DEUXIÈME PARTIE
11 fallait, chrétiens, pour mettre au monde ud Dieu-Homme et fait diair, qu'il y eût une créature prédestinée en qualité de mère de Dieu selon la diair, et voilà ce que j'appelle la seconde alliance de la chair avec le Verbe dans la personne de Marie. Alliance que l'hérésie n'a pas voulu reconnattre dans cette vi^ge , non plus que celle de la divinité et de l'humanité dans Jésus-Christ : mais alliance que les vrais fidèles ont hautement et constamment soutenue. Appliquez-vous d'abord, mes chers auditeurs, à en comprendre led(^me : nous verrons ensuite la gloire qui en revient à Marie, et le finit que nous en pouvons retirer.
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tJne vierge mère de Dieu et mère de Dieu selon la chair, c'est ce qui dioqua autrefois la fausse piété des hérétiques, surtout de ce fameux Nesto* rius, patriarche de Constantinople. Cet homme emporté par l*esprit d'orgueil , en abusant du pouvoir que lui donnait son caractère , osa disputer à Marie sa qualité de mère de Dieu : et dans cette vue y eut-il artifice qu'il n'employât , et déguisement dont il n'usât, pour couvrir ou pour adoucir la malignité de son erreur? car, suivant le rapport des Pères , tout ce qu'on peut d'ailleurs imaginer de titres spécieux et honorables , il les accorda à Marie, hors celui dont il était uniquement question. Il confessa qu'elle était la mère du Saint des saints, qu'elle était la mère du Rédempteur des hommes; il convint qu'elle avait re^ et porté le Verbe de Dieu dans ses chastes entrailles; il se relâcha même Jusqu'à dire qu'elle était la mère d'un homme, qui, dans un sens-, avait été Dieu, parce qu'il avait été spécialement UQi à Dieu. Mais qu'elle fût absolument et sans restriction mère de Dieu , c'est sur quoi on ne put fléchir cet esprit incrédule et opiniâtre. Que fit l'Église? Elle rejeta toutes ses subtilités; et plus Nestorius s'obstinait à combattre ce titre de mère de Dieu; plus elle s'intéressa à le maintenir. Il ne s'agissait en apparence que d'un seul mot, et ce seul mot grec, etoToxoc, qui signifie mère de Dieu, était le sujet de toutes les contestations. Mais parce qu'il est vrai , comme l'a sagement remarqué saint Léon , pape, que le chemin qui conduit à la vie est un chemin étroit , non-seulement pour fobservation des préceptes, mais encore plus pour la soumission aux vérités orthodoxes, Non ùi sola mandaforum observaniia, sed in recto tramite fideiy arda via est qux ducit ad vitam ( liBO ) , l'Église prit la défense de ce seul mot avec toute la force et toute Pardeur de son zèle. Elle assembla des conciles, elle fulmina des anathèmes , elle censura des évéques , elle n'épargna pas ceux qui tenaient les premiers rangs, elle les excommunia, elle les dégrada : pourquoi ? parce que dans ce seul titre de mère de Dieu, était renfermé tout le mystère de l'incarnation du Verbe. Car c'est pour cela qu'on se fit comme un capital , et un point essentiel de religion, de croire que Marie était, dans le sens le plus naturel, mère de Dieu. Non pas que cette créance fût nouvelle, puisque, selon saint Cyrille, toute la tradition l'autorisait, et que déjà depuis longtemps Julien l'Apostat l'avait reprochée aux chrétiens, Fos chrisliani, Mariamnunquam cessatiê vocare Dei genitricem; mais on voulut que cette créance, aussi ancienne que TÉglise, fût désormais conune un symbole de foi; et Ton arrêta dans le concile d'Éphèse, que le titre de mère de Dieu serait un terme consacré contre l'héfésie BorantAUiink — T. n.
nestorienne, comme celui de consubstanUel vait été dans le concile de Nicée contre l'hérésie arienne.
Voilà, mes frères, ce que nous croyons; et c'est sur ce dogme ainsi établi que sont fondés tous les honneurs que nous rendons à Marie; c'est , dis-je, sur sa maternité divine, qui, dans Tordre des décrets de Dieu, l'a élevée au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu. Nous n'en faisons pas pour cela une divinité. Écoutez ceci, vous qui, réunis à TÉglise, avez besoin d'être instruits à fond de sa doctrine, et achevez de vous détromper des fausses idées que vous aviez conçues du culte de la mère de Dieu. Nous n'en faisons pas une divinité; et je pourrais appliquer ici ce que le grand saint Augustin , dans un semblable sujet, répondait aux manichéens, qui, malicieusement et injustement, accusaient les catholiquesderendreaux martyrs un culte superstitieux et idolâtre. Voici ce qu'il leur disait, en s'adressant à Fauste: Il est vrai que nous nous assemblons pour célébrer les fêtes des martyrs; mais nous n'avons jamais eu la pensée d'offrir, par exemple, le sacrifice à aucun des martyrs. Nous savons que cet honneur n'est dû qu'à Dieu seul, et c'est aussi à Dieu seul que nous le rendons. Car ou est l'évique, où est le prêtre qui ait jamais dit , étant à l'autel : Cest à vous, Pierre; c'est à vous, Paul; c'est à vous, Cyprien, que nous offrons et que nous immolons l'agneau sans tache? Nous l'immolons à Dieu, qui a couronné les martyrs ; et nous ne Toffrons en mémoire des martyrs, que pour participer à leurs mérites , pour obtenir le secours de leur intercession. Ainsi parlait saint Augustin , et je dis de même de Marie. Nous célébrons avec solennité le jour bienheureux où l'ange lui annonça le choix que Dieu faisait d'elle ; mais à Dieu ne plaise, qu'en lui rendant nos hommages parce qu'elle a conçu le Verbe de Dieu , nous la confondions avec Dieu : c'est de quoi nous ne craignons pas qu'on puisse soupçonner notre foi; car, pour me servir du noême raisonnement ,'où est le prêtre qui dlbs les saints mystères ait jamais dit : C'est à vous, Marie, que nous sacrifions? Nous sacrifions à celui qui a prédestiné Marie, qui a sanctifié Marie, qui a glorifié Marie; mais quoiqu'elle soit incontestablement mère de Dieu , nous ne la regardons et nous ne l'honorons que comme une pure créature, dont tout le bonheur est d'avoir été fidèle à Dieu , d'avoir été humble devant Dieu , d'avoir été singulièrement élue de Dieu.
Cependant , sans élever Marie jusqu'à Dieu , estil , du reste , une grandeur comparable à celle de cette mère de Dieu ? Tâdions , mes chers auditeurs, à nous en former quelque idée, mais souvenonsnous d'abord de ce qu'a dit saint Bamard « que Marie elle-même n'eût pu la comprendre dans toutt
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80Q éteodue, ni l'expliquer : Àudacler (Uco, quod tiec ipsa plane Maria potuU explicare. (Bebn.O Après cela , vous ne serez pas surpris si ce que j'ai à vous dire se trouve encore infiniiAent au-dessous de mon sujet.
Je considère Marie sous deux rapports : Tun à Dieu , et l'autre aux hommes. Marie devient mère de Dieu, c'est le premier rapport : et Marie, mère de pieu, devient par là même la médiatrice et comme la mère des hommes; c'est le second. Or, voyons, autant qu'il nous est possible, quelle gloire doit revenir à cette vierge, de l'un et de l'autre, et quelles grandeurs y sont renfermées.
Marie, mère de Dieu. Écoute, ô homme! s'écrie là-dessus saint Anselme, contemple et admire : /ntendat mens hunuinOy contempletur et stupecU, (Ansrlm.) Le Père céleste avait un Fils unique et consubstantiel : mais il n'a pas voulu que ce fils n'appartint qu*à lui seul; il en a fait part à Marie, et elle est véritablement sa mère sur la terre, comme il est son Père dans le ciel : Non est passus manere suum; sed eum ipsum volait esse Mariœ unicum, (Id.) Pensée sublime, mais qui, dans sa sublimité, n'exprime rien dont notre mystère ne nous fasse voir l'entier accomplissement. Ah! mes frères , disait saint Paul , je fléchis le genou devant le Père de Jésus-Christ mon maître, parce que c'est de lui que procède toute paternité , soit dans le ciel , soit sur la terre! Ainsi parlait le grand apôtre; et ne puis-je pas ajouter que je me prosterne en la présence de ce Père tout-puisS^int pour le reconnaître, non plus seulement comme auteur de toute paternité, mais comme principe de cette maternité divine que j'honore dans Marie ^ Car quel prodige , chrétiens I et quel autre que Dieu même a pu opérer ce miracle? La virginité et la fécondité jointes ensemble ; une vierge qui conçoit dans le temps le même Fils , que Dieu, avant tous les siècles, a produit dans l'éternité; une mero, dit saint Augustin , devenue mère par la seule obéissance de son esprit, de même que le Père dans l'adorable^inité, est père par la seule connaissance de ses infinies perlèctions. Qui jamais , avant Marie, entendit rien de pareil, et m la foi ne nous rapprenait pas , qui jamais l'eût cru , qu'une créature dût un jour donner en quelque manière l'être à son créateur, et que le créateur pût devenir en quelque orte l'ouvrage et la production de sa créature? qui l'eût cru , que Marie dût donner à un Dieu ce qu'il n'avait pas auparavant, et qu'un Dieu en dût recevoir une vie toute nouvelle? qui l'eût cru, que le yerbe,parquitoutaété&it,dût être formé lui-même par une vierge , et que par là cette vierge s'acquittât , pour ainsi dire , envers hn du bienfait de la création ? Pmnettee^moi, cfarétieng, d'user dé toutes ces expresstOBS. Les Pères avant moi s'en sont servis, et ce serait one délicatesse mal entoidue, d'avoir peine
à parler comme eux, et d'omettre ces magnifiques éloges que la piété leur inspirait, et que la même piété nous doit rendre vénérables.
Ce qui me paraît plus surprenant, reprend Farchevêque de Ravenne, c'est que le Verbe divin , qui dans le ciel ne dépend point du Père dont il est produit , ait voulu dépaidre sur la terre de la mère en qui il s'est incamé. Que disje, mes chers auditeurs, le Verbe dépendant, cela peut-il s'accorder avec la majesté de Dieu ? Il faut fa4en le dire , puisque c'est une suite de la maternité de Marie. Dès là que je la reconnais pour mère de Dieu, non-seulement je puis , mais je dois reconnaître que ce Dieu-Homme a voulu dépendre d'elle; qu'il lui a rendu des honneurs et une obéissance légitimes ; qu'il s'est soumis à son pouvoir; et c'est aussi ce que l'Évangile nous a expressément marqué par ces courtes paroles : Et erat subditus ilUs, (Luc. , 2.) Paroles à quoi se ré-, duit presque tout ce que nous savons de la vie mortelle du Sauveur jusqu'au temps de sa prédication. Mais encore demande saint Bernard , de qui parlait révangéliste ? est-ce Dieu , est-ce l'homme qui obéisr sait à Marie? Dieu et l'homme tout ensemble , répond ce Père. Or voyez , poursuit-il , lequel des deux est plus digne de votre admiration, ou la soumission du fils, ou l'empire de la mère; Elige utrum mireris, autftUi beneficetUissimam dignationem, aut matris excellentissimam dignitatem, (Bebn.) Car voici tout à la fois deux grands prodiges : prodige d'humilité, que Dieu soit dépendant d'une femme; et prodige de grandeur, qu'une femme commande à Dieu s Ulrîmque miractdwn, et guodDeusfeminx obtemperety humilias sine exemplo; et quod Deo femina prsecipiat , sublimitas sinesocio. (Id.)
De là ne nous étonnons plus qu'un ange descende aujourd'hui du ciel pour saluer Marie, qu'il s'humilie en sa présence, qu'il l'appelle pleine de grâce, qu'il l'élève au-dessus de toutes les femmes. Ne nous étonnons plus d'entendre dire à saint Augustin que rien après Dieu et parmi tous les êtres créés n'est égal à Marie , et n'est même comparable à Mane. Mais surtout ne doutons plus du pouvoir de Marie , ni de sa" tendre affection pour nous; et sans considérer davantage son auguste maternité par rapport à Dieu , regardons-la maintenant par rapport aux hommes , et tâchons d'en tirer tous les avantages qu'elle nous promet.
Car je dis que Marie, devenue mère de Dieu, devient par là même la mère des hommes, la protectrice des hommes, la coopératrice du salut des hommes; et une mère, une protectrice, une coopératrice toute-puissante pour les hommes. Prenez garde, s'il vous plaît. Mère des hommes, puisque tous les hommes sont non-seulement les frères , mais les membres de ce Dieu-Homme'qu'elle porte dans son sein. Protectrice des hommes , puisque
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c*e6l en.faveor dea hommes qu'elle est choisie, et qu'en ee sens elle doit aux hommes son élévation. Coopératrioe du sahit des hommes» puisqu'elle sert à former le sauveur qui vient racheter les hommes, et qu'elle donne le sang qui doit être le prix de cette rédemption et de ce salut. Mais j'ajoute, mère toutepuissante, protectrice toute-puissante, coopératrice toute-puissante : pourquoi? parce qu'en qualité de mère de Dieu» elle a singulièrement trouvé grâce auprès de Dieu» .
C'est donc aujourd'hui que Marie nous tend les bras, pour nous admettre au nombre de ses enfants; et c'est dans cette pensée que nous devons imiter le zèle et la piété que témoignèrent les chrétiens d'Épbèse, lorsqu'ils reçurent le jugement de l'Église universelle à la gloire de cette vierge en qui ils avaient mis leur confiance. Le fait est remarquable, et je voudrais que les hérétiques de notre siècle y fissent toute l'attention nécessaire, et qu'ils apprissent quels étaient, il y a plus de douze cents ans , les sentiments des fidèles à l'égard de Marie, et quels doivent être encore les nôtres. L'histoire nous apprend que le jour où l'on devait conclure sur la divine maternité de Marie, tout le peuple parut dans les rues, remplit les places publiques , se tint autour de ce fameux temple dédié au culte de la Vierge, et où les Pères du concile étaient assemblés ; qu'au moment que la décision fut publiée , et ^'on entendit que Marie était maintenue dans la juste possession du titre de mère de Dieu , toute la ville retentit d'acclamations et de cris de joie ; que les Pères sortant pour se séparer furent comblés de bénédictions, et conduits en triomphe; que l'air fut éclairé de feux; enfin, que rien ne manqua à la pompe de cette réjouissance commune , ni à l'éclat de la glorieuse victoire que Marie avait, remportée. Ah! dirétiens, il est vrai, ee peuple fidèle était sensible aux intérêts de Marie, et agissait en cela par un esprit de religion : mais en s'intéressant pour Marie, il s'intéressait pour luimême ; car il ëomptalt sur le secours de cette mère de Dieu, et il savait ce qu'il en devait attendre. Prenons les mêmes sentiments, et tenons la même conduite. Dans ce grand jour où Marie est déclarée mère de Dieu, rendons-lui les hommages qu'elle mérite , et allons au pied des autels lui jurer une ' fidélité invioTable, et lui renouveler les saintes pro- ' testatîons du plus respectueux et du plus parfait dévouement. Mais ne nous oublions pas nous-mêmes; et, ik)ur l'engager à nous faire sentir les effets de sa médiation , représentons-lui l'étroite alliance qui Tunit à nous et ^i nous unit à elle. Disons^lui, d'une part, comme les h8d>itants de Béthnlie disaient H judfth : Tu gtoria Jérusalem, tu UMia Israël, tithonorificentiapopu&nostri ( Iuotth, 16) : Oui , Vierge sainte, vous ^esTomement de Jérusalem,
le bonheur d'Israël , la gloire de notre peuple : c'est-à-dire, l'ornement» la gloire, le bonheur de l'Église; Quia cot^oriatum est cor tuum , eo quod castitatem amaveris (JuniTa, 15); Parce que vous étiez pure dans un degré de perfection qui surpassait même la pureté des anges, vous avez eu la force d'attirer du ciel 1q Verbe divin , et de l'incorporer à notre chair, ideo eris. benecUcta in xtemuni (Id.) : Cest pour cela que nous nous humilions devant vous , pour cela que nous vous donnons le tribut de louanges qui vous est dû, pour cela que nous vous bénissons , et que tous les siècles après nous vous béniront. Mais, d'autre part, reprenons, chrétiens, et ajoutons ce que le sage et zéléMardochée dit à la reine Esther, lorsque pour l'exciter à prendre la défense des Juifs , menacés d'une ruine prochaine, il lui remontra que si Dieu l'avait élevée sur le trône, c'était plus pour sa nation que pour ellemême : El qtds novit-, utrûm iddrco ad regnum teneris, ut in toH temporeparareris f ( Esthsb, 4.) Non , à glorieuse mère de Dieu! nous ne craindrons point de le dire, car nous le savons ^ que si le Seigneur vous a distinguée entre toutes les femmes, que s* il vous a honorée de la plus édatante dignité, c'est pour nous ; et voilà ce qui , dans tous les états de la vie, dans toutes ies conjonctures et tous les temps, nous fera recourir à vous avec confiance. Nous vous exposerons nos besoins, nous implorerons votre intercession : et vous écouterez nos vœux , et vous les présenterez à votre Fils , et vous y joindrez les vôtres, et vous ferez descendre sur nous toutes les grâces divines.
N'en doutons points mes chers auditeurs, et puisque noQS avons une telle ressource auprès de Dieu, apprenons à en profiter. On vous prêche sans cesse dans la chaire la sévérité des jugements de Dieu; on vous dit tout ce qra peutvous intimider et vous effrayer : ce sentiment eift bon, et je dois travailler moi-même à vous imprimer profondément dans l'âme une crainte chrétienaoe et salutaire. Mais de s'en tenir là; de ne vousfaîre entendre que les menaces du Seigneur ; de ne vous Mre voir que les difficultés et les obstacles qui se rencontrent dans la voie du salut; de ne vous la représenter, cette voie, que comme un chemin semé d'épines et presque impraticable, c*est un excès qui ne corrige rien, et qui ne va qu'à décourager et à désespérer. Je dois donc, en vous faisant craindre, vous faire espérer; en réprimant votre présomption , soutenir votre confiance : je dois tous faire conittttre les moyens que la miséricorde divine vous a fournis et les secours qu'elle vous a ménagés; je dois vous consoler, vous animer, vous fortifier. Or, s'il y a un mystère capable de produire ces heureux effets , n'est-ce pas Celui-d.' pourquoi? non-seulement I parce que c'est le mystère d'un Dieu fait homme ,
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mais d'une vierge deveoue mère de Dieu ; et en qualité de mère de Dieu, spécialement engagée à veiller sur les hommes, à s'intéresser pour les hommes , à les aider de tout son pouvoir, et à leur servir d'avocate et d'asile. Vous me direz que cette confiance dans la protection de Marie peut autoriser nos désordres , et diminuer en nous le zèle de la pénitence : mais je réponds , moi , que si c'est une vraie confiance, bien loin de refroidir ce zèle, elle rallumera. Faites-en vous-mêmes l'épreuve , et vous le verrez. Vous verrez, dis^e, si, dévoués à la plus sainte des vierges, vous n'apprendrez pas à haïr le péché ; si vous ne vous sentirez pas portés à le fiiir par une exacte vigilance, et à l'expier par une sévère pénitence ; si de vives lumières ne vous éclaireront pas, pour vous en faire concevoir l'énormité; si de solides réflexions ne vous toucheront pas , pour vous en faire craindre les suites affreuses, et. pour vous les faire éviter; si mille attraits particuliers, mille grâces intérieures ne vous appelleront pas à la sainteté. Car voilà les fruits ordinanres d'une solide et religieuse confiance dans la protection de la mère de Dieu. Combien de justes ont été par là maintenus , et ont persévéré? combien de pécheurs ont été convertis, et se sont sauvés? Je le répète : combien de justes ont été maintenus, et ont persévéré? c'étaient des justes , mais des justes chancelants dans leur état d'innocence et de justice, des justes assaillis de la tentation, combattus par leurs passions, presque vaincus par le monde, et sur le point de céder enfin et de tomber, si Marie , dans des conjonctures si périlleuses, n'eût été leur soutien : et comment? non par elle-même, mais par une grâce victorieuse que son intercession leur a obtenue, et qui les a pr^rvés. Combien de pécheurs ont été convertis , et se sont sauvés ? c'étaient des pécheurs, et des pécheurs de longues années, des pécheurs d'habitude : il n'y avait plus, ce semble, de salut pour eux ; et chargés de dettes , ils commençaient à désespérer de la miséricorde divine. Mais ys se sont souvenus que Marie était la mère des pécheurs :ce qu'ils ne croyaient pas pouvoir demander par eux-mêmes, ils l'ont demandé par elle, et ils ont été exaucés; dans un heureux moment la grâce les a changés, et, de pécheurs qu'ils étaient, en a fait des saints. Miracles dont ils ont rendu mille témoignages; et c'est à ces exemples qu'il faudrait s^attacber, et non point à d'autres plus rares, dont on voudrait quelquefois tirer de si injustes conséquences. Car telie est en effet notre injustice : parce qu'il s'en trouve peut-être quelques-uns qui , consacrés en apparence au service de la Mère de Dieu, n'en mènent pas dans la pratique une vie plus réglée, de* ces exemples particuliers, on pense avoir droit de tirer des conséquences générales contre le culte de la Vierge; et l'on ne considère pas que c'a été et
que c'est tous les jours pour des millions d*autres Ufl principe de conversion et de sanctification. Ah ! mes chers auditeurs , dans un siècle où les dangers sont si firéquents, et les besoins si pressants, ne nous privons pas du secours qui nous est offert. De cet autel , si je l'ose dire , et de ce tabernacle où Jésus- Christ repose, il fait encore aujourd'hui par proportion et pour nous, ce qu'il fit sur la croix pour son bien-aimé disciple. Voilà votre mère, lui dit-il, en lui montrant Marie, Ecce mater tua ( Joa.n., 10); et dès cette heure, ce disciple que Jésus-Christ aimait commença à regarder Marie et à l'honorer comme sa mère : Et ex Ula kara accepit eam discipulus in sua. (Id.) C'est ainsi que nous la pouvons regarder nous-mêmes. Heureux qu'elle daigne bien nous recevoir au nombre de ses enfants ! Nous reconnaîtrons bientôt que ce n'est pas en vain qu'elle porte le titre de mère des hommes, si de notre part ce n'est pas en vain que nous portons la qualité d'enfants de Marie. Mais achevons , et voyons comment ce mystère nous élève à la dignité même d'enfants de Dieu : c'est le troisième avantage qui nous revient de l'alliance du Verbe avec la chair, et le sujet de la dernière partie.