‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 77 sur 225 · BONTÉ DE DIEU ENVERS LE PÉCHEUR · texte numérisé non relu

BONTÉ DE DIEU ENVERS LE PÉCHEUR

que usage de notre raison, que le charme du plaisir nous entrdne. Ou le suit, on s*y abandonne. Venez, divertUsons-nous, et jouissons des Inent ffrésents. EniuronS'nom des vins les plus exquis y courormons-nous de roses, et ne refluons rien à nos sens de tout ce qui peut les flatter [Sap*^ 2). C'est avec de pareilles dispositions qu'on entre dans le monde, et qu'on y mèoe la vie du monde, une vie dissipée, une vie molle, une vie libertine et toute corrompue. La conscience a beau se récrier, Dieu a beau parler; on se rend insensible aux cris de la conscience et sourd à la voix de Dieu. On se retire de lui, et pour combien d'années? quelquefois, hélas! jusqu'à l'extrême vieillesse. Tandis que le monde a de quoi nous plaire; tandis qu'il a de quoi satisfaire nos passions, soit passion de l'honneur, soit passion de rintérét, soit passion plus grossière et plus animale, on ne veut point d'autre maître, ^t on y met toute son espérance et tout son bonheur.

Bonheur traversé de bien des chagrins, je l'avoue. Car le mondain séduit et aveuglépar les sens, cfaercheen vain dans les plaisirs du monde un repos durable et une félicité parfaite ; c'est ce que nul homme n'y trouva jamais, et ce que nul homme n'y trouvera, puisque rien de périssable et de mortel ne suffit à notre cœur^ ni ne lui peut suffire, et que la vie est d'ailleurs sujette à tant de vicissitudes et d'événements imprévus, qui en troublefit malgré nous les prétendues douceurs. Mais après tout, quelque faux que puisse é^re ce bonheur humain, et quelque épreuve qu'on en puisse faire, il a toujours je ne sais quelle apparence qui nous attire et qui nous attache* On en recopnoft à certains moments la vanité et l'illusion ; on s'en déclare, et pn éclate ; mais ce ne soDt que des moments où Ton a ^u quelque déboire ou quelque contrariété à essuyei*. Le nuage se dissipe bientôt ; on rentre dans ses premier» sentiments; on reprend son premier goût pour le monde ; il platt plus que jamais, et il a pour qous des agréments tout nouveaux : tant J'indinatioD qui nous y porte est profondément enracinée dans notre ame, et tant elle a de pouvoir pour nous engager.

Tel estrenchautementoù vivent la plupart des gens du monde, hommes et femmes. Après avoir cent fois déclamé éontre le monde, ils en sont toujours épris, et ils ne comprennent pas même qu'ils puissent jamais s'en passer* Que le monde, sur mille sujets et dans une infinité d'occasions, se trouve en compromis avec Dieu ; qu'il soit question d'une fortune humaine qu'ils ont en vue, d'un degré d'élévation oii'ils aspîrenti d'un avantage temporel qu'ils cherchent à se procurer, d'une iatrigue qu'ils ont formée et qu'ils font jouer, d'un engagement criminel, d'une sale volupté , avec quel empressement ne s'y portentils pas ; avec quelle ardeur, et souvent, si je l'ose dire, avec quelle espèce de fureur? Examinent-ils si Dieu condamne tout cela?sont*il8 en peine de le savoir ? ou s'ils le savent et qu'on leur représente la loi divine, qui s'est expliquée sur tous ces articles et sur bien d'autres, en sont-ils touchés? Que Dieu y soit offensé, c'eçt à quoi ils n'ont guère

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