DESIR DU SALUT. ISS
Mb sur le trône de Jada , comblé de gtcAre, et ne manquant d'aacon des avantages qui peuvent le plus contribuer an bonheur humain, 0 se regardoit en ce monde comme dans un lieu d'exil. 11 n'en pouvoit soutenir l'ennui , et il en témoignoit à Dieu sa peine : HéUu ! que cet eaM e»î long! ne fintra-til poini^ Seigneur? et combien de tempi Umgtdraije encore j^ avant que mon attente et mes souhaits soient remr pBs ( Psalm. 449) f Et de là aussi ces transports de joie qui le ravissoient , dans la pensée que son heure approchoit , et que bientôt il aortiroit des misères de cette vie , pour passer à l'heureux séjour après lequel il soupiispit : On me Fa annoncé^ et ma joie en est extrême: firai dans la maison^demion Seigneur et de mon Dieu ( Psalm. 121).
C'est de la même impression et du même sentiment de ce désir du salât f qu'étoient si vivement touchés ces anciens et fameux patriarches que saint Paul nous représente plutôt comme des anges habitants du ciel, que des hommes vivant sur la terre. Ils y étoient comme des étrangers et des voyageurs ; tous leurs regards se portoient vers leur patrie et leur étemelle demeure ; ils la saluoient de loin , ils s'y âançoient par tous les mouvements de leur cœur, et rien n'en détour* noit leurs yeux ni leur attention.
Derir du salut qui, dans les Saints de la loi nouvelle, n'a pas été moins vif ni moins empressé, que dans ceux de l'ancienne loi. Le grand Apôtre en est un exemple bien mémorable et bien touchant : la vie n'étoit pour lui qu'un esclavage et une triste captivité ; et sans en accuser la Providence ni s'en plaindre , il ne laissoit pas de déplorer son sort et d'en gémir : Malheureux que je suis! Quel étoit le SQjet de ces gémissements si amers et tant de fois réitéra? c*est que son ame, retenue dans un corps mortel , ne pouvoit jouir encore de la béathdde. Qui me délivrera de ce corps de mort (Rom.^ 7)? Qui détruira cette prison et qui brisera mes liens , afin que je prenne mon vol Ters l'objet de tous mes vœux et le centre de mon repos? Dam une semblable disposition , il n'avoit garde de s'abandonner aua&.horrenrs naturelles de la mort; maïs, par la force du désir dont il étoit transporté, il savoit bien les réprimer et les surmonter. Bien loin que la mort l'étonnàt , il l'envisageoit avec une sorte de complaisance ; et, bien loin de la fuir, il s'y présentoit lui-même , et la demandoit. Mourir, €étx)ii un gain {Philipp.^ i), selon son estime, parceque (f étoit passer dans le sein de Dieu et arriver au terme du salut.
Si nous comprenions comme ce Docteur des nations, et comme tant d'autres après lui, ce que c'est que le salut; si Dieu, pour im moment, daignoit faire luire à nos yeux un rayon de sa gloire, et de cette glofav qu'il nous prépare à nous-mêmes, qui peut exprimer quelle sainte ardeur, quel feu s'allumeroit dans nos cœurs ? Du reste , sans avoir encore cette vue claire et immédiate qui n'est réservée qu'aux bienheureux dans le ciel , nous avons la foi pour y suppléer. U ne tient qu'à moi de me rendre, avec cette lumière divine qui m'é-
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claire, pins attentif aux grandes espérances que la religion me donne, et dont je devrois uniquement m*occuper.
Je le devrois; mais comment est-ce que je satisfais à ce devoir? comment est-ce qu'on y satisfait dans tons les états du monde , et du monde même chrétien ? Rien de plus rare que le désir du salut : pourquoi? parceque ce désir est étouffé presque dans tous les cœurs par mille autres désirs qui n'ont pour fin que la vie présente et que ses biens. Non seulement on désire les biens de la vie avec le salut , sans les désirer pour le salut ; non seulement on les désire autant que le salut 9 non seulement même on les désire plus que ]e salut ; mais le derm'er degré de l'aveuglement et du 4ésor(]re* c'est que la plupart ne désirent que les biens de la vie , ne soupirent qu'après les biens de la vie, et ne pensent pas plus au salut que s'ils n'en croyoient point, ou n'en espéroient point. Est-ce en effetpar un libertinage de créance qu'ils vivent dans une telle insensibilité à l'égard du salut? est-ce par une espèce d'enchantement et d'ensorcellement? Quoi qu'il en soit , si je considère tonte la face du christianisme, qu'est-ce que j'y aperçois? j'y vois des gens affamés dé richesses, des gens aféimés d'honneurs, des gens afiamés de plaisirs, et des plaisirs les plus grossiers. Voilà oà s'étend toute la sphère de leurs désirs ; voilà les bornes ou ils les tiennent renfermés sans les porter plus loin, ni les élever plus haut.
Ce n'est pas que quelquefois dans les discours on ne reconnoisse l'importance du salut , ce n'est pas qu'on ne s'en explique en certains termes, et qu'on ne convienne qu'il n'est rien de plus désirable ni même de si désirable. Les plus mondains savent en parler comme les autres, et souvent mieux que les autres. Hais qu'est-ce que cela? un langage, des paroles affectés, et rien de plus : car sans nous en tenir aux paroles et aux expressions, mais examinantla chose dans la vérité, peut-on dire que nous desirons le salut, lorsque de tous les sentiments et de tous les mouvements de notre cœur, il n'y en a pas un qui tende vers le salut? Nous aimons, mais quoi? est-ce ce qui nous conduit au salut? nous haïssons , mais quoi? est-ce ce qui nous détourne du salut? nous nous réjouissons , niais de quoi? est-ce des mérites que nous acquérons pour lé salut? nous nous affligeons, mais pourquoi? est-ce parceque nous avons souffert quelque dommage et fait quelque perte qui intéresse le salut? Parcourons ainsi de Tune à Tautre toutes nos passions et toutes nos affections : laquelle pourrons-nous marquer, quelle qu'elle soit, qui ait pour terme le salut, et où il ait aucune part? Je ne veux pas faire entendre par-là que nous vivions dans une indolence qui ne s'affectionne à rien et que rien n'émeut : au contraire , toute notre vie se passe en désirs, et en désirs qui nous agitent , qui nous troublent, qui nous dévorent, qui nous consument ; car telle est la vie de 1* homme dans le monde, et telle est souvent même la vie de bien des hommes jusque dans la retraite; vie de désirs, mais de quels désirs? de désirs frivoles, de de^ terrestres, de désirs
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JDsensës, de désirs pernïcieax, de ces désirs qaé formoi qne Dîen sembloit éwnter, quand il voulait pnoir cet cile, en les abandonnant s eux-mêmes et à h perversiu
Puissions-nous amortir tous ces désirs qni nous ent voie de perdition ! Car voilà , dit l' Apdtre , où ils nous à quoi ils se terminent. Ils nous amusent pendant la vie mentent, ils nous trompent, et par une suite immam damnait : efliets trop ordinaires , et que mille gens é\ appreadie de Ui i se détromper; désirs qui nous ai nias objets auxquels nous nous attachons, et les vai dent nous nous flattons ; ou ce sont des biais qni noi et que BOUS n'obtenras jamais, malgré tous les soins qn toas; ou, si nous sommes pins favorisés de la fortu biens dont nona découTrons bientôt, comme Salomon, Tanité : désirs qui nous tourmentent par les inquiétudes , les craintes, les soupçons, les impatiences, les dépits , les mélancolies et les chagrins où ils noas exposent. Interrogeons là-dessus une multitude iammbrable de mondains amlûrïeux , de mondains intéressés , de mondains voluptueux ; s'ils sont de bonne foi , ils conviendront que ce qni leur ronge plus cruellement l'ame, et ce qui fait leur plus grand sapf^cedans la vie, ce* sont les violents désirs que leur inspirent l'ambition , la cupidité , l'amour du plaisir, qiû les dominent; désirs qni noas corrompent par les crimes oii ils nous précipitent et qu'ils nous font commettre ; car on veut les contenter, ces désirs déréglés; et si l'on ne le peut par les voies droites, on prend les voies détournées, qui sont les voies de l'iniquité et de l'injustice; de là même enfin, désirs qni nous damnent : au lieu que, par des avantages tout opposés, nn vrai désir dû s^ut sert à nous occuper solidement, à nOQs tranquilliser dans les événements les plus fâcheux et dans toutes les Adversités humaines , à nous sanctifier et à nous sauver.
Ce désir du salut est, pour une ame fidèle, l'occupatioD la plus solide. £Ue s'entretient de sa fia dernière; elle y fixe toutes ses pensées , comme à son unique bien ; elle en goûte par avance les douceurs toutes pores, et c'est comme nn pain de chaque jour, qni la nourrit. Ce même désir du salut , en dégageant l'ame de tons les detirs da siècle, l'établit dans un repos presque inaltérable. A peine t'aperçoit-etle de tout ce qui se passe dans le monde, tantelley prend peu d'intérêt, et tant elle est an-dessus de tous les accidenu et de toutes les révolutions. Elle n'a qu'un point de vue, qui est ie ciel : hors de là rien ne l'inquiète, parceque hors de là elle ne tient à rien , ni ne veut rien. Par une conséquence très naturelle , autant que ce désir da salut cootribne au repos de l'ame chrétienne , autant contribne4-ll à sa sancUfication : car si c'est un désir véritable , et tel qu'il doit être, c'est un désir efficace qui, dans la pratique, nous fait éviter avec m soin extrême tout ce qui peut nuire, ai quelque sorte
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que oe soU, à noire salut , et nous applique sans rd&cbe à tontai les
ŒUTres capables de l'assurer et de Je consommer. Or ces œunes , ce
sont des œuvres saintes et sanctifiantes : et voilà comment le deiir du
salut nous sauve.
Renouvelons-le dans nous, ce désir si salutaire; iwceascms pràit de
le le ranimer par la frëqaente méditatioa defimpimaiica
riul. Que desîron8*iions autre chose, et où de«0D»4K>iia
plus d'empressement et plus de zèle, qu'i un bien
isuffit, et saosqaoinnl autre bien ne nous peut suffire?
Affreuse incertitude, Seigaair, où vous me laissa sur moa aBàke capitale, surlapluseaseatielleet inteie la seule aflUre qui doive m'intéresser, sur l'afhire de mon salut I Je suis certain que voua voulcx me sauver, je suis certain que je puis me sauver : mais me eanveraije en effet, mais serai-je un jour dans votre royaume, au nonAre de vos prédestinés; mais parviendraî-je à cette éternité bienhaureoae pour laquelle vous m'avez créé , et qui est mon unique fin? VoSà , mon Dieu , ce qni passe toute mon intelligence ; nûlà ce que tonte U subtilité de t'esfH'it hamain, ce que tous mes raisonnemenls ne peuvent découvrir : car de tons les hommes vivant sur ia terre , en est-il un qui sache s'il est digne de haine on d'amour ; et par consëqoent, en est-il un qui sache s'il est dans une voie de salât ou dans une vwe de damnation ?
Je ne puis douter, Seif|;neuri que je n'aie pécbé contre votis, «t péché bien des fois , et péché en bien des manières , et pécbé jnsqn'à perdre votre gfrace : mais puis-je me répondre que j'y sois rentré dans cette grâce , que j'ai fait une vraie pénitence, et qne vonsm'kvez pardonné? en snis-je assuré? Quand même il en seroit ninsi que je le désire, et quand je pourrais me flatter de l'avantage d'être actuellement et parfaitement réconcilié avec vous, suis-je assurd de persévérer dans cet état? et si je m'y soutiens quelque temps , stiît-Je assuré d'y persévérer jusqu'au dernier moment de ma vie? snïs-je assuré d'y mourir?
Tout cela, mon Dieu, ce sont pour moi d'ëpaûses téoèbres, oe sont des abJmes impénétrables. Dès que je veux entreprendre «te ks sonder, l'horreur me saisit , et je demeure sans parole. Et qui n'en seroit pas effniyé comme moi , pour peu qu'on vienne à considérer l'importance de cette affaire, dont le snocès est si incertain? Carde quoi s'agit-il ? de tout Tbomme, c'est-l-dire du sonveraîn bonheur de l'homme ou de son souverain malheur. Il s'agit , par ra^xn i moi , d'être mis un jour en possesùon d'une fâîcité étemelle, on d'aire condamné à lu tourment éternel. Quelle sem la déciikmdeoejiig»ment formidable? quel sera le tome de ma course? Hia-ce une
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gloire tans ioeiaiv» oii une rëprobition sans retsooroe? sera-ce le del on l'enfer ? Encore une fois, dans ces pensées mon esfH*it se trou* ble, mon ooeor se resserre , toute ma force m'abandonne « et je reste ioterdit et consterné.
Ce ne sont point là » Seigneur, de ces craintes scrupuleuses, dont les âmes timorées se tourmentent sans raison; ce ne sont point de vaines terreurs : combien y a-t-il de réproUTés qui, pendant un long espace de temps, avoient mieux yéon que moi, et paroissœent être pins en sûreté que moi? Qui l'eût cru, qu'éloignés du monde et retirés dans les clohres et dans les déserts , ils y dussent jamais faire ces chates déploraUes qui les ont damnés? Suis-je moins en danger qu'ils n'y étoient , et ne seroit-ce pas la plus aveugle présomption , si j'osois me promettre que ce qui leur est arrivé ne m'arrîvera pas à moinnéme? .Une telle témérité sufifiroit pour arrêter le cours de vos grâces» et mon salut alors se trouveroit d'autant plus ex« posé, que j'en serois moins^en peine, et que je le croirois pins à couvât.
Je ne vous demande point y ù mon Dieu , qu'il vons plaise de mé révéler Pavenir ; je ne vous prie pdnt de me mire voir quel doit être non sort , et de tirer le voile qui me cache cet adorable , mais redoutable qnystère de votre providence. C'est un secretoù il ne m'appar* tient pas de m'ingérer, et qui n'est réservé qu'à votre sagesse. En le dérobant à ma connoissance, et le tenant enseveli dans une si profonde obscurité, vous avez vos vues toujours saintes et toujours salutaires , si j*appr«ids à en profiter» Vous voulez me préserver de la négligence où je tomberois , si j'avoi» une certitude absolue de ma. prédestination ou de nia réprobation. Car L'on et l'antre, ou plutôt iassuraoce de l'un et de l'autre , me porteroit à un relâchement entier. Que dis-je? f assurance même de ma réprobation me précipite^ Toit dans le désespoir et dans les plus grands désordres. Vous voulez que pur de bonnes ceuvres , suivant l'avis du prince des apôtres , je m'é- Ifidte de plus en plus à rendre sûre ma voeaHon et mon ileedùn; de sorte qtie je sois pourvu abondamment de ce qui peut me donner entrée au royaume de Jésus^Ckrkt (2. Pbtr., 4). Vous voulez que je m'humUie son» cesse sous voire mmn touie-^puissanie 9 comme un crimniel qui attend une sentence d'absolution ou dé mort , et qui , prosterné aux pieds d§ son juge, n*omet rien pour le toucher en sa faveur, et pour obtenir grâce. Vous voulez que je vive dans un tremblement continuel , et dans une défiance de moi*méme qui m'acoompa(;ne partout , et qui me lusse prendre garde à tout. Vous le voulez , Seigneur, et c'est cela même aussi que je vous demande. Par-là, Tin-certitude oti je suis, tout effrayante qu'elle est, bien loin de m'étre nuisible et dommageable , me deviendra utile et profitable.
Gependamt , mon Dieu , je ne perdrai rien de ma confiance , et je n'oublierai jamais que vous êtes le Dieu de mon salus (PsaimAl). Dieu de non saint, paroeque je ne puis me sauver sans vous et que