ŒUVRES SANS LA FOI
mais n^ayaDt pas le fondement de toute la sainteté , qui est la foi , je veux dire robéissanœ, la docilité, la pureté de la foi « avec tout ce qu'ils font, ils ne se sanctifient pas. Ils ne bâtissent que sur le sable, ou» selon la figure de saint Paul, Tédifioe qu'ils construisent n'est qu'un édifice de paille. De sorte qu'au jour du Seigneur ils seront de ces prophètes dont il est parlé dans l'Évangile, et qui , se présenUnt à Dieu pour être jugés, lui diront : Seigneur^ n'ovotii-notu pas jnrophétUi en voire nom ? n^avoM-nou» pas en votre nom chassé les démons t n*avons'nous pas fait des miracles t mais à qui Dieu répondra : Je ne vous connais peint; retxre%^ous de moi ^mauvais ouvriers , ouvriers d'iniquité (Matth. , 7 ) .
n. II y a encore d'autres œuvres faites sans la fol, quoique faites avec la foi : je m'explique. Œuvres fiiites avec la foi : car dans le fond on est chrétien, on est catholique, on est uni de croyance avec TÉglise, on ne rejette aucune de ses décisions, et on les reçoit toutes parement et simplement. Hais d'ailleurs, œuvres faites sans la foi, parceque la foi n'y a point de part, qne la foi n'y entre point, que ce n'est point la foi qui les mspire, qui les dirige, qui les anime. Tout chrétien qu'on est, on agit en païen, je ne dis pas enpalen sujet aux vices et au dér^Iement des mœurs où conduisoit de lui-même le paganisme ; mais je dis en honnête et sage païen. Cest-à-dîre qu'on agit, non point par la foi, ni par des vues de religion, mais par la seule raison , mais par une probité naturelle, mais par im respect tout humain, maispar la coutume, l'habitude, l'éducation, mais par le tempérament, l'inclination, le penchant.
On rend la justice, parcequ'on est droit naturellement et équitable; on sert le prochain, parcequ'on est naturellement officieux et bienfaisant ; on assiste les pauvres, parceque naturellement on est sensible aux misères d'autrui, et qu'on a le cœur tendre et affectueux ; on prend soin d'un ménage, et on s'applique à bien conduire une maison, parceque naturellement on est rangé et qu'on aime l'ordre; on remplit toutes les fonctions de son ministère, de son emploi , de sa charge, parceque l'honneur le demande, parceque la réputation y est engagée, parcequ'on veut toujours se maintenir en crédit et sur un certain pied; on s'occupe d'une étude, on passe les journées et souvent même les nuits dans un travail continuel, parcequ'on veut s'instruire et savoir, qu'on veut réussir et paroître, qu'on veut s'avancer et parvenir : ainsi du reste, dont le détail seroit infim*.
Tout cela est bon en soi ; mais, dans le motif, tout cela est défectueux. Il est bon de rendre à chacun ce qui lui est dû , de protéger l'innocence, et de garder en toutes choses une parfaite équité. Il est bon de se prêter la main les uns aux autres, de se prévenir par des offices mutuels, et d'obliger auiant qu'on peut tout le monde. Il est bon de consoler les affligés, de compatir à leurs peines et de les secourir dansieors besoins. Il est bon de veiller sur des enfauÉ, sur des dôme»-
tiqaeç, sut foute une fomille, d'en administrer les ^iens et (feu m^iiaéer lés intëréts; Il est bon, dans une dignité» dans une magistratui^e, clans un négoce, de vaaber à ses devoirs, et de s*y adonner avec une assiduité infatigable^ Que dirai-jé'de plus? il est bon dé cultiver ses talents, de devenir habite dans sa profession',' de travailler à enrichir son esprit de nouvelles connoissances : encore une Yois, il n'y a rien là <]ùe de louable; Waift Voici lé défout çaphat ': c'est qu'il n'y à rien là <fui soit^ marqué 'du ^sceau dela^fôi', ti bar conséquent du éceam de Dieu. Or le sceau de Dîeu, te'scèaudé'la t6\ lie s'y trouvant Doint, ce ne peut être, poUrm^éicprlmer âinâi,'qu''uhe moiînoié fausse aans l'estimé de Dieu, et de nuire valeur par rappo'rt il rétérnité. Car on peut BOUS dire alors ce que disoit le Sauveur des h'omtïies : Qu*attendez- ▼oûs dansleîrbyaiime du èiél,ét iquelfc recoihpehse méritez- vous ?!E A / itt païens nefaisoientUspâsioutce que vousfaitéÉ (Mâtth., 5)? Et ^'ayez-vous d&-(}€/ssy s â'eû^,][){iisqùë vous n'agissez point autrement dii'éûx^ ni paV tfës' principes plus refev&?' j. i . ^: .
Ëiiieffeii il Y 21' eu dansïé iVàgànismé, çomnie parmi nous, des juges intég^res, déclarés,* sans acception de ^èrsôiiHd^ en faveur'du boùdroit, iii' assez çéiéréùix \K>ut le défendre aux dépens dé leur fortune et ïnéfne au péfïî de ledr Vîe.''tl ;f a eu d'kièuveiîx naturels, toujours dii-
Sbses à faire plaîsîi»,* ei^ne' réfiisafat' jamais lèuVs services. 11 y a eu es ànâes com'paiis9antéi/((Jui, t)af uk sentirhent de miséricorde, s'attendrissoiènt sùrlôufés le^ calaniïtés, ^u'jpubliquës ou particulières, et bour y subvenir r^pandoient leurs dons âVec abondance. Il y a éa <j|tes Uc^mmék d'une droiture inflexible, d'une fermeté inébranlable, d'un désintéressenaent à toute épreuve, d'un courage que rien n'éton* noit, d'iine patience bue rien n'altéroit, d'une application que rien ne
àii-délà. Elles béritoient lés louanges du public, elles méritoient inénie de là part de Dieu quelques récompenses temporelles, et les dbtenoient ; elles étoient bonnes pour cette vie, mais sans être d'aucun prix pour l'autre, parceque la foi iie les vivifioit pas, ne les sanctifiait pas, né ïes consacroit pas. '
'Telles sontiès vertus d'une infinité de chrétiens, telles sont leurs œuvres. Leur voix est la voix de Jacob, mais teurs'mains sont les niaîins d'Ësaû; c'est-à-dire qu'ils ont la foi , mais comme s'ils De la- Toient point , puisque dans toutes leurs actions ils ne font nul usage de leur foi. A considérer dans la substance les œuvres qu'ils prati* qnent, ce sont des œuvres dignes de ta foi qu'ils professent , et ce seroient des œuvres dignes de Dieu', si la foi lés rapportoit à Dieu ; mais c'est à quoi ik ne pensent en aucune sorte. Us consultent, ils délibèrent, ils forment des desseins , ils prennent des résolutions , ik 1^ exécutent ; 4{^ns le plan de vie où leur condition les engage, ils ise
ttpmmi C^g^ d'une multitude d'affaires; et pour y suffire ils se oppuen^ mille mouvements y mille soins « mille peines; ikont, selon Je cours deS'Choses humaines et selon les conjonctures, 'leurs contradictions, leurs traverses à essuyer; ilsont leurs chagfrins, jeurs enniiis, Ijçurs dégoûts» Içiirç adversités, leurs souffrances à porter. AmpTe
ces fatigues et tous ces mouvements ëioiènt soutenus par des considérations divines et de foj ; si jloutes ces souffrances et toutes t^és' àffliid* lions étoiênt prises, acceptées,' offertes en sacrifice et présénle'es par un esprit de foi; ^o'u^ pro^terpil' alors pour la vie éternelle /et rien ne serôit p^rdû. ' ' ' ' ' ^ ' ' '"' ' ' *
"" Je dis jrlên, q^uelqup peu ^e chose que ce soit : car voilà quel est le propre et l'efficace de la foi , quand elle opère par là cliaritë'et par une intention pure et chrélienne. On ne peût^mîeux la comparer qu'à <çej^raîn évafagelîque qui de tous les légumes est'leplus petit, mais qài, setné dans une bonne terre, croît, s'élève, "pousse dés branches, Ée couvre de feuilles et devient arbre. ^Partout où l'a foi se commuhîqùb étant accompagnée de la grâce', et partout où elle agît, elle y impi^irhé un caractère de sainteté, et attache aux moindres effets qu'elle pré- Ijuit un droit spécial à l'héritage célesle. Ne fût-ce qu'un verre d'eau donné au nônâ de Jésus'-bhris't, c'est assez pour obtenir|(}âns reWnil'é onecouronne de gloire. Les apôtres passèrent toute une nuit à pécher, et ils ne prirent rien: pourquoi ? parceque Jésns-Christ n'étoit pas avec eux; mais du moment que cet Homme-Dieu parut sur le rivage, et que par sfbn ordre et en sa présence ils se reflairènt' au travail', la pèche qu'ils Arent fut si abondante, que leurs filets se fompoient de ^utes parts, et qu'ils eurent beaucoup de peine à fa rècueîllir.lma'ge ^nsibleoù nous devons égaleuiënt recohnoîire, et rinfitilité de tontes nos oeuvres pour le salut, si la foi, animée de lâ diarifë et de la ^râcé , n'en est pas ïe prînèîpe et comme le premier 'moteur; et leur excellence , si ce sont les fruits d'une foi vive et agissante , et sî c'est par l'impression de la foi que nous sommes excités à les pratiquer. '
Étrange aveuglement que le nôtre, quand nous suivons d'autres règles en agissant, et que nous nous conduisons uniquement par ïa «politique du siècle et par la prudence de la chair!' Combien Vois-|e ^us les jours de personnes de l'un et de Tautrè sexe, de tout âgé et de tout état, qui, dans les occupations et les cinbarras dont ils sont sans cesse agités, ne se donnent ni repos ni relâche; qui,* du matin au soir, obligés d'aller, de venir, de parler, d'écouter, de ré'pondi^é, de veiller à tout ce qui est de leur intérêt propre ou de leur devoir, inènenl une 'vie très fatigante; qui, dans* le commerce dtr monde, sont exposés à des déboires trèsamers, àdes contre-temps très désagréables, à des revers très fàcheuxlàdès coups et à des événements capable^ de
f9S LA FOI VrCTORIEnSË DIT MONDE.
déconcerter tonte la fermeté de leur ame; qui, par la dâicatesse de leur complexion on le dérangement de leur santé, sont affligés de fréquentes maladies» d*infirmités habituelles» souvent même de douleurs très aiguës? Or en quoi ils me paroissent tous plus à plaindre , et ce qu'il y a pour eux sans contredit de plus déplorable» c'est que tant de pas» de courses» de veilles» d'inquiétudes» de tourments d'esprit; que tant d'exercices du corps très pénibles» et quelquefois accablants; que tant d'accidents» d'infortunes, de mauvais succès» de pertes, de contrariétés» de tribulations, d'humiliations» de désolations» de foibtesses et de langueurs ; que tout cela» dis-je» et mille autres choses qui leur deviendroient salutaires avec le secours delà foi» ne leur soient» au regard du salut, d'aucun profit» parceque» tout abîmés dans les sens» ib Be savent point user de leur foi» et qu'ils ne la mettent jamais en œuvre. Sans rien faire plus qu'ils ne font» et sans rien souffrir au-delà de ce qu'ils souffrent» ils pourroient , par le moyen de cette foi bien épurée et bien employée» amasser d'immenses richesses pour un autre monde que oelui-d» et grossir chaque jour leur trésor; au lieu que» se bornant aux'vueaprofenes d'une nature aveugle et aux vains raisonnements d'une sèche philosophie» toutes leurs années s'écoulent sans fruit» et qu'à la fin de leurs jours ils n'ont rien dans les mains dont ils puissent tirer devant Dieu quelque avantage. Heureux donc le chrétien qui fait toujours la sainte alliance » et des oeuvres avec la foi» et de la foi avec les œuvres !