DEUXIÈME PARTIE
C'est par la foi que nous devenons capables d'agir pour Dieu et de faire de bonnes œuvres, et cependant il est vrai que c'est par l'exercice des bonnes œuvres que nous parvenons à la connaissance de Dieu et au don de la foi. Ne vous imaginez pas qu'il y ait en ceci de la contradicion. Pour peu que vous distinguiez ce que les théologiens appellent les premières grâces et les secondes grâces de la foi, ou, pour parler en termes plus simples , le commencement et la perfection de la foi , vous comprenez sans peine tout le mystère de ces deux grandes vérités , dont voici le sens. C'est par les premières grâces de la foi que nous devenons capables de faire les œuvres qui nous conduisent au salut; rien de plus constant dans les maximes de la religion : mais aussi rien de plus indubitable que ce que j'^oute; savoir, que c'est par les œuvres du salut que nous parvenons à ces secondes grâces qui nous élèvent,
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qui Doos perfeolkmnent et qui nous éUblisseot solîdement daos la foi. Cest la foi , au moins commencée , qui est le principe nécessaire du bien que nous faisons pour Dieu, j'en conviens : mais on ne peut non plus disconvenir que c*est le bien que nous faisons pour Dieu qui est la voie sûre pour arriver à cette foi parfaite et achevée dont dépend notre sainteté. Appliquez-vous, chrétiens, à ce que je vais vous dire; et si vous avijz le malheur d'être du nombre de ceux que le Dieu de ce siècle a aveuglés, comme parle l'apôtre, souvenez- vous que voici la seule espérance qui vous reste et le dernier remède pour guérir votre aveuglement.
Première vérité : c'est par les bonnes œuvres fidèlement et sincèrement pratiquées que Ton arrive à la perfection de la foi. Ainsi le centenier Corneille , dont il est parlé au livre des Actes, d'une foi obscure et confuse qu'il avait des mystères de Dieu , parvint à cette foi claire et distincte qui lui fit connaître Jésus-Christ. Dieu, dit Thistorien sacré , eut égard aux œuvres de piété et de miséricorde où il s'occupait continuellement, et, touché de sa ferveur, lui députa un apôtre pour l'instruire, lui révéla le sacrement de Tincamation de son Fils , le disposa au baptême. Voilà le modèle que TÉcriture nous met devant les yeux pour nous piquer d'une sainte émulation. Prenez garde : c'était un gentil; mais, tout gentil qu'il était, il avait de la religion, vir rdigiosus {Ad,, 10); mais, tout gentil qu'il était, il craignait Dieu et inspirait cette crainte à toute sa famille, tinieru Deum cum omni domo sua (Ibid.); mais, tout gentil qu'il était, il faisait aux pauvres de grandes largesses de ses biens, faciens eleêmosynas muUasplebi (Ibid.) ; mais, tout gentil qu'il était, il priait avec assiduité, et deprecans Deum semper. (Ibid.) C'est pour cela, lui dit Fange du Seigneur, que je suis envoyé vers vous, pour vous apprendre que vos prières et vos aumônes sont montées jusqu'au trône de Dieu; que Dieu s'en souvient, et que , ne pouvant les oublier, il a choisi Pierre , le chef et le premier pasteur de son Église, pour être aujourd'hui votre évangéliste, et pour venir vous annoncer les plus hautes merveilles de la loi de grâce : Oratvones tuœ et eleemosffnœ CLscenderurU in memoriam in conspectu Dei, (Ibid.) Ecoutez ceci, mes frères, reprend éloquemment saint Chrysostôme, vous qui vous plaignez de n'avoir pas ces lumières dont Dieu remplit les âmes justes , et adorez jusque dans le discernement que Dieu fait des hommes , non-seulement la profondeur de ses conseils, mais la suavité et la douceur de sa providence. Si Corneille n'avait prié , s'il n'avait été charitable ; si dans les nécessités publiques il n'avait ouvert ses entrailles et son cœur, selon l'ordre des divins décrets, il serait demeuré dans les ténèbres de la gentilité. Pourquoi Dieu va-
t-il le chercher au milieu d'un peuple incirconcis , et répand-il sur lui l'abondance de ses grâces ? c'est qu'il trouve plus en lui de ces précieuses semences de la foi , plus de ces œuvres de justice fondées sur le devoir commun , qu'il n'en trouve en Israël. Ce zèle d'un gentil à sanctifier sa maison par son exemple, cette persévérance dans la prière, cette inviolable probité qui lui attirait même, selon saint Luc, un honorable témoignage de toute la nation juive , testimofUum hahens ah universa genfe Judœorum {Act.y 10), mais par-dessus tout cette tendresse de charité, cette disposition sans réserve à secourir les indigents et ceux qui étaient dans la souffrance , voilà ce qui gagne le cœur de Dieu, ce qui détermine Dieu à remplir de ses plus riches trésors ce vase de miséricorde qu'il a prédestiné pour sa gloire. Corneille donc est choisi, poursuit saint Chrysostôme , non pas à cause de sa dignité , mais en considération de sa piété : Non propter dignUatem electus , sed propier pietatem, ( Chrysost. ) Soyez pieux comme lui , bienfaisants comme lui , zélés comme lui pour le soulagement des pauvres et pour Favancement des œuvres de Dieu , et vous verrez si Dieu, toujours fidèle dans ses promesses, ne fera pas sur vous comme sur lui une effusion particulière de son esprit pour fortifier et pour augmenter votre foi. Il le fera , chrétiens , et tout pécheurs que vous êtes , il enverra plutôt un ange du ciel que de vous laisser dans votre égarement. Sans y employer le ministère d'un ange, un prédicateur suscité comme un autre saint Pierre pour votre conversion , en vous annonçant la divine parole , vous éclairera , vous persuadera, vous imprimera profondément dans l'âme les vérités célestes. Après l'avoir entendu , vos doutes et vos incertitudes s'évanouiront; votre sécheresse ou, disons mieux, votre dureté pour Dieu s'amollira : vous tous trouverez tout pénétrés des sentiments de la foi ; ces sentiments, qui n'étaient en vous que superficiels, et qui n'avaient nulle solidité, rempliront toute la substance et toute la capacité de votre cœur, jusqu'à faire en vous un changement visible. On, s'en étonnera dans le monde, vous en serez vous-mêmes surpris ; «dais pour moi je ne le serai pas , et , connaissant le principe secret de cette merveille , je le dirai aussi bien que saint Pierre, quand il entendit le centenier Corneille parlant du royaume de Dieu : In veritate comperi quia non est personarum acceptor Deus, sed in omni gente qui timet eum et operaturjustUiamy acceptas est UU (Act ,10): En vérité, je vois bien que, dans toute sorte d'état, c'est à celui qui craint Dieu et qui pratique le bien que Dieu se communique.
En effet, mes chers auditeurs, voilà le ressort de certaines conversions qui arrivent quelquefois et qui noi^ causent de l'admiration. Ce chrétien.
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dans les engagements et les intrigues du monde , paraissait avoir peu de foi ; mais , malgré ce peu de foi , il faisait des aumônes , et les faisait libéralement ; mais convaincu lui-même de son peu de foi, il avait tous les jours ses heures réglées pour demander à Dieu qu'il lui fit connaître les voies du salut ; mais, avec son peu de foi , il voulait que Dieu fdt servi dans sa nmison, et n'aurait pas souffert impunément un domestique vicieux et impie : tout cela lui a attiré de la part de Dieu une grâce qui Ta ramené dans le bon chemin; et d'un mondain tiède et lâche qu'il était, il est enfin devenu un véritable et parfiût chrétien : OrcUiones tttx et eleemosynx ascenderuntin memoriam in conspeetu Dei, Quand nous n'aurions pas ces exemples de TÉcriture pour nous convaincre , l'ordre même et la convenance des choses serait une preuve évidente pour nous faire voir qu'il en doit être ainsi. Je sais^que Dieu , par un miracle de sa puissance, peut, sans le concours de nos bonnes œuvres, rétablir la foi dans nos esprits , quand elle y est affaiblie et altérée , et qu'usant de l'empire absolu qu'il a sur nous, il peut alors, comme dit saint Paul, commander que la lumière sorte du centre de Tobscurité même : Qui dixitdetenebris lucem splendescere. ( 2. Car., 4. ) Je sais qu'il le peut, et que, par une grâce purement gratuite , il lui platt même quelquefbis de le vouloir ; mais d'attendre qu'il le veuille en effet, et de compter sur ce miracle, qui cesserait d'être miracle si nous avions droit de nous le promettre et de l'espérer, il n'y a que notre présomption ou notre ignorance qui puisse aller jusque-là.
C'est par les œuvres , encore une fois , qu'il faut réparer les brèches de la foi; et de là vient que, dans le langage des Pères, ces bonnes œuvres sont appelées communément œuvres édifiantes , et que nous exprimons leur vertu par le terme d'édification , parce que c'est par elles que doit être édifiée la foi d'un juste , et par elles que doit être relevée la foi d'un pécheur. Voilà pourquoi le grand apôtre , écrivant à son disciple Timothée, l'avertissait et le I conjurait de ressusciter dans lui-même lagrâce qu'il , avait reque par Timposition de ses mains : Propter j guam causam admoneo te, vt ressuscites gra- ; tiam Dei quœ est inteperimposUionem manuum ' mearunii2, Timoth,, I ); et moi, adressant aujourd'hui ces mêmes paroles à un chrétien froid et languissant dans la foi , mais qui voudrait avoir une foi plus vive, et qui cherche sincèrement à la réveiller, je lui dis dans le même esprit : Ressuscitez, mon frère, ressuscitez cette foi que vous avez reçue par l'impression du caractère de votre baptême; il y a trop longtemps que vous la tenez comme ensevelie. Ressuscitez-la , et faites-en une foi vivante. Or vous avez entre les mains un moyen sûr et infaillible pour la faire revivre, qui est de Ja faire agir. Vous ne
pouvez pas encore servir Dieu ni accomplir la loi de Dieu avec cette vivacité de foi qu'ont eue les saints ; mais si vous ne Pavez pas encore, vous pouvez vous mettre en devoir de l'obtenir; vous pouvez intéresser Dieu à vous l'accorder ; vous pouvez employer pour cela des intercesseurs puissants auprès de lui, qui sont les pauvres ; vous pouvez , en réglant votre maison, en faisant justice à qui vous la devez , en inspirant l'amour de la vertu à vos enfants, le forcer par une aimable violence à vous rendre cet esprit de religion que vous semblez avoir perdu. Cette œuvre de charité que vous entreprendrez ou à laquelle vous contribuerez ; ce secours que vous donnerez dans une nécessité pressante à une famille ruinée et afQigée ; ces vœux que vous porterez vers le ciel, et cette prière que vous ferez à Dieu , voilà l'étincelle qui rallumera ce flambeau de la foi, que vous aviez éteint ; voilà ce que saint Paul a entendu par cet avis si salutaire et si important : Ut ressuscites gratiam Dei qux est in te. Et il était bien juste, comme l'a remarqué saint Chrysostôme , il était de l'intérêt même de Dieu , que nous fussions assujettis à cette loi de providence , ou , si vous voulez , de prédestination. Car enfin, pour peu que je sois équitable, il faut que, dans le désordre de ma foi , j'en revienne toujours à ces deux principes : l'un , que Dieu étant mon souverain bien , il est pour moi d'une absolue nécessité que je le cherche; l'autre, que si je dois jamais espérer de le trouver, c'est par Texercice des bonnes œuvres. Dieu veut être cherché dans cette vie , le prophète me l'apprend : Quxrite Dominum, dum inveniri potest (IsAi., 55) : Cherchez le Seigneur pendant qu'on le peut trouver. Il habite une lumière inaccessible; mais c'est pour cela, medisje à moi-même, que je dois, par de vertueuses et de saintes actions , travailler à m'approcher de lui. Car si sa lumière est inaccessible à l'orgueil , elle ne l'est pas à rhumilité , elle ne l'est pas à la pureté de cœur, elle ne Test pas à la ferveur ni aux autres vertus chrétiennes. Et qui chercheral-je donc, ô mon Dieu! si je ne vous cherche pas, vous qui êtes ma béatitude et ma fin dernière? Pourquoi m'avez-vous donné une raison , si ce n'est pour vous chercher ? Ne suis-je pas trop heureux , tandis que le monde s'occupe à chercher la vanité et le mensonge, d'être obligé de chercher en vous la vérité éternelle? Mais si je vous trouve jamais, puis-je douter. Seigneur, que ce ne soit par des œuvres qui trouvent grâce devant vous , par des œuvres qui vous glorifient, et qui me donnent ainsi accès et m'introduisent auprès de vous ? Car conmient pourrais-je autrement trouver le Dieu des vertus, que parles vertus mêmes? Ce raisonnement, chrétiens, qui est invincible, et que l'infidélité ne peut détruire produit en moi deux admirables effets; car il m'en-
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gage d'une part, malgré le dérèglement de ma foi, à faire cependant de bonnes œuvres, à éviter le mal , à être miséricordieux et compatissant , parce gue je suis certain que si jamais Dieu se découvre à moi et me révèle ses jugements , ce sera par là. lEX d'ailleurs il me désabuse d'une erreur grossière où je pourrais tomber, et qui achèverait de me per* vertir; savoir, que je puis en même temps renoncer aux bonnes oeuvres ou les négliger, et avoir néanmoins une volonté droite et véritable de chercher Dieu, puisque Dieu, comme je l'ai dit, ne se trouvant que par les bonnes œuvres, renoncer aux bonnes œuvres, c'est, par une suite nécessaire, ne vouloir pas le chercher, ou vouloir tout à la fois accorder deux choses contradictoires.
Vous me direz que pour pratiquer ces bonnes œuvres par où l'on parvient à la perfection de la foi , vous n'avez pas encore assez de foi. Mais je réponds , et c'est une seconde vérité qui demanderait un discours entier si je parlais à des chrétiens moins intelligents ; je prétends, dis-je, qu'en quelque désordre que nous puissions être à l'égard de la religion , non-seulement il nous reste toujours assez de foi pour faire ces œuvres qui doivent rétablir notre foi , mais que nous devons plutôt craindre qu'il ne nous en reste trop , pour servir à notre condamnation, si nous ne les faisons pas. Reconnaissons dans nous le don de Dieu , et bénissons aujourd'hui le ciel d'un avantage dont nous n'avons peut-être jamais profité, parce qu'il y a bien de l'apparence que nous ne l'avons jamais compris. Disons, avec Isaîe : NisiDominusreliquissetnobissemen, quasi SodomaJïUssemus, et quasi Gomorrha similes essemus (IsAi. , 1} : Si le Seigneur, au milieu de nos égarements, ne nous avait réservé une divine semence (or vous verrez comment il nous Ta réservée) , nous aurions été semblables à Sodome et à Gomorrhe. Consolons-nous encore une fois par ces paroles du prophète, qui nous regardent personnellement. £n effet, quand nous n'aurions que la foi d'un Dieu et celle de ses adorables attributs , qui , quoique invisibles d'eux-mêmes , nous sont rendus visibles par les créatures, en faudrait-il davantage pour nous déterminer à tout le bien qu'on exige de nous? Qui est-ce qui inspirait à ce centenier, dont je vous ai produit l'exemple, tant de ferveur dans ses prières et dans ses aumônes ? Ce n'était pas la foi de Jésus-Christ, car Jésus-Christ ne lui avait pas encore été annoncé; ce n'était pas celle de Moïse ni des patriarches, car, étant gentil , il ne connaissait pas le Dieu d'Israël sous cette qualité de Dieu d'Isracl : c'était la foi d'un premier être et d'une souveraine justice qui préside à tout l'univers. Il croyait un Dieu rémunérateur de la vertu et vengeur des crimes; et cela seul lui faisait conclure qu'étant xiche, il devait partager ses biens avec les pauvres;
qu'étant père, il devait entretenir l'esprit de religion dans ses enfants; qu'étant maître, il devait don« ner l'exemple à ses domestiques; qu'étant homme , et homme pécheur, il devait prier et faire des fruits de pénitence. Ne croyons-nous pas un Dieu comme lui; et, dans les plus épaisses ténèbres où le libertinage du monde pourrait nous jeter, ne conservons-nous pas comme lui cette première notion de la divinité, que le péché n'efface point? Nous avons donc aussi bien que lui une foi du moins commencée; je dis une foi quisufQt pour nous engager à remplir tous les devoirs de la charité et de la piété, et qui , par l'accomplissement de ces devoirs, nous conduirait infailliblement à cette perfection de foi que nous n'avons pas. Or, c«tte notion d'un Dieu juste est proprement, Seigneur, ce que voulait nous marquer votre prophète, quand il disait que vous nous aviez laissé une semence de foi : Nisi Dominus reliquisset nobis semen. Car, de quelque manière que je raisonne, et quelque système que je me fasse en matière de religion , cette semence de foi subsiste toujours : il y a un Dieu; donc je dois également Thonorer et par mes sentiments et par mes œuvres.
Prenez garde, chrétiens, à la réflexion de saint Augustin sur une parole de l'Évangile, qui va servir de conclusion à tout ce discours. Les Juifs, qui s'élevèrent contre Jésus-Christ, et qui se déclarèrent ses persécuteurs , étaient visiblement des incrédules; leur foi était corrompue, et ils vivaient dans un éloignement extrême de Dieu. Cependant, ils avaient encore assez de lumière pour entrer dans la voie que Dieu leur montrait , et pour s'y avancer; car Jésus-Christ leur disait expressément: Amhudate dum lucem habetis (Joân., 12) : Marchez pendant que vous avez la lumière. Ils avaient donc dans le déclin même de leur foi une lumière , quoique sombre, mais suffisante pour marcher, c'està-dire pour travailler, et pour opérer ce qui les aurait fait sortir des ombres de la mort où ils étaient malheureusement enveloppés , et ce qui les eût accoutuhiés à ce grand jour de la loi de grâce dont leurs yeux faibles et malades étaient éblouis. Voilà, homme du monde , voilà , pécheur qui m'écoutez , ce que je puis bien vous appliquer à vous-même. La foi est languissante dans votre cœur, et même elle y paraît absolument éteinte, il est vrai ; mais après tout, jusque dans votre infidélité, si vous voulez bien sonder le fond de votre conscience, et prêter l'oreille à sa voix , vous trouverez qu'il y a toujours certains remords intérieurs que vous sentez au moins de temps en temps, et que font naître malgré vous mille objets dont vos yeux sont frappés. Vous trouverez qu'il y a toujours certains retours qui vous piquent , certains doutes qui vous troublent, certaines inquiétudes que vous portez dans le secret
SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIETÉ
de Pâme, et que la dissipation du monde ne peut tellement assoupir qu'elles ne se réveillent quelquefois, et lorsque vous vous y attendez le moins. Vous trouverez qu'il y a toujours certaines vues qui vous surprennent à certains moments, et qui vous saisissent tout à coup; certaines frayeurs subites qui vous alarment au milieu même ou de vos affaires humaines, ou de vos divertissements les plus profanes. Cest ce que vous avez éprouvé en bien des rencontres, ce que vous éprouvez encore; et là-dessus je ne veux point d'autres témoins que vous. Or qu'est-ce que tout cela , que des principes de foi, quoique éloignés, dont il ne tient qu'à vous de profiter? Ab! mon cher auditeur, suivez ces impressions salutaires, agissez, faites quelques efforts, quelques pas, ambuhte; il ne faut rien davantage avec la grâce , qui ne vous manquera point, pour rendre à ces premières racines toute leur vertu. Elles s'étendront, elles croîtront , elles pousseront peu à peu de nouveaux fruits! la foi revivra dans vous, et vous revivrez avec la foi. Aidez-nous , Seigneur, à la ressusciter; et puisque c'est par les œuvres qu'elle doit renaître et se maintenir dans le christianisme, aidez-nous à rallumer notre zèle et à ranimer notre ferveur dans la pratique des saints exercices de la religion. De tous les dons que nous ayons reçus de votre infinie miséricorde, le plus précieux, c'est la foi; mais où la réduisent tous les jours l'aveuglement de nos passions et les enchantements du monde? Qu'est-elle devenue, cette foi si nécessaire? où es^. elle? Je ne demande pas où en sont les apparences, nous les avons conservées; mais où en est l'esprit? où en est la pureté, la fermeté, la force et l'activité? où en sont les œuvres? Cependant, sans cet esprit de la foi , sans cette force et cette activité de la foi, sans ces œuvres de la foi, qu'est-ce que le reste et qu'en pouvons-nous attendre? Que dis-je, Sdgneur? ce reste de foi que le monde n'a pu encore nous enlever, nous peut rendre la vie, tout Êiible qu'il est, si nous prenons soin de le cultiver; et c'est pour cela que nous implorons votre secours. Vous ne nous le refuserez pas , 6 mon Dieu ! Touché de notre confiance, vous écouterez notre prière; et, soutenus de votre grâce, nous reprendrons une ardeur plus vive et pins agissante que jamais. Pour réparer les pertes passées, nous redoublerons notre travail, et, à proportion de notre travail, vous nous éclairerez, vous nous lèverez, vous nous récompenserez dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.
BetnilAUHTl. — T. Ife
SERMON