POUR LE CINQUIÈME DIMANCHE
APBÈS LA PENTECOTE.
SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÉTÉ
Amen dieo volris : Niêi abundaverit JutOHa vain plM^ quam 9criharum et phanaœon»m, fum inirmbitia tu regmm cœlorum.
Je vocB dis eo vérité : Si votre JosUoe n^est an-dessus de celle des scribes et des pharisiens , vous n'eotierei point dans le loyaonie des cieux. Saint Ltc , ehap. s.
C'est la haute idée que Jésus-Christ nous donne de la loi évangélique et de la perfection qu'elle renferme. Vous savez, mes chers auditeurs, ce qu'étaient les pharisiens parmi les Juifs : des hommes solitaires et retirés, éloignés de la multitude et séparés du commerce du peuple; des hommes regardés comme des saints , également respectés des petits et des grands, et dont la rie exemplaire faisait tout ensemble et l'admiration et l'édification publique. Mais qui l'eût cru ? malgré toute leur sainteté, le Fils de Dieu nous déclare aujourd'hui dans son Évangile, et nous l'assure même avec serment, amen dico vcbis, que si notre piété ne surpasse encore celle de ces dévots delà synagogue, nous ne serons jamais reçus dans le royaume céleste; que la plus éminente vertu où ils paraissaient élevés ne sufiSt pas pour le premier d^é de la perfection d'un chrétien; et que de s'en tenir là, ce ne serait ni satisfaire à nos devoirs, ni remplir notre vocation. Parole du Fils de Dieu, qui devrait, ce semble, nous jeter dans le découragement, et nous inspirer un secret désespoir. Mais ce n'est point, mes frères, le dessein que s'est proposé le Sauveur du monde. S'il prononce des arrêts, c'est pour nous instruhre, et non pour nous perdre ; s'il parle , c'est en maître, non en juge; et s'il nous met devant les yeux l'exemple des pharisiens, c'est seulement pour nous faire connaître quels désordres peuvent corrompre la plus apparente dévotion, et pour nous apprendre à les éviter. Sujet d'une conséquence infinie; et de tous ceux que j'ai traités dans cette chaire, ou que j'y dois traiter, voilà peut-être le plus moral et le plus utile. Nous ne sommes tous sur la terre que pour servir Dieu; c'est au service de Dieu que notre salut est attaché, c'est de là que dépend notre éternité bienheureuse ou malheureuse. Mais dans' ce service de Dieu il y a des écueils à craindre; et combien donc nous est-il important d'en avoir une pleine connaissance, afin de nous en préserver! Demandons les lumières du Saint-Esprit, et pour les obtenir adressons- nous à Marie : Jve.
L'or le plus brillant n'est pas toujours le plus pur, et hi piété la plus éclatante n'est pas toujours la
SUE LA TRAIE ITT LA FAUSSE PIETE
plus solide ni la fias *paxlMle. Ed pooTons-nous souhaiter un témoignage plus authentique et plus sensible que celui des pharisiens et des docteurs de la loi? Lenrv oe«t»s les plus saintesi en apparence ne leur étaient pas seulement inutiles devant Dieu, mais c'étaient des œuvres expressément réprouvées deiliHu : pourquoi eekàf Par trois grands désordres que nous y pouvons rea^arquerfCt que J'entreprends de oondMttM dans les trois parties de ce discours. En e£fet, qu'était-ce que cette piété pharisienne? Une piété b^fpoerite, une piété fauSK et vicieuse , premièrement dans son sujet, secondement dans sa fin , troisièmement dans sa forme. Prenez garde , s^il vous platt : vicieuse dans son sujet , parce qu'elle aiîectait Une régularité scrupuleuse sur les moindres observances , tandis qu'elle négligeait les devoirs les plus essentiels. Vicieuse dans sa fin , parce qu'elle n*agfssâtt qu'eu vue de ses propres avantages et que pour dés intérêts tout humains. Enfin vicieuse dans sa forme, parce qu'elle était tout extérieure, et qu*elîe ne consistait qu'en certains dehors. Voilà pourquoi le Fils de Dieu l'a si hautement attaquée, et pourquoi il l'a si souvent frappée de ses anathèmes. Mais voulons-nous , mes frères, par une piété sincère et véritable , assurer auprès de Dieu notre salut, et nous rendre agréables à ses yeux? appliquons-nous à corriger dans nous-mêmes ces trois défauts ; c'est-à-dire que notre piété soit entière, qu'elle soit désintéressée , et qu'elle soit intérieure- Entière , pour embrasser tout ce qui concerne le service de Dieu , soit grandes ou petites choses , et surtout pour ne pas préférer le conseil au précepte; désintéressée, pour ne chercher que Dieu et le royaume de Dieu, sans égard à tout ce que nous en pourrions d'ailleurs espérer par rapport au monde , et aux affaires du monde; intérieure, pour résider dans le cœur et pour partir du cœur. Si , par ces trois caractères, nous ne nous élevons au-dessus des pharisiens , si nous ne donnons à notre piété plus d'étendue, si nous ne lui proposons une fin plus noble, si elle n'a son principe dans le secret et le fond de l'âme, ne nous flattons pas qu'elle nous fasse jamais trouver grâce devant Dieu : I^isi abtmdaverU justitia vestra phisquam scribanan etpharisseonan, nonintrabitis in regnum cceloruni. C'est de quoi je vais vous convaincre par ordre , et ce que je vous prie d'écouter avec attention.
Qu'il y ait une piété, chrétiens, dont le défaut consiste à se licencier dans les petites choses , tandis qu'elle tient ferme dans les grandes , je ne m'en étonne pas : c'est l'effet de notre fragilité ; et cette fragilité est si naturelle, qu'elle parait en quelque sorte pardonnable. Mais qu'il se trouve une pr^ tendue piété dont le caractère soit d'être exacte juik
qu'au scrupule dans les plus légères pratiques , et àê négliger du reste les points de la loi les plus importants , c'est la plus grossière de toutes les illusions, et un désordre ^ue nous pouvons traiter de folie et de renversement d'esprit. Car de quel usage peut être ce zèle pour l'observation deâ simples conseils « lorsqu'en même temps on abandonne et qu'on viole les plus exprès commandements ? En m'attachant au précepte sans aller jusqu'au conseil , je ne laisse pas de marquer à Dieu une fidélité dont il me tiendra compte , puisqu'après tout je fais ce qu'il exige de moi et j'obéis à ce qu'il m'ordonne ; mais eu m'assujettissant au conseil sans prendre soin de satisfaire au précepte, je me consume d'un vain travail , et je me rends même coupable aux yeux de Dieu; puisque, sous ombre d'une perfection imaginaire, je transgresse ses adorables volontés et je n'accomplis pas mes plus étroites obligations.
Voilà néanmoins , mes chers auditeurs , un des dérèglements les plus ordinaires dans le monde , je dis dans le monde chrétien; et c'est l'abus visible et insoutenable que le Fils de Dieu condamnait dans les pharisiens , et qui règne encore parmi nous . Concevez-le bien dans la personne de ces sages du judaïsme, afin de le corriger dans votre propre conduite. Car malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! leur disait le Sauveur des hommes : rx vobis, scribx et pharisxi hypocrite (Matth., 23)! pourquoi? parce que toute votre piété se réduit à certaines cérémonies, à certaines coutimies, à payer certaines dîmes, dont la loi ne fait point mention et dont vous pourriez absolument vous dispenser, et que cependant vous oubliez les devoirs capitaux de la justice , de la charité , de la miséricorde : Quia decimatis mentham et anethum; et reUqtdstis qux graviora sunt legis yjudicium, misericordiam , etfidem, (Id.) La loi vous ordonne d'être équitables dans vos jugements , et tous les jours vous y commettez les plus criantes injustices. La loi vous recommande d'être fidèles dans la société et le commerce de la vie, et vous êtes remplis d'artifices et de déguisements. La loi veut que vous soyez charitables envers le prochain , doux et patients; et, par une rigueur outrée, vous éclatez sur les plus faibles sujets, sans savoir compatir aux infirmités humaines. Guides aveugles, vous craignez d'avaler un moucheron , et vous dévorez sans peine un chameau : Duces cœci, excolantes cuUcem, camelum autemglutientes, (Id.) Ainsi, dis-je, leur parlait le Fils de Dieu, et ce fut là, en effet, toujours le vice des pharisiens. S'agissait-il du jour du sabbat, ils le gardaient avec superstition; mais à ce même jour du sabbat , ils formaient des intrigues contre Jésus-Christ, et prenaient des mesures pour le perdre. Était-il question délaver ses mains avant le repas, ils faisaient un crime aux apôtres d y tnan-
SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÊXl
^Mi^ mais en même temps ils ne comptaient poor rien le droit de la nature le plus inviolable et le plus saeré , qui est d'honorer ses parents ; ils apprenaient aux enfants à les mépriser, à leur être ingrats, et à l^r refuser les secours nécessaires. Fallait-il paraître dans le prétoire de Pilate , où un Homme-Dieu , le libérateur dlstaél et le Saint des saints, contre qui Ils s'étaient déclarés , devait être interrogé et jugé ; Bs refusaient d*y entrer, parce que c'était la tdUede P^es , et un jour où les Juifs ne pouvaient approidier d'un païen sans contracter une espèce d'impureté, qui les mettait hors d'état de manger fagneao pascal : Et non iniroi&runt in prmi&rium, ut non contanUnareniur. ( JoÂif ., 18. ) Maiff voilà sans doute, dit saint Augustin, des consdehees bien timorées. Us craignaient que la maison de Pilate ne les infectftt , et ils ne craignaient point d'être soitillés du plus sacrHége et du phis noir attentat. Us n'osaient se faire voir chez un juge étranger, mais fis avaient assez d'assurance pour persécuter Finnocent et pour l'opprimer, pour susciter contre lui de faux témoins , pour verser son sang et le faire mourir sur une croix. AHenigemejitdîcUprxtorîo contaminari metuehanty etfratrU innocenUs sanguinemfundere non timebcnU. ( August. )
Or n'est-ce pas là, chrétiens, une image bien ressemblante de la piété de notre siècle? Car ne regardons point cette dévotion pharisienne comme un fantême que la loi de Jésus-Christ a dissipé. Elle subsiste encore , et elle subsiste jusqu'au milieu du christianisme , jusque dans le sein de l'Église. En voulez-vous être persuadés? Il ne faut qu'un peu d'attention à ée qui se passe tous les jours autour de vous. Un homme a ses heures et ses temps marqués pour la prière , pour la lecture des bons livres, pour la fréquentation des sacrements : c'est un ordre dévie qu'il s'est tracé, ou qu'il a reçu d'un directeur; il y est attaché ; et toutes les affaires du monde ne lui féraleitt j[>as omettre un point de ce quV>n lui a prescrit , ou de ce qufH s'est prescrit lui-même. Mais , du reste, entendez^ parler dans una wnvetwition, il tiendra les discours les plus satiriques «t les plus médteanta; dMn ton pfeux et dévot il condamnera l'un, il révélera ce qu'il y a de lOiii secret dans la coodoitede l'autre, il n'épargnera personne; et, comme s'il était envoyé du ciel pour la réformation générale des hmnrb, il fera impunément le procès à tout le genre humain. Mais voyez-le a§ir daas un différend où il se croit offensé , il n'y aura point de satisfioMStion quil ae demande, ni peutêtre même point de réparation qui le puisse coih tenter; il regardeva sa propre cause comme la cause de Dieu, ou du moins Jamû ne lui mettrez-vous dans Tesprit qu'il ait qodque tort, et que toute la Justice ne soh pas pour lui : principe spécieux dont il s'autorisera pour nourrir dans son comr les plus
vifs ressentiments 9 et pour justifier dans la pratique Jes plus injustes et les plus malignes vengeances.' Une femme est la première à toutes les saintes assemblées-, elle a l'usage de la méditation , et elle aspire à l'oraison la plus relevée : elle ne se pardonnerait pas de s'être dérangée seulement une fois d'une certaine méthode qu'elle suit, et dont elle se fait une règle invariable. Mais venez à la contrarier dans une rencontre, vous la trouverez fière, hautaine, impatiente et aigre , se prévalant de sa vie régulière et de son exacte vertu, pour vouloir être d'ailleurs en liberté de faire tout ce qui lui plaît et selon qu'il lui plaît. Mais tâchez à pénétrer dans l'intérieur de son ménage, et sachez comment elle s'y comporte; elle n'a ni complaisance pour un mari , ni affection pour desenfants , ni vigilance sur des domestiques. Il faut que chacun souffre de ses caprices, et tour à tour essuie ses chagrins. Pourvu qu'elle ait passé devant les autels une partie de la journée , qu'elle ait assisté à certaines cérémonies , tout serait renversé dans une maison, qu'à peine elle y prendrait garde, et y donnerait quelque soin. Que n'aurais-je point à dire de tous les autres états, si je voulais pousser plus loin ce détail ? En est-il un qui ne me fournît des exemples sensibles et fréquents de ces piétés frivoles et mal entendues ? Les ministres mêmes du Seigheur, qui néanmoins doivent servir de modèles aux peuples et les conduire dans les voies de Dieu , ne tombent-ils jamais dans un égarement si funeste , et combien en a-t-on vu témoigner le zèle le plus ardent pour maintenir ou pour rétablir la discipline de TÉglise, et cependant diviser, en quelque sorte l'Église même, latroubler, la scandaliser, y entretenir les factions et les révoltes? Sur cela^ mes chers auditeurs, que pois-je faire autre chpse que de reprendre l'anathème lancé par Jésus-Christ, et de redire après lui : rœ i?oW5 / Malheur à vous! non plus seulement à vous , scribes et pharisiens , mais à vous , chrétiens, indignes du nom que vous portez et de la religion que vous professez. Malheur, non point seulement à vous qui vivez dans un libertinage déclaré, et vous abandonnez ouvertement à la corruption du monde , mais à vous qui , faisant état d'être à Dieu, et de vous avance^ dans le service de Dieu, voulez porter vôtre vol aux pkis hauts degrés de la sainteté , tandis que vous en négligez les fondements.
Car quels sont les fondements de la sainteté chrétienne telle que Jésus-Christ Wi-même nous Fa proposée? L'exemple de ce Jeune homme de l'Évangile nous le fait évideniment' connaître. Il se sentait touché de Dieu, il voulait travailler à sa sanctification et à son salut; et sur èela il vint conàiolter ce divin Maître, à qui de toiiteé partâ l'on s'adressait pour entendre de sa bouche iè» ^Miêês étënielfes. l Or que loi dit d'abord le Fiiâ'dlBDieu?Xu1 parla-Ml
SUB lA VBÀIE ET LÀ FAUSSE PIÉTÉ.
d*uQ renoncemeat absolu à tous les biens qu'il possédait? lui expliqun-t-il les mystiques opérations de sa grâce? Tentretint-il des dons sublimes et particuliers d'une oraison eitraordinaire? Non, mes chers auditeurs ; mais , Gardez les commandements , lui répondit cet Homme-Dieu : Serva mandata, (M\TTH., 19.) Voilà, préférablement à tout le reste, ce que vous avez à faire; et si vous ne bâtissez là-dessus, tout TédiGce de votre perfection n*étant appuyé que sur le sable , il se détruira de lui-même , et vous accablera sous ses ruines.
Je puis donc appliquer ici ce que disait le grand apôtre : ^ju^n^^ J® parlerais toutes les langues du monde, et le langage même des anges ; quand j*aurais le don de prophétie, que je serais instruit de tous les mystères Dieu, et que rien n'échapperait à mes connaissances; quand je ferais des miracles jusqu'à transporter les montagnes, que j'épuiserais tous mes fonds pour le soulagement et la subsistance des pauvres, que je me présenterais au martyre, et que je livrerais mon corps aux plus cruels tourments, si je n'ai pas la charité de Dien (or comment l'aurais-je en n'observant pas ce que m'impose sous de grièves peines la loi de Dieu? }; si, dis-je, je n'ai pas cette charité divine, je ne suis rien , ou je ne sijds tout au plus qu'un airain sonnant ou qu'unecymbale retentissante. Ce n'est pas assez : mais comme le même docteur des nations, parmi les caractères de la charité, dont il relève si haut l'excellence, nous marque, en termes formels et en détail, qu'elle est patiente, qu'elle est douce et blenfiiisante; qu'elle n'est sujette ni aux jalousies, ni aux emportements et aux colères; qu'elle ne pense point mal du prodiain ; qu'elle n'aime point l'injustice, etqu'ellene8'enréjouitpoint;enfin qu'elle endure tout, qu'elle supporte tout : il s'ensuit de là que, si je ne sais pas me modérer dans les rencontres, et, selon l'expression de l'Évangile, posséder mon flme dans la patience; que si je n'ai pas toute la douceur qu'il fout pour entretenir la paix dans une famille et avec des prodies; que si, bien loin d'être porté à obliger et à contenter tout le monde, je conçois de secrètes envies contre l'un, je me laisse aller à des éclats contre l'autre; que si je me préviens aisément de &UX soupçons et de préjugés désavantageux aux personnes avec qui j'ai à vivre, ou qui sont sous mon obéissance; que si, prenant pour équité tout ce qu'un zèle aveugle m'inspire, je travaille sourdement à chagriner le prodiain, à le traverser et à l'hiunilier, et que sa peine, à laquelle je devrais être sensible, soit au contraire un sujet de triomphe pour moi , avec cela , j'ai beau d'ailleurs multiplier exercices sur exercices, et prières sur prières , tonte ma piété s'évanouit comme une filmée, et ne peut être devant Dieu de nul poids.
De là même que n'aorions-notts point lieu de pen-
ser et de dire, mes chers auditeurs, de ces femmes pieuses, ou se flattant de l'être ; mais qui, sans égard à l'engagement d'un légitime mariage, et au sacré lien dont elles sont attachées , demeurent tranquillement dans des divorces qu'elles tâchent de justifier par de spécieux prétextes , et que le public équitable et droit est forcé de condamner? Que ne pourrionsnous point penser et dire de tant d'autres sur divers sujets que je passe, et qui ne sont que trop connues? Qu'en pense-t-on', en effet, et qu'en diton ? On demande comment telle ou telle chose , dont elles n*ont aucun remords de conscience, peut s'accorder avec la dévotion. On ne le comprend pas, et il est aussi très-difQcile et même impossible de le comprendre. Cependant elles s'en tiennent à leurs pratiques ordinaires, elles y appliquent toutes leurs pensées, elles y donnent tous leiurs soins; et si elles s'accusent au saint tribimal, si elles croient avoir des reproches à se faire , ce n'est que de quelques négligences là-dessus, et^de quelques fragilités qu'elles se représentent comme de grièves transgressions.
Mais quoil ces pratiques ne sont-elles pas bonnes, et doit-on les négliger? Ah! chrétiens, voilà notre aveuglement, d'aller toujours aux extrémités qui sont vicieuses, et de ne prendre jamais le milieu , où consiste la vertu. De borner sa piété à certains points de surérogation et de pure dévotion , qui ne sont que le complément de la loi, tandis qu'on en laisse le fond , c'est un excès dont la seule exposition que je viens de faire vous découvre assez le désordre; mais aussi de se renfermer tellement dans le fond et l'obligation de la loi, qu'on ne se porte jamais au delà , et qu'on abandonne toutes les pratiques d'une ferveur chrétienne , c'est im autre excès injurieux à Dieu et à sa grâce, pernicieux pour nous-mêmes, et très-dangereux dans ses suites. Injurieux à Dieu , qui se montre si libéral envers nous , et avec qui l'on use de réserve : injurieux à la grâce de Dieu, qu'on retient captive, et dont on mesure les mouvements , quoique dans son action elle soit essentiellement libre; pernicieux pour nous-mêmes , puisque par là nous nous privons d'un comble infini de mérites et de trésors célestes , que nous pourrions amasser en cette vie , et que nous retrouverions dans l'éternité ; enfin très-dangereux dans ses suites, puisque de la négligence à l'égard des plus petites choses, l'on va promptement à la négligence dans les grandes. Quelle est donc la perfection, et par conséquent la vraie piété? c'est l'assemblage des unes et des autres ; c'est cette plénitude de fidélité qui réunit tout et qui embrasse tout , le précepte et le conseil : le précepte par devoir, et le conseil par amour; le précepte, parce que c'est l'ordre de Dien, et le conseil parce que c'est le gré de Dieu. Car voilà l'exemple que Jésus-Christ paémCt
SUR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÉTÉ
notre Sauveur et notre modèle , nous a donné , lorsque , se présentant au baptême de Jean , il dit à ce divin précurseur qui , dans la surprise où le jetait rhumilité de son Mattre, refusait de le baptiser : lïe vous opposez point à ce que je fais; il faut que j*accomplisse ainsi toute justice : Sic enim decet nos implere omnemJuslUiam. ( Màtth., 8. } Voilà ce que le même Fils de Dieu nous a encore proposé dans sa personne pour notre instruction et comme le sujet de notre imitation, lorsqu'il disait aux Juifis qu'il n'était pas venu pour abolir la loi , mais pour la remplir; et qu'expliquant ensuite ce que c'est que de remplir la loi , il ajoutait qu'il n'en passerait pas un point ni une lettre : Ma unum aui unns apex non prxteribU a lege, donec omnia fiant. ( Id. , 5. ) Voilà l'excellente règle qu'il nous a prescrite en deux paroles, qui , dans leur brièveté, sont comme le précis de toute la conduite d^unclirétien : Faites ceci , et n'omettez pas cela. Faites ceci , on TOUS le commande; et n'omettez pas cela, on vous y exhorte. Puisqu'on tous commande l'un, vous le devez faire avant tontes choses, et c'est par où il faut commencer ; et puisqu'on vous exhorte h l'autre, vous ne devez pas l'omettre; mais un saint zèle de plaire à Dieu, et de vous avancer dans les voies de Dieu, doit vous y engager, I/œc oporluU facere, H Uia non omiftere, ( Id., 23. ) De là , mes frères, s'il y avait à choisir entre Tun et Fautre, le premier demanderait incontestablement la préférence. Mms run peut s'accorder parfaitement avec Fautre , et la vraie piété fait cette meneilleuse union . Piété entière dans son sujet; et de plus , piété désintéressée dans sa fin. Nouvel avantage qui la distingue de la piété des pharisiens, comme nous Talions voir dans la seconde partie.
Entre les passions il n'en est point de plus communeni de plus répandue dans les cœurs des hommes que l'intérêt, et je puis même ajouter que l'intérêt est une passion universelle, qui entre dans toutes les autres , et qui leur donne pour agir le mouvement et l'impression. En effet, l'intérêt, tel que je l'entends, n'est autre chose que l'ainour de soi-même ; et qui ne sait pas jusqu'où s'étend cet amour-propre, et quelle est son adresse à s'insinuer partout et à se trouver en tout ? Que prétend le vindicatif en poursuivant avec chaleur son ennemi , et cherchant à le détruire? il veut Contenter son ressentiment; et cette satisfaction qu'il se pro(;ure, c'est ce que j'appelle son intérêt. II en est de même du libertin, du voluptueux et des autres. Mais , chrétiens , ce que nous ne pouvons assez déplorer, c'est que la piété n'ait pas été elle-même à couvert des atteintes de l'intérêt, et qu'il corrompe encore tous les
jours ce qu'il y a de plus pur et de plus saint dans le christianisme.
Telle fut la passion prédominante des pharisiens ; et, selon le rapport que nous en font les évangélistes, deux fins principales étaient tout le motif de leur religion et des bonnes œuvres qu'ils pratiquaient. Ils voulaient être honorés, et, malgré Paustérité qu'ils affectaient au dehors , ils voulaient être abondamment pourvus de tout ce qui peut contribuer aux commodités et aux douceurs de la vie. Le spécieux et l'utile , un état aisé et une domination absolue sur les esprits, voilà où ils aspiraient. Et que faisaient-ils pour cela? tout ce que les saints ont coutume de faire par le principe d'une vraie piété : ils se tenaient dans la retraite , ils passaient les journées entières et même les nuits dans le temple, ils employaient presque tout le temps, ou à clianter les louanges du Seigneur, en présence de son autel , ou à s'entretenir avec lui en de longues oraisons; ils ne respiraient, ce semble, que pénitence et que mortification ; ils ne parlaient que d^abstinences et déjeunes, ils condamnaient tout ce qu'ils voyaient, et gémissaient sans cesse sur la dépravation des mœurs et la corruption de leur siècle. De là qu'arrivait-il? ce qui n'est encore que trop de fois arrivé dans les âges suivants : les peuples, crédules et faciles à séduire par les apparences, concevaient pour eux de la vénération; grand nombre de femmes, pieuses de cœur, et conduites par une bonne intention, mais du reste, selon le faible ordinaire de leur sexe , jugeant de la dévotion par je ne sais quelle sévérité , et se formant là-dessus dos préjugés aussi difficiles à déraciner d*une âme simple que prompte à s'y établir, se déclaraient en leur faveur, prenaient leur parti et se rangeaient sous leur direction; leur abandonnaient, avec le soin de leur salut , l'administration de leurs biens, les enricin'ssaient de leurs fonds, s'épuisaient pour les entretenir, et pensaient faire un sacrifice à Dieu en lui conservant, par de larges et d'amples contributiens , des hommes si élevés , si saints , si parfaits; car voilà ce qui est exprimé dans l'Évangile. Mais ce n'est pas tout : de cette prévention générale et si favorable , suivait encore un autre effet , non moins avantageux ni moins conforme aux vues ambitieuses de ces dévots remplis d'orgueil ; c'est que par là ils acquéraient un crédit qui les rendait maîtres de tout ; qu'ils gouvernaient les familles , qu'ils ordonnaient dans les maisons , qu'ils décidaient dans les entretiens; que, dans les synagogues , dans les cérémonies , dans les places publiques, on leur rendait de profonds respects et on leur faisait toute sorte d'honneurs : c'est ce qui les flattait, et de quoi ils étaient jaloux. Mais qui leur attirait tout cela? l'idée qu'on avait de leur piété. Voilà, leur disait le Fils de Dieu, le fruit de vos
SDR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÉTÉ
prières , de ces prières vénales que vous recommeacez; si souvent, et que vous faites durer si longtemps : Orationes longcts oran^^. (Matth., 33.) Voilà, dit saint Marc, par où ils devenaient si puissants et si opulents : Svb obtentuproUxœorationis.
( Ib., 12. )
Or, de toutes les fausses piétés , je prétends qu'il n'en est point de plus indigne que cette piété mer^ cenaire et intéressé^. Elle est également criminelle devant Dieu, qui pénètre dans les plus secrets replis du coeur, et odieuse devant les hommes, lors; qu'ils viennent à la connaître, et qu'ils peuvent percer au travers du voile qui la couvre. Écoutez ceci, sll vous plaît. Je dis fausse piété la plus criminelle et la plus abominable devant Dieu : car quelle profanation, remarque saint Ghrysostôme, et quel sacrilège que d'abuser*ainsi , non plus seulement des choses saintes, mais de la sainteté même ! Si nous avions enlevé les vases de l'autel , comme fit autrefois ce roi de Babylone, et que nous les eussions souillés et profanés, ce serait un attentat digne des plus rigoureux châtiments : pourquoi ? parce que ces vases sont sacrés. Mais qu'est-ce après tout que la sainteté de ces vases , eu comparaison de la sainteté qui est en nous, ou qui y doit être ? Ces vases ne sont pas proprement saints, ou ils n'ont , pour m'exprimer de la sorte, qu'une sainteté métaphorique, qu'une sainteté d'analogie et de rapports; mais celle qui réside dans nos personnes est la forme même qui sanctifie, est l'onction même de la grâce divine, est la source de toute autre sainteté. De là donc, reprend saint Ghrysostôme, jugez quel est votre crime aux yeux de Dieu , quand vous corrompez cette sainteté par des intérêts tout humains , quand vous la faites servir, ou à votre avarice , ou à votre ambition; quand , par la plus monstrueuse alliance, vous voulez joindre ensemble dans un même sujet, la piété et la cupidité ; la piété, c'est-àdire ce qu'il y a de plus précieux et de plus pur, et la cupidité , qui d'elle-même est toute matérielle et toute terrestre.
Aussi Salvien ne comprenait-il point de mépris de Dieu plus formel que celui-là, et c'est ainsi qu'il 8*en est expressément déclaré. Servir le monde pour Dieu , disait ce grand évéque , c'est une vertu ; servir le monde pour le monde, c'est un désordre : mais qu'est-ce que de servir Dieu pour le monde ? n'estce pas rinjure la plus signalée que puisse recevoir de nous ce souverain Être? Or tel est l'outrage que lui fait une piété intéressée : car notre intérêt devient alors notre fin , et nous n'envisageons plus Dieu que comme un moyen pour y parvenir ; et parce que ce n'est pas la fin qui sert au moyen, mais le moyen qui sert à la fin , bien loin que nous servions Dieu dans cette disposition , nous voulons que Dieu nous serve, qu'il serve à notre convoitise,
qu'il serve à notre délicatesse , qu'il serve à notre vanité et à notre orgueil , selon la juste plainte qu'il en faisait par son prophète : Servire me fecisU in peccatis tuis, (Isai., 4S.)
De là encore fousse piété, non-seulement criminelle devant Dieu, mais odieuse aux hommes. On la hait dès qu'on l'aperçoit , et partout où on Taperçoit ; et je ne m'en étonne pas , puisqu'il n'est rien de plus dangereux ni de plus à craindre que l'intérêt mUé dans la dévotion , ou que la dévotion gouvernée par l'intérêt. Un dévot da ce caractère (perm'ettez-pHH cette expression), on dévot intéressé est capable de tout. Prenez garde, capable de tout : premièrement, parce qu'il donne à' tout, et quelquefois aux plus grandes iniquités , une apparence de piété qui le trompe lui-même, et dont il n'aimerait pas qu'on entreprit de le -détromper; mais, en second lieu, capable de tout, parce que, quelque dessein que la passion lui suggère, sa piété, ou plutôt l'estime où cette piété ^tueuse l'értablit , le met en état de réussir. Vejot-U pousser une vengeance , rien ne lui résiste ; veut- il supplanter vo adversaire, il est tout-puissant; veut-il flétrir la réputation du prochain et le décrier, son seul témoignage ferait le procès à l'innocence même. Et n'esta» pas (je ne ferai point ici difficulté de le dire, non pour décré* diter la piété , à Diçu ne plaise 1 mail pour condamner hautement les abus qui s'y peuvent glisser, et qui s'y sont glissés de tout temps), n'est-ce pas par la voie d'une fausse'piété qu'on a vu les plus faiblessujets s*élever aux plus lâuts rangs ; les hommes les moins dignes de considération et de recommandation, être néanmoins les plus recommandés et les plus considérés, et, sans d'autres titres ni d'autre mérite qu'un certain air de réforme , emporter sur quiconque la préférence et s'emparer des premières places? Or je voas demande s'il est rien qui, selon les sentiments naturels , doive plus attirer i^otre aversion et notre indignation ?
Oui, mes frères, ne le dissimulons point, c'est cet intérêt qui , dans tous les siècles , a été le grand scandale de la dévotion, et qui l'a , si j'ose user de ce terme, avilie dans le monde. Voilà ce qui a fait parler les hérétiques , et ce qui les a rendus si élo- , quents contre nous. Cet abus qu'ils ont remarqué dans la plus saine partie des fidèles , de ne se consacrer à l'Église que par intérêt , que pour se pro- ' curer un établissement honorable , que pour être revêtu d'un dignité éclatante et pour y paraître dans la splendeur, que pour posséder, comme dit le prophète , le sanctuaire de Dieu par héritage ; de ne s'y engager qu'autant qu'il est du bien d'une famille, et de n'en estimer les ciiarges et les bénéfices qu'à proportion de leurs revenus et de leurs profits : cette avidité qu'ils ont trouvée en quelques ecclésiastiques, cette ardeur à moissonner le temporel
SUR LA VRAIE ET LA TAUSSB PIÉTÉ
où ils avaient semé le spirituel , ne s'ingérmit dans les ministères sacr4s et n-y donnant leurs soins que selon la.mesuredes émoluments qu*ils en pouvaient retirer ; ce zèle si vif et si inquiet qu'ils ont observé en d'autres , à faire valoir leurs droits, s'érigeant en souverains , et cherobaot à se repaître eux-mêmes de certains honneurs, «ous prétexte de repaître les âmes; cette émulation dont ils se sont aperçus entre sociétés et sociétés, pour accréditer certaines dévotions qui'leur étaient utiles, et pour y attirer les peuples : tout cela, chrétiens, ee sont les sujets ordinaires wr lesquels les ennemis de l'Église ont exercé leur censure, sur lesquels ils ont triomphé. Et même encore aujourd'hui quelle idée ont de la piété les gens du monde? qu'en pensent-ils, et comment en parlent-ils? Prévenus des pr^ugés que tant d'épreuves ont établis dans le oionde comme des prnBoipes incontestables contre le parti de la dévotion , ils se persuapdent que toutes ks personnes dévotes tentent à leinrs fins ; que Vnn veut s'insinuer dans l'esprit d'un grand, que l'autre ménage un appui dont -il a besoin , que celui-là s*ost mis en tête de se faire nn tribonal et de dirîgeir, que celui-ci a d'autres attache» encorepUis criminelles : c'est ainsi qu'on s'en explique, et vous savez avec quel mépris;. JB9que*là que ce qui devrait être un éloge est devenu^ par lapins triste décadence, un reproche, et qpele t^rme d'homme dévot, de femme dévote, qui) dans sa propre signification , exprime ce qu'il y a dans le christianisme de plus respectable, porte présentement avec soi comme une tache qui en obscurcit tout l'éclat et le ternit.
Voilà pourquoi le Fils de Dieu, envoyant les apôtres prêcher son Évangile , roulait qu'ils s'y employassent avec le plus parfait désintéressement; en sorte qu'il ne leur permettait pas d'avoif pkis d'une robe pour se couvrit , et qu'il leur' défendait de ménager aucun fonds pour leur subsistance. Voilà pourquoi il leur recommandait si fortiement de ne cher'' cher ni honneurs , ni dignités, ni préséant^ , même dans son royaume, qui est son Égtfse, leur faisant entendre que leur véritable élévation consisterait dant leurs plus profonds abaissements, et que le plus grand d^entre eux devait être le plus: petit : Qtd m(yor est in vobi8,/Uxt sicuf fninor. { Lu<î., 22.) Voilà pourquoi les apôtres, suivant les divines instructions de cet adorable Maître, prenaient tant de soin, dans l'exercice de leur ministère, d'éloigner de leurs personnes tout soupçon d'intérêt, convaincus qu'ils ne pouvaient sans cela profiter aux âmes, et que , du moment qu'on viendrait à découvrir dans leurs fonctions apostoliques quelque Intérêt, on perdrait pour eux toute créance , et l'on refuserait de les écouter. Voilà pourquoi saint Paul en particulier, instruisant les Corinthiens , leur faisait tant remarquer ce caractère de désintéressement , qui
le dégageait de toute vue humaine dans les travaux de son apostolat. £h! mes frères ^ leur disait-U, considérez notre conduite, voyea notre état, et'ju* gez si c'est une vaine gloire, on l'espérance d'ono fortune temporelle, qui nous touche. Nonsvoiii annonçons la foi, et, selon la foi, nous sommes vos pères en Jésus-Christ; mais , selon le monde, nous sommes les derniers des hommes. Tout chrétîeiis que vous êtes, vous ne laissez pas d'occuper des places et d'avoir des rangs qui vous distinguent ; mais nous, nous ne sommes rien. Vous êtes puissants, et nous sommes faibles : Nos infirmi, vos aulem fortes, {i. Cor.j 4.) Votre nobkesse voiis fait honorer, et l'on nous confond parmi la plus vite populace : f^os nobiles, nos cnttem ignobiles. (Ibid.) Qu'avons-nous reçu jusqu'à présent; et, par rapport à cette vie, quel profit avons-nous retiré do toutes nos fatigues? Vous le savez , et vous en êtes témoins. Nous souffrons la faim , la soif, la nudité, toutes sortes de misères : Vsque in hanc horatn e^ esurimus, et sitimus, et nudi suinus, (Ibid.) On nous accable d'opprobres et de coups, on nous chasse, on nous bannit, et nous sommes partout errants comme des vagabonds : Et cOlcq>his esedimur, et instabilessuntus, (Ibid.) Enfin on nous regarde et on nous traite comme le rebut des hommes : Tanqmm purgamerUaht^fusmundkfaétlsimus,ÇfiAà,) An reste, conclut le saint apôtre*^ si je vous dis toutes* ces choses, ce n'-e9[t point pour vouslep reprocher ni pour vous en donner de la confusion; mais afin de vous faire voir qu*en travaillant auprès de vous , nous ne travaillons que pour tous , et que nous ne cherchons que vous-mêmes.
Ainsi parlait ce docteur des gentils; et qui peut dire quelle Impression faisait sur les esprits ce parfait détachement ? Ayons-le nous-mêmes dans notre piété, dirétiens; c'est à quoi le monde la connaîtra;, et As^ qu*il respectera , ce qu'il canonisera : mais , sans égard aux jugements du monde , c'est devant Dieu ce qui nous sanctifiera; I^os prièi^ alors monteront à son trône comme un agréable parfum. Il recevra notre encens, parce qu'il tfy aura nul mélange qui le corrompe. Heureuse donc une âme qui, dans les choses de Dieu, cherche Dieu et n'y cherche rien avec Dieu ! Remarquez , s'il vous plaît, ces deux paroles ; qui cherche Dieu, qui no cherche rien avec Dieu. Tel est, si je puis user de cette expression , le dotible sceau d'une vraie piété. Ne pas chercher Dieu , c'est un oubli qui l'outrage ; et comment accepterait-il ce qui ne lui est pas offert? Chercher quelque chose avec Dieu , c'est un partage qui l'offense. Car on vous l'a dit cent fois , et il est vrai : le Dieu que nous servons , ou que nous devons servir, est un Dieu jaloux; et d'un cœur tel qîie le nôtre , c'est-à-dire d'un cœur qu'il a formé tout entier, il ne veut pas que rien lui échappe. Il s'en est
SDR LA VRAIE ET LA FAUSSE PIÉTÉ
eipliqiié dans rane et dans l'autre loi :ilnoi» a dit par aes prophètes qa'il était trop grand, et notre eoBUr trop étroit pour y pouvoir placer quelque autre avec lui; et par la bouche de son Fils, notre Sauveur, il nous a marqué expressément qu'on ne pouvait être tout ensemble à deux maîtres, surtout qu'il fallait ou le renoncer lui-même, ou renoncer à Tintérét : Non potestis Deo servire et mammonœ. (Màtth. , 6.) Et à quel autre intérêt, Seigneur, pouvons-nous être en effet sensibles, qu'au bonheur de vous trouver et de vous posséder I Or, en vous cherchant et ne cherchant que vous, on vous trouve infailliblement , et l'on se met en état de vous posséder éternellement, r^'étes-vous pas assez pour nous , et qu'aurions-nons à souhaiter au delà ? lïous le dirons donc comme votre prophète , Seigneur, et dans le même sentiment que lui : Quid mihi est in axh , et a te quid vokd super terram * ? [Psal,, 72.) Que peuvent me présenter et le ciel et la terre qui me soit plus clier que mon Dieu, qui me soit aussi cher que mon Dieu , qui me soit cher en quelque manière après mon Dieu , s'il ne l'est en mon Dieu? A te quidvoluif Oui, Seigneur, vous serez seul désormais tout mon trésor et toute ma gloire. Alors, chrétiens, il ne nous restera qu'à rendre encore notre piété intérieure , au lieu que celle des pharisiens ne fut qu'une piété apparente. C'est le sujet de la troisième partie.