‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 184 sur 225 · DE LA FIN DU REU61EUX · texte numérisé non relu

DE LA FIN DU REU61EUX

à md-méme : car en vam me flatteroîs-je d'être mort i tout ce qui s'ap* peUe le' monde» $i je n'ëtois mort à moi-même. Le monde auquel je dois surtout mourir est en moi. Le monde qui est hors de moi n'a rien pour moi de dangereux, en comparaison de celui que je porte au milieu de mok Le monde que j'ai à combattre, ce sont ces trois concupiscences dont parle saint Jean, d'autant plus à craindre pour moi, qu'elle sont dans moi-même et une partie de moi-même. Etre mort à moi-même dansf la religion , c'est n'y avoir plus de volonté , plus d'humeur^ plus de vues ni de prétentions humaines^ Si tout cela est encore en moi, et si j'ai encore, pourcertainsintérêtsqueron se fait dans la profession religieuse , des vivacités, des empressements, de la sensibilité, je ne suis ni mort selon Jésus-Qirist, ni enseveli avec Jésus* Christ. Ainsi ma religion est vaine, et n'eût^il pas presque autant valu rester dans le monde ?

Second point. Cette séparation et ce détachement du monde, ce crucifiement et cette mort^spirituelle, sont d'une sainteté bien relevée: mais pourquoi suis-je entré dans l'état religieux? Pour y travailler fôut autrement que je n'aurois pu faire dans le monde, non seulement à mon salut, mais à ma perfection. Supposé mon engagement à la re» ligion, ma perfection et mon salut sont désormais deux choses inséparables. Je dois donc être persuadé qu'au lieu quele Sauveur du monde disoit à ce jeune homme de TÉvangile» Si vous voulez être parfait , quittez tout ce que voui avez , et suivez-moi (Matth., 19) ; il me dit maintenant et sans condition : Parceque vous avez tout quitté, et que vous vous êtes engagé à me suivre, souvenez-vous que vous devez être parfait. Cette perfection, que Jésus-Christ a proposée aux chré* tiens du siècle comme un conseil , est donc pour moi un commandement que je me suis imposé. Il m'étoit libre d'être religieux, ou de ne l'être pas ; mais da moment que je le sub, il ne m'est plus libre de renoncer à Tobligation que j'ai d'être parfait, ou du moins de vouloir sincèrement et efficacement le devenir. Voilà toutefois le devoir essentiel k quoi je manque ^quand je suis assez lâche pour abandonner, dans la profession religieuse, le soin de ma perfection. Péché grief, puisque je deviens prévaricateur de mon état, jusqu'à sortir de mon état. Car mon état , comme religieux , est de tendre continuellement à la perfection. Dès-là donc que je la néglige, et que je n'y aspire pins ; dès-là que je ne me soucie plus d'y parvenir, et que je n'en ai plus le zèle, outre le désordre de ma conduite envers Dieu, outre le danger que Dieu ne retire de moi ses grâces, je sors de la voie oii j'étois aiyelé. Or sortir de la voie que Dieu m'avoit marquée , c'est , dans Tordi^e ,du salut , l'égarement le plus funeste, et dont les suites sont le plus à craindre.

Mais en m'éloignant ainsi de la fin pour laquelle je suis religieux, quel sujet n'ai-jepasde rougir et de trembler, quand je yois au milieu

m DE LÀ fifi Dtî RËiiGttCX.

rtn rùotâe àts «é^limr plas tonchësl qaêf inôt dd dèiit de fètif p#fëction, plus oecupëi c(ife moi du soid de Iéuf|)érfléctk)4,è( par-là méine beaaconpplos parfaits! dans lear coddilioil qdê moi dans^la itiiénûet Sans parler des vertus politicfoe^ et citiles qui font le mérite des partisans dn monde, et qdi devrotedt étf ë d^Jà pbuh mût autant de leçons , combien y &-f-tt de ctlrëtieiiâ aadé fé ibondé ptùé mortifia , plu^ humbles, plus dharitableàr qu'une infinité de feligieul? Quel té« idoi^agé comré moi et queAé convicticm, qdand bieu, dans son jugeaient, me mettra ixi éitemples dénrant les^ yeui ! iToutë comparaisoà à part, n'e^-it pa^ bien bontéut et bien Indice qd'après tant d'années que je suis religieux et que je me trouVë obligé par nÊiod état k marc W dans la voie de la perfection^ f y aie hii si ^etr de progrès ; que je n*aie ]|^ttt-<étre pas eficoré ôomineifô^, âtdiéme^rieusem'^entpehséàm'j avancer; que je sois peut-être aujourd'hui plus idiparfïdt que lorsque j'étois dans le monde; que , bien loin de croître en vertu dans la maison de Bien, J*y aie peuf-étretodjoui^ é\ê eti dëgéxiérànt et ^n mé rettchant? E^-cé là ôé qnè lÂen demandôit dé moi? est-ce lî ce que Je Idi avois promis ?

TRotsiÈHE pon^. Cm par dneeraée tAdté ftpéciàté qij^it a ^tû t Ken de m'appeler à fà peri^ÊtSoti religieuse; c'est par une distinction' et lin choit dont je ne pdis assez reconnotf ré, iii a^ei esiimer (es avantages. Il est vrai que DieUi en vend deœclioii, eiigede moi plusf qu'il n*exigé du comniun des chrëtlênâ : mais en cela même quelles ont été les vues de sa providence et de sa niisériborde envers moi? Il a voulu que je hii fusse dévoné d'une h^n plus f>articulière et plus intime ; il â voulu me mettre au rang de ses fàVoM's qui rapprochent de plus prêà, et avec qui il a de plus fféquentéâ et de pins abondantes communications ; il a voulu nod seulement mé 6odservér dans une innocence pins parfaite, mais ni'éfever aux plus sublimés vertus, afin de me tenir plus étroitement uni à lui, et de me donner lien d'acquérir plus de mérites devant lui ; il a voulu faire éclater èa moi toutes Ie6 richesses de sa grâce, et medisposer i recevoir un jour les dons les plus excellents dé sa gloire ; il a voulu me proposerait monde comme un modèle, et que mes entretieds, que mes actions, que toute ma vie honorât son service, édifiât le prochain, et fât pour lès chrétiens du siècle une leçon visible et présente, qui les instruisit et qui les touchât. Car tout cela est attaché à cette perfection, qui fait la sainteté et le caractère propre de mon état.

ôr n'est-ce pas en quoi je dois admirer la bonté de Dieu y qui m*a choisi de la sorte; qui, par une prédilection toute gratuite, m'a destiné à de si grandes choses, et m'a prévenu dételles faveurs ; qui, pour me soutenir dans une vocation si sainte» et pour m'aida à la remplir, m'a fourni tant de moyens? Je puis donc dire, aussi bien que Hobe, et même avec plusde sujet que Moïse, qu'il n'en a pas ainsi usé i Tégard

t)Ê LA ttH bu *ÉueiE(«. m

de toute ifatiôA : cVst-i-dire qu'entre les cbrétiènà fnèknét, ({^eiitre lëi ehhnts de la même Égli^ et parmi son peuple, il iti*a préféré à deâs millions d'autres qu'il a laissés et qu'il laisse encore aa rhitfèâ dà dangers du monde et de toute sâ co^ruptioA. Qù'avois-jé fait plu% qu'eut avant que fiieti me rètifât de ce siècle perverti, où je me trotf- Vois exposé comme edxt et par où iii'étoist-Je rendu plu& digàé d'ail de ses bienfoits les plus âgnalés ?

Après cela que dois-je pensef de moi-même, ri, dans un état où |é dois êire sinifpiKèrement dévoué à Dieu, je iid'occupe de tout auti^ chose que de pieu? si, dans nu état ôù je dois comm!lhî(}uer plus ^ottvent et plus iotinfemenC àyeè Dieu, jèmé dégoûte de totis les exe^citièls <}u! peuvent me porter à Dieil,et je vis dans mie dissipation continuel^ qui me fait perdre presqae tout sentiment de I>ieu? $1 , bien loiii dte itie préserver, selon mon état, des taches Tes plus légèreé, et dé pratiquer toute la sainteté du christianisme dans le de^ré le plus éminent p je fais en mille rencontres de mortelles blessures à nion âme, ou je tûk jette au moins tà-déssuâ eii deâ embarras de conscience très dangef*eut, et si je n'ai pas même le fond et F^entiel de la piété chrétieiine ? ii^ bien loin de Al'enrichir pour le eiet, je deiheure dans une vie lâche et inutile. Où je ne profite de Heu, pan^eque je lù'acquitte de tout ùégfi^* gemmeKit et sans esprit Intérieur? si, bieU loin de Aire hoUifenr àû service de Dieu et à ma profession , je lés désAonoré , et au lieu d'éÀfier le monde, je le scandalisé ? flu'y a que trop de religieui à qui cet reproches conviennent : y <A a-t-il à qui iïs conviennent plus qu'à moi^ Quoi qn*il en soit, (f est à moi dé me Ibs appliquer utilement, et d'éA tirer de justes couséqnences pour mon instruction et ma sanct^càtiôn.

Conclusion. Ah! Sei^eur, je n'avois point encore conçu ce que c'est que d'être rdigieut. Je n'eu avois qu'une foible idée, et toili pourquoi je m» suis si peu mis en peine de parvenir i la fin d'un 'état 81 saint. La vie religieuse ne m'avoit paru qu'une vie obscureetabjecte selon le monde , qu'une vie de contrainte et de gêne sdoiî les sebs ; mais je n'inroomprenois pas TexcelleUce et h perfection. C'est aU}ôll^ d'hui, mon Dieu, que vous^elà fidtesconnoltre ; c'est ai^oord'hui que je commence ft sentif mon t)onheur et à le goûter, parceque c'est aujourd'hui que je conçois une tout anure estimé de ma vocation.

Mais du reste. Seigneur, cen^est point asSez qde je connoisse Ik perfection de Uion état ; il fent qu'autant que je la conttpis, qu'a»* tant que je l*estime , je la désire , et que je la désire comme eUe ddit étrç désirée. Or il n'y a que vous qui puissiez , par votre grâce, fbr^ mer en moi ce désir, accompagné de toutes les qualités nécessaires pour être conforme à mes obligations. Car vous le savez , Seigneur, ce qui m*a perdu , c'est que je n'ai jamais eu pour h perfection reH* gieuse qu'un désir vague» qu'un désir oisif et languissant, qu'un desih bordé et KmtUfi , qu^n désir passager et volage , qu'nn dé ces destrs

Page 1