‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 117 sur 225 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Si le Fils de Dieu était intéressé à honorer sa chair, il ne Tétait pas moins à honorer son corps mystique, qui est l'Église. Nous ne faisons tous qu'un même corps avec Jésus-Christ , dit saint Paul : J^os estis corpus Christi, et metnbra de membro. (1. Cor,, 12.) Eo qualité de sauveur, Jésus-Christ est notre chef, et en qualité de justes , nous sommes ses membres; et comme il est de l'honneur des membres d'avoir ui^ ch^f cour^oiEmé de^lohre , aussi e^-il de l'honneur du chef de répandre sur ses membres toute la gloire dont ils sont capables. Or c'est ce que Jésus-Christ a fai^ dans l'institutionlde la divine eucharistie , que nou^ pouvons proprement encore appeler la fête de l'Église > ou la fête du corps mystique de Jésus-Çbrist, Festum corporis ChrisH; pourquoi cela? par^ quie ce mystère est celui dont

l'Église se tient plus honorée, et qui* la rend i^ta& glo rieuse devant Dieu.

Non , chrétiens , le Sauveur du monde , avec toute sa magnificence , ne pouvait rien faire de phis honorable pour son Église, ni de plus grand, que de lui laisser le sacrement de son corps : c'était hs comble de toute la gloire qu'il lui pouvsdt procurer; et l'on peut bien dire après cda que cetHomme-Dira avait pleinement accompli le dessein qu'il s'était formée d'avoir, comme l'apôtne, une Église illustre, écla^ tante> enrichie des plusP>eaux ornements du ciel : Ut exMberet ipse sibi gloriosam Ecciesiam , {Ephes. S) ; parce qu'en effet la possession du corps et du sang de Jésus-Christ donne à l'Église tous ces avantages et toutes ces qualités. Vous voulez savoir comment? Ah ! mes.ehers auditeurs, la riche matière à vos réflexions! Autrefois les Juifs se préfénient à toutes les nations du monde, et se glorifiaient d'avoir un Dieu qui ne dédaignait pas de demeurer au milieu d'eux etdemardier avec eux. Non, disait Moïse , il n'y a point de peuple qui ait des dieux si proches de soi, et par conséquent il.n'ya pointdo peuple sur la terreai honoré que nous : Nec est aUa natio tam grandis, quœ habeat deos appropinquantes sibL {Deut.y 4.) Mais de quelle manière Dieu demeuraiMl avec les Juifs? Par cette arche d'alliance d'où il rendait des oracles , et à laquelle il avaitattaché sa protection. Cette arche était-elle le vrai Dieu d'Israël? Elle n'en était que la figure, que le tabernacle : et cependant parce qu'elle était placée au milieu des douze tribus , qu'elle les accompagnait dans toutes leurs marches, et qu'ils la portaient dans leurs camps et dans leurs armées , ils se vantaient que leur Dieu les suivait partout, et que partout il leur était présent. Mais qu'est-ce que cela, chrétiens , si nous le comparons avec l'honneur que l'Église reçoit, et que nous recevons comme elle dans l'eucharistie? Un Dieu lui-même, dans sa propre substance et avec toute la plénitude de sa divinité, demeure corporeDement et réellement parmi nous; il réside dans nos temples, il vient jusque dans nos maisons, il se laisse non-seulement approcher, mais toucher, mais manger; et c'est bien à nous désormais de dire : Nec est alia natio tam grandis , qux habeat deos appropinquantes sibi. Ezéchiel nous parle d'une cité mystérieuse dont il décrit les richesses et la grandeur, et qui n'avait point d'autre nom que celui-ci, Cest le séjour de Dieu , et Dieu y est : J?/ nomenciviteUis, Dominus ibidem. (Ezbch., 48.) Mais cette citéne pouvait être que l'Eglise chrétienne, dont Dieureprésentait[déjà l'excellence à ce prophète; car quel nom plus propre peut-on donner à l'Église? Dominus ibidem : c'est là que Dieu ha* bite; c'est là que, par un engagement irrévocable , il s'est obligé de demeurer jusqu'à la oonsomiw

SUR LE TRÈS-SAINT SACREMENT

tion dés siècles , et par quel engagement? Par Fencharistie, qui le tient comme attaché à son Église, sans qu*il puisse jamais 8*en séparer : Et nomen civitatis, Dominus ibidem.

Cependant est-ce en cela seul que consiste tout Thonneur qui revient à TÉglise, de ce sacrement? Non , chrétiens , il y a quelque chose de plus important : écoutez-le. Être honoré de la présence d^un Dieu , cela est grand ; mais être honoré de ses entretiens , mais être honoré de sa familiarité la plus intime, c'est bien encore une autre gloire. Or, tel est Favantage de TÉglise dans le sacrement du corps de Jésus-Christ. Que fait Jésus-Christ dans ce mystère? demande Tabbé Rupert : Il y converse avec les hommes, il y visite les hommes, et il y est visité des hommes; il y écoute les plaintes des hommes , il y reçoit les requêtes que lui présentent les hommes , il y accorde les différends des hommes, il y instruit, il y console les hommes. Parce que les hommes sont les membres de son Église, c'est à son Église qu'il défère tout cet honneur. Sur quoi, mes frères, il me souvient d'une remarque qu'a ùite Guillaume de Paris, expliquant la prophétie de Daniel. Quand le roi de Babylone consulta les devins sur la vision qu'il avait eue , et qu'il les obligea de lui dire le songe qui l'avait occupé pendant son sommeil, ils lui répondirent qu'il n'y avait point d'homme mortel qui le pûl faire ; que cela n'appartenait qu'aux dieux , parce que les dieux n'avaient point de commerce avec les homn|es : Nec reperietur quisquam qui indicetiUum, exceptis diis , quorum non est cutn hùminibus conwersatU), (Dak ibl., 3.) Cette parole, dit l'Écriture, rirrita, et il reconnut que toute la sagesse des devins n'était qu'erreur et que mensonge : pourquoi ? Ah! répond Guillaume de Paris, il y eut en ceci du mystère. Ils présupposaient que les dieux du ciel ne s'abaissaient pas jusqu'à s'entretenir avec les hommes; et en cela ils firent paraître, sans y penser, leur ignorance, parce qu'il y avait un Dieu, le Dieu des chrétiens , qui devait honorer un jour les hommes de sa conversation , et qui mettrait là ses plus chères délices : DeHci» mex esse cumfi- Uis hominum. {Prov., 8.) Voilà, dis-je, la prérogative de l'Église de Jésus-Christ, de pouvoir traiter familièrement avec son Dieu; et par là, reprend saint Chrysostôme, nous avons en quelque sorte, sur la terre, le même avantage que les bienheureux dans le ciel ; car le bonheur du ciel est de posséder Dieu; et ne le possédons-nous pas tout entier dans la divine eucharistie? Jésus-Christ, ajoute saint Chrysostôme, se trouvait partagé entre l'Église triomphante et l'Église militante : elles disputaient à ^i aurait son corps adorable, et l'une et l'autre y prétendaient : mais ce nouveau Salomon a fait ce

que le premier, avec toute sa sagesse, ne put faire. Sans diviser son corps, il l'a donné à l'une et à l'autre : à l'Église triomphante , il l'a donné sans voile et à découvert; à la militante, il l'a donné sous les espèces de son sacrement.

Peut-on, chrétiens, enchérir sur ces pensées? Oui , on le peut ; et voici des avantages encore mille fois plus grands : et quoi? Souffrez que je les ramasse en abrégé, et que je vous en propose seulement ridée , capable de ravir d'admiration les anges et les hommes. Cest que le sacrement de Peucharistie est pour nous , et pour tous les fidèles qui le reçoivent, une extension continuelle et perpétuelle du mystère de l'incarnation. Ainsi parlent les Pères. Vous savez à quel point d'honneur fut élevée l'humanité de Jésus-Christ, dans ce bienheureux moment qui l'unit au Verbe divin. Or, je dis que Jésus-Christ, se donnant à nous par le sacrement de l'autel , a fait entrer tous les membres de son Église en communication de la même gloire , puisqu'il vient en nous • qu'il s'unit à nous, qu'il ne fait, pour ainsi dire, qu'un avec nous. Et c'est de là, selon la doctrine de saint Cyrille, fondée sur la parole du Fils de Dieu , que ce sacrement s'appelle communion : Qui manducat tneam camem, ei bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in eo. (JoAN., 6.) D'où il s'ensuit même encore que, dans une certaine propriété de termes, le Sauveur du monde est à tous moments comme incarné de nouveau entre les mains des prêtres qui sont ses ministres. O veneranda sacerdotwn dignitas, in quorum inanibus Filius Dei petpetuo incarnatur! ( ACGUST.) , s'écrie saint Augustin. O vénérable et sacré caractère des prêtres, puisque Jésus-Christ, puisque le Fils du Père étemel, puisque notre Dieu, qui ne s'est incarné qu'une fois dans le sein de Marie, s'incarne sans cesse dans leurs mains! Jugez, chrétiens , de cet honneur, par celui que Dieu fît à Marie, quand il la choisit pour sa mère. Nous rendons à cette vierge un culte singulier de rdigion , parce que c'est en elle que le Verbe s'est fait chair; et que devons-nous pensw des prêtres qui ont le pouvoir de le former dans leurs propres mains , de le produire par l'efficace de leur parole, de le faire reposer dans leur sein, non pas une fois, mais autant de fois qu'ils célèbrent les saints mystères?

Mais pourquoi entrer dans les secrets de la divine eucharistie, pour connaître les privilèges de gloire que rÉglise y trouve ? Arrêtons-nous à ce qui se présente d'abord dans ce mystère, à ce qui en fait toute la substance , à ce que nous voyons , à ce qui frappe nos sens ; car c'est là que Jésus-Christ , pour honorer son Église, la repaît de son corps ; lui donne son sang pour breuvage et sa chair pour alimest,

SUR LE TRÈS-SAINT SACREMENT

iTeft-à-dire la diair d'un Dieu , le saug d*un Dieu , )e corps d'un Dieu. Ah ! chrétiens, que dirons-nous après cela? Pouvons-nous jamais exprimer ce qui est au-dessus de toute expression, au-dessus de toutes nos pensées , et même de tous les souhaits de notre coeur? Être nourri de la chair d'un Dieu, c'était à l'Église, comme à la Ûlle de Sion, comme à réponse du roi de gloire, et particulièrement comme au corps mystique de Jésus-Christ, qu'un tel honneur était réservé; car il faut que l'épouse soit nourrie conformément à la grandeur de son époux , la fille par rapport à la noblesse de son père, et les membres du corps selon la dignité du dief. Or, pour l'épouse d'un Dieu, pour la fille d'un Dieu , poqr le corps mystique d'un Dieu , il n'y avait que la chair d'un Dieu qui pût être une viande sortable. Pour les Juifs , qui furent les esclaves de Dieu, c'était assez , dît saint Jérôme, de manger la manne , appelée dans l'Écriture le pain des anges; mais à nous que Dieu a ennoblis jusqu'à nous faire ses enfants d'adoption, mais à l'Église qui a été engendrée du sang de Jésus-Christ , le pain des anges ne suffît pas ; il faut le pain de Dieu , et c'est pour cela que Jésus-Christ nous le donne dans l'eucharistie.

De tout ce que j'ai dit, chrétiens, remportons deux sentiments, qui sont les conséquences naturelles de ce discours, l'un de respect et de vénération pour l'Église , et l'autre de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps. Respect et vénération pour l'Église, qui est le corps mystique de Jésus- Christ; car pouvons-nous l'honorer assez , après que Jésus-Christ lui-même l'a tant honorée? C'est par elle qu'il nous donne sa cliair et son sang; c'est à elle qu'il veut que nous en soyons redevables , puisqu'il l'en a faite la dépositaire : et si nous recevions ce sang et cette chair divine par d'autres mains que par les siennes , la chair et le sang de Jésus- C-irist non-seulement ne nous seraient plus salutaires , mais deviendraient pour nous le poison le plus mortel. U est vrai , c'est Marie, mère de Jésus , qui d'abord nous l'a donné , ce sacré corps : mais Marie, après tout , ne nous l'a donné qu'une fois, et l'Église nous le donne tous les jours; mais Marie nous l'a donné à tous en général , et .l'Église nous le donne à chacun en particulier; mais Marie nous l'a donné comme un Sauveur qui devait régner sur nous, et l'Église nous le donne comme une viande qui s'unit à nous. D'où il nous est toujours aisé de conclure ce que nous devons à cette épouse du fils de Dieu, avec quelle fidélité nous devons lui demeurer attachés, avec quelle ardeur nous devons défendre se intérêts, avec quelle docilité nous devons recevoir ses ordres , avec quelle piété et quelle sou- ^ mission nous devons les exécuter. Cependant, à quels combats et à quelles insultes ne s'est-elle pas

vue exposée , en nous faisant le don le plus précieux , et même parce qu'elle nous le faisait et nous le conservait? Car vous savez combien de fois les hérétiques sont entrés dans ses temples pour le lui arracher : vous savez quels excès ils y ont commis , comment ils ont souillé son sanctuaire, renversé set autels, brisé ses tabernacles, enlevé ses vases sacrés; comment ils ont porté leurs mains sacrO^t et parricides jusque sur ses enfants , jusque sur ses ministres , jusque sur son époux et son redoutable sacrement ; attentats dont le souvenir nous saisit encore d'horreur. Mais , chrétiens , ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que cette mère des fidèles, ainsi outragée par ses ennemis , reçoive de nous tous les jours les mêmes outrages ; et n'est-ce pas pour cela qu'elle peut bien dire, dans l'amertume de sa douleur : Fitios entUrivi, et exaltavi; ipsi autem spreverunt me! (Isaj., 1 .) J'ai formé des enfants, je les ai élevés dans mon sein , je les ai nourris du lait de la plus saine doctrine , je leur ai donné un aliment tout divin, et ils m'ont méprisée! Car, prenez garde, mes chers auditeurs, et du moins faisons-y quelque réflexion : les hérétiques l'ont méprisée en profanant ses temples, et par tant de scandaleuses irrévérences n'en sommes-nous pas les profanateurs? les hérétiques l'ont méprisée en souillant son sanctuaire, en renversant ses autels, en brisant ses tabernacles; et combien peut-être, dans ce même sanctuaire , à la face de ces mêmes autels , devant ces mêmes tabernacles , tout sanctifiés qu'ils sont par la présence réelle de Jésus-Christ, avez-vous formé de criminels desseins , et entretenu de honteuses passions ? les hérétiques l'on méprisée en se jouant de ses mystères , et en déshonorant son adorable sacrement; et n'esl>ce pas le déshonorer, ce même sacrement, que de le recevoir dans Fétat de votre péché ? n'est-ce pas vous jouw de ces divint mystères, que' d'y assister avec aussi peu d'attention , avec aussi peu de respect et de retenue qu'aux assemblées les plus mondaines ? Quand les hérétiques l'ont méprisée, c'étaient ses ennemis déclarés et ses persécuteurs; et dès là leurs mépris lui devenaient beaucoup moins sensibles : mais les nôtres la doivent toucher d'autant plus que nous sommes son troupeau , que nous sommes ses disciples , que nous sommes ses enfants : FUios enutrivî, et exaltavi; ipsi autem spreverunt me !

Je dis de plus , que nous devons remporter un sentiment de zèle pour l'innocence et la pureté de nos corps. Oui, mes chers auditeurs, tout méprisables d'ailleurs que nous pouvons être , nous devons, si je Pose dire, nous honorer nous-mêmes « puisque nous participons tous à cette glorieuse qualité de corps mystique du Rédempteur , et que c'est de nous comme de l'Église que saint Paul a dit :

SUR LA CONCEPTION DE LA VIERGE

F'os estis corpus ChrUti (1. Cor., 12 ) ; Vous êtes le corps de Jésus-Christ. Quelque vils que soieot nos corps par eux-mêmes , nous devons néanmoins avoir pour eux un certain respect que la foi de l'eucharistie nous doit inspirer , et que la piété doit entretenir : pourquoi? non plus seulement parce que nos corps sont les temples du Saint-Esprit, selon l'Écriture; cela dit beaucoup, mais cela ne dit pas encore assez : non plus seulement parce qu'ils sont les sanctuaires vivants où le corps de Jésus-Christ repose ; c^est encore trop peu : mais parce qu'en vertu de la communion , ils deviennent les membres de Jésus-Christ même , ainsi que Tapôtre nous l'enseigne : Nescitis quonîam corpora vestra membra surit ChrisUf (Ibid., 6.) Ne savez-vous pas, disait-il aux Corinthiens, que vos corps Bont les nombres de Jésus-Christ ; et par conséquent, que vous n'êtes plus maîtres d'en disposer, mais qu'ils appartiennent à Jésus-Christ, qu'ils sont aflectés à Jésus-Christ, qu'ils sont du corps de Jésus-Christ? £:^ tion estis vestri, (Ibid.) Ahl chrétiens , la grande vérité, et le grand motif pour conserver vos corps innocents et purs! voilà l'importante morale sur laquelle insistait continuellement saint Paul dans les instructions qu'il faisait aux chrétiens : il avait du zèle pour la sanctification de leurs âmes ; mais il avait encore un zèle spécial pour la sanctification de leurs corps , parce qu'il les considérait comme les membres de Jésus-Christ. Voilà sur quoi il s'expliquait dans les termes les plus énergiques et les plus forts. Quelle indignité , mes frères, et quelle horreur! ces membres de Jésus-Christ , les profaner , les souiller , les livrer aux sales désirs d'une prostituée! Plût au ciel, mon cher auditeur, que je n'eusse pas plus lieu que l'apôtre de vous faire le même reproche ! mais à quoi ne vous a pas porté la corruption du siècle , à quels débordements et à quelles profanations ! Je dis à quelles profanations : car ne vous croyez pas seulement profanateur du corps de Jésus-Christ , quand vous le recevez dans l'état de votre péché; mais vous l'êtes encore, comment? par ces voluptés brutales et ces plaisirs infâmes où TOUS plonge la passion, et qui déshonore le corps du Sauveur en déshonorant le vôtre. Tellement que je puis alors prononcer contre vous le même anathème que saint Paul a prononcé contre les chrétiens sacrilèges : Heus erit corporls et sanguinis Dominiy non dijudicans corpus Domini. (Ibid.^ 11.) Parce que vous n'avez pas fait dans vousmême le juste discernement qu'il fallait faire du corps du Seigneur, vous êtes coupable devant Dieu de ce corps et de ce sang précieux. N'attirons pas sur nous, mes chers auditeurs, ce terrible arrêt; ne renversons pas les favorables desseins de Jésus-

Christ. Honorons sur la terre, par la sainteté â» nos corps, la sainteté du corps de cet Homme-Dieo, afin d'avoir part à sa gloire dans le ciel , où nous conduise, etc.

SUR

LA CONCEPTION DE LA VIERGE

Jacob autem genuit Joteph vhrum Maria , de qua naittê est Jêtui , qiâ votaimr Chrittiu,

Jtoob fat ptoe de Joseph , Pépoux de Marie, de laquelle eit né Jéaat , qa*OD appeUe Christ SAnti Hattubv , chap. i.

SlR£, En peu de paroles, voilà Téloge le plus accompli de l'illustre Vierge dont nous célébrons aujourd'hui la fête : c'est celle de qui est né le Sauveur : De qua natus est Jésus. Voilà ce qui rend la conception de Marie non-seulement si glorieuse, mais si sainte; et sur quoi saint Augustin s'est fondé, quand il a dit que, pour l'honneur de Jésus-Christ , il exceptait toujours Marie lorsqu'il s'agissait du péché, et qu'il ne pouvait pas même soufi&ir qu'on mît en question si elle y avait été sujette : Excepta yirgine Maria, de qua^propter honorem Domini, nuUam prorsus, cuni de peccato agitur, haberi volo qusMtionem. (August.) La raison qu'il en apporte marque encore mieux sa pensée. Car nous savons, ajoute ce saint docteur, que cette Vierge incomparable a reçu d'autant plus de grâces pour triompher entièrement du péché, que c'est elle qui a mérité de concevoir et de porter dans ses chastes entrailles celui que la foi nous assure avoir été exempt de tout péché, et absolument incapable d'avoir rien de commun avec le péché : Inde enini scimusy quod ei tanto plus grcUiœ coUatum fuit ad vincendum omni ex parte peccaium, quia concipere et parère menât eum, quem constat nullum kabuisse peccatum. (Idem. ) Témoignage bien authentique en faveur de la sainte Vierge; règle sûre , que tout prédicateur de l'Évangile peut suivre encore aujourd'hui , puisqu'il y a tant de siècles que saint Augustin , le plus grand docteur de l'Église, se la prescrivait lui-même : Excepta Fir* gine Maria. Cest ce qui détermina les Pères du concile de Trente à déclarer que leur intention n'était pas de comprendre l'immaculée et bienheureuse mère de Dieu ( car ainsi l'appellent-ils ) dans le décret où il s'agissait du péché d'origine : Déclarât hœc sancta synodus, non esse intentionis suse, comprehendere in hoc decreto, M de peccato ori' ginali agitur, beatam et inunaculatam Dei geni" tricem. ( ConciL Trid.) Or, le saint concile n'ayant pas voulu la confondre avec le reste ùêê hommes

SUR LA COJNCËPÏION DE LA VIERGE

dans la loi générale du péché, quf serait assex téméraire pour Vy envelopper? Tel est aussi le motif pourquoi l'IÉ^lise, conduite par Tésprit de Dieu, a institué cette fête particulière sous le titre de la Conception de Marie. Elle prétend honorer la grâce privjl^iée et miraculeuse qui sanctifia la mère de- Dieu dès le moment qu^elle fut conçue; et c'est à moi , mes chers auditeurs , de contribuer à ce dessein de TÉglise, et de vous faire trouver dans ce mystère, tout stérile qu'il parait pour Fédification des mœurs, un fonds également avantageux, et pour la gloire de Marie, et pour notre propre utilité. Or c'est, comme vous l'allez voir, à quoi je me suis attaché. Mais il me faut , Vierge sainte , un secours puissant : il me faut des lumières pour m'éclairer, des grâces pour me soutenir, et c'est par vous que je les obtiendrai, en implorant auprès de Dieu votre intercession , et vous disant : ^ve, Maria,

J'entre dans mon sujet par, une pensée qui m'a paru digne de toutes vos réflexions, et à laquelle j'ai cru devoir m'arréter , parce qu'elle me fournit une ample matière d'instruction et de morale touchant le mystère que nous solennisons. Car je prétends que ce mystère, par la comparaison que nous devons faire , et qu'il nous donne lieu de faire entre Marie et nous, ou plutôt entre la conception de Marie et la nôtre , nous découvre aujourd'hui trois choses, en quoi consiste la science la plus solide et la plus salutaire de l'homme chrétien , qui est la connaissance de nous-mêmes : trois choses qu'il nous est surtout important de bien pénétrer, et que nous ne pouvons ignorer , sans ignorer le fond de notre religion : savoir , ce que nous sommes sans la grâce , ce que nous sommes par la grâce , et ce que nous devons à la grâce. Quand je dis la grâce , j'entends celle que les théologiens appellent grâce sanctifiante, et qui est en nous le plus précieux de tous les dons de Dieu, puisque c'est par elle que, de pécheurs, nous devenons justes, et d'ennemis de Dieu , en£ants de Dieu. J'entends cette grâce habituelle que Dieu répand dans nos âmes , et qui est l'effet ou du baptême , que je puis pour cela définir , après saint Jérôme , le sacrement de notre conception spirituelle et de notre régénération; ou de la pénitence , qui , nous tenant lieu d'un second baptême, est le sacrement de notre justification. Je prétends, djs-je , que le mystère de la conception de Marie , bien médité et bien approfondi, nous fait parfaitement connaître ces trois choses : ce qpe nous sommes sans la grâce , c'est-à-dire la corruption de. notre nature par le péché ; ce que nous sommes par la grâce, c'esi-à-dire l'excellence de notre sanctification par le baptême ; ce que nous devons à la grâce , c'est-à-dire la vigilance et le soin avec lesquels nous devons la conserver en nous

et l'honorer. Comprenez , s'il vous platt, mon dessein. Marie , par le privilège de sa conception, pleinement victorieuse du péché , nous fait connaître , par une règle toute contraire, l'état malheureux où nous a réduits le péché : ce sera la première partie. Marie , sanctifiée par la grâce de sa conception , nous fait connaître , avec toute la propor« tion qu'il peut y avoir, l'heureux état où nous sommes élevés par la grâce de notre adoption : ce sera la seconde partie. Marie, fidèle à la grâce de sa conception , nous fait connaître , par son exemple, l'obligation indispensable que nous avons de ménager et d'honorer la grâce en vertu de laquelle nous sommes devant Dieu tout ce que nous sommes : ce sera la dernière partie. Or , être instruit de tout cela , c'est avoir une connaissance entière et parfaite de nous-mêmes ; car c'est connaître tout à la fois, et notre véritable misère , et notre solide' bonheur, et notre plus important devoir : voilà ce que j'appelle Thomme , et , selon l'expression de la sagesse , tout l'homme : Hoc est enim omnis homo. {Eccles,, 12.) Notre véritable misère, pour en gémir devant Dieu dans l'esprit d'une sainte componction ; notre solide bonheur, pour en bénir Dieu , et lui en rendre grâce dans l'esprit d'une humble confiance ; et notre plus important devoir, pour l'accomplir en marchant dans la voie de Dieu, selon l'esprit et les règles de la prudence chrétienne : c'est tout le partage de ce discours, et ce qui demande une attention particulière.

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