LES OEUVRES SANS LA FOI. <8S
Ce n'est point atoir de grands efforts à faire pour gagner le del, nia user de grandes violences. Ce n'est point profiter du temps que Dieu nous donne, ni faire de nos années un emploi tel que Dieu le veut pour notre avanœment dans ses voies et notre perifection. Ce n*est point être de ces bons arbres qui s'enrichissent de fruits, et remplissent par leur fertilité les espérances du maître. En un mot , ce n'est point vivre selon TÉvangile, puisque ce n'est ni se renoncer soimême, ni porter sa croix, ni suivre Jésus-Christ. Or quiconque ne vit pas selon l'Évangile ne peut arriver aa terme où PÉvangile nous appelle; et je conclus, sans hésiter, qu'il est hors de la route, qu'il s'égare, qu'il se damne. Ce raisonnement me suffit , et je n'en dis pas davantage. Malgré toutes les justifications qu'on peut imaginer, je ne me départirai jamais de ce principe fondamental et inébranlable. Si tant de chrétiens du siècle et de chrétiennes n'en sont point troublés, leur fausse confiance nem'empéche point de trembler pour eux, et de trembler pour moi-même. Qu'ils raisonnent comme il leur plaira : s'ils n'ouvrent pas les yeux , et qu'ils s'obstinent à ne vouloir pas reconnottre la fatale illusion qui les séduit , j'aurai pitié de leur aveuglement ; mais je ne cesserai point de prier en même temps le S^gneur qu'il me garde bien d*y tomber. iÊk>
LIS OBUVRES SANS LA FOI, OBOVRBS INFEUCTCBUSBS ET SANS lliBXTK
POUn LA VIE ÉTERIi|EI(LE.
L L'apôtre saint Jacques a dit : Faites-moi voir vos œuvres, et je jugerai par-là de votre foi ; mais, sans blesser le respect dû à la parole du saint apôtre, ne pourroit-on pas en quelque manière renverser la proposition, et dire aussi : Faites-moi voir votre foi , et je uigerai parti de vos œuvres; c'est-à-dire que je connoitrai par le caractère de votre foi si les œuvres que vous pratiquez sont véritablement de bonnes œuvres, si ce sont des œuvres chrétiennes, des œuvres saintes devant Dieu , des œuvres que vous puissiez présenter à Dieu, et qui vous tiennent lieu de mérites auprès de Dieu.
Car il ne faut point considérer nos œuvres précisément en elTesmêmes, pour savoir si elles sont bonnes ou mauvaises, si elles sont utiles ou infructueuses, si Dieu les accepte, ou s'il les méprise et les rejette; mais, pour faire cette distinction, on en doit examiner le principe. Or le principe de toutes bonnes œuvres, de toutes œuvres méritoires et recevables au tribunal de Dieu, c'est la foi, puisque la foi, selon l'expresse décision du concile de Trente, est la racine de toute justice; d'où il s'ensuit que cette racine étant altérée et gâtée, les fruits qu'elle produit doivent s'en ressentir, et que ce ne peuvent être de bons fruits.
Gardons-nous toutefois de donner dans une erreur condamnée par l'Église, et en effet très condamnable, qui est de traiter dépêché tout ce qui ne vient pas de la foi. Ce seroii outrer la matière, et s'engager dans des conséquences hors de raison. Non seulement les œuvres des
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infidèles n*ont t>as toutpç été des péchés, mais plusieurs ont élé de yraiç afj^es de vertu, et ont i^érilé nr^éme de 1^ part de dieu quelque ré- GompeiKS^. Leufsje;rt|isn'éioieo.t que des vertus morales; maïs, après tpiit,, c'étoient des. V|çrtU3..I)ieu ne le^ récompensoii que par des graqes$, ^mporçllef ^ pûiis Q^ifin ces grâces temporelles étoient des récomp^se^y et Difeu pf^ récompense point lé péché. Leurs œuvres pou- ' ^ îc étrejipora|ep\a| i[oi^qt j[*ôire d^ ce
^ , , 'pyaunip (le Di^ji ,. , , .
c^gepre .de m^r/jte (\iffi je parle» quand je dis que sans la ibi il n'y a poinjtdpbpnnçpœiiyrè?.,.. ,
.^^^insi^qommjç les œuvres ^ont d*uue part les preuves les plus senstbleç de {a foi^ de même e^t-il vrai d'autre part cjûe c*e3t la foi qui f^it le, dijscernement de^ œuvres : tellement que, toutes bonnes qu'elles ijéùveot j^lve qèj ^e^ rond ^t devant lef hommes, elles né le sont auprès de i>i^, ^t par rapporta^ la, vie éternelle ^qîi'jl nous a promise» quIautantquVJi^.pi'Oc^l^t d'une foi, pure, ^^rm pie et entière. Car, spion.hi^témômna&ecjie l'Apôtre, il n est, pas possible de plaire à Dieu sans la JFoi^^la disposition nécessaire ppiiv approcher de Dieu est^ avant tout^Roses, de croire qu'il y a un Dieu, ei ue se soumettre à tout ce qu'il noos a révélé, ou par lui-même; ou par aoa Église.
De là il est aisé de ju{[er si c'est toujours raisonner juste que de dire : Ces geps-là sont gens de bonnes œuvres, réglés dans l^ors mœurs, irrépropliAblcs dajas lei^r conduite, de la morale la |)lus $éy^re, n'ayant autre chose dans la bouche et né prêchant autre chose : par conséquent, cie sont fies hommes de Dieu^ ce sont des gens pairi^its selon jt^ei)^ Tout. cela e^t Beau ,^ ou plutôt toiit cela est spéciepi et apparent; ms^is, après toutj les nérétiques ont été tout cela , qi| qnt affecté de tiè, pâroitre •: témbiiâ un Ânus,^ témoin un Félage, et tant d'autres. On relèvoit leui* sainteté, on canonisoit leurs actionis, on les proposoit comme de grands modèles ; mais , avec tout cela » ce n'ét/oien^ certaipertient pas des hommes de Dieu, papcequavec tput cela c^étoient des gens révoltés contre l'Église^ attachés à leurs sens, entêtés dé leurs opinions; en un mot, dés gens corrompus dans lèuip foi.
On a néanmoibs de la peine a se persuader que des nommes qui vivent bien ne pensent pas bien, et qu'étant si réguliers dans tou.te leur manière d*agir, ils s'égarent dans leurs créances : mais voilà justement i^ii des pièges tes plus oruinaires et les plus dangereux dont les hiérësiarques et leurs fauteurs se soient servis, pour inspirer le vçnin de leurs t\érésies ^t pour s'attirer des sectateurs : piège que saint Bernard, saijs remonter plus Iiaui, nous a si naturellement et si vlveroeot ifêprésente dans la personne de quelques liérétiqûesde sc^n ten}ps, buç disôit-il d'Abeilârd ? C'est un fwmme tout ambigu, et dont ta vie estune contraaicUon perpétuelle. Au-denorê c est un Jean'Baptistet niais au-ae-
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dans c'est un Éérode *. Que disoit-iî d'ArnauiJl de bressê? Plài à
^ icu qœ sa doclrine fût aussi ^aine que sa vie est austère ! Il ne mange
vlne boit, et il est de ces^gens que C Apôtre nous a marqués^ lesquels ont
tout V extérieur de la piéiéj mais qui n*^ ont pas le fond ni les <pi£t-
Tfoents^. Ses paroles f ajoutoitlço^éme saiut dpcteur enpârlantduiméme
Arnaud , ses paroles coulent comme l huile ^, et en àr^t^ ce sçmile^ l'ow>i
tion; mais ce sont des traits empoisonnés: car ce quil prétend par def
discours si polis et de si l/elleji awparences de vprtu^ c'est de s'insinuer
dans les esprits et de les gagner a son par\i. Que dîsuit-il cle Ueûri,
écrivant à un homme de qualité? Ne vous f tonnez pas quil vous tût
surpris. C'est un serpent adroit et subtile À le ypir^ il ^e paroU rien en
lui que d'édifianf; mais ce n'eu là qu'une vaine montre, et dans l'intè'
rieur il n'y a point de religion ^^
Ces exemples su|16sent pour noi^s faire coo^prendr^ combien on doit peu compter sur certaines œuvres d*éclât et sur certaine réputation de sainteté, qui souvent ne sont que des signes équivoques . et A*Ôix Ton ne peut conclure avec assurance (^u'un homme ntarche (lans là voie droite, ni que ce soit un b0nj2uijeenmaiiere.de foi. Aussi esjtce encore Tavis quç donnoii saint Bernard aux peuples de Toulouse. G^'étoit un temps de téuèbies, où l*hét'ésie cherchoit à. se répandre ; mais, pour les préserver d*un|e pesté si coutagieuse,, il leur enJQi(;noit de ne pas recevoir indifféremment toute sorte de prédicateurs, et de n'en admettre chez eux aucun qu'ils ne connussent. Car ue vous y fiez pas : Ne vopLS en tenez précisément nia ce qtiils i/ous ffkont^ til au zcl(^ qu'ils vous témoigner ont ^ nia la haute perfection ae la piorale qui^s vous )p'éckeront. lU vous tiendront un langage tout diuin^ft ils voysparlçront comme des anqes venus du ciel : mais de même qu'on mêle sçcrciement le poison dans les plus douces liqueurs^ t^vec les expressions les plus chré' iiennes^ ils feront couler leurs nouveautés^ et ils vous les présenteront sous des termes enveloppés et pleins d artifice. Faux prophètes , loups ravissants déguisés en brebis *.
^ .Cependant les simples se laissent sùrpréodre. Ils voient des hommes» c^uant a l'extérieur, recueillis, modestes, zélés, laborieujç, charitables^ fidèles à leurs devoirs, et rigides observateurs de fa discipline la plus étroite. Cette, régularité les charme, et ils çSe fei oient scrupule d'entrer là-dessus en quelque (lénaace,^ et de former le moindre soupçon désavantageux. Onabeaii leur dire quecen^st pas là Tessenuel;, i()ué c'est la foi qui en (]oit décider ; que si la foi ^aiique, çiu(]u'e(U,ne soit cas telle qu'elle doit être, ^tout le reste n'est rien ; ils prennent ce qu'on leur dit i>ûûr des calomniésl pour des jalousiei lie i>arti' popr des jpreveatipns.et de faux jugements. Ainsi le Sauyeur du mQnde s elevoit contre Ié3 pharisiens et demasquoiiièur hypocrisie; niais en vain : le
^fs^9^9^'ÇdJfag^%l^vpi• !.. .< *i4e(ti, ^pM^ adm^icoT^um Conttaniiensem.
4 Ideio, ^fUi, ad Toloêanoê,
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peuple» touché de lear air pénitent et dévot» de leurs longues prières, de leurs abstinences» de leur exactitude aux plus légères pratiques de la loi, s'attachoit à eux, les admiroit» les révéroit» les ooniblôît d'éloges» et» malgré tous les avertissements du Fils de Dieu, né vbuloU point d'autres maîtres ni d'autres conducteurs.
Mais» après tout» cette vie exemplaire ne fait-elle pas honneur i la religion» et ce zèle des bonnes œuvres n'est-il pas utile à l'Église ? A cela» je fais une réponse qui parottra d'abord avoir quelque chose de paradoxe, mais dont on reconnottra bieniAt la solidité et Tîncontestable vériié, pour peu qu'on entende ma pensée. Car je soutiens qu'il y a des personnes, et en assez grand nombre , qui dans un sens feroient beaucoup moins de mal à la religion» et s'en feroient beaucoup moins à eux-mêmes par une vie licencieuse et scandaleuse » que par leur sainteté prétendue et par l'éclat de leur zèle. Beaucoup moins de mal à la religion : pourquoi ? parceque dès qu'on les verroit sujets à des désordres grossiers» on perdroit en eux toute confiance» et qu'ils se trouveroient par-là moins en état de séduire les esprits» et d'établir leurs dogmes erronés. Au lieu de les suivre» on s'éloigneçoit d'eux » et le mépris où ils tomberoieot les décréditeroit absolument » et leur ôteroit tome autorité pour appuyer le mensonge. Beaucoup moins de mal à eux-mêmes : comment ? parceque » tôt ou tard , l'horreur de leurs désordres pourroit les toucher» les réveiller, leur inspif er des sentimetts de repentir et les ramener. Les exemples en sont assez communs. De grands pécheurs ouvrent les yeux, écoutent les remontrances qu'on leur (ait, reviennent de leurs égaremenis; et plus^-mdme ils sont grands pécheurs » plus il est quelquefois aisé de^es émouvoir» en leur représentant les excès où ils se sont abandonnés» et les abtmea où la passion les a emportés.
Mais des gens au contraire dont la vie est exempte de certains vices, et qui d'ailleurs s'adonnent à mille pratiques très chrétiennes en ellesmêmes et très pieuses, voilà ceux auxquels il est plus difficile de se détromper, et d'apercevoir Tillusion qui les aveugle et qui les perd. A force de s'entendre canoniser» ils se persuadent sans peine qu'ils sont tels en effet qu'on les vante de tous côtés. Cette bonne idée qu'ils conçoivent d'eux-mêmes les entretient dans la fausse idée dont ils se sont laissé prévenir, que sur la doctrine ils ont les vues les plus justes, et qu'ils sont les défenseurs de la vérité. Ils se regardent comme les appuis de la foi, et ils croient rendre service i Dieu en tenantferme contre l'Église même de Dieu» contre toute autorité et toute puissance supérieure» soit laïque» soit ecclésiastique. De cette sorte» ils s'obstinent dans un sdiisme dont ils sont les principaux agents» ils y vivent en paix» et ils meurent dans une opiniâtreté insurmontable; d'autant plus malheureux qu'il leur en coûte plus pour se perdre» et qu'ils se damnent à plus grands frais. Ce qui leur manque » ce ne sont pas les ceuvres, mais la foi. ils font tout ce qu'il fiaut lûre pour ae sanctifier ;