‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 58 sur 225 · ACCORD DE. LA RAISON £T DE LA FOL · texte numérisé non relu

ACCORD DE. LA RAISON £T DE LA FOL

à croire ce qu'on a sous les yeux , ce qui nous est présent et qui nous frappe Içs sens , ce qu'on voit clairement et distinctement : on ^'est point libre sur cela , on n'est point maître de sa créance pour la donner ou poiir la refuser; on est persuadé malgré soi; on est convaincu , sans qu'il en coûte ni effort , ni sacrifice. Et c'est en ce sens que le Sauveur des hommes a dit : Heureux ceux qui n'ont point vu , ^1 qui ont cru { Joan.^ 20 )I

Tel est donc l'accord que nous devons faire delà raison et de la relimon. La raison éclairée d'en haut fait comme les premiers pas, ou met comme les préliminaires , en nous convaincant que la religion vient de Dieu ;;que de tous les articles qu'elle contient , il n'y en a pas un qui n'ait été révélé de Dieu » soit dans l'Écriture , soit dans la tradition expliquée et proposée par l'Église; que Dieu étant absolument incapable d'erreur ou de mensonge, il s'ensuit que tou| ce qu'il a prononcé est souverainement vrai ; enfin, que la religion ne nous annonçant que la parole de Dieu, et ne nous l'annonçant qu'au nom de Dieu, elle est par conséquent également vraie , et defl(iande une adhésion parfaite de notre esprit et de notre cœur. Voilà oii la raison agit , et ce que nous découvrons à la faveur de ses lumières. Mais ce principe posé en général, la religion prend ensuite le dessus; elle propose ses vérités particulières ; et , toutes cachées qu'elles sont , elle y soumet la raison , sans lui laisser la liberté d'en percer les ombres mystérieuses. Si , par son indocilité naturelle et par son orgueil , la raison y répugne , la religion , par le poids de son autorité et par un commandement exprès, la réduit sous le joug et la tient captive. Si la raison ose dire : Comment ceci, ou , comment cela ? C'est assez, lui répond la religion, d'être instruit que ceci ou cela est , et de n'en pouvoir douter selqn les règles de la prudence. Or on n'en peut douter prudemment , puisque , selon les règles de la prudence , on ne peut douter que^Dieu ne Fait ainsi déclaré. Cette réponse, ce silence imposé à la raison, l'humilie; mais c'est une humiliation salutaire, qui empêche la raison de s'égarer , de s'émanciper » de tourner , suivant l'expression de saint Paul , à tout vent de doctrine , et qui la contient dans tes justes limites où elle doit être resserrée, et d'où elle ne doit jamais sortir. De- cette sorte, notre foi est ferme, sans rien perdre néanmoins de son obscurité; et elle est obscure, sans rien perdre non plus de sa fermeté,

IL Développons encore la chose ; et , pour la rendre plus intelligible e( lui donner un nouveau jour , mettons-la dans une espèce de pratique. Je suppose un chrétien surpris d'une de ces tentations qui attaquent la foi, et dont les âmes les plus religieuses et les plus fidèles ne sont pas exemptes elles-mêmes à certains moments. Car il y a des moments où une ame, quoique chrétienne , est intérieurement auss i agitée par rapport à la foi , que le fut saint Pierre sur les eaux de 1^ mer , quand Jésus-Christ lui dit : Homme de peu de foi^ pourquoi ave x

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