‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 116 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

' n était juste que la diair de Jésus-Christ fût honorée, et que Jésus-Christ travaillât lui-même à lui faire rendre les hommages qui lui sont dus. Deux grandes raisons l'y obligeaient. Premièrement, l'honneur qu'il avait fait à cette chair de contracter une si étroite alliance avec elle, et de l'unir à sa personne divine dans l'incarnation; et secondement, les humiliations extrêmes à quoi iîi -avait réduite dans sa passion. Avez- vous jamais pris garde, chrétiens, à une belle parole de saint Jean , pour exprimer le grand mystère de l'incarnation du Verbe? Il ne dit pas que le Yerbe s'est fait homme , il ne dit

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pas qu'il s'est allié à une nature intelligente et spiris tuelle comme les anges, il ne dit pas qu'il a priune âme telle que la nôtre, mais il dit simplement que le Verbe s'est fait chair : Ei Ferbum çoro fa» ctmi est. (JoÀN., 1.) Eh quoi! reprend saint Augustin, la chair de l'homme est ce qu'il y a dans l'homme de plus imparfait; c'est en quoi l'homme est semblable aux bêtes : pourquoi donc rapporter à la chair seule cet étonnant mystère de l'union qui s'est faite entre l'homme et Dieu? Ahl répond ce saint docteur, c'est pour nous apprendre ce que Dieu a fait pour nous, ce qu'il -a voulu être pour nous, jusqu'à quel point il s'est anéanti pour nous ; puisque étant Dieu, il a bien daigné se faire chair. Il est vrai, chrétiens; mais c'est par là même aussi que le Saint-Esprit nous a fait comprendre ce qu'il était important que nous sussions , quelle est la dignité de la chair de Jésus-Christ, puisqu'en conséquence de oes divines paroles : Et ^erlmm caro faetwn est, on peut dire, selon tous les principes de la théologie et de la foi, que la chair de Jésus- Quîst a été la chair d'un Dieu, qu'elle a subsisté de la substance d'un Dieu , qu'elle a fait partie d'un tout, qui était Dieu; et que comme le Verbe, en s'incamant, est devenu diair. Et Ferbum caro factum est, ainsi la chair de l'homme par l'incarnation, est devenue la diair d'un Dieu. De là, concluons qirïl n'y a donc point de gloire, point de culte, qu'on ne doive à la diair de Jésus-Christ; et que Jésus- CtsnsX même, après une si noble alliance, n'en pouvait tarop Mte pour lionorer sa chair.

D'autant plus quil la réduisit dans sa passion aux dernières humiliations. Car c'est cette chair vénérable qui fut comblée pour nous d'ignominies et d'opprobres; c'est elle qui fut déchirée de fouets; c'est eUe qui fut profanée par les mains des bourreaux ; et, pour tout dire en un mot , c'est elle , si j'ose user ici de cette naanière de parler, qui fit tous les frais de notre rédemption. Ce ne fut point l'âme de Jésus-Christ qui servit de victime pour notre salut; ce fut son corps, ce fut sa chair virginale. Ce fut die qu'il immola sur l'autel de la croix ; elle était sainte, et il en fit un anathème et un sujet de malédiction ; elle était digne de tous les respects des hommes, et il permit qu'die fût exposée à toutes leurs insultes. Il fallait donc qu'il la récompensât et qu'il l'honorât autant qu'elle avait été humiliée, ou plutôt, autant qu'il Pavait lui-même humiliée. Or, c'est justement ce que Jésus-Christ a fait dans la dirine eucharistie; voilà la fin qu'il s'est proposée dans l'institution de ce mystère, et voilà aussi pourquoi nous célébrons aujourd'hui la fête de son corps. En effet, chrétiens, l'eucharistie seule fait plus d'honneur à la chair de Jésus-Christ que tous les autres mystères glorieux de cet Homme-Dieu; et quand il sortit du tombeau, la gloire qu'il commu-

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idqaa à son corps ne lot point comparable à celle qaMI lai avait donnée , et qa*il loi donne encore tout les jours dans son saint sacrement. Cette proposition TOUS paratt nouvelle; mais écoutez-moi, en Toici la démonstration. Tayoue, mes frères, que Jésus-Christ , sortant dn tombeau , donna à sa dnir d'admirablesqualités : impassibilité, subtilité, agilité, lumière et splendeur; mais après tout, ces qualités n*ont rien qui surpasse Tordre de la créature; au lieu qu'ici , c'est-à-dire dans Tadorable endiaristie, la chair dn Sauveur est élevée à un ordre tout divin , elle y prend un être, elle y acquiert des propriétés , elle y foit « que Dieu seul peut faire. Et quoi ? il faudrait un discours entier pour vous l'expliquer. Je m'arrête à ce qu'il y a de plus essentiel , et à ce qui doit le plus vous toucher. Je ne vous dis point que cette chair bienheur^ise possède une espèce d'immensité dans l'auguste sacrement de rautel, puisqu'il est certain qu*elle n^y est bornée par aucun espace , et qu'en vertu de ce mystère elle prat être tout à la fois dans tous les lieux du monde; quafité propre de Dieu. Je ne vous dis point qu'die y devient toute spirituelle, mais bien autrement que dans sa résurrection, puisque la chair de Jésus- Christ est dans l'hostie à la manière des esprits, toute en tout, et toute en chaque partie ; autre qualité miraculeuse. Je laisse ce qu'a remarqué l'abbé Rupert , qu'elle est comme éternelle et incorruptible dans ce sacrement, parce qu'elle y sera jusqu'à la consommation des siècles : ou plutôt, chrétiens, qu'elle y meurt tous les jours , nais d'une mort mille fois plus merveilleuse que l'immortalité même dont elle jouit dans le ciel, puisque c'est pour y renaître continuellement par les paroles de la consécration. Tout cela, autant d'effets de la toute-puissance divine pour honorer le corps du Sauveur.

Mais le grand miracle, et celui qui comprend tous les autres , et celui que Jésus-Christ nous a marqué plus expressément dans l'Évangile, et celui à quoi les hommes font moins de réflexion, et celui qui devait être plus médité, et celui que je trouve incontestablement le plus glorieux à la chair du Fils de Dieu, je l'ai dit, et il faut le développer davantage, c'est que la chair de Jésus-Christ, 'dans Teucharistie, est l'aliment de nos âmes. Quoiqu'elle ne soit qu'une substance terrestre et matérielle, elle a la vertu de vivifier nos esprits. Au lieu que naturellement c'est l'esprit qui doit vivifier la chair, ici c'est la chair qui , par un prodige bien surprenant, vivifie l'esprit, et qui le soutient, et qui l'anime, et qui lui sert de nourriture pour le conserver. Car prenez garde , je vous prie vC'est la réflexion de saint Ambroise; quand le Fils de Dieu parlait aux Juifs de ce sacrement, il ne leur disaitpas. Ego sum cibus. Je suis la viande; mais il leur disait : Caro mea vere est cibuê : Ma chair est la viande dont il faut que

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vous soyez spirituellement nourris. Ce n'est point l'âme, ce n'est point la divinité de Jésus-Christ qui 6it notre aliment spirituel dans l'eucharistie, c'est sa chair : Caro mea. Si la divinité et l'âme s'y trouvent, c'est, comme parle l'école, par concomitance : ce qui nous nourrit, et ce qui nous est directement donné en qualité de nourriture , c'est la chair de cet Homme-Dieu , dont notre âme est sustentée et fortifiée, et, pour me servir du mot de Tertullien, engraissée. Or, quel honneur pour une chair, que ce soit elle qui nous rende tout spirituds, elle qui nous communique la grâce, et qui nous fasse vivre de la vie de Dieu même! Oui, chrétiens, je le répète, ce miracle seul élève la chair du Sauveur du monde à un ordre naturel et divin : car il n'y a que la chair d'un Dieu qui puisse opérer de telles merveilles; et Dieu prenant une chair, ne pouvait plus l'honorer qu'en lui donnant la force et la vertu de les produire. Or, tout cela convient à la chair de Jésus- Christ dans l'eucharistie, et c'est ce que l'Église exprime en un mot, lorsqu'elle nous la présente par les mains des prêtres : Corpui Domini nostrt Jefu ChrUUeustoduUanimamtuaminvitam«lernamT Reçois, chrétien, nous dit-elle, reçois le corps de ton Seigneur et de ton Dieu. Et pourquoi ? afin qu'il conserve ton âme pour la vie étemelle. Voyez-vous , mes diers auditeurs, rinestimable prérogative du corpsdeJésus-ChristPDansl'ordredela nature, c'est à rame de conserver le corps : mais dans l'ordre de la grâce, c'est le corps de Jésus-Christ qui conserve notre âme ; et cet ordre, qui est nn ordre de grâce pour nous , est pour le corps de Jésus-Christ un ordre de gloire^ mais la gloire la plus éminente et la plus sublime.

Après cela, faut-il s'étonner que Dieu, par une conduite pleine de sagesse et par une disposition de sa Providence , nous ait proposé ce corps à adorer dans nos temples? A qui rendrons-nous plus justement le culte de radoi;§tion qu'à une chair qui est le principe de notre vie et de notre immortalité, et où l'adorerons-nous avec plus de raison que dans son sacrement, puisque c'est là que Dieu Ta rendue toute-puissante pour nous animer de la vie de la grâce, et nous vivifier selon l'eisprit ? Oui, mes frères, dit saint Ambroise, nous adorons encore aujourd'hui la chair de notre Rédempteur, et nous l'adorons dans les mystères qu'il a institués lui-même , et qui se célèbrent tous les jours sur nos autels. Voilà , chrétiens, des paroles bien pressantes contre not hérétiques, et qui de tous temps les ont jetés dans un étrange embarras. Cette chair de Jésus-Christ, continue saint Ambroise, a été formée de la terre aussi bien que la nôtre , et la terre est appelée dans l'Écriture l'escabeau des pieds de Dieu ; mais cet escabeau , considéré dans la personne du SauiMtf^ et dans le sacrement de sa chair, ç^-ffus vénérable

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que too8 les trônes des rois, et c'est pour cela que nous FadoroQS. Je ne savais pas , ajoute saint Augustin , ce que Dieu voulait dire par son prophète, quand il nous ordonne d'adorer Tescabeau de ses pieds, qui est la terre , Jdorate scabellum pedum eifu$(Pêalin. 57) ; et je ne comprenais pas comment celase pouvait ùire sans impiété : mais j'en ai trouvé le secret et le mystère dans le sacrement de Jésus- Christ. Car c'est ce que nous faisons tous les jours, Unrsque nous mangeons sa chair, et qu'avant que de la manger nous l'adorons, non-seulement sans superstition , mais avec tout le mérite de la foi , parce que cette diair, étant un aliment de salut, quoiqu'elle soit de terre et l'escabeau même des pieds de Dieu, il faut Tadorer : et bien loin que nous péchions en Tadorant, ce serait un crime de ne pas l'adorer : Et quîa Ulam carnem manJucandam nobis ad sa^ lutem dédit y nemo autem Ulam manducat niii prius adoraverit; sic inventmn est, quemadmoduni adoretur taie scabellum pedum Domini, ut nom solum non peccemus adorando, sed peccemus. non adorando. ( August. )

Cest pour cela, chrétiens , que l'Église a institué cette fête que nous solennisons sous le titre et à l'honneur du corps de Jésus-Christ. Elle a voulu se conformer aux sentiments et à l'exemple de Jésus- Christ même. Jésus-Christ a prétendu honorer sa chair dans Teucharistie ; et l'Église honore l'eucharistie pour honorer cette même chair. Vous me demandez sur quoi est fondée cette cérémonie de porter en pompe le corps du Fils de Dieu ? Sur les raisons les plus solides et les plus touchantes. Écoutez-les. On le porte, remarque un savant théologien, premièrement, en mémoire de ce qu'il se porta hii-méme, quand il distribua à ses apôtres sa chair et son sang. Car alors, dit sainte Augustin, il est évident qu'il portait son propre corps , et que ce que l'Écriture disait de David dans un sens figuré, savoir, qu'il se portait lui-même dans ses mains, s'accomplit à la lettre dans la personne du Sauveur : ce sont les termes exprès de saint Augustin. Mais que fit cet Homme-Dieu , quand il se porta ainsi lui-même? Il se fit comme un triomphe à soi-même; car il ne pouvait être plus honorablement porté que par soimême et dans ses propres mains. Or, c'est le mystère que l'Église nousreprésente aujourd'hui, faisant porter ce corps vénérable dans les mains des prêtres, qui sont comme les propres mains du Fils de Dieu. Mais pourquoi le porter hors du temple ? pourquoi dans les rues et dans les places publiques ? C'est , répond l'auteur que j'ai cité, en action de grâce de ce qu'il allait lui-même autrefois parcourant les villes et les bourgades , faisant le tour de la Judée et de la Galilée, et guérissant les malades partout où il pasadUCireuibaiomnescivitates etcoêtelki. (Màtth., 9.) Voilà pourquoi TÉgUse le fait encore porter par

BOt'RDALOVE. — T. O.

toute la chrétienté, espérant du reste qu1l opérera parmi nous les mêmes merveilles qu'il opérait parmi les Juifs. Car ne doutez pas, mes chers auditeurs, que ce Sauveur, passant aujourd'hui devant vos maisons, ne les ait sanctifiées par sa présence ; ne doutez pas qu'il n'ait répandu dans toutes les places publiques des bénédictions particulières, et qu'on n'ait pu dire de lui : Pertransiit benefaciendo (j4ct., 10); Il a passé, et il a laissé sur tout son passage des e& fets de sa libéralité. C'est ce que Dieu senàble avoir voulu nous marquer dans une des plus belles figures de l'Ancien Testament. L'Écriture dit que parce que Joseph avait pourvu de pain toute l'Egypte/ dans le temps de la stérilité et de la famine , le roi Pharaon le fit monter sur un char, et le fit conduire par toutes les provinces de son royaume , avec ordre à chacun de Tadorer et de se prosterner devant lui. Ainsi , parce que le Fils de Dieu nous a donné ce pain céleste qui est son corps , l'Église le fait paraître comme sur un trône et sous le dais : et dans cet état, elle le conduit dans tous les lieux du monde chrétien, ordonnant à tous les fidèles de fléchir le g^ou devant lui, et de lui présenter leurs respectf et leurs adorations. Il y a plus : elle le porte, ajoute le bienheureux évêque de Genève, pour lui faire une réparation authentique de tous les opprobres qu'il souffirit dans les rues de Jérusalem, lorsqu'il fut traîné de consistoire en consistoire , et de tribunal en tribunaL L'Église veut lui faire satisfaction de cette injure : et dans cette vue, elle le porte publiquement, et le fait suivre de tout le peuple, avec des acdamatiom et des chants d'allégresse. Enfin, pourquoi le porte* t-elle? Voici, chrétiens, la raison capitale. Elle le porte, dit le grand cardinal du Perron, pour lui faire honneur, mais un honneur solennel, détentes les victoires qu'il a remportées sur l'hérésie et sur l'infidélité , dans le sacrement de son corps. Ne perdez pas, s'il vous platt, cette remarque : nos hérétiques nous reprochent que ces processions sont des nouveautés, qui n'ont jamais été en usage dans les premiers siècles de l'Église; et nous leor répondons qu'il faut bien que ce soient des no«« veautés , puisqu'elles ne se font qu'en signe de leun nouvelles erreurs détruites et confondues par la vérité de l'eucharistie. On ne portait point de la sorte autrefois le corps du Fils de Dieu, parce qu'il n'y avait point eu encore d'erreurs dontil eât triomphé : mais depuis qu'il s'est élevé des hérésiarques pour le combattre, depuis qu'il y a eu des hommes conjurés contre sa présence réelle dans le sacrement, et que, par la force de sa parole, il les a foudroyés et terrassés , l'Église s'est crue obligée de lui en ordonner un triomphe. Telle est l'origine de ces processions. Ainsi parlait le savant prélat dont nous f* nous de rapporter la pensée.

Mais ajoutons un point qui doit encore plus

sua LE TRÈS-SAINT SACREMENT.

Tir à notre instnictioD : disons que , pmr ces pro* cessions , l'Église prétend réparer tant d'outrages qu'ont faits au Sauveur du monde , et que lui font sans cesse les mauvais chrétiens dans reiicharisti& Oui, mes chers auditeurs, c'est pour nous-mêmes que l'Église a établi cette fête en forme d'amende honorable; c'est pour toutes nos pro&nations; c'est pour tous nos sacrilèges; c'est pour toutes jios irrévérences devant les autels de Jésus-Christ et dans son sanctuaire ; c'est pour tousies scandales que nous y donnons, pour toutes les communions indignes de tant de pécheurs hypocrites , pour toutes les messes célébrées par des prêtres vicieux , pour toutes nos froideurs en approchant de la sainte table, pour toutes les négligences mêmes qu'y apportent les âmes justes; c'est pour les vôtres, chrétiens, et pour les miennes, depuis tant d'années que nous fréqueittons ce mystère d^amour ; c'est pour vous et pour moi que ces processions sont ordonnées^ afin que l'honneur qui y est rendu à la chair de notre Dieu , la dédommageen quelque sorte de toutes les insultes qu'elle a reçues jusqu'à présent de nous, et qu'elle en reçoit tous les jours. Permettez-moi de vous dire une chose qui doit vous confondre , et que vous ne pouvez pleurer trop amèrement. Que faisons-nous , quand nous manqucms de respect envers la sainte eucharistie ? Voici une pensée capable , ce me semble , de toucher les cœurs les plus insensibles : nous faisons que l'eucharistie, mstituée essentiellement pour honorer la chair du Sauveur, devient pour cette mêoie chair un mystère d'humiliation , un mystèrede confusion et de honte , un mystère d'ignominie. Pesez bien ce que je dis. Oui, la chair du Sauveur souffre mille fois plus de notre part dans l'eucharistie , qu'elle n'a jamais souffert des Juifs dans sa passion , car dans sa passion elle ne souffrit que pour un temps; mais ici elle est exposée à souffrir jusques à la fin des siècles : dans sa passion elle ne souffrait qu'autant que Jésus- Christ le voulait, et que parce qu'il le voulait; mais ici elle souffre, pour ainsi dire, par force et par violence; si elle souffrit dans sa passion, c'était dans l'état d'une nature passible et mortelle, mais

> ici elle souffre dans l'état même de l'impassibilité : ce qu'elle souffrit dans sa passion était glorieux à

* Dieu et salutaire aux hommes , mais ici ce qu'elle souffre est pernicieux aux hommes et injurieux à Dieu. Ah ! chrétiens, les puissants motifs pour réveiller et pour exciter toute votre religion à l'égard de ce grand mystère!

Quelle doit donc être l'occupation d'une âme chrétienne pendant les saints jours de cette octave? Ecoutez, mesdames; écoutez tous, mes frères: foici de quoi entretenir votre piété. L'occiipalâou d'une âme chrétienne, en ce saint temps, doit être iTentrer dans les sentiments de TÉglise et d'hono-

rer avec elle la chair du Rédempteur. Voilà à quoi elle doit s'employer. Qu'est-ce à dire honorer la chair du Rédempteur? Cest-à-dire lui rendre tout le culte qu'elle peut recevoir de nous dans le sacrement de l'autel ; imiter Madeleine> qui eut un z^ tout particulier pour cette sainte diaîr, l'arrosant de ses larmes , l'essuyant de ses cheveux , et répandant sur elle des parfums. Exercice, dit saint Thomas, dont le Fils de Dieu la loua, tout éloigné qu'il était des délices de la vie : pourquoi? Parce qu'il aimait à voir que sa chair fût honorée. De même, nous prosterner souvent en la présence de ce sacré corps, et là lui offrir mille sacrifices de louanges, mille adorations intérieures, raille hommages et mille actions de grâces^ lui dire quei^piefois, mais avec une foi vive, mais avec une dévotion ardente : Corps divin , corps bienheureux , vous avez été le prix de mon salut ; que ne dois-je donc pas faire pour vous glorifier? mais puisque vous vous êtes mis dans ce sacrement pour y recevoir le tribut de gloire qui vous appartient , comment y a-t-il des chrétiens assez impies pour venir 'vous y profaner? Du moins j'irai, moi, vous présenter mon encens ; et je voudrais y conduire avec moi tout ce qu'il y a d'hommes sur la terre. Tels sont, dis-je , les sentiments que nous devons prendre ; et parce que le corps de Jésus-Christ doit être aujourd'hui porté en cérémonie et avec appareil , notre devoir est de contribuer à cet appareil et à cette cérémonie dans toute l'étendue de notre pouvoir. Vous surtout, mesdames, si curieuses de mille superfluités qui ne servent qu'à votre luxe et à votre vanité, c'est là que vous les pouvez sanctifier, les consacrant au corps de Votre Dieu, les employant à enrichir les vases qui le contiennent, à embellir les tabernacles où il est renfermé , à parer les oratoires où il doit reposer. Vous êtes si soigneuses d'orner vos corps , vous usez pour cela de tant d'artifices , vous faites pour cela tant de dépenses , vous prenez pour cela tant de mesures et tant de soins : mais vos corps , ces corps infectés de la corruption du péché, ces corps sujets à la pourriture, et qui bientôt ne seront que potssière et cendre, vous doivent-ils être plus chers que le corps de Jésos- Christ ? Enfin, parce que le corps du Fils de Die» est enlevé hors de ses temples , et porté en triomphe, que fait l'âme chrétienne? Elle le suit dans ce triomphe, c'est-à-dire, elle l'accompagne dans ces processions , et lui fait escorte de sa propre personne. Et c'est , mes chers auditeurs , ce que l'Esprit de Dieu nous a divinement exprimé dans l'Épouse des Cantiques : ce passage convient admirablement à mon sujet, et l'application que j'en fais vous paraîtra bten naturelle. L'Épouse dit bien qu'elle a dierché sonbien-aimédansle lieu ordinaire où ila aQptfdtun^é de prendre son repos, mais qu'elle jiH^ pas trouvé :

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Çuxsivi quem diUgU anima mea, quœsivi iUum, et non inveni {Cant. , 2) ; que là dessus elle a pris la résolution de sortir, de faire le tour de la ville, d*aller dans les rues etdans les places chercher celui qu*elle aime : Surgam et circîdbo civUatem : per vicos et plateau guœram quem dUigii anima mea. ( Ibid. ) Elle ajoute que les gardes et les officiers de la ville Toot rencontrée, Invenerunt me vigiles qui custodbmt civUatem (Ibid. ) ; qu'elle leur a demandé s'ils n'avaient point vu son époux, et qu'immédiatement après eUel'a aperçu au milieu d'eux, Paululum cum periransiuem eos, inveni quem diligit anima mea ( Ibid. ) ; qu'elle a couru à lui, qu'elle ne l'a point quitté jusqu'à ce qu'elle l'eût conduit dans la maison de sa mère : Tenui illum , née dimittam do-, necintroducamillum in domum matris mex. (Ibid.) Que veut dire tout cela, chrétiens? Vous prévenez déjà ma pensée. Cette Épouse est l'âme fidèle; elle cherche aujourd'hui le Sauveur du monde dans le sanctuaire de l'eucharistie, qui est comme son lit mystérieux , et elle ne l'y trouve pas ; elle s'en va donc par les rues et dans les places publiques , pour voir s'il y sera. C'est là en effet qu'elle le rencontre, environné de gardes, entouré de ses ministres qui le portent avec honneur > et de tout le peuple qui lui fait une cour nombreuse; elle se jette à ses pieds, elle l'adore, elle le suit des yeux, elle ne l'abandonne point qu'il ne soit rentré dans^ le tonale d'où il était parti, et qui est proprement la maison de notre mère, puisque c'est la maison de l'Église : y a-t-il rien de plus juste que cette figure? Mais reprenons. La gloire du corps de Jésus-Christ est d'avoir été donné à l'Église dans le sacrement de l'autel ; et la gloire aussi de l'Église est d'avoir reçu et de posséder le corps de Jésus-Christ dans ce sacrement. Renouvelez, s'il vous plaît, votre attention pour cette seconde partie.

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