‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 53 sur 225 · SOIN DU SALUT · texte numérisé non relu

SOIN DU SALUT

à la mort, je ne le trouverai jamais ; et dans réternité j'aurai Taffreux désespoir d'avoir pu le posséder, et de ne le pouvoir plus.

G est, dis-je, dans la vie qu'il le faut chercher : car l'unique voie pour y arriver et pour le trouver, ce sont les bonnes œuvres, c'est la aainieié. Or ces bonnes œuvres , où les peut-on pratiquer? en cette vie, et non en Tautre. Cette sainteté, oit la peut-on acquérir? dans le temps présent, et non dans l'eierniié; sur la terre, et non dans le ciel. En effet, il y a cette différence à.remarquer entre le ciel et la terre : la terre fait le9 Saints, mais elle ne fait pas les bienheureux; et au contraire, le ciel fait les bienheureux, mais il ne fait pas les Saints. Supposez de tous les Saints celui que Dieu aura élevé an plus haut point de gloire dans le ciel, tout l'éclat de sa gloire n'ajoutera pas ua aeai degré à sa sainteté : cet état de gloire couronnera sa sainteté » confirmera sa sainteté, consommera sa sainteté ; mais il ne Taugroeo* fera pas : il la r^iklra phis durable, puisqu'il la rendra étemelle; mais Que la rendra ni plus méritoire, ni plus parfaite.

C'est donc dès maintenant, et sansdifférer, que nous devons donner nos soins à chercher le royaume de Dieu : mais encore comment le iaut-il chercher? Premièrement; cVst-à-dire que nous devons faire du salut nojtre première affaire ; pourquoi ? parceque c'est notre plus grande affaire. Règle divine, puisque c'est le Fils même de Dieu qui BOUS l'a tracée; règle la plus droite, la plus équitable, puisqu'elle est fondée sur la nature des choses, et qu'il est bien justeque le principal remporte sur l'accessoire ; règle fixe et inviolable, puisque c'est urne loi énuinéed'en haut, et un ordre que Dieu a établi, et qu'il ne changera jamais. Mais nous, toutefois, nous prétendons renvei*ser cet ordre, nous entreprenons de contredire cette loi, nous voulons substituer à oetie règle une règle tout opposée. Car Jésus-Christ nous dit : Cherchez d'abord le royaume de Dieu ; et pour ce qui est du vêlement, de k nourriture , des biens delà vie, n'en soyez point en peine. Voua pouvez vous en reposer sur votre Père céleste, qui vous aime, et qm 9MIS donnera toutes ce$ eho$ei par surcroît (Loc, 12). Mais nous , au eMtraire, nous disons : Cherchons d'abord les biens de la vie ; et pour ce qui regarde les biens de l'éternité, le royaume de Dieu, le salut » n'en soyons point en peine, mais confions -nous en la miséricorde du Seigneur : il est bon, il ne nous abandonnera pas.

Nous le disons, sinon de bouche, du moins en pratique; et c'estainsi que raisonnèrent les conviés de l'Évangile. Us éloient invités à un grand repas; il foiloit, pour y assister, certains babitt de cérémonie. Certains préparatifs; mais eux, tout occupés de leurs affaires tempo» relles, ib crurent qu'ils y dévoient vaquer préférableoient à l'invitation qu'on leur avoit faite. Ils ne doutèrent point qu'ils n'eussent sur cela de bonnes raisons pour s'excuser ; et, pleins de confiance, l'un dit: Je me mariC; et il faut que j'aille célébrer les nooes ; l'auf re dit : J'ai acheté une terre, et je ne puis me dispenser de l'aller voir ; un aalre

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dit : J'ai à fiiire fmsaA de cinq paires de bosah qo*on in*a vendues. Tous eooclureDt enfin qu'ils avoient des choses plus pressées que ce repas dont il s'agissoit , et répondirent que ce seroii pour une autre fors. Or qu'est-ce que ce grand repas? Dans le langage de l'Écriture» c'est le salut. Dieu nous y apprlle, et nous y appelle tous. Il ne se eontente pas, pour nous y convier, de nous envoyer ses ministres et ses serviteurs, mais il nous a même envoyé son Fils unique. On nous avertit que de la part du maître tout est prêt, tt qu'il ne reste plus que de nous préparer nous-mêmes, et de nous mettre en état d'être rébus an festin. Mais que répondons-iK>ue? J'ai d'autres afâûres pra* sentemenf , dit un mondain ; et qudies sont-elles, ces autres afûûresf L'affistredemon établissement, ajoute^t-il, l'affiaire de monagrandisp sèment, les afTaîres de ma maison ; en on mot, tout ce qui regarde ma fortune temporelle.

Pour ces affaires humaines , que ne fiût-on pas ? et cette fortune le»poreile, à qael prix ne faehète-t-on pas? Ëst-il moyen qu'on n'imM^ÊÈe ? est-il moyen , quelque pénible et quelque fatigant qa'il soit, qfu'on ne mette en œuvre pour se pousser, pour s*avaDcer , pour se distinguer, pour s'enrichir,, pour se maintenir, soit à la co^ir , soit i la ville? Il semble que le monde ait alors la vertu de faire des mindes, et derendrepossiUe cequi, de soi-même, paroitroit avoir des difficttiiës insurmontables, et être au-dessus des forces de l'homme. H donne de la santé aux (bibles^ et leur fait soutenir des travaux, des veilles, des contentions d'esprit, capables de ruiner les tempéraments les pins robustes. Il donne de l'activité aux paresseux, et leur inspire an fea et une vivacité qui les porte p«Artout, et que rien ne ralentit. Il donne du courage aux lâches, et maîlgré les horreurs naturelles de la Bort, il les expose à tous les orages de la mer et à tous les périls de la guerre. Il donne de l'industrie aux siaiples, et leur suggère les tours, les artifices, les intrigues, les mesures les plus efficaces pour parvenir à leurs fins et pour réussir dans leurs entreprises. Voilà comment.on eherche tes biens du monde, et comment on croit les devoir chercher. De sorte que si l'on vient à bout de ses desseins, quoi qu'il en ait coteé, on s'^tkne hetirêux , et l'on ne pense point à se phiindre de tous les pftsqu'ilafallu fiiire;etquesiles desseinsqu'onavoit formés échouent, oe n'est point de tontes les fatigues qu'on a essuyées que l'on génut , mab dn mauvais succès où elles se sont terminées. Tant on est per* snadé decette lausseet dangereuse maxime, que pour les affaire&dn monde on ne doit rien épargner , et qu'elles demandent toute notre application.

Cependant que fait^ut pour le salut; et quand il s'agit du royaume de Dieu, à quoi se tient-on obligé, et quelle diligencey apporte-t-on? Les uns en laissent tout-à-fait ie soin , et tout le soin que les autres en prennent se réduit à quelque extérieur4ereligion,pratiqué^fort à k hiie,et4rè8'impàrfiaitenwnu On nea^'en inquiète pas davanlafe;)

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