‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 149 sur 225 · POUR LA COMMÉMORATION DES MORTS · texte numérisé non relu

POUR LA COMMÉMORATION DES MORTS

ces âmes soufEraates soient actuellement les victimes de sa justice, il souhaite que nous agissions pour elles; et tandis quMl leur fait sentir le poids de ses jugements , c*est alors qu'il se platt davantage à' être prié en leur faveur. Au lieu de nous dire comme à Moïse, DimiUe me, ut irascatur furor meus, il nous dit au contraire : Opposez -vous, chrétiens, à ma vengeance, et n'abandonnez pas à ma colère ces âmes que j*aime et que vous devez aimer; ne souffrez pas que ma justice exige d'elles , sans rémission, tout ce qui lui est dû; tout inexorable qu'elle est, vous radoucirez, vos prières la désarmeront, elle cédera à vos bonnes œuvres. Serions-nous assez durs pour résister à une telle invitation?

Je ne vous dis rien , mes chers auditeurs , de l'intérêt des âmes mêmes pour qui je tâche aujourd'hui d'émouvoir votre piété; les peines qu'elles endurent parlent assez hautement pour elles. Vous me demandez ce que soufitre une âme dans le purgatoire, et moi je réponds qu'il serait bien plus court de demander ce qu'elle n'y souffre pas. Elle y souffre, dit le concile de Florence, le plus insupportable de tous les maux, qui est la privation de Dieu; et cela seul Tui ferait du purgatoire un enfer, si l'espérance ne la soutenait. Elle y souffre, dit saint Augustin, les impressions miraculeuses , mais véritables , d'un feu qui lui tient lieu d'un second supplice. Torquetwr miris, sed verts ^ modis (Auoust.); d'un feu d'autant plus vif dans son action , qu'il sert d'instrument à un Dieu vengeur, et vengeur du péché; d'un feu, ajoute ce saint docteur, en comparaison duquel ce feu que nous voyons sur la terre n'est rien ; d'un feu dont l'âme pénétrée, de quelque manière qu'elle le soit, souffre plus elle seule que tous les martyrs n'ont jamais souffert, ressent des douleurs plus aiguës que celles de toutes les maladies compliquées dans un même corps : c'est de quoi les 4 théologiens conviennent. Or, il n'y a point de barbare qui ne fût touché de ce que je dis , s'il le comprenait et s'il en était persuadé comme nous. En effet , que serait-ce si Dieu , au moment que je vous parle , faisait paraître devant vous ces âmes afQigées, et que vous fussiez témoins de leurs tourments? que serait-ce si vous entendiez leurs gémissements et leurs plaintes, et si, du fond de leurs cachots , elles poussaient jusqu'à vous ce cri lamentable : MiseremifU meif (Job, 19.) Vous, mon cher auditeur, si tendre à la compassion , vous qui , sans frémir, ne pourriez voir un criminel à la torture, verriez-votts sans pitié tant d'âmes justes dans le triste état où elles sont réduites? Vous êtes en peine de savoir qui sont ces âmes; mais pouvez-vous l'ignorer? Approchez-vous, dirais-je, reconnaissezles : Voilà l'âme de votre père, de ce père dont vous possédée les biens , de ce père qui s'est épuisé pour

vous, de ce père à qui vous devez tout ce que vous

êtes; il souffre peut-être de vous avoir trop élevé, et il attend de votre reconnaissance que vous preniez au moins maintenant ses intérêts auprès de Dieu. Passez plus avant : voilà cet ami dont la mémoire vous devrait être si précieuse , et à qui peutêtre vous ne pensez plus; il est présentement en état d'éprouver si votre amitié était sincère; il languit , et il ne peut être soulagé que par vous ; priez , et Dieu mettra fin à ses peines : dans un besoin si pressant lui refuseriez«vous un secours qui lui est nécessaire , et qui doit vous coûter si peu ?

Mais peut-être êtes-vous de ces hommes qui n'aiment qu'eux-mêmes, et qui n'ont égard qu'à leur intérêt propre. Eh bien! mon cher auditeur, si vous êtes de ée caractère, quoique cet esprit d'intérêt soit bien éloigné de la pure et parfaite charité, cherchez votre intérêt, fyconsens, pourvu que vous le cherchiez par les voies droites, et par les moyens Intimes que vous présente la religion. Or, je vous demande, quel intérêt plus grand pour vous que de contribuer à la délivrance d'une âme du purgatoire ? quel avantage que de pouvoir dire : Il y a une âme dans le ciel qui m'est en partie redevable de son bonheur, une âme que j'ai mise en possession de sa béatitude, une âme spécialement engagée à prier pour moi! ne peut -on pas compter cet avantage parmi les grâces du salut, et peut-être parmi les marques de la prédestination future? Ah ! dirétiens, si Dieu, par une révélation expresse, me faisait aujourd'hui connaître dans le séjour bienheureux une âme que j'eusse tirée du purgatoire, et qu'il me la marquât en particulier, avec quelle foi ne l'invoquerais-je pas? avec quelle confiance n'aurais-je pas recours à elle? avec quelle ferveur ne lui recommanderais-je pas mon salut étemel? Or, il ne tient qu'à vous et à moi d'avoir cette consolation : car s'il y a en effet quelqu'une de ces âmes fidèles dont nous ayons avancé le bonheur, quoique nous ne la connaissions pas, elle nous connaît bien , et nous pouvons toujours faire fond sur elle, comme sur une âme qui nous est acquise, dont nous avons été en quelque sorte les libérateurs, et par conséquent qui ne nous oubliera jamais. Non, elle ne fera pas comme cet officier de Pharaon, qui, dès qu'il fut sorti de sa captivité , ne se souvint plus de Joseph , ni des étroites obligations qu'il lui avait. Il n'est pas nécessaire que nous disions à cette âme glorieuse ce que Joseph dit à cet homme ingrat et méconnaissant : Mémento mei, dum bene tibi/uerU^ et facUis mecum nUsericordiam (Gènes,, 40) : Ame sainte, à qui , tout pécheur que je suis, j'ai pu procurer la libcârté et la félicité dont vous jouissez, souvenez-vous de moi dans le lieu de votre repos, et usez envers moi de miséricorde, comme j'en ai usé envers vous; soyez touchée de mon état, oommp je l'ai été du vêtre, et engagez Dieu par vos prières à me tirer de l'esclavage de mon péché» comme je

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