HUITIÈME JOUR
PREMIÈRE MÉDITATION
DE LA VIB NdUVJ&IXE DB jiSUS-GHRIST OANS SA RÉSUHRBGTION.
Çuomodd ChrMuê mmxU à wtortuU ,Uàetnos i« «ooitele vUœ amhuiemms. Comme Jësiu.Cbrift otreMuadlé d'entro les morts, U tut «nasâ que nous marchloM dam nue vie nooreUe. Rom», cbap. ti.
Premier point. Jésus-Christ n'étoit pas descendu dans le tombeau pour y demeurer ; et s'il avoit subi la loi de la mort /c*étoit pour triompher ensuite de la mort même , et pour la soumettre à son empire. Or ce qu'il y a d'abord de bien remarquable dans la résarrection de cet Homme-Dieu » c'est que ce fut lui-même qui se ressuscita.
Le Prophète avoit dit de lui qu'il seroitfiAre^Rlre/cs mort${P9. 87); c'est-à-dire qu'il mourroit quand il vondroit, etcomme il voudroit; mais qu'il sauroitanssi se dégager des liens de la mort au moment qu'il avoit marqué, et qu'il ne seroit pas moins puissant pour se ressusciter luimême qu'iirauroit été pour ressusciter les autres. Voilà cequi s'accomplit dès le troisième jour depuis sa passion. Sans nul secours que cette vertu divine «t toute miraculeuse qn il avoit exercée sur tant de sujets et fait édater en tant d'occasions, l'heure venue « et dès le grand matin » il ouvre le sépulcre où son corps étoit enfermé ; il le ranime , et le tire du sein de Lei terre ; il parolt au milieu dcft soldats qui le gar doientr et U les saisit d'une telle épouvante, qu'aucun d'eux n'ose foire le moindre effort pour lui résister et pour l'arrêter. 0 mari, oit en ta victoire f d mort, ok est ton mguUlant Je ierainun-'fnêmetamort (2. Cor.f 15 ); et après avoir étendu ta domination t* t porté tes coups jusque sur moi ,• ainsi que j« I ai permis , il feut à présent que tu ce les malgré toi è mon souverain pouvoir. Paroles du prophète Osée et de l'apôtre saint Paul, que l'Égise appliquée ce Dite vainqueur de la mort, et, qni nous font connoltre par quelle vertu il opéra ce grand miracle de sa propre résurrection .
Ce seroit dans moi la piu4 grossière de toutes les erreurs f t une présomption insoutenable , si je prétendots être en état moi-même de ressusciter selon l'esprit et selon Dieu. Aussi fbibte que je le suis ,
7|9 DELA VtB NOUVELLE DBJÉSVS-QHRUiT.^o.
oonuntiil oseroiîi-je me flatteirde pouvoir, sao» b grae^ de moa T)iêa« V2|iDcre mes ipauvaises babîtudt^ ei me défaire de toutes met imperfections? L'exemple de Jésus-Christ se doit donc point es oeb me servir dérègle, et là-dessus il n'y a nulle comparaison à foire, llab celte graee de I><eii supposés , couime un principe nécessaire et abso» luoieul requis ; cette graoç sur laqueib je puis c^impter p^jr b misérh corde du Seignepr, et qi|i, bien loin de se refuser à moi • vient au OQiitfairçde fe<loubler aaprès de moi s»fs sollicitations, n s*est Ibit sentir d^ns ije« ssMols jour^ plus fortemenl que jamais : il i^st e^-rtain du reste que je dois a^jir avec elle , que j'y dois coopérer, et qu'en ce sens c'est de moi qu'il dépend de consommer l'ouvrage de ma résorrc' tion spirituelle et de ftia sanctification.
La résurrection de Jé;ius-Christ fut pour Ini une victoire : von« drois-je que b mienne n'en fût pas une ponr moi? De même qu<* le corps du Sauveur etoit lié dans le tombeau , j'ai mes liens qu*il ibul bi iftcr ; ce sont mes inclinations naturelles et mes pnssioM. De même que ce corps éloit coavert d'une grosse (Pierre , j'ai une pierre pesante à bver: c'est le •penchant de mon cœur, et la lâcheté obyâi ^ ioog* temps vécu et qui m'est devenue habituelle. Autour de ca corps* il y nvoit une garde ennemie, qm veiltoil sans cesse pour empêcher qu'on ne l'enlevât : et outre les ennemis invisibles de mon salut et de ma perfection , qui n'ont que trop d'atteniiun* et de vîgibnœ pour me retenir, combien d'autres ennemis ai-je encore à (Tsindre? Genaines ooosidéi-dtions humaines , certains exemples , certaines railleries et certains discours, certaines amitiés 'et ceriaines Uaisons, certaines coutumes « certaines occasions fréquentes et engageantes dont il ra'rsi si difKcile de me défnidre ; en un mot , tout ce qui m'a servi jusqnes i présent d*ebstacle, et que je n'ai pas eu b force de surmonter. Ma» malgré Ilotes les difficultés et tous les obstacles , le Fils de Dieu ne tarda pas à exéouter b parole qu'il avait donnée à ses apétrea de res« susciier et de ^ &ire voir «ncore à eux : et sans aller pins loin , pen* dent cette retraite que je vais tinir, j'ai tant fiait de promesses à Dien» je lui ai donné tant de paroles , je lui ai tant protesté du fois que , par ua changement réel et véritable ^ je vouluis vivre dans b âuite comme une ame ressuscitéel or voici le temps de lui montier que je sais fidèle, et c'est dès ce jour qu'il fiiut mettre en pratique lout ce que j*ai résolu et tout ce que j'ai promis. Y suis*je bien déterminé? J'«n jugerai par Teffet. Ah I Seigneur, nion i;ourage m'abandoiiaenh4*il , lorsqu'il est question de le faire paroitre ? Vous ne me maaqa<frea pas, nM>n Dieu : malheur à moi si je venois à vous manquer !
Second POINT. Jésus-Christ, en se ressuscitant, reprit une vie teote nouvelle : car ce fut désormais une vie glorieuse , et toute difliérenie de celle qu'il avpit menée jusque là sur b terre. Ce Dieu Sauveur, sujet auparavant à tontes les miaères d'une vie obscure et panvr*.
et à UNitM hn igtoniaiesrei toutes leadMkNiM de la phM erufilio passioa I parui iQUl brillaol de lumière : tellement 4|ue l« gluire de «a« corps $iirpima U pUis ¥ive spkndettr du 9oleil« C'étoîi daos ^e prer mUire vie lao corps foibb, seosible , capable de tooiea les ioSmiiiéi humaipes ; nais dans ceue seeoiide vie il est revém d uee force qui le met hors d'aiteiute à loiiies les foiblesses de noire ntiure t et qui le rend iovuleérable à tous les traiis de ses perbécuteurs. Se Carte éblouit les yeux , son agîli(é le transporte .dans un moaieiit d'un lieu à no autre; et aveeoe duo de subtilité, qui eu fait cumoie un œrpsspi* rituel y rien ne Tarrôie. U passe an travers des murailles » et il pépèlM partout. Ainsi peut-on dire que ce mystère fut pour Jésns*Chri$t une espèce de transSguratioe , miUe fois eneore plus éelatante qae oelle du Thabpr.
Si je veux que ma rëeurrection soit véritable et aussi parfaite qu'elle le doit être , il faut qu'elle me transformede la même sorte , et qu;elie produise en moi It^ mêmes changements. Kt qu'y ait-il en effet dans toufe ma vie qui n'ait besoin d'être véformé et renouvelé? Saint re^ nouvellement» soit intérieur» soit extérieur ! Renouvellemeot iotérienr et dans l'esprit : c'est ce qft'il y a de plus imponant et de plus dîM* cile. Car il me seroit aisé» après nue retraite, de garder eertaina dehors» et de prendre un air plus comppsé et des manières en appa^ renœ plus religieoaes ; mais tout cela, que seroit«ce si le cœur n'y ré^ pondoit pas» et a^ildemeuroit toiijoursls même? Il faut donc que Je règle ses desirp » que je purifie ses sentiments » que je rectifie èe^ vues et ses intentk)!» » que je rabaisse 'ses endures erses hauteurs» que je ranime ses lenteurs et ses lAcbetés. U faut que je le détrompe de tant de dusses idées et de tant d'erreurs dont il bu laisse prévenir ; que je le dégage de mille petites attaeiies qui » tont iomieentes qu'elles f m* loisseiit» ne sont ni de Dieu » ni selcNi dipu ; que je le dépreane de eét afl|onr»propeeqw le domine t et dont il est si esclave; en un- mot » il iaut qae j'en fasse un cœur tout nouveaa. .
De oè cenottvellement da cmor » suivra le reaonvellement eatésieur. Je m'attacherai dépeint en point è ma règle» et je m'acquitterai aveê fidélité dé tons mes eseroices. Antaot quif ma conduite a pu mal édifier b communauté et y causer de scandale» autant y donnerai-je d'édification» lorsqu'on me verra agir avec u^ute une autre euictituile et toute nue anf^e ardeur. Je. me sonmi^itrat è tout» Je passerai |)apdessus toute Que dis^je» mon Dieu » et en serartnU ainsi If Hélas ! œs seniimf nts cuAtent peu au pied d'un oratoire» et dans une médiiaiion oà votre gr^oe me timjphe ; mais dans lar pratique , ce n'eia pas là Ionvrage d'une simple méditatiqn» pi même, d* une seule retraite. Du moins oeite retraite en sera le fondement » et je sortirai de ma soli«^ tnde en de si* saintes résolutions. Ce bera beaucoup de les avoir bien imprimées dans meoroMir* Je lesTenouarallerai de jour en jour » et de jaar en jour ellns eontribnerent à me seMuveler moi-même. '
79S DE LA VIE NOUVELLE DE JÊSU»CHftlST» sTc/
TboisiImb point. La rësarvection de Jësas-Christ eAt été beaucoup moios parfahe, s'il n'eût pas repris, avec une yie glorieuse et nouvelle» une vie enfin immorielle. Mais Jéêus'Ckriêt' re$nuciU ne ^neurt pku (Rtm., 6). Oractecle l'ApAtre, qui s'est déjà vérifié depuis tant de si^ des, et qui se vérifiera dans tous les siècles des siècles. Les morts qui sortirent de leurs sépulcres au moment que ce Dieu-Homme expira sur la crohL ne ressnsdièrent que pour quelque temps « et demeurèrent encore sujets à la mort; mais ce premier-né d'entre les morts^ quii« tant une fois le tombMUt n'y devoît plus rentrer, et en effet n'y rentrera jamais.
Bienheureuseimmortatité, qui me représente une des vertus les plos nécessaires, mais en même temps les plus difficiles et les plus rares, qui est la persévérance. Il y en a bien peu qui pour quelques jours, et même pour quelques semaines, ne profitent de la retraite. On en sort tout renouvelé, et comme ressuscilé» Ce qu'on a promis i Dieu , on l'observe ; et sans se borner, ni à des paroles, ni à des sentiments , on eu vient aux œuvres. Mais que cette r^urrection, quecette bonvarsion est sujette è de prompts retours ! N'est-ce pai ce que j'ai faut de fois éprouvé ; et sans juger des autres^ , n'en ai-je pas en dans moi de firéqupntseixemples? Quel fruit ai-je retiré de tant de retraites, et queUe diÉ^ence y a*t-il de ce que je suis maintenante ce que j'émis dmts les années précédemes^? Peut-être même soroit-il i souhaiter que je fusse au moins tel présentement que j'ai été en~ d'antres temps de ma vie : car au lien d'avancer et de m'élever, peut-être n'ai-je fait que déchoir d'année en année , et que nie relAcher davantage.
Quoi qu'il en soit, d'où vient que j'ai si p^u profilé d'un moyen si saint, et dont l'usage m'a été siordinaire? Ce n'est pas que, dans chaque retraite , je n'aie été éclairé et touché de Dieu. Combien de fais » dans la sincérité de mon repentir et l'ard^ir de ma prière , lui aî-je dit intérienrepient comme David : Cest mainienani^ mon Dieu, qme je vaii commencer ( Pêolm. 76) ? Hélas! je fai dit, et j'ai en^ effet commencé; mais je n'ai pas achevé;. Le poids de la nature m'a rentralné dans mes premières voies , et fiut retomber dans fai même langâeiir. En sera*t*il donc de même encore de cette retraite? Il me semUe que je suis actndiement en d'assez bonnes dispoaitioiis; mais combien dureront-elles? Quelle espérance puis-je avoir d'y être constant» et de m'y maintenir? Ou phitêt pourquoi ne l'espéreroisyc pas? Malgré les vicissitudes de ma vie, le bras de Dieu n'est point- raccourci , ni la source de aes grâces n'est point épuisée. Si ma volonté est changeante» îLy a des moyens pour la^ fixer, et c'est à quoi je dois appliquer désormais tous mes soins. Pour peu que' je veuilfo examiner quels ont été les principes de mes rechutes, je les découvrirai |aisénsent : or c'est à cela qu'il faut mettre ordre, j'y trouverai des difficultés; mais Dieu nfaidera. Si dans le passé j'avois en plus de courage à les vain* cre , je jôuirois maintenant de mes travaux et du firuit de maatembsM.
DU RETOUR DE JÉSUS*CHRIST AU CIEL , etc. 795
N'est-ii pas temps de me déterminer loot de bon et de prendre an parii ferme? Les années s'en vont , efpeat^ire suis-je pins près du terme que je ne pense. Est-oe trop de donner à Dieu ce qoi me reste encore jusque là? II n'y aura d'éias que ceux qui auront persévéré jnsques à la fiu.
Conclusion. Mettez, Sergneur, le comble à votre victoire. Employez à tirer mon ame de. l'état de tiédeur où je languis, la même puissance qui a tiré votre corps du tombeau où la mort Tavoit réduit. Ne puis-je pas dire que l'ua est un aussi grand miracle que l'autre? Votre seule vertu , sans qu'aucun y concourût avec vous , vous a ressuscité selon la chair; mais afin que votre grâce me ressuscite selon l'esprit, vous voulez qu'il m'en coûte, et que je la seconde. 11 est bien juste, mon Dieu, que je iasse pour cela qudque effort, et que je contribue, autant qu'il est en moi , à une résurrection qui m'est si nécessaire et si avantageuse. Elle m'engagera à une vie toute nouvelle : mais n'est-ce pas par ma faute que ce sera pour moi une nouvelle vie? Car combien y a-t-il d'années que je devrois m'y être accoutumé et m'en être fait ime sainte habitude ! *
Grâces à votre miséricorde, il est encore temps, Seignèyr, de Tembrasser, et la résolution en est prise. Oui, mon Dieu, ii fout désormais que tout revive et que tout se renouvelle dans moi : mon esprit, mon oceur, toute ma conduite. Il faut que ce soit une résurrection , une réformalion entière. Point de composition, ni de milieu. Je n'envisage plus l'avenir. Je n'examine plus si Je serai toujours ce que je suis à cette heure ; si j'aurai toujours les mêmes sentiments , et si je les suivrai toujours. Quand j'y fais attention , ma fmblesse naturelle m'étonne; et comment aurai*je toujours la force de la swrmonter? vous y pourvoirez. Seigneur ; e^si je me défie de-moi-même, ce ne doit être que pour redoubler ma confiance en vous et en votre secours tout puissant. Vous ne me le refuserez point dès que j'aurai recours à VonsJ et que je vous le demanderai. Or avec votre seoonrs, de quoi ne viendrai-je point à bout? Non, ne pensons point tant àce qui arrivera dans la. suite ; mais pensons bien au furésent , paroeqçe le présent me servira de préparation pour tome la suite ^ et qu'il me disposera à la sanctifier.
SECONDE MÉDITATION
DU EETOVa BB JÉSUS-CHRIST AU aEI^DANS SON ASCSHSION.
Quœ tursim sunt IptœrHe , «bi Chrigtus est in dextetd DH sedetu ; quœ tws^m tv/nt «apito, non 9W8 MfMT lerram.
Cherdiei les choses du ciel , où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu ; (oûtei les choseï da ciel, et nom point oeUet de k terre. Colou,, chap. m. '
Pebmibe point. J'ai commencé ma retraite par la méditation de la fin dernière pour laquelle j'ai été créé, et l'ascension de Jésds-Gilrist
ipe don^e Ueu de méditer eoeore aujoiiiHrbiii te même mi jel. Cat danf celte ^scen^ioQ {;lorieii$e , ce «jiie le Fils de Dieu oous feit d tiiord GuoQoîtr^» c'est le terme où nous devons aspirer, qui est le ciel. Depuis sa résurrection il ne &'étoit fait voir à ses disciples que de lempt en temps; tanidi aux uos, tantdi aux autres. Hais en ce dernier joar, oii il avoii enfin résolu de quitter la terre, il les asAcmbla tous, et il Toulut qu'ils le vissent tons sortir de ce monde et remonter i son Père. Que prélifndoit-il leur faire entendre par-là? Sa principale Yue fui de lt*s convaincre sensiblementdecftte grande vériié,qa après avcnr passé àfins cette vie mortelle un. certain nombre d'années , c'est an eiel que 4oit se teipmioer notre course , et que dès le temps présent nous y de^ wns tourner tuu'es nos pensées et toutes nos-espérances.
Il leur avoft fait là-dessus de f<é]ueiite8 leQons; mais ils n'en pa« roisioirnt néanmoins encore que fuiblem^nt persuadés. H leur falMt •donc une dernière leçon plus courte, plus persuasive que tous les discours, et ce fut de les rendra eux-mêmes témoins de son ascension, et de s'élever en leur présence à cette demeure céleste oè il les appeloit. A ce spectacle , tous le.urs doutes s'évanouirent. Tool en qu'il leur avoii dit du royaume de Dieu se retri^ça vivement dans leur soav^ir, savoir : que ce royaume étoit leur véritable patrie; qu'il y avmt def p^crf pour chacun d'eux» et qu'il les alloit préparer ; qu'il devait les précéder opmme.leur chef , et qu'étant ses membres , ils dévoient un jour le suivre ; par conséquent, qu'il neles laîssoit sur la terre que comme dans ihi lieu de passage, et qu'ils ne devment s'y regarder que comme des étrangers et de^ voyageurs. Toutes ces pensées se réveillèrent , et les touchèrent de telle sorte , qu'ils en cooçurent un jj^rfait mépris du^ monde, et n'eurent plus désormaiti de préieniieBS ni dl vues que pour cette autre vie, dont ib avoient dans la peiaeune de lenr maître un gage si assuré.
Qc tiiul cela ne m'«&t pas moins prepre qu'i eus, et tentes les asiurauces que leuv dtufpa Jésus-Christ, il ne les donna dès^lore à nmmteeé 11 es^ dena viai que le ciel doit être toute mon attente , et que je n'ai p<4nt d'autre terme i me proposer. Je le crok , car ^est un peint de kA ; mais comment est-ce que je le crois? Bn ai- je une eertaine eonviction qui se fait sentir k l'ame , qui la s-iisit et ta possède toui entière? Si jn suis bien atia^hé i ce grand principe dereligi«ui, et >i j'en suis bien prévenu, pourquoi e$i-ce que jVn t»re si |)eu de oonsé |uencfs , lors«|u'ii a des conséquences qui s'étendent si loin?
Car la vente de ce principeune foin reconnue, je ne dois plus tendra que Vf rs je ciel ; je qe dois pliis ^n luutjss < hu|es, et par pièlipri^ij c k toutes tho^es, envisager qu« le ciel ; j*^ ne dûs plus « aussi bien eue l'ApAtre , avtdr de conrertaîion que 4^n$ le del\Phiilpp.f 3). Tout ce qui se fait sur la terre et qui u*a de rapport qu'à la terre, quelque part d'alil urs que j'y puisse avoir, me doit être indifférent, ou piut6t ne doit tiee. être pour buh. Et en effet, dès que la leere n'est spi'u
DU RKTQtm M lÉSm-GKRIST AU 6tEL, irc. 791t
|>aMge t quel intérêt àok-jt prendre à tout ce qvé j'y aperçoit? Vf vois bien df^s mouvements; )y vois des grandeurs et des pompf*s humaioes, des fortunes jel des prospérités dont Téclat éblouit les yeuî. Dans mon eut même et tlans la profession religieu^e , je vois des do» grés, des plaees* des distinctio'is, une diversité d'emplus* qui, loul obscurs qu'ils kont selon le monde, ne latss«*nt pas quelquefoîsd'exeiter des sentiments tout mondains et de former divers iméièts tout natu* rets. Mais la-dfS>us qu*at-je à dire que ce que dii^oit inr {«rand Saint : Tout cela n*esl fmnt mon Bîeu ; tuut cela n'est pb^nt le eiel , ni mon terme? Ainsi je dois être insenùbie à toutcth» je n^en dois tenir nul compte. En quntle innocence et en quel dégagement de cœur m'en* treiiendroit une te le disposition! Je vivroisèn vrai religieux, parceque je vivfois en bomme vraiment mort au monde» et comme ces solitaires de l'ancienne loi, doni ie monde n'était pus dÊgne(Héhr.tH). Quelle éioit It^ur eontinuelle oceupaiionf de considérer le ciel et d'y adresser tous leurs vœux. Voilà os qu'ils faisdient dans leurs déserts et dsns leurs caivraes : qu'ai-je à Caire autre chose dans ma solitude et dans la maison de Dieu 9
Sncenn boint. Ge ne seroit p<^int asses que le ciel fût notre terme, sr le bonheur qui nous y est promis n'avolt pas de quoi combler toué nos désirs. Mais c'est un bonheur parhit» puisqu^il consiste dans la possession même du souverain bien, qui e^t Dieu. Aussi quel etiipres* sèment téoHMgna le Sauveur du monde, et quelle ardeur de retourner dans ^on royaume! Quelles idées en doonoitil à ses apAtrès» en les disposant à bon départ» et les consolant de la perte quelle alioient faire de sa présence visible? Il leur reptésfntoft Cftie béaiitude eéleiste comme un repos inaltérable» oà ils seroient eiemptsde tous les troubles et de tous les maux de cette vie; comme une gloire éternelle» que nul événement ni nul cfaang«'ment ne leur pourroit jamais enlever ; comme Tassemblage datons les biens» où rien ne leur manqueroit et oè ils seroient pleinement ras>asiés. Il y a lieu de croire que le jour mêm» quil se sépara d'eux» il leur retraça toutes ces pensées et leur oonflrma cts grandes promesses. De soi lê qu'après qu'une nuée l'eut dérobé à leur vue, ils ne laissèrent pas de rester sur lu niontaf^ne, ne pouvant plus retirer du ciel leurs re,,ards» ni les abaisser «ers la terre, tmi ils^éioieni épris des «beautés de ce bienheureux séjour, qu'ils ne voyoient pas encure, msisd«»ni ils svoient nèanmniss Tesprit tout rempli» et qui seul leur sembloit digne de leue attention. '
C'est le même royairaie qui m*est destiné » c'est la même gloire. Je D'en puis avoir maintenant qu'une cunnoi«»sance impurlîiite , car nul homme en ce monde n'a vu , ni entendu , nj compris ce que Dten prépare à ses élus. Mais la foi m'en apprend assez. Cette stulc vue même de la foi, et ces hautes espéraneesqu'elle me donne» ont eu déjà assez de
79B DU RETOUR DE lÊSUS-CHRIST AU CIEL, etc.
▼ertu sar moi , pouf me faire renoncer an monde et i tous ses biens. J*ai cédé aux mondains tous les héritages temporels dans l'attente de rhëriiage écemel , et en cela j*ai ehriù la meUieure part ( Luc, iO), comme Madeleine. Hais après un tet choix , qui m'a coûté tout ce que je possédois sur la terre , ou tout ce que j*y pouvois un jour posséder, ne suisje pas bien à plaindre , si, ne m'étant réservé que le dd , je m'occupe de quelque autre chose , et si je suis sensible à quelque au* tre chose? "^ -
Or ?oiIà toutefois ce que je suis dans la pratique , et ce que je Eus : car, en vérité, n'ai*je pas encore l'esprit et le cœur tout terrestre? Ou se portent plus commimément mes réflexions , mes affections , toutes mes prétentions? Les anges reprochèrent aux apôtres qu'ils s'jrrétofent trop à contempler le ciel ; et il hllai qu'ils leur fissent une espèce de violence pour les tirer de cette profonde contemplation ou ils demeuroient. Hélas ! j'ai bien un autre reproche à me faire , et je puis bien me dire tout ad. contraire : Pourquoi tant d'attention i de wns objets indignes de m'attadier, comme ils sont incapables de me contenter ? Il fiiut à mon ame im bonheur solide et an plein rcfK» r mais où est-il ? où l'ai-je chercbéfjusques à présent? l'y wt^ trouvé? puia-je compter de l'y trouver jamais? Tonte ma vie se passe donc et se passera; si je n'y prends garde, en de frivoles amusements; car puis-je autrement appeler tout ce qu'on regarde , surtout dans la religion , comme de petites fortunes et de prétendus avantages ? Encore si ce n'étoit que de simples amusânents ; mais n'aœ pas été souvent pour moi , et n'est-œ pas pour bien d'autres , par les inquiétudes et les embarras que tout cela cause , de vrais tourments ? Qaliearease dès ce monde est Tame qui , détachée de tout bonheur hoottin et préient , ne soupire qu'après le bonheur à venir , et se met ainn en toi d'en goûter par avance la divine onction et les saintes donoems?
TacMstÈUB POINT. Après nous avoir donné i connoltre , et le terme où nous sommes appdés, et le bonheur qui nous y est propooé^ il restoit de nous apprendre à quelle condition cette souveraine félicité nous est promise , et par quelle voie nous y pouvons parrenir. Or c'est enfin ce que nous ensdgne le Fils de Dieu dans ce mystère. II monte au del , et il y entre comme dans une place de conquête. Pour remporter , il a fallu qu'il versât son sang et qu'il donnât sa vie. Vérité que nous déclarent bien- sensiblement les cicatrices de ses plaies, qu'il conserve toujours sur son sacré corps , tout glorieux qu'il est , et au milieu même de son triomphe. En nous les montrant il nous dit : Voilà le prix que m'a coûté le royaume que je vais posséder, ei vdtt comment vous devez l'acheter, et à quel titre vous devez le posséder vous-mêmes ; car vous ne l'aurez pdnt autrement que moi.
Qui peut se plaindre d'une loi si raisonnable , et qui peut aspirer à la même couronne que Jésus-Ghrisi, sans vouloir la mériier coiqme
DU RETOUR D& JÉ8U&GHRIST AU CIEL, me. 797
lai ? Cependant que lais-je pour cette éternité bienhenreofle? Ce n'est pas que je ne mène une ?ie assez contraire aux sons et assez dure; car toute vie religieuse est par elle-même une croix. Hais si ce n'est pas purement pour Dieu » ni en vue de la récompense qu'il m*a préparée, que je porte cette croix , quoi que j'aie à souffrir» c'est , par rapport au ciel , comme si je ne souffrois rien ; et quoi que je £isse , c'est a)mme si je ne faisois rien. Je ne marche point proprement après Jésus-Cbrist « et la malédiction de saint Bemiffd tombe sur moi : Mal' heur à l'ame qui porte la croix de JésuS'Chriitj et qui néanmoins ne suit pas Jisus'Christ ( Bern.) ! Or, dans tous mes devoirs et dans ks exercices de mon état , quel esprit me fiait agir ? Est-ce un vrai dessein d'accomplir les volontés de Dieu et d'obtenir sa gloire ? Sans cela il seroit bien à craindre que la vie religieuse ne fût point pour moi la voie du ciel.
Mais pour qui l'est-elle? pou? une ame fervente , plus religieuse encore d'esprit et de cœur que d'babit et de nom. C'est pour la vie étemelfe qu'elle a embrassé la pauvreté de Jésus-Christ , son obéissance , ses humiliations , sa mortification ; et cette espérance , qu'elle n'oublie jamais , lui fiait soutenir avec constance toute l'austérité et toute la sainteté de sa profession* Et est-il en effet une pensée plus touchante et plus capable de l'animer que celle-ci : Je tiens la même route que Jésus-Christ, pour arriver a^ même terme? Autant d'observances que je pratique religieusement et constamment , ce sont autant de pas pour avancer vers ce saint héritage , et autant de degrés pour m'y élever. Dans cette vue , à quoi ne se résout-on pas ; et que trouve-t-on dans la religion de trop rigoureux et de trop pénible ? Quelle estime conçoit-on pour un état qu'on regarde comme la porte du royaume de Dieu? Serois-je moi-même si tiède et si négligent, si j'avois toujours cette réflexion bien imprimée dans le souvenir? O quel comble de consolation pour un religieux , quand , après s*étre revêtu des livrées de son Sauveur pauvre et souffrant , il entrera en partage djs la même béatitude et de la même immortalité que son Sauveur glorieux et triomphanil
Conclusion. Qu'est-ce que l'homme , Seigneur , et qui sufe-je pour avoir part à votre gloire, et pour régner éternellement avec vous dans l'assemblée de vos élus? Vous êtes un Dieu vraiment magnifique dans vos dons , et non moins fidèle dans toutes vos paroles. Ce n'est pas seulement pour vous-même que vous êtes rentré dans le sein de TOtre Père ; c'est pour moi , et pour m*y recevoir au temps et au jour marqué par votre providence. Vous me Tavez ainsi annoncé , et c'est sur votre promesse si 'authentique et si infaillible que j'attends ce suprême bonheur. Mais, dans une telle attente, comment puis-je» Seigneur, rester sur la terre ? Qu'y a-t-il dans le monde qui puisse lise retenir? Ou sr, jusques à la fin de ma course , je demeure encore
798 DE tA tmcmt% BU ^limElMttt, tit.
iié(*e«siii'em«mt sAon U corps rhns ceirê vie môneRe, tout mon cœur ii*esi-if pas déjà aVf o vous .'jans le del , et û\ doit-il pas être Y
Ah ! mon Dt^'u , voilà ma tîonFiision et nia coiidaaiDiÉrfo&. Halgrë W divines espérances «^ue Voii> tne doniif z , mon cœur est encore tout bama n : lar ce n'est pas seulement attx gens du ittoAde , dissifiés psr le hruit du monde et enivres de ses douceurs, mars c'est & moimême que ctinvient it' r«'procbe de votre prophète^ torsf|Yi'en votre tooiii;et in pire de votreEsprii , H Vé*rîoit : Enjfmfs tie$ hommes^ ;«*jquf^s à qnnnd votre <:ceur tera-hii d*ms un àî profond knéamisgemenif Jwsqttrs à q'tand vous atlacherex^vont k ia vûnilètpii jtasse^ ttâumen^ Monge qui tfoiu séduu{Ps. 4) ? Je ne puis trop le reoonnoître , ni trop tnVfl h imilter : rëiat reltgieut , quoique saint d^aîtleurs , et nés ^aiiit , n'eiit pas néanmoins exempt de vanités et d^flluxiotts à quoi Ton 5e laisse suiprendre. Vous m'en détromperez , Seigneur; et voasiki en dëta' herefc : je vous le dt^mande. Vous me ferez comprr*ndre c^s trois |H>(ntses entiels, qui ne doivent jamais partir de mon esprit : Tun, qù il n'y ik que le b»itolieur du ce que je puisse compter fjonr un bonheur vérilible; l'autre, que ce bonheur ne doit point être j^eufemeot un dôa de votre ini^ric lide , mars la récompense de me& œnvres ; enfin, que ce n'est point précisëmeni le nrfériler qoè (llôire i^ligîeux , tnais d'açîren reHj^îeux. Suivant ces maximes je régld^ai toute ma conduite, et je trouverai bien à y chanf^er.
TROISIÈME MÉDITATION
J>ELA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT, OU OÊ l'aMOW ]>B MBO.
ChavUnxDei diffusa etiin eortUbusnosîHsp^rSpiHtumsanerum.quiddtusettnol^
Uch«né4fl Dieajieitr«|iaiidiiedatiS4iMoœai$|Mr ie84iùt-BS|irit,qaliMnsft««Aoii^ Hiftn^ cliap, T. ' .
Premibr point. Toutes les créatures nons ànnonçoîent les perfec^ lions de Dieu , et tomes les créatures étoient à notre éganl nuiant de bienfaits de Dieu , <lont rous étions, co)nme nous le sommes ♦^m-ore , redevables à sa providence, et dont il necessoit point de nous combli^r. Ainsi elles nous excitoieni toutes à Taniour de Dieu. Uais , après tout, celte voix des créatun s ne touchoit point encore assez nos cœurs, et rten, il ce cïull semble, n*étuit capable de les «mouvoir et de les «igaj;er. Quel est donc le moyen le plus excellent que Dieu a mis pour inspirer aux hommes son amour? c'a été de mms envoyer le Saint- Esprit, qui est lui même personpellement et substantiellnmeni Tamour de Dieu. Aussi comment e^t-ce que descendit ce divin Esprit? en forme de feu , pour nous donner à connoître'qu'îl éloît tout amour par son ardeur, et qu'il venoit embraser de cette même ardeur toutes les ïimes.
Or ce n'est pas jpour cette fois seulement qu'Û s*est communiqué 4ûr la terre. Il s'y communique tous les jours, et îï y a même des
HE Là ÔfeSeÊJ^Tt: bU SAtNT-ESPRlt» Etc. rd9
temps pâHirnIifrd oA il se bit seniif , et ôà ce ftu céleste a^îl dans une àme, avtc pins de f< rce. T« I est le temps de la letraite. Ce fut à là itn de t:i k>ètriiitè qu(' firent les apGtres dans le iéù icle , que lét Espr.t &hninhr leur fut <»nvoyé ; et , si je me &u s bien a<u|uiité de celle • qite je iïèm de bire , j'ai licii dé pens^^r qu^ je I ai rt'ç*i locil «ie nou* teàii. Mâts en vpux-je on iém&^^nûçe s6tî<le?|e le connohrai par niom amour pour Dieu : (-nr recevoir le Sainl-Ë^ptit et aimf-r Hieu^ eVst Une riiéme chose ; et il faut que j'aime Dieu à mesm è que j'aurai reça rE^prii de Dieu.
. Que dis-Je ; H pourquoi pat 1er de mesure où il n*y en doTt point avoii ? C'e.Nt (tans mesure que Dieu nous donne son E^pr h : c'est donc sans mesure que nous devons aimer Dieu, Non, mon Dieu » point d& bornes dans IHon amour pour vou^, pniH<|u*il i/y eu a point dans tout ce qui vous rend si aimabte pour inoi. Vous éiès un Dieu infini ; ma charité doit donc être» en sa manière, une charité infinie. Quelque étendue qu'elle puisse avoir, elle n'ira jamais au-delû de ce que vous mérite?. ; et c*est ce que votre Ksprit, si Pen Suis animé, me repi éseme continuellement au fond de mon âme. Il me retrace toàiea voiS ^À-< deurs , toutes vos vertus , toutes vos perfections ; et de là il me fait bientôt conclure qu'à quelque degré S'amour que je me porte, je le puis excéder en vons aimant. Dans tout le reste il peut y avoir de Fexrès. Je puis user dans les rencontres de trop de ci)*coiispectioa et de prudence , je puis prendre garde aux choses avec trop aattentiqn et trop de vigilance ; je puis même aller trop loin dans la pratique de la mortification et de la pénitence : mais je ne puis trop , Seigneur ^ voiis aimer. Sur ce point, l'Esprit de chanté est insatiable, et se dit jamais : C'est a<sez.
Hé as! je ne le dis, moi, que trop et qu'en trop ^'occasions.. Aa moindre acted'amour que je forme, ou que jenrois former pour Dieu daus un bon moment où le Saint-Esprit me fait goûter Taitrait de sa grâce et la douC'ur de sa divine onction , je nriu.agine déjà être ravi au troisième ciel, et avoir marqué à Di< u ratiacliemeni le plus parfait. MaisceueéÛDcelTe n'est pas long-tempsà.^'éieiudre. Ah! uncœur perd-il si uisément le souvenir (Ïe6e qu'il aime, et y pensf-t-il si r^re* ment? Tout homme sur cela est inexcusable ; mais entre tous les autres hommes, un rclig'enx est sur cela nsértie encore plus coupable : car, dans la rcKglon, il y a beaucoup inoir^ d'objets qui oie détournent de Dieu : et ni'étarit sépaië du monde, que me reste-t-il aaife chose que Dieu? Ilciiriux partage que je ne puis assez estimer! Si je n*en suis pas content, que faul-il pour me satisfaire, et que irouver^ije qui puisse mécontenter? Bien avnre est une ame à qui Dieu ne suf-fil pas (AtC.)! mais en méihe temps bien malheur^ use et bi^n crimineÛe est cette hine, qui n^à que D eu et qui Àe s attache pas à Dieul
S^coNb pôirtr. Cest dans 1b coeur que TEsprit c(*amoUr vient d*a*
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bord se répandre : c'est là qu'il établit sa demeure » et là même a qu'il commence à faire sentir ses plus merveilleuses opérations; l'amour^ avant toutes choses, consiste dans TaffiecUon. Que n'inspire' t-il point à l'ame? de quoi ne la dégage-t-il point? à quoi ne Tëlève^-fl point? On le vit dans les apôtres. Le premier effet de la descente du Saint-Esprit sur eux fut de parifier leurs cœurs ; de sorte qu'il n'y resta plus la moindre attache qai ne vint immédiatement de Dien, et qui ne les portât directement et uniquement à Dieu; car ils comprirent dès-iors cequ'a dit depuis un grand Saint : Qu'uneceur atme ioMUmt moin$ I^eu^ qu'il ai/ne quelque chose avec Dieu, ê'U ne Coane pat pour Dieu (AuG.).
De ^ s'ensuivit le second effet de la présence de ce même Esprit d'amour dont les apôtres furent remplis. Plus un cœur est pur ei libre de tout attachement aux objets visibles, plus le divin amoor le touche intérieurement, Texcite^ l'embrase. Dès qu'un feu n'a plus d'obstacle qui l'arrête, quel incendie ne cause*t-il pas? Et comment aussi les apôtres sortirent-ils du cénacle? comme des hommes transportés ; jusque là qu'on les croyôit pris de vin , tant ils parorent animés et hors d'eux-mêmes. Voilà ce qu'ont éprouvé tant de Sêîots. Tout ce que Tamour profane a de plus vif et de plus pénétrant n'est point comparable aux mouvements affectueux qui les ravissoient. Ils en tomboient en de saintes défaillances, et tisen perdoient jusqu'à Fusage de leurs sens. Si vous rencontrez mon bien-mmé , disoit cette fidèle épouse des Cantiques, faites-lui tonw^tre Céiai oii je suis, a la langueur où me rèdmt mon amour {Cantic.^ 5 ).
C'est ainsi qu'ils étoient disposés. Or n'ai-je pas comme enx on cœur capable d'aimer Dieu? D'où vient donc que ce coeur, qu'il n'a feit que pour lui, est néanmoins toujours à son égard A froid ei si peu sensible? De tout ce qui a rapport à Dieu /rien ne Taffectionne, rien ne l'émeut; ni oraisons, ni offices divins, ni sacrements, ni entretiens spirituels , ni lectures de piété. On a beau me dire qoe dans l'amour de Dieu la sensibilité n'est point nécessaire : cela est vrai ; mais 0 n'est pas moins vrai que si mon cœur étoit bien vide des choses humaines et bien solidement à Dieu, je me trouverois en de toot antres dispositions, et j'aurois de tout autres sentiments. Ah! j*ai tant de vivacité, et quelquefois je me laisse si aisément attendrir sur de tous sujets ! n'y aora-tril que Dieu pour qui je serai tout de glace? ne M suis-je pas assez redevable? ne m'a-t-il pas feit assez de grâces, et ne m'en fait- il pas assez chaque jour? n'a-i-il pas pour moi des caractères assez touchants? Ces titres qu'il porte de père , de créateur, de conservateur, de rédempteur, mille autres» sont-ils trop peu engageanu pour m'attirer? Toutes ces idées ne me sont-elles pas assez présentes: et que vois- je autour de moi qui ne m*aononce inoessadiment les miséricordes infinies de mon Dieu? Elles sont incompréhensibles : mais. Seigneur» plus elles sont au-dessus de tout ce ^que J'en pnia
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plus rio^iffërence de mon cœur me devient par-là même mconceva** ble f et plas je dois me la reprocher devant vous et m'en confondre.
Troisième point. Hais encore qu'est-ce qu'aimer Dieu, et tout mon amour doit-il se borner à des affections et à des sentiments? Afiil de m'instruire là-dessus, il me suffit de considérer ce que Dieu fait pour nous dans ce mystère. Il nous aime » et , pour nous témoigner son amour, il ne se contente pas de ndu avoir donné sou FiU; il fait encore descendre sur nous son Esprit. II nous le donne, et en nous le donnant il se donne lui-même à nous. Voilà le caractère de Tamour de mon Dieu pour une aus« vile créature que je le suis. Rien ne lui coAte dès qu'il s'agit de mes intérêts , et il n'a rien de si grand et de si divin j dont il ne me fesse part.
Faut-il bien des raisonnements pour apprendre de quel retour je dois user envers lui» et comment je le dois aimer? Il ne m'a pas seulement aimé de cœur, mais en œuvres : oh plutôt, parcequ'il m'a aimé véritablement et dc'Cœur, son amour n'a point été oisif, mais il s'est fait connottre par les effets les plus merveilleux et les plus éclatants. Si donc je l'aime, ya-t-il rien que je lui puisse refuser; rien, dès qu'il est question de le servir et de lui plaire , que je doive épargner? Car sans cela , sans cette pleine fidélité à suivre ses divines volontés et à pratiquer généralement et ponctuellement tout ce qu'il demande de moi, comme il le demande de moi , autant qu'il le demande de moi , en vain je dis que je Taime : ce ne sont que des paroles , et rien de plus.
Aussi l'amont de Dieu est-0 YaccompUttement de toute la loi. Ac* complissement de toute la loi, parcequ'il n'y a pas un point dans la loi, ni si petit, que l'amour de Dieu nous laisse négliger, ni si relevé, dont l'amour de Dieu ne nous fiasse soutenir la pratique. Que n'ai-je bien commencé à aimer Dieu ! Dès-là toutes les difficultés qui m'arrêtent depuis long-temps, et tous les obstacles, seroient tout-à-ooup levés. Je m'étonne de ce que les Saints ont entrepris pour Dieu , et de ce qu'ils ont soutenu jusques au dernier jour de leur vie. Hais il n'y a rien là qui me doive surprendre, quand je pense qu'ils aimoient Dieu. Je vois encore, dans le même ordre et sous la même règle que moi, de saintes âmes vivre dans une régularité et agir en tout avecunzèle et unepersévérance que j'anrois peine à croire, si je n'en étois témoin. D'où leur Tient cette ferveur sans relâche et cette fermeté inébranlable ? de l'amour de Dieu. Au lieu de la surprise où je suis en leur voyant faire ce qu'ils font , je devrois bien plus m'étonner qu ils aimassent Dieu et qu'ils ne fissent pas tout cela. De là même je dois voir si j'ai Tieu de me flatter en quelque sorte d'avoir jusques à présent aimé Dieu. Peut-are lui at-je assez de fois protesté que je l'aimois ; mais, à juger de mes paroles par mesœuvres, puis-je compter sur toutes mes protestations? Réflexion bien hunûliante et bien lenrible! car je ne puis être aimé de B. S. 51
SM SDR L'USAGE DES SACREMENIS;
Dieu, aijeneraime. Ah! nMmDieii,qaeoe8oitdaiiioiuaiijoiiid*hii et pour jamais que ce saint amour 8*allttme dans mon cœur I
GoNCLusioii. Divin Esprit, charité essentielle et toujours subsistante, source intarissable de ce sacré feu qui br&Ie les anges bienheureux et Ions les élus de Dieu, descendez, ouvrez mon ame, et venez vousmême l'embraser. Si elle se tient encore fermée , Saites-lui une salotaire vi«lence. Vous pénétrez partout, et il ne vous &ut qu^un trait pour enflammer tout un cœur et le consumer. C'est donc par vous que je puis sortir de ma retraite , comme les apôtres sortirent du cénacle; avec le même amour, et par conséquent avec la même résolution, la même activité, la même force. Dans toute la suite de leurs années, rien désormais ne les put séparer de la charité de JésusrChrist et de la charité de Dieu. Qui m'en séparera moi-même? Car c*est maintenant, 6 Esprit d'amour, que je me livre tout entier à vous, pour m'attacher à mon Dieu d'un lien indissoluble et d'un amour éternel. Que voudrois-je encore lui dérober de ma vie ; et ce que je lui déroberois , à qui le donnerois-j^?
Hélas I Seigneur, je n'ai jnsques à présent que trop partagé mon codur entre vous et d'autres objets ; mais n'étant pas i vous umqnement , il n'y étoit point du tout. Car vous êtes un Dieu jaloux, et vous voulez un amour sans réserve. Vous le méritez bien , ô mon Dieu ! ei je anis bien indigne de vos grâces, si tan( de grâces que j'ai reçues de votre main libérale et paternelle ne suffisent pas pour m'apprendre i vous aimer. Eh ! Seigneur, l'ai-je su jusques à ce jour? Mais que devois-je néanmoins savoir autre choee? Avec cek seul, j'aurois so tout le reste; c'est-à-dire que j*anrois su remplir tous les devoirs de mon état et en pratiquer toutes les vertus. C'est ce que votre Esprit m'aiseignera. Plaise au ciel qu'il minspire toujours ; et plaise surtout nu del que j'^ suive toujours les divines inspirations, et que jamais je n'en étagne dans mon ame les saintes ardeurs!
CONSIDÉRATION
SUR L'oSAfiB ET LA FRÉQUENTATION DES SACREVENTS.
Premier point. Entre les sacrements, il y en a deux dont Fosage nous peut être fréquent et plus commun, savoir : celui de la péaitoioe par la confession , et celui de la divine Eucharistie par la comamnion. Aussi est-ce de l'un et de l'autre qu on entend parler,quandon «thorte les âmes chrétiennes et religieuses à la fréquenution des sacrements. Jésus-Christ les a établis dans son Église , comme deuR sources aboadantes de toutes les grâces; et c'est à nous d'en retirer tout qu'il s'est proposé en les instituant pour notre sanctification.
Ils ont chacun leur vertu propre. Le sacrement de péutenoe «st comme un baptême, qui nous purifie et nous lave, de loaies ks taches de nos péchés. U sacrement de l'EuchariatîB est eomose —
aUR L'USAGE t)ÊS| SÀ£B£MEIfT$« m
ni»DflB er «H pain» qui uourrU notre ame; qui Teograisa», a^l^n lia terflue de rÉcriUire ; qui la fait croître et rentreiient dans um étroîie iiDioa avec Dieu. Or le Saint-Esprit nous témoigne que le Juste môme tombe et pèche jusques à sept fois le jour : d'où il s'ensuit que noua avons donc sans cesse besoin d'être purifiés , et par comëquent que nous devons souvent recourir à la pénitence et à son sacrement* JDa plus» nous ne pouvons ignorer quelle est toujours notre foiblesse» malgré toutes les résolutions que nous avons formées au saint iribuiVEd et dans le sacrementde pénitence. D'où suitenicore cette autre maxime» u'il nous faut un aliment solide pour nous soutenir dans ie chemin e la perfection , et pour nous aider à y faire continuellement de nouveaux progrès. Cet aliment» c'est l'adorable Eucharistie» et de là nom devons juger combien il nous importe de ne nous en tenir pas long*» temps âoiffiés » mais d'en approcher amant qu'il aoua est permis « et d'y participer.
Voilà pourqiiK>i lea maltrek de la vie qtirituelle ont tant recomBiandi la fréquente confession et la fréquente communion. Us recommandent Tune et l'autre aux fidèles en général ; «Mis en particulier» et à bien plus forte raison » aux personnes religieuses. La fréquente confession est un moyen très efficace » non seulement pour obtenir la rémission des fautes actuelies dont nous nous rendons coupables « et pour nous maintenir par-là dans l'innocence et la pureté du coBur» mais pour nous faire acquérir la connoissance de nous-mêmes ; pour nous faire prévoir les occasions dangereuses et personnelles que nous avons i éWter» et pour nous af^prendre à les prévenir; pour empéoher que nos imperfections» par une malheureuse prescription » ne se tournent en habitude » et qu'elles ne s'enradnent. Car tout cda et bien d'autres avantages» c'est ce que produit la grâce du sacrement dans les amea qui y sont plus assidues» surtout quand la fréquente communion s'y trouve jointe* Par cet usage ordinaire et fréquent de l'Eucharistie» rame est comme transformée en Jésus^rist. A chaque communion» elle reçoit de nouvelles lumières pour connottre ses devoifs ; elle sent de nonveUes pointes » qui sont autant de remordst' de ses relâchements et de ses infidélités ; et die prend de nouvelles forœs pour se relever» et pour redoubler le pas dans la voie sainte où Dieu Tapp^.
De tout ced je dois tirer par rapport à moi une oonséqnenee par-* ticnfière» et qui m'est d'une grande importance. C'est que.teiréfiMat osage de la ccmfession et de la communion est un des plus sûrs préservatifs contre les attîédissements et les reohutesoù ma fragilité» qui est extrême » m'a si souvent entraîné» et où j'ai infiraiÉenl à craindre qu'elle ne m^entratne encore après cette retraite. Tant 4ue je conMT^ verai un certain xète pour fréquenter les sacrements » et que j'y aurai an certain attrait , ce sera un des mdilews signes à quoi je pourrai voir la bonne disposition de mon ame ; de même cpi'un bon appétit est communément une des manques k» phis certaines de la bonne
m SUR L'USAGE DES SÂGREMENTS.
saotë da cdrps. Si quelquefois la tentation me presse a?ee ploa de pé^ ril , et que je me sente moins ferme que Je n'ëtois , cette fréquenta» tioD des sacrements sera un frein pour me retenir* On s'il m'arrive enfin de déchoir en quelque chose et de m*échapper, ce sera une prompte ressource pour me ramener de mon égarement et pour me remetire dans l'ordre.
Hais tout au contraire , dès que je viendrai à négliger les sacre* menis y et que je les fréquenterai moins , peu à peu je dégénérerai et Je m'éloignerai de Dieu. Car c'est par-là , dans la religion comme dans le mon<ie ,' que l'on commence à se déranger. Une personne, outre ses confessions ordinaires « faisoit de temps en temps des revues. Elle avoit dans le mois , dans la semaine , certain nombre de communions réglées par un sage conseil. Mais dans b suite elle se re*lcbe. De manquer une confession , une communion , ce n'est plus pour elle une peine. Elle se feit même de son relAcbement un prétexte pour se tenir éloignée des saints mystères. Sa piété se refroidit» el dans peu son état est tel qu'il étoit avant sa retraite , et même plus mauvais. Dieu veuille que je ne l'éprouve pas moi-même tout de nouveau , après l'avoir déjà peutpétre tant de fois éprouvé 1
Sbcoud pomr. L'usage des sacrements ne peut êlre utile qif autant qu'il est saint; et il n'est saint qu'autant qu'on y apporte les dispositions convenables* On les connott asscE, surtout parmi les personnes religieuses ; mais on n'y est pas toujours aussi attentif qu'on le de?roit ; et pour descendre à quelques points particuliers * il y a daas l'usage du sacrement de pénitence deux extrémités à éviter.
L'une est une timidité trop scrupuleuse et une crainte excessive d'y venir sans la préparation absdument requise. Car il faut convenir qu'il y a quelques âmes timorées, qui portent là-dessus trop loin la vigilance et la précaution. Elles ne peuvent presque jamais se persuader qu'elles soient suffisamment disposées» soit à l'égard de l'examen qu'elles doivent feire de leurs fentes , soit à l'égard de la douleur qu'elles en doivent looncevoir. D'où il arrive que, pour une confession de peu de Jours » elles consument un temps infini à rechercher tous les sujets d'accusation qu'elles s'imaginent avoiri et à les arranger dans leur mémoire. En sont-elles venues à bout, il feut ensuite former l'acte de contrition , et c'est pour elles un autre embarras. Elles la veulent sentir, celte contrition, et pour cela elles mettent leur esprit à la torture , et se dessèchent la tête. Enfin , après bien d^ efforts et bien des tourments , croient-elles pouvoir procéder à la déclaration de leurs péchés : nouvelle peine. Dès qu'il est question de parler, le trouble les saisit, et elles ne savent plus guère ce qu'elles disent. Longs discours sur des points où un motsufhroit, répétitions perpétuelles, circonstances inutiles* Encore, après étire sorties dn tribunal, y reviennent-elles bientôt» parcequ'elles ont peur de ne s'écre