ÂLUANGE DE LA PIÉTÉ ET DE LA GRANAEUR
ooDçoiH)!! ? S'ib en éboieùt instroilB , il fiiiidroît qu'ils fweBt ïàen insensibles pour n'en éirepas pénétrés jusque dsns le fond de Tsme.
Or la piété retrancbe tout cela, réforme tout cela, chan^^e tout cela. En faisant de la grandeur une grandeur chrâienDe, elle en fiiit me grandeur aimable et vénérable : comment? parcequ'elle en fait une grandeur modeste et humble qui , sans abandonner ses droits ni oublier ses prérogatives, du reste ne s'enorgueillit point, ne s'enfle point, ne se laisse point infiatuer d'elie-méme; qui n'oRense personne, ne choque personne, ne s'éloigne de personne; qui tout au contraire se rend al &ble à IVgard de tout le monde , prévenante , honnête , dooce, condescendante : parcequ'elle en fait une grandeur officieuse et eharithbla, qui se plaît à obliger ;* qui volontiers s'emptoîe pour les petits , pour les pauvres , pour les affligés ; qui compatit à leurs maux , et prend soin, autant qu'il lui est pMsible, de lei soulager; qui se ooiumuriique, se familiarise, ptfdonne aisément, récompense abondammeot, répand libéralement ses dons, et pensa plus ai quelque ■Nuière aux autres qu'à soi-même : parcequ'elle en lait.nne grandeur sage, dj*oiteet juste, vraie dans ses paroles, fidèle dans ses promesses , équitable daos ses jugements ; n-éoo«iant que la raison , et la suivant en tout sans nul égard ; prenant le parti de l'innocence , sontenttit Ja veuve et l'orphelin , rendant à chacun ce qui lui appartient, etaimant mieux, en bien des rencontres, se relâcher de certains intérêts et de oertainesprétentions , que de se mettre an hasard de foire tort à qui que ce soit, et de profiter de ses dépouilles x parcequ'elle en foit une grandeur réglée dans tonte sa conduite et irréprochable dans ses mœurs ; tellement adonnée aux devoirs de la religion , qu'elle ne manque a aucun devoir du monde ; ennemie du libertinage , aélée pour le bon ordre, oofluneoçant par s'y soumettre elie-même, et donnant l'exemple à ceux qu'elle y veut rédinreou qu'elle travaille i y maintenir.
Supposons un grand en de telles dispositions, et agissant de telle sorte en toutes cimsea : est*il un homme plus respecté? du moins eat^ 0 un hom^ plus respecuible? peutron se défendre de l'estimer, de l'admirer, deTaimer? Qu'il ait quelques ennemis séants, qu'il ait des conetirrents et des envieux » ses ennemis mêmes, ses envieux et ses concurrents seront forcés dans le cœur de lui rendre la justice qui bii est due. Quoi qu'il en seit et quoi qu^ls en pensent , tout lé public se déclarera en sa foveur ; et c'est à son égard que se vérifiera ce que le Saini-Esprit a dit en particulier d'un homme désintéressé : Quel cu cdui'ià? nùu$ le comblerons d'éloges; car sa vie tsî un perpitmel mtraeU ( £cc/., 51. )• Mais, dira*t-on , ne voil-on pas quelquefois de œs grandis que la piété rend importuns , difficiles, chagrins, bisacres, foronches, et par-là même insupportables etméprisables? Erreur. Je dis erreur : non pas que je ne convienne de toutes leurs biasrraries et de tous les travers où ik donnent ; mais erraur, «i l'oii.nttribue teoc
ÀLUAiNCE DE LA PIÉTÉ Et DS LA GRANDEUR, m
ethkUi piété* Gtr il hM biea dMaiguer ce qui Tien d'entHonéUM » et ce qui vient de la piété qu'ils professent. Une parfaite piéié, bien loin de nons poner à tous ces écarts , noos en garantit ou nous en relire : et Je là il iant conclure qoe le principe du mai , c'est quils n*oat encore qs'mie fûëië très défecinense. Autant qu'ils la perfectionneront, autant elle les perfectionneFS eax-ntees; et plus elle les perfectionnera en oorrigennt les défauts personnels qu'on leur repro* che, et leur fusant acquérir les vertus contraires, pins elle donnera de lustre à leur grandeur et les rendra reoommandsbies.
11. Comme la piété retère la grandeur, on peut dire aussi qoe la grandenr, par un heureux retour, sert infiniment à relever la piété, et cela en plus d'une manière : paroeque la grandeur met en crédit la piéié; parceqne la grandeur a jilttsde pouvoir ponr bannir le vice , et que, par la force ^ses exemples, elle en^^age plus de monde dans le parti de la piété; parceqne la grandeur, par Tédification qu'elle donne, détruit le plus poissant obstacle que la piété ait à combattre , qui est le respect humain ; parceqne hi grandeur fournit à la piété de plus importants sujets et des occasions plus éclatantes de s^exercer, et de si({naler sa religion et son zèle.
La grandeur met en crédit la piété ; et la raison est qu'étant pré* venus naturellement , coasme nous le sommes, d'un certain respect pour les grands , noos sommes parole natureyement portés à juger des choses selonqu'ib en jugent, surtout si cesont d'ailleurs de bonnes choses en elles-mêmes, on des choses au moias qui ne paroisiaent pas évidemment mauvaises. Ainsi , quand on voit pratiquer les exercices du christianisme à un grand ; quand on le voit pratiquer les sacre» mema, assister réguUèreawnt et dévotement an sacritice de raoïel, sanctiier les fdtes par son assiduité aux prières et aux offices ordi'» naires de l'Église, observer les abstinences, les jeûnes; écouter hi parole divine, ne. manquer à rien de tout ce qui concerne le culte de Dieu» on n'en a qoe plus d'estime pour ces mêmes ex«nrcices. On ne les compte plus seulement pour des pratiques du peuple et d'un petit nombre d'amas pieuses, mais on les regarde comme des devoirs conve* naÛes à tous les états et aux plus hauts rangs. Les paiens, selon le témoignagedésaiatCyprien,respectoient jusqu'aux vices mêmes de leurs prétendues divinités, et illenrsembioit que ces vices étoient consacrés dès que c'étoient les vices des dieux. De ià nous devons juger à cornbien plus forte raison la vertu reçoit des grands un éclat particulier, et quel prix dans lopinion commune y ajonte leur grandeur.
Dec6 premier avantage il en suit un autre : c'est que l'exemple des grands ayant amant d'efficace qn*il en a pour toucher les cœurs et poar ks engager, il est par-là même d'un secours infini à hi piété pour s'établir et pour se répsîîadre* Ce sont des aaodèlés sur lesquels on se forsae beaucoup ptas voiontiera que sur le reste des hommes. Ce sont lies lumières» suivant la figure de l'Évangile , et des lumières , non
m ALLlAlieS m la piété et DB la BftÀNINieit.
ffii^t cacikf€i sêÊU k Mnêo»^ rat» plaeéet mr le cktmdMet:, dont les rayons éêlfùrftu to^ ta nwmn (Matth.) S), et dobt la ftpie&dèor frappe vivèmeal les yeiiau L'édificaUoa que donne an panlcattèr «u l-pnfermëe^ dans ua petit lUNDbre de personnea ^ni h tbieiit» et i|fii açDt léffloips de ae9 9çûod3. Mais il n'ien est paa de Brtiw» d^Oft ^riad * plus U est ëlevëy plus il est connu et reaDarqiié i d'eu il arrf«% que b bpnne odeur de sa pieté s'étend bien pllis loin , et que aa fié etei»* plaiire 4ev^t bien.pbii.édîfianie. Édification anssi tfftàca qiièUeflk générale: car leses^iM^BS d'un blNiune au-dessfts denouésoilMltlrë 99US les tijU^ le^ plus convainisants.et les plos presaania i«pÉ^èciiia , quaça nous refusons ae (aire ce qu'il fsit» et que nbm ne ^oolelU pai tçnir ia m^kna conduit^ que lui , ni nous asanjeuir wk mè^ea obsè^yaoçes. Notre cœur nçus applique ànouottéase^ ce léanofuiiago; H fe tourne à noire confusion. Toosles prétextesdont nos psssions tâdient dose prévaloir s'évanouissent, parceqli'on se trouve fiiroé de reeoii>^ qotire que ce ne sont en effet que des prétexies et que dé finisses eK«cttses. 0a est intérieurement exdté, sollicité, attiré; etplusieuraenihi duiyeni Tattrait dont ils ressentent l'impression. Yoiii eommeiit dans une ville , dans une cour, il né tiendrait souvent qa^à quelqAei per^ sennes distinguées par leur naissance et par leurs digntoéè de bsftiiiir des abus, des coutume , des modes » des seandaks , mille désordres qui ruinent Ipute la piétés et qui.déahMorent la religioo. Si leur exemple n'y sufBsoit pas, ito y empioieroieni le jfMmvoîr qu'ils ont en nmPf et, le mettant en couvre i propos, selon les besoins et les ren* contres, ils sauroient bien réprianer la licence, et inanitenit l'imnneor de Dieu et de son sà*vioe.
De tout ceci, par iioe conséquence naturelle, qu'4trriveroit-il encore en faveur de k piété ? c'est qu'elle prendrait l'asetendant sur I'mnemi le plus dangereux qui l'attaque et qui s'oppose à ses f^rogrès , fe veux dire sur le respect bumain.CaT il n*y amoit plus deJiomé à^tM selon les maximes de l'Evangile et selon les r^glesde la foi, si les glands se déclaroient hauiemeot pour la piété. Las mondains ot fea libertins auroient beau parler et railler, ost exemple, saos de hmga raisonnements, seroit une réponse courte, ot toujours préseaieà toèiea leurs railleries et à tous leurs discours. S'il y avoit mémealeipa quelquo cbose à craindrot ce n'est pas que le respect du moude peHreni et corrompu nous arrêtât, mais c'est qu'une àuure s^e de respect hd« maju tout contraire, et que la seule envie de plaire k un fpMA M nous portai à une piété hypocrite, et ne noua ffc àfifeèier de faux de* bors. Tant il est certain que tout cède à l'exemplo des grands, et tant ils sont coupables quand ils no font paa aervir Tempiro qu'ils oui sur les esprits à confondre le libertinage, eti mettre la piété eu ëmt d'agiir ouvertement et de aa montrer avec assurance.
£nfio , ,par une dernière puérogatiyeot on privilège qui M eét pvo» pre, c'e»t ta graodeur quifouriiità bi pîélë plus d'oeceeions et de
P£NfiÉE8 DlVBKStft SOU LA DÉVdtti)». m
mjtm tf entreprendre de grttidee choies, et de leà etëèiiter fiônr fek gkJre de Dieu, pour le bîea do prochain et poitr ràTancenent dé té religion. Car plus un homme est ékyé selon le monde, plh^ il)[)éQt s'employer utilement selon Dieu^ et fiiirè de bonnes œnvre^ Vàt exemple, ^ue ne peut point Caire on seigneui* dans tontes ses mres ? Que ne peut point faire un chef de jusdcQ dans fotli sod l^éssor I ; oik un commandant dans toute une province? Que ne peut point faire un rpi dan^ Mule retendue de ses états? Comment s^nt Louiji jUt-il de ^ beaui ëtablis^eipents « portt-t-il des Ms ai saluiairei; doiiiiii4-tI jK 1^ s^intfk édits,. forma-t-il des arteées et les cond«féit'4l œifre lés éik<I ngniis de la foi ?, Ost que dans sa i^ersonné lé piété se trounMt §ôû* vàfp» de U grandeur. S*il eiH, été moins puissant» et qu'il se fttt trouvé réduit k une oon^jitiop niédiocre» il n'eût pu d^os la pratique et dihi les ef fel^, porter si loin sa charité » sud aèle » ^a détachement ; êdé équité iaviolablci sa génécositié toulecbrétianne» sa patience, son Mut oûliië, bien d'autres yertus. Heureux, d'avoir s« da^ssa gtandeui% et par aa grandeur même, s'élever à un si haut point de sainieté! . Voilà par proportion quel seroit.le bonhenr de tons fes grands; s*lD fiayaieui iMer comme ils le doivent de leur grai|deur* Nais leur malheur est de njs yoplpir être grands que pomr laor élévadon témporielie ; et (|§ se per^ailer presque qpie hi grandeur est un titre qui les affranchft des lois 4.H christi anissoe. La louange que donna TÉerilure à un grand» p f;st d'41^0»* p^ faire l^ nia^cl 4e ne l'ofoir pat fait { Ecct^ 31 ) : iha&; p^r une règle à peu prè^i seoililable» os qiu> condamne la plupart deè grands, et ce qui leur sera reproché au jngemeift de Dieu , c'est d'avoir pu faire le bien, et le plus grand bien, et d*avoîr omis de lé Taire.
PENSÉES DIVERSES SUE LA DÉVOTIOSt.
Pourquoi hi vraie.dëvotion est^elM si pfm cùûttûè ; et t>ofari}nidi; iù contraire, oonnoti-on si bien fa busse? Cest que b vraie dévbiloh se cache, parcsqu'eHe est hnnd>le; au lieu (tué fil ftûs^ HTihe & se moilirer et à se distmguer. Je ne dis pas qu'elle éilhe k se niopt^e^ ii à se fimre connoltre comme fiaosse ; bien loin dé cefii ; elle prend tous lès dehors de la vraie: mais eHe a beai| itore, (ïIus dlb se ihontre, plus 6)k €û découvre lé busseté. Voilh d'où vient que te ihoÉide juge communéineni très mal de la dévotion ; car il n'en juge que par ct ux qhi éh ont réclat, qui en ont le nom, la réputation : or ce n'est pas touipurs par ceux'*là t^u'on en peut former un jugement fisivorabie et a^ntagaoi* Vmr «Mtre 1j dévdiJoh eu orédH, il bttdt^ii <}ue la Fans^'ë dravurât dans les ténèbres*, et qu^ lé Vfâle, per<liiit le voile de son hmnilité, pmrût au ^raid fomt.
S* les lîbertbia fMmvoieiit être tâtdoins de ce qui iè passe en cërtaioea amea soKéeuaaa^ ehrétieinea et frieusl» ; s% vôyoieni là di*oitive de leurs inieMiens, la pvretë île leurs sentMaents , h délicatesse
m PENSÉES DIVERSES SUR LA DÉVOTIOir.
de leor oonsdîenoers'fls savoient quelle est leur cberitë, lèar binni^ lité, leor patience^ lear mortificâtkm, leor dëstnléressemeDt» ib au* roirn^ peine à le çosipreQdre : ib en seroieni étonnés, touchés, charmë»; et , bien loin de 8*altacher, coaime ils- font, à tourner la piété en rkli<fule, ib en respecteraient même jusque dans la ftosae les apparencesy de peur de se tromper dans la vraie.
Nous cherchons en tout le plabir, et nous le Tonlons trouver jusque dans le service de Dieu et dans la piété. Ce sentiment , dit saint Ghrysoupme, est bien indigne d'un chrétien : mais, tout indigne qn'il est^JDliea, par une admirable condfscendance, n'a point refusé de s'aceommoder à notre foiblesse, et c'est ce qiie nous montre rexemple des Saints. Dès cette vie, quelles douceurs, quelles délices intérienres les Saints n'ont-ib pas goftiées? Peut-être ne les concevons-nous pas, parosque nous ne nous sommes jamais mis en ét:it de les goûter comme eux ; mais les fréquentes épreuves qu'ils en ont faites, et que nous ne pouvons désavouer, sont sur cela des témoignages irréprochables et convaincants. Pendant que les réprouvés dans Tenfer, ainsi que TÉeriture nous rapprend, protestent et protèMeront éternellement qvCiU $e sont UaUi dam le ehemim de i'iniqviié (5ap., S); pendant que tant de oiomlains sur la terre nons assurent encore tous les jours , et nous preanent à témoin qu'il n'y a pour eux dans le monde qu'amertume, que trouble et affliction d'esprit, que nous ont dît au contraire mille fob les serviteurs de Dieu ? que nous disent*ib sans cesse de leur état ? ils n'ont tous là-dessus qu'uuevoixcommune et qu'un même tangage, pour nous faire entendre qu'ils ont trouvé dans Dieu une source inépuisable de cQnsobtioos, et des consolations les plus sensibles : que Dieu leur tient lieu de toutes choses, et qu'un moment qu'ils passent auprès de lui leur est incomparablement plus doux que des années entières au milieu de tous les diveriissem^ts et de toutes les joies apparentes du monde, Yeulent-ib nous tromper? mab quel intérêt les y porteroit ? Se tiompeni-ib eux-mêmes? maison ne se trompe pasaiaément suroe qu'on sent. Pourquoi donc nousobstinonsHDoasà neiesenpaacroire? ou si nous les croyons, pourquoi pous obatioont^noas à vonknr être malheureux avec le monde, plutôt que de cbercbeir en Dieo notre vé« ritable bonheur ?
Dès que les j[pife commencèrent à manger des frnits de cette terré abondante où ils eatrèrent.eQ sortant du désert, la manne qui les «voit jusque là nourris ne tomba pins du ciel ; et tant qa une ame est attachée aux plaisirs des sens et aux douceurs de la vie piésente, en vain espère-t-e.le goAter jamais les douceurs et les consola' ions divines. C*ei»t une nécessité de renoncer à l'nn oa à l'autre. Voulons-nous que Dieu oouQ soit comme une manne où nous tronvioni tontes aortes d^ goûts , il faut que le monde nous aoit comme m désert.
Trois oa qoitre oommtDions par semaiBe, et pas un point retranché ni de son extrême délicatesse et de Tamoar de soi-même , ni de son intérêt propre, de son aigreur ou de sa hauteur d*esprit ;.deux heures d'oraison par jour, et pas un moment de réflexion sur ses défauts les plus grossiers; enfin, beaucoup d'œuvres saintes et defure dévotion , mais en même temps une négligence affiieuse de millearticlés essentiels , on par rapport à la religion et à la soumission qu'elle demande, ou par rapport à la justice et aux obligations qu'elle impose, ou par rapport à la charité et a ses devoirs les plus indispensables : voilà ce que je ne puis approuver, et ce que jamais nul homme comme moi n'approuvera. Mais les prières, les oraisons, les fréquentes communions ne sont-elles pas bonnes? Oui » sans doute, elles le sont ; et c'est justement ce qui nous condamne, qu'étant si bonnes en ellesmémes , elles ne nous rendent pas meilleurs.
Gardez toutes vos pratiques de dévotion, j'y consens, et je vous y exhorte même très fortement ; mais avant que d*être dévot, je veux que vous soyez chrétien. Du christianisme à la dévotion , c'est Tordre naturel; mais le renversement et Tabus le plus monstrueux, c'est la dévotion sans le christianisme. Pour en donner un- exemple : en matière d*inimitié, de vengeance, de médisance, si l'on n'y prend garde, on feit souvent par dévotion tout ce que les libertins et les plus mondains font par passion. Dans le cours d'une aflaire ou dans la chaleur d'une dispute, on décrie des personnes, on les comble d'outrages, on les calomnie , et Ion croit rendre par-là service à Dieu : si dans la suite il en vient quelque scrupule, on se contente, pour toute réparation , de dire dévotement : N'y pensons plus et n'en parlons plus ; Je mets tout cela aux pieds du crucifix. Hais il y faudroit penser, mais il en faudt oit parler , mais il y faudroit remédier ; et ce seroit là non. seulemodt la perfection , mais le fond du christianisme et la religion.
Vouloir accorder tout le luxe et tout le badinage du monde avec la dévotion, cela n'est pas sans exemple; mais c'est l'aveuglement le plus déplorable. Hé! ces parures peu modestes , ces manières si libres, ^ enjouées , si familières , les peut-on même accorder avec la repuuition ? «
Beaucoup de directeurs dès consciences, mais peu de personnes qni se laissent diriger. Ce n'est pas que toutes tes âmes dévotes, ou presque toutes, ne veuillent avoir un directeur, mais un directeur à leur mode, et qui les conduise selon leur sens : c'est-à-dire un directeur dont elles soient d'abord elli^s-mémes comme les directrices, touchant la manière dont il doit les diriger. Cela s'appelle, à bien parler, non pas vouloir être dirigé , mais vouloir par un directeur se diriger soi« même.
La dévolioq doit être prodente ^ et on peut bkû lai appliquer ce que saiot Paul a dit de la foi : Que votre êervice <oti raumnahtt (Ram.^ 12). Ce n'est donc point Tesprit de rÉvangile « que par une dévoiion outrée nous nous portions à des extrémités qui choquent le bon sens» ou à des singularités qui ne sont propres qu'à foire parler le monde. VLm le mal est que cette prudence» qui est un des caractères de la dévotion , n'est pas toujours le caractère des personnes dévotes. Elles ont, il est vrai, leurs directeurs; mais ces directeurs, elles ne les écoutent pas toujours» et je puis dire avec quelque connolssaace, que ce n'est pas pour ces directeurs use petiie peine de voir souvent qtt on leur attribue des imprudences auxquelles ils n'ont nulle part, et sur (quoi néanmoins ils ne peuvent guère se justifier, paroeqn'il ne leur est pas permis de s'expliquer.
Aller sanscessededirecteur en directenr,ettour-à-tonr vouloir tous les éprouver, c'est dans les uns inquiétude, et dans les antres curiosité. Quoi que ce soit, dans ces divers circuits on court beaucoup , mais on n'avance guère.
Ëts V ous de la morale étroite^ ou êtes vous de la morale relâchée? Bizarre question qu'on foit quelquefois è un directeur, avant que de s'engager sous sa conduite. Je dis question ridicule et bizarre, dans le sens qu'on entend commuliément la chose; car quand on demande à ce directeur s'il est de la morale étroite , on veut lui demander s'il est de ces directeurs sévères par profession , c'est-à-dire de ces directeurs déterminés à prendre toujours et en tout le parti le plus rigoureux , sans exaniiner si c'est le plus raisonnable et le plus conforme à l'esprit de l'Évangile, qui est la souveraine raison. Et quand au contraire on demande à ce même directeur s'il est de la morale relâchée» on prétend lui demander s'il est dn nombre de ces autres dh-ecteurs qu'on accuse d altérer la morale chrétienne , et d'en adoucir toute la rigueur par des tempéraments qui accommodent la nature corrompue, et qui flattent les sens et la cupidité. A de pareilles demandes que puis je répondre , sinon que je ne suis par état ni de Taoe ni de l'autre morale, ainsi qu'on les conçoit ; mais que je suis^de la monafe ^ de Jé&us-Ghrist, et que Jésus-Çbrist étant venu nous enseigner dans ' sa morale la vérité , je m'en tiens dans toutes mes décisions à ce que je juge dé plus \rai , de p'us juste , de plus convenable selon tes conjonctures, et selon les maximes de ce divin législateur? Tellement que je ne fais point une obligation indispensable de ce qui n'est qu'une perfection ; comme aussi , en ne faisant point un précepte de la pore perfection, j'exhorte du reste, autant qu'il m'est possible, de ne ie borner pas danft la prauque à la simp'e oUigation. Voilà ma monJe. Qu'on m'en enseigne une meilleure, et je la suivrai*
PRÉCEPTE DE LA PRIËRE. 39t
II y a dans saint Paul une expression bien forte. C'est au sujet de certainssÀjucteursquipréchoienilejudaîsme» et portoientles fidèles ù se faire circoncire. PourquoiveulenirUs quevouaoueti circoncis [GaL, 6) I disoit sur cela le g^and Apôire écrivant aux Galates ; cea afin i§ se glorifier dam votre chair. Comme s'il leur eût dit: Ce n'est pas le zèle de la loi de Mu'ise qui touche des gens-là , et qui les intéresse. Us s'en soucient fort peu, puisqn'eux- mêmes ils la violent en mille points. Que prétendeni-ils donc? Ils voûdroient pouvoir se vanier dJB vous avoir engagés dans leur parti : ils voûdroient pouvoir vous comp^ ter au nombre de leurs disciples ; ils voûdroient s'en faire honneur; et c'est pour cela qu'à quelque prix que ce soit, et quoi qu'il vous en puisse coûter y ils exigent*de vous que vous vous soumettiez à b circoncisioo. Voilà, selon le mâUre des Gentils, quel étoit l'esprit de ce'^ foux docteurs et de ces dévols de la Synagogue. Oh I qu'il est aisé de se faire dans lé monde la réputation d'homme sévère, et de la soutenôr aux dépens d'autrui !