‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 87 sur 225 · S SOLIDE DÉVOTION · texte numérisé non relu

S SOLIDE DÉVOTION

rend gloire à Dieu de toat le bien qn'ii es reçoh; 9 en bénit le Set^ gneor , il reconnott avec action de grâces qne c'est nn don du del ; mais quoiqu'il ne s'attribue rien à kiinm^e comme étant de lai*méme» il sait du reste qu'il ne lui est pas défaidu de ressentir une secrète joie d'avoir toujours marché droit dans la route qu'il a tenue , de ne s'être pas écarté un moment des règles les plus exactes de la probité et de la justice » et de n'être redevable de son élévation et de sa for* tune , ni à la fraude ni à l'intrigue. Au lieu qn'ii en est tout autrement d'une ame basse et servile» qui trahit son devoir pour satisfaire sa passion. Si cet homme prospère dans sies entreprises » au milieu de sa prospérité» et jusque dans le plus agréable sentiment de ce bonheur humain dont il jouit , il y a toujours un ver de la conscience qui lé ronge mJalgré lui , et un secret remords qui lui reproche sa mauvaise foi et ses honteuses menées. Mais c'est encore bien pis si ses desseins échouent , puisqu'il a tout à la fois le désespoir » et de se voir privé du fruit de ses fourberies , et d'en porter le crime dans le cœur , et d'en être responsable à la justice du ciel , quand même il peut échapper à la justice des hommes.

IlL Son honneur par rapport au monde. Car s'il est de l'humilité chrétienne de fuir l'éclat , et de ne rechercher jamais l'estime des hommes par nn sentiment d'orgueil et par une vaine ostentation , le chrisUanisme » après tout » ne condamne point un soin raisonnable de notre réputation , sur ce qui regarde l'intégrité et la droiture dans la conduite. Or ce qui nous fait cette bonne réputation qu'il nous est permis jusqu'à un certain point de ménager, c'est d'être régulier dans l'observation de nos devoirs. Le monde est bien corrompu ; il est plein de gens sans foi , sans religion » sans raison , et pour m'exprimer en des termes plus exprès , je veux dire que le monde est rempli de fourbes , d'impies , de scélérats ; mais du reste * j'ose avancer qu'il n'y a personne dans le monde , ou presque personne , si dépourvu de sens ni si perdu de vie et de mœurs , qui n'estime au fond de Tamé et ne respecte un homme qu'il sait être fidèle à son devoir , inflexible à l'égard de son devoir, dirigé en tout et déterminé par son devoir. Ce caractère , malgré qu'on en ait , imprime de la vénération , et l'on ne peut se défendre de l'honorer.

Ce n'est pas néanmoins qu'on ne s'âève quelquefois contre cette régularité et cette exactitude , quand die nous est contraire et qu'elle s'oppose à nos prétentions et k nos vues. U y a des conjonctures où Pon vondroit que cet homme ne f ftt point si rigide observateur des rè- {^ qui lui sont prescrites , et qu'en notre fsveur il relâchât quelque chose de ce devoir si austère dont il refose de se départir. On se plamt» on murmure , on s'emporte , on raille , on traite de superstition ou d'obstination une telle sévérité ; mais on a bea(u parler et déclamer , tous les gens sages sont édifiés de cette résolution ferme et courageuse. On en est édifié soi-même après que le feu de la passion s'est

SAINTS DBSmS D'ini£ VK PARFAITEw 96»

raleoti , et que Y<m est reremi do tronUe et de féiDotion ob l'on étoit. Voilà un honnéie homme » ditK>n ; voilà an |dos homme de bien que moi. On prend confianee en lui , on compte sur sa yei:tu, et c'est là ce qui accrédite la piété, parceqne c'est là ce qui en fisît h vérité et la sainteté. Au contraire , si c'étoit un homme capable de mollir quelquefois sur Partide du dcToir , et qu'il fût susceptiUe de certains égards au préjudice d'une fidélité inviolable » pour peu qu'on vint à s'en apercevoir, son crédit tomberoit tont-à-coup , et l'on perdroit infiniment de l'estime qu'on avoit conçue de lui. En vain dans ses paroles tiendroit-il les discours les (dus édifiants , en nia dans la pratique s'emjdoieroit-il aux exerdees de la pins haute perfection, on n'éoouteroit rien de tous ses discours, et toutes ses vertus deviendroient suspectes. 11 feroit des miracles , qu'on mépriseroit Clément et ses mirades et sa personne ; car on rerôndroit toujours à ce devoir dont il se seroit écarté , et on jugermt par-là de tout le reste.

Ce qu'il y a encore de plus remarqnaUe, c'est qu'il ne faut souvent qu'une omission ou qu'une transgression lissez légère en matière de devoir, pour décréditer ainsi un homipe , quelque profession de vertu qu'il fiîsse et quelque témoignage qu'il en donne. Le monde est là« dessus d'une délicatesse extrême , et lé monde même le plus libertin; tant la persuasion e^t générale et le sentiment unanime , que I9 base sur quoi doit porter une vraie dévotion , c'est l'attachement à son devoir. Je ne veux pas dire que toi|te la piété consiste en cela , mais je dis qu'il ne peut y avoir de vraie fi&é sans cela , et que cela manquaul , nous ne pouvons plus faire aucun fond sur notre prétendue dévotion. Poissent bien comprendre cette maxime certaines âmes dé* votes, ou réputées telles I Elles sont si curieuses de pratiques et de méthodes extraordinaires ! Et je ne blâme ni leurs méthodes , ni leurs pratiques ; mais lat grande pratique , la première et la grande méthode , est celle que je viens de leur tracer.

SAIRTS DISIBS d'cVE AMB QUI ASHRB A UlfK VIfe PLUS PARFAITB, BT QVt VBUT s'AVANCBR ]>AI«8 I<BS VOIBS DB LA PlferÉ.

Quand serai-je à vous, Seigneur, comme j'y puis être, comme j'y dois être , comme il m'importe souverainement d'y être, puisque c'est de là que dépend mon vrai bonheur en ce monde , et sur oda que sont fondées toutes mes espérances dans l'éternité ?

U est vrai, mon Dieu, par votre miséricorde, que je tâche à me conserver dans votre grâce. J'ai horreur de certains vices qui perdent tant d'ames, et qui pourroient m'éloigner de vous. Je respecte votre loi, et j'en observe, à ce qu'il me semble , les points essentiels , ou je les veux observer. Que toute la gloire vous en soit rendue , car c'est à vous seul qu'elle appartient; et si je ne vis pas dans les mêmes dérèglements et les mêmes dàordres qu'une infinité d'autres, c'est ce que je dois compter parmi vos bienfaits , sans me rattribuer à moi-même.

170 UnTS BBSIItS lyUNB f t£ PARVkttÈ.

Mais, mon Dien, d'«o àtmmrèr Ht» de boraer là tonte ma fidAté, de m'abilenir précisément de ces cravres erimitfélles dont I« seule raison et le seiil sentiment de la nature me font cemnoltre la dîflbr* mité et la honte i de n'avoir deVant vous d'antre médite que de ne me point élever contre tonSy qne de ne point Mmmettre d'offense capable de me séparer de vons» que de ne tous pcmit refuser im citité indi»-* pensablement reqiris, nî mie obâssanee abéotament nécessaire^ est-ce ^ tout ce que ?oua atteÉdea de moi? Est-ce M, dis-je, sonveréiti autenr de mon être, tout ce qne yfonê ates droit d'attendre d'une amé onîqnement créée pour tons aimer, poAr tous sertir et tous gTorl^ fier? Cet amour qui tons est dA par tant de titres, cet amour de totit le cœur, de tout Fesprit, de tontes les forces ; ce service, cette gloire, aaréduîaeni-ilB à si peu de chose?

QiÉ'ai«je donc à faire, Seigneur? Héiàs? je le teis sftsez; tons me lé donnez asse^ à enleddre dans le fond de mon cœur; Je me le dis zasfii à moi-même , et je me reproefae^assez fi-déssns à certains temps mon pen de résolutioif et ma foiblesse : carr ce ne sont pas les connol^ sauces qui me manquent, ni oMme les bons désirs, maiîs le courage et Fexécution. Quoi qu'il en soit , ce qif H y auroit ât faire pour moi , en leroit de me détacher pieiâement du monde, et de Étfattacher désormais k tous uniquement et inriotabtement ; ce seroît de me oonfoN mer à oëi aiftes fertentes qu'une Sainte ardeur porte à toutes les pratiques de piété que tous leur inspirez , et qui peuvent dans leur état lenr convenir ; ce seroît, en rçnonçatit aux vains amusements dii monde, de m'adonàer, selon ma condition et fai disposition de mes af^ foires, à debtfnnes œuvres, à la prière, à la considération de vos vérités éternelles, à la visite de vos autels , au fréquent ùsagè de Vos sacrements, an soin de vos pauvres, à tout ce qui s'appelle vie dévote et parfoite ; ce seh>!t de vaincre sur cela ma lâcheté et mes répugnances , de prendre une lïris sur cela mon parti, de me déterminer enfin sur cela k suivre Tattraitde votre dhin esprit, qui depuis ai ion^-temps me sollicite, mais à qui j'oppoae tonjoikra de nouvelles difficultés et de nouveaux retardements.

Hé quoi ! Seigneur, feut-il tant de délibérations pour se ranger am nombre de vos serviteurs les plus fidèles , et, si je l'ose dire, au nombre de vos amis? Tout ne m'y engàge-til pas ? N'étes-tons pas mon Dieuy c'est-à-dire n'étes-vous pas le principe, le soutien, la fin dé mon être? ne m'êtes-vons pas tout en toutes choses? Que d'idées je me retrace en ce peu de paroles I plus je veux les pénétrer, et plus j*y découvre de sujets d'un dévouement entier et sans réserve.

Dien créateur et scrutateur des cœurs , voilà ce que je reconnoia intérieurement et en votre présence; mais pourquoi ne m'en déclarerois-je pas hautement et en la présence des hommes? pourquoi n'en ferois-je pas devant eux une profession ouverte? qu'ai-je à craindre dé leur part ? en voyant mon assiduité et ma forveur dans votre ser«

SAINTS ilÈSms t^CNË VtË fARFÀlTE. iii

tise» tiprts âvofr ëté tëmoms de mes dissipations et de ines mondàtSiiSt sis seront surpris de mon étrangement. On parlera de ma dévotion» ou en rira, on la censurera ; mais cette censure, ou tombera sur desdëfiiQts'réel», et je les eorrif^erai ; ou tombera sur des défauts imagfkiaires « et je la mépriserai; Du reste, f avancerai dans vos voies , je n'y affermirai ; et quoi qu'en pensent les botnmes, j*estimeral comme le plus grand de tous les biens d'y persévérer, d'y vivre et d'y mourii^. Oui, Seigneur, c'est mon bien et mot plus grand bien, mon bien par rapport à ravenîr, et mon bien même pour cette vie présente et nioftelle. Que ne Tal-je mieux connn jusqu'à présent, ce bien si précieux, ce vrai bien ! que n*ai-je su plus tôt Tapercevoir i travers les éVarmes trom^Meurs et les frivoles enchantements qui me fasciuoienît lèè yeux ! Tant que ce sera cet esprit de religion et de piété qui me conduira, quels avantages A'en dois-je pas attendre? il amordra le feû de mes passions^ il arrêtera mes vivacités et mes précipitations , il pnriflêra mes mes et mes intentioi^ , il réglera mes humeurs, il redressera mes caprices, il fixera mes inconstances : ca^ une vraie dévotiûà s'étend à tout cela, et de cette sorte elle me préservera même de mille mauvaises démarches, et de mibe écueilsdans le commerce du monde. Et en efFet, dans toutes mes résolutions et tontes mes actions, cet esprit religieux et pietix me servira de guide , de conseil ; il me fera toujours résoudre , toujours agir avec maturité , avec modéi^ation et retenue, avec droitnrede cœtnr, aveb réflexion et avec sagesse. Hais surtout dans mes afllictions, dans toutes mes traverseset tous les chagriné inséparables de la misère humaine, c'est ce même esprit qui sera ma ressource, mon appui, ma consolation. Il me fortifiera , à réveillera ma confiance, il me tiendra dans une humble soumission à vos ordres : et ces sentiments Calmeront toutes mes inquiétudes, et adoucirent toutes mes peines.

(Test ainsi, mon Dieu, que se vérifie l'oracle de votre apdtre; c'est ainsi que la piété est utile à tout. Mais que feis-je? en me dévouant i tous. Seigneur, ce n'est point moi que je dois envisager ; mais je ne dois avoir en vue que tous-même. Il me suffit de vous obéir et de TOUS plaire; il me suffit de glorifier autant que je le puis votre saint nom, de rendre hommage k votre suprême pouvoir , d'user de retouf envers vous et de reconnottre vos bontés infinies, de vous témoigner ma dépendance , mon zèle, mon amour. Voilà les motifs qui doivent /me toucher, et que je dois mè proposer. De tout le resté, je m'en remets anx soins paternels de votre providence , car elle ne me man- Juera pas : et m'a-t-elle manqué jusques à ce jour? m'a-t-elle manqua tus le cours même d'une vie tiède, négligente, d'une vie sans fruit et sans mérite, oit vous n'avez point cessé de m'appeler et de me représenter mes devoirs? Or il est temps de vous répondre, et ce seroit iine obstination bien indigné de résister encore à de si favorables |M«raaitès. Je me rends, Seigneur, je viens i vous , je me confie en

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TOtre secours tout puissant ; et oomoie c'est |Mur yous <pe je oouh meuce ou queîe veux commeucer Fouvrage de ma sanctificationy c'est par vous que je le consommerai.

Ah ! Seigneur^ si ce n'éloit par vous^ par quel autre le pourrois-je? Seroit-ce par moi-même, lorsque dans moi je ne trouve que desobûar des? Toute la nature en est alarmée, et y forme des oppositions au-dessus de mes forces, à moins qu'il ne vous plaisç de me seconder. IJoe vie plus réglée, plus retirée, plus appliquée aux exercices inté-, rieurs, et toute contraire à mes anciennes habitudes, trouble mes passions, étonne mon amour-propre, ébranle mou courage, et me remplit d'idées tristes et déplaisantes. Grand Dieu , levez-vous; prenez ma défense : prenez-la contre moi-même , quoique pour moi-même. C'est contre moi-même que vous la prendrez, en me défendant de ces ennemis domestiques qui sont nés avec moi et dans moi , et qui conspirent à me détourner de la sainte résolution que j'ai formée; mais ce sera en même temps pour moi-même, puisque ce sera pour le progrès de mon ame et pour mon salut.

miUSTIGE DU MONDE, DANS LE MÉPRIS QD'IL TAÏT DES PRATIQUES

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