‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 105 sur 225 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

C'est un caractère qui ne peut convenir qu'an Saint-Esprit, et qui le distingue essentiellement comme Saint-Esprit, de posséder en soi l'être divin , sans pouvoir le communiquer à nulle autre personne divine; d'être produit par le Père et par le Fils, et de ne pouvoir être le principe d'aucune autre semblable production; en un mot, d'être, tout Dieu qu'il est, stérile dans l'adorable Trinité, parce qu'il est le terme de la Trinité même. Stérilité, disent les théologiens, qui, bien loin d'être défectueuse, marque et suppose en lui la plénitude de toute perfection. Mais autant que la foi nous représente le Saint-Esprit stérile dans lui-même, et par rapport aux deux autres personnes dont il procède , autant nous le fait-elle concevoir agissant , fécond et plein d'efficace et de vertu, hors de luimême , et dans les sujets à qui il fait part de ses dons. Car, selon l'Écriture , c'est le Saint-Esprit qui est en nous le principe immédiat et substantiel de toutes les opérations de la grâce : c'est par le Saint- Esprit que nous sommes régénérés dans le baptême, NUi guis renatus fuerU ex aqua et Spiritu Sancio ' JoAN., S) ; c'est par le Saint-Esprit que nous som-

nies réconciliés dans la pénitence, ^«clpito Sj^rl^ tum Sanctum ; quorum remiseritU peccata , remlttufUur eU (Joan, dO); c'est par le Saint-£sprit que nous prions, ou plutôt, c'est lui-même qui prie en nous avec des gémissements inefifobles, Ip$e enimspiritus postulat pro nobis gemUibus inenoT" rabiUbus(Rom.j 8); c'est par le Saint-Esprit que la charités'est répandue dans nos coeurs : et comme, en qualité de Saint-Esprit, il est en lui-mâaae la cfaaritésubsistante, par qui le Père et le Fils s'aiment d'un amour mutuel et étemel; aussi, disent les Pères, est-il , dans le fond de nos âmes, la charité radicale par où nous aimons Dieu, et d'où procèdent tous les saints désirs que nous formons pour Dieu : Caritas Dei dUffusa est in cordêbus nosiris per Spiritum Sanctum, qui datus est nobis, {Rom , 5.) Or si jamais cette propriété de l'Esprit^Dieu nous a été sensiblement révélée , c'est^dcore dans le glorieux mystère de^çejourpt^ù nous voyons des hommae , j'-cotends les apdtres , auparavant Isibles, lâches, timides, embrasés tout à coup, par la vertu de cet Esprit divin, d'un zèle fervent, d'un zèle (ne perdez pas, s'il vous platt, ced) qui les fait parler d'abord et se déclarer, d'un zèle qui les détermine à tout entreprendre, d'un zèle qui les rend capables de tout soufÂrir pour le nom de Jésus-Christ : trois dispositions que le Saint-Esprit opère en eux par sa présence, et qui montrent bien qu'il est souverainement et par excellence l'esprit de force, ou pour mieux dire, la force même. Encore, un moment d'attention , et je fiais. . •

A peine les apôtres onMls reçu le SaintpEsprit, qu'ils commencent à parler et à se déclarer : RepleU sunt Spiritu Sancto, et cœperunt loqui ( Jet., 2 ) ; voilà le premier effet de leur zèle. Mais pour qui se déclarent-ils, et pour qui parlent-ils? Pour Jésus- Christ, dont ils se considèrent désormais comme les ambassadeurs, comme les hérauts, comme les témoins fidèles. Honteux de n'avoir osé jusque-là lui rendre le témoignage qu'ils lui devaient, oonfus de n'avoir pas eu le courage de prendre sa cause en main, et de soutenir ses intérêts; indignés contre eux-mêmes de l'avoir déshonoré par une désertion et une fuite pleines de faiblesse, et résolus de réparer ce scandale par la ferveur de leur confession et aux dépens de leur vie, que font-ils? Animés du nouvel esprit qui vient de descendre sur eux et de les fortifier, ils sortent du cénacle où ils s'étaient tenus cachés; ils paraissent dans les places publiques, ils entrent dans les synagogues , ils se produisent devant les tribunaux ; et là , au-dessus de tous les respects humains, ils protestent que cet homme cruciûé, et mis, par l'injustice de Pilate, au rang des criminels, est le Messie : que ce Jésus de Tid' zareth est Point du Seigneur, et que Dieu ^.^^tetfsom de le glorifier par des prodiges ouHMH^àssent toute

POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE

la Tertu de lliomme; que ce juste, livré à la mort, est le souveraÎD auteur de la vie, et qu*il Fa bien fait voir eo se ressuscitaiit lui-même, qu'ils en sont les témoins oculaires et irr^ochables , et qu'ils ne peuvent plus résister à la force de l'Esprit saint, qui s'est rendu maître de leur cœur, et qui parle par leur bouche. En vain prétend-on leur imposer silence : Dieu nous commande, répondent-ils, de publier ce que nous avons vu et entendu ; or il est juste d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. En vain les veut-on faire passer pour des insensés et pour des hommes pris de vin. Si c'est ivresse, reprend saint Pierre, d'accomplir les oracles des prophètes, pensez de nous ce qu'il vous plaira ; mais au moins savez-vous ce que Joël a prédit, que Dieu, dans les derniers temps, répandra son esprit sur toute diair. OreTest ce que nous vérifions actuellement en confessant Jésus-Christ; et bien loin de rougir de cette ivresse, nous nous en faisons une gloire. Qui s*explique de la sorte, chréUens? sont-ce des hommes pleins de zèle? Non, dit saint Chrysotôme, c'est le zèle même ; c'est le Saint-Esprit qui se sert de l'organe des hommes, pour faire connaître Jésus-Christ, pour justifier la sainteté de Jésus-Christ, pour établir la foi de ta divinité de Jésus-Christ, pour confirmer ses miracles, pour autoriser sa doctrine, pour fonder son Église et la' religion qu'il a apportée au monde. Car c'est cet Esprit, disait le Sauveur, qui me glorifiera par sa venue : JUe me clarificabii, (Joan., 16.) Ce n'est pas vous, lyoutait-il à ses disciples, qui parlerez pour moi ; votre témoignage, quoique vrai , n'aurait pas assez de poids : c'est l'Esprit de votre Père qui pariera en vous et par vous : Non itiim vos esUs qtd ioquimini , sed spiritus PcUris vestriqtdhgvUurinvobis. (Màtth., 10.)

H on-seulement le Saint-Esprit fait parier les apôtres en apôtres, mais, par le plus grand miracle qui fut jamais, il leur fait entreprendre et exécuter des choses tellement au-dessus des forces humaines, qu'on est obligé de s'écrier : Digitus Dei est Me ( ExocL, 8) : Cest le doigt de Dieu qui agit tcî. Écoutez-moi. Ce sont de pauvres pêcheurs, des hommes sans talent, sans crédit, sans nom, des hommes que l'on regarde comme le rebut du monde. Tanguant purgamenia ht^tis mundi ( 1. Cor,, 3), mais qui, possédés de cet Esprit, se proposent de changer et de réformer le monde. Qu'ont-ils pour venir à bout d'un tel dessein? quels trésors possèdent-ils? par quels conseils agissent-ils? de quelles armes usent-ils? point d'autres armes pour eux que la force de votre Esprit, ô mon Dieu! par qui ils triomphent de tout. Non , chrétiens , ce n'est ni par Tévidence des mystères qu'ils annoncent, puisque ce sont des mystères incompréhensibles ; ni par la douceur et le relâchement de la morale qu'ils prêchent , puisque c'est une morale qui combat tous

les sens; ni par les artifices et les charmes d'une éloquence étudiée,puisqu'ils n'ont jamaisfaitd'autre étude que celle de leur profession. Cependant tout se soumet à eux, ou plutôt à la loi qu'ils publient, les savants et les ignorants, les peuples les plus polis et les nations les (dus barbares , les princes et les sijyets, les grands et les petits. Elle passe par leur ministère, cette loi nouvelle, au delà des mers; elle pénètre jusque dans les lieux les plus inaccessibles; elles'établit dans les provinces, dans les royaumes, dans les empires; et jamais ces fameux conque, rants, que l'histoire profane a tant vantés, dont elle a tant exalté les faits héroïques, dont elle a voulu éterniser les noms par de si magnifiques éloges, avec toute leur puissance et tous leurs préparatifs, avec les plus florissantes armées , n'ont pu porter, je ne dis pas plus loin, mais même aussi loin leurs conquêtes. Ce n'est pas que les apôtres n'aient eu bien des persécutions, bien des contradictions à soutenir: mais, par un dernier efi^ de la force du Saint-Esprit, ys sont à l'épreuve de tout, ils méprisent les tourments et la mort, ils se glorifient dans les fers , ils embrassent leurs croix; souffrir et mourir pour Jésus-Christ, ce sont leursplus chères délices. Demeurons-en là, et n'entrons point dans un détail qui seraitinfini. Voilà, meschcôrs auditeurs, les excellentes et dirines opérations de l'Esprit de Dieu, non-seulement dans les premiers disciples du Sauveur, mais dans toutes les âmes justes ; et voilà par où nous apprendrons si c'est cet esprit qut nous anime, et s'il nous a communiqué cette force dont les apôtres furent tout à coup revêtus.

Car, pour réduire tout ceci à quelque chose de pratique, croire qu'on a reçu l'Esprit de Dieu, et n'oser se déclarer pour Dieu , et se taire quand il faudrait parier, et demeurer oisif quand il faudrait agir, et craindre de s'exposer ou de se commettre quand il faudrait se sacrifier; croire qu'on a reçu l'Esprit de Dieu, et ne rien faire pour Dieu, et être languissant dans le service de Dieu, et n'avoir nul zèle pour les intérêts de Dieu , et ne rien entreprendre pour la gloire de Dieu ; croire qu'on a reçu l'Esprit de Dieu, et ne se résoudre jamais à rien endurer pour Dieu, et trouver pour Dieu tout difficile et tout impossible, et ne vouloir pour Dieu ni se mortifier, ni se vaincre, ni se contraindre, ce serait une erreur grossière. Non, chrétiens, ne nons aveu* glons pas jusques à ce point. Le Saint-Esprit est essentiellement ferveur et amour. Or l'amour, dit saint Grégoire pape, opère de grandes choses partout où il est; et s'il n'opère rien, ce n'est plus amour : Magna operatur amor îibi est; si magna non operatur, amornonest. (Gaso.) Faisons-nous donc, autant qu'il nous convient, une sainte pratique de tout ce que pratiquèrent les apôtres. Si nous avons reçu le don de Dieu et le Saint-Esprit coihme

eux, commençons à parler comme eux, à agir comme eux; et quand la Providence l'ordonnera, soyons prêts à souffrir comme eux. En vrais disciples du Sauveur, pleins de son esprit, confessons hautement son nom, ne rougissons point de son Évangile, rendons-lui dans le monde des témoignages dignes de notre foi; expliquons-nous dans les occasions, n'ayons point, quand il est question de la cause de Dieu, de lâches compbîsances pour les hommes; ne donnons point cet avantage à Timpiété, qu'elle nous rende timides et muets; mais confondons-la par une sainte, quoique modeste, liberté. On dira que nous sommes imprudents; on a bien tenu des apôtres d'autres discours et plus injurieux , sans que leur zèle en ait été refroidi. Ne nous contentons pas de parler; travaillons pour Dieu avec courage; intérê!M(^)8•nous dans tout ce qui regarde son culte , sa religion; Bajoi , son Église. Dans l'étendue de notre pouvoir, à prdpoHion de nos talents, formons pour lui des desseins et des entnpriaM* Ne nous rebutons point des obstacles qu'il y aura à surmonter : l'Esprit de Dieu nous donnera des forces, et il nous fera vaincre le monde. Nous aurons des contradictions à essuyer, il faudra livrer des combats, peut-être nous en coûtera-t-U des persécutions : eh bien! nous nous ferons de tout cela, comme les apôtres, une consolation et un mérite. A quoi conndtra-t-on que nous avons reçu le Saint- Esprit, si ce n'est par notre constance à soutenir ces sortes d^épceuves ?

Adhuc loquetUe Pmv, e^cidiê Splritus Sanctus super omnes qui audkbani verdwn {j4ûU, 10) : Comme Pierre parlait encore, rapporte saint Luc, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient sa parole. Que ne puis-je, mes chers auditeurs , obtenir pour vous et pour moi le même miraclel Faites , Seigneur, que ce que je dis ne soit pas un simple souhait, donnez bénédiction à ma parole, ou plutôt à la vôtre; répandez sur toute cette assemblée la plénitude de votre Esprit. Et vous, ô Esprit de mon Dieu! principe de toutes les grâces , auteur de toi^te sainteté , venez nous éclairer et nous fortifier ; venez sanctifier cette maison qui vous est dévouée , et qui ne veut être gouvernée que par vous , parce que tout autre esprit que vous ne la tiendrait pas dans l'ordre qui y règne, et dans cette parfaite chàrHé qui y a toujours entretenu la paix de Dieu. Vous nous m«ttez ici devant les yeux un exemple aussi éclatant qu'édifiant, seul capable de nous convaincre du souverain empire que vous avez sur les esprits et sur les cœurs; une des plus grandes reines du monde, sanctifiée par la pratique de toutes les vertus chrétiennes, qui, dans l'élévation de son rang , a su conserver l'esprit d'une profonde humilité, d'une solide piété, d'une sainte et exacte régularité; une reine qui a tout sacrifié, et qui s'est

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