèrement préparée à tout ce qui pourrpit vous arriver de plus mortifiant et de plus humiliant; à voir paisiblement et sans trouble vos sentiments contredits » vos desseins traversés , vos inclinations choquée^; en un mot» à vous voir vous-même, si Dieu le permettoit ainsi , méprisée , rebutée , déchue de l'état de prospérité où il lui a plu de vous élever : car voilà ce que j'appelle le bienheureux détachement ou vous devez aspirer , et que la vue dé la mort doit opérer en vous. Sans cela , quelque détachée que vous soyez du inonde , ou que vous paroissiez l'êire , vous ne devez jamais compter d'être parfaite selon Dieu. Cette réflexion pourra vous être d'une grande utilité pour le discernement de vos dispositions intérieuires.

IV. Prenez bien garde que ce détachement du monde , causé par h vue de la mort , ne se tourne en ennui , et n'aille quelquefois jusqu'au dégoût des choses à quoi Dieu veut que vous soyez appliqua , et qui sont pour vous des devoirs dans l'ordre de la Prqvidence : car, à force d'envisager la mort, de la voir présente, on peut tomber dans ce dégoût , et dans une certaincindifféience pour toutes les choses du monde, qui fait qu'on se ralentit dans ses devoirs mêmes, parcequ'on ne voit plus rieu dans le monde qui vaille la peine, pour ainsi dire, de s'y affectionner. 11 faut donc alors monter plus haut» et regarder les choses du monde, non plus dans la simple vue de la mort, niais dans la vue de ce qui la suit; c'e&trà-dire , du jugement de Dieu , où nos actions doivent être pesées selon la mesure de nos obligations. La pensée de la mort ne doit pas ^ sous prétezie de détachement , no us abattre le courage , et beaucoup moins doit-elle

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