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FOUR

LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Fuit homo mùtui a Deo, eut nomen eratJoannet, Hic vtnit tu te»Hmonium , ut testimonium perhiberet d« lumine,

n y eut an homme envoyé de Diea , qui s'appelait Jean. Ce fut lui qui vint pour rendre témoignage à la lumière. Sàiirr Jean, chap. i.

Monseigneur ' ,

C'est le vrai caractère du glorieux précurseur saint Jean , dont nous célébrons aujourd'hui la fête. Un homme suscité de Dieu pour servir de témoin à celui qui, comme Fils de Dieu, et Verbe de Dieu, était la lumière incréée, un homme prédestiné pour

Messire Henri Feydeau de Broo , évéque d'Amiena.

annoncer et pour faire connaître au monde le Dieu incamé; un homme miraculeusement conçu par une mère stérile ; un homme dont on peut dire , dès soo berceau, que Tesprit de Dieu était en lui, et que la main du Seigneinr était avec lui ; un homme dont la mission fut autorisée par la plus éclatante preuve de la vérité, qui est son éminente sainteté : et tout cela, pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Voilà à quoi se réduisent les hautes idées que FÉvangile nous en donne. Il n*était pas la lumière : Non erat iUehtx ( JoAN. , 1 ) ; mais il était le témoin de celui qui fut la lumière même; de cet Homme-Dieu à qui seul il appartenait de pouvoir dire absolument et sans condition : Ego sum lux mundi; Je suis la lumière du monde. Car c'est pour attester la vérité de cette parole du Sauveur, que Jean-Baptiste est venu; et voilà, encore une fois, l'abrégé de son éloge : Hic venu intesHmoniûm, ut tesHmoniumperh^wreide Utmine. (Id. ) Éloge, mes chers auditeurs, que vous ne devez pas considérer comme un simple panégyrique du saint que l'Église honore en ce jour; mais comme un discours fondamental sur on des points capitaux de notre religion ; comme une instruction essentielle dans le christianisme ; comme une exposition du grand mystère de notre foi , qui est l'incarnation divine. Car entre Jésus-Christ et Jean- Baptiste il y a eu des liaisons si étroites , qu'on ne peut bien connaître l'un sans connaître l'autre : et si la vie éternelle consiste à connaître Jésus-Christ; Hsec estautemvitaxtema, u$ cognoscant te so» lum Deum verwn, etquem mUistiJesum Chrisfum (Id. 17 ) ; aussi une partie de notre salut consiste-t-elle à connaître saint Jean : or il suffit, pour le connaître parfaitement, de bien comprendre quil a été le témoin de Jésus-Christ , et qu'il est venu pour cela : Ilic venit in testimonium. Dès le moment de sa naissance, il délia, par un miracle visible, la langue de son père Zacharie, pour lui faire publier les louanges de Dieu. Opérez ici, grand saint, un pareil miracle, et déliez ma' langue, afin que je puisse dignement et utilement annoncer vos illustres privilèges et vos vertus à cet auditoire chrétien. J'ai besoin, pour y réussir, d'un puissant secours; et pour l'implorer plus efficacement, je m'adresse à la reine des vierges. Ave, Maria.

Il faut en convenir, chrétiens, c'est quelque chose de bien singulier dans la destinée de Jean- Baptiste , qu'il ait été choisi de Dieu pour servir de témoin au Sauveur du monde. Mais c'est encore quelque chose de plus surprenant, que le Sauveur du monde, tout Dieu qu'il était, ait eu besoin du témoignage de saint Jean; et que dans l'ordre, ou du moins dans Texécution des divins décrets, le témoignage de ce glorieux précurseur ait été nécessaire pour l'établissement de notre foi : or l'un et Tautreest néanmoins vrai, et FÉvangile, qui est

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notre règle, ne nous permet pas d'en douter. Oui, le Sauveur, tout Dieu qu'il était, a eu besoin du témoignage de Jean-Baptiste. Ainsi cet Homme-Dieu le reconnaissait lui-même, lorsqu'il disait aux Jnifi : Si testimonium perhibeo de me ^o , testimtmiwn meum non est verum : aiius est qui tesUmoniwn perkibet de me (JoAif.i 8); Si je rendais seul témoignage de moi-même, tous diriez, quoique iiyustement , que mon témoignage n'est pas rece?able ; mais en voici un autre qui rend témoignage de moi. Car selon la pensée de saint Chrysostdme , expliquant à la lettre ce passage, cet autre dont pariait Jésus-Christ, était saint Jean son précurseur. De plus , dans Tordre desdi? ins décrets , le témoignage de saint Jean était nécessaire pour l'établissement de notre foi. Car le même évangéliste, qui nous apprend que Jean est venu pour rendre témoignage à la lumière , Ut testimonium perhiberet delumine (Id. , 1 ) , en rapporte aussitôt la raison : Ut omnes crederent per ûlum; Afin que tous crussent par lui. D'où il s'ensuit que notre foi, je dis notre foi en Jésus-Christ, est donc originairement fondée sur le témoignage de ce grand saint, puisque en effet c'est par lui que nous avons cru; par lui que la voie du salut nous a été premièrement révélée; en un mot, par lui que nous sommes chrétiens. Ceci sans doute lui est bien avantageux ; mais ce n'est pas là néanmoins que je borne son éloge , et ce que j'ajoute en va faire le complément et la perfection. Car de même que Jean-Baptiste a servi de témoin au Sauveur du monde, le Sauveur du monde, par une espèce de reconnaissance , si j'ose ainsi m'exprimer, a voulu servir de témoin à Jean- Baptiste. De même que, par rapport à nous, le Sauveur, tout Dieu qu'il est, a eu besoin du témoignage de saint Jean ; saint Jean , par rapport à luimême, a plus eu besoin encore du téjnoignage du Sauveur; et autant que la foi chrétienne est fondée sur le témoignage que Jésus-Christ a reçu de son précurseur, autant la gloire du précurseur est-elle fondée sur le témoignage qu'il a reçu de J ésus-Christ. Voilà tout mon dessein , que je renferme en ces deux points : Jean-Baptiste rendant témoignage au Fils de Dieu ; c'est le premier : et le Fils de Dieu rendant témoignage à Jean-Baptiste ; c'est le second. De là deux conséquences pour votre édification : l'une, que nous devons tous à l'exemple de saint Jean , et en qualité de chrétiens , être autant detémoins de Jésus-Christ ; Fautre, que comme Jésus-Christ a rendu témoignage à saint Jean , il faut qu'il nous le rende un jour, et que nous méritions de le recevoir, si nous voulons être du nombre de ses élus. Imiter saint Jean, en faisant de nos actions et de notre vie un témoignage sensible et continuel, dont Jésus-Christ soit honoré; mériter comme saint Jean, aue Jésus-Christ , au moins

dans son dernier jugement, nous honore detdnt Dieu de son témoignage : deux eondusioiis morales dont la pratique bien entendue est le précis de toute la sainteté chrétienne, et pour lesquelles je vQUStlenumde une favorable attention.

Cinq choses, chrétiens, sont nécessaûres à quiconque est choisi pour témoin, et en doit fàm l'office : la fidélité et le désintéressement dans le témoignage qu'il por^, l'exacte connaissance du sujet dont il porte témoignage, l'évidence des preuves sur quoi il appuie son témoignage, le zèle pour la vérité en faveur de laquelle il rend témoignage , enfin la constance et la fermeté pour soutenir sou témoignage : or je trouve que samt Jean a eu dans le degré le plus éminent ces cinq qualités; car il a été pour le Sauveur du monde un témoin fidèle et désintéressé, un témoin instruit et pleinement éclairé, un témoin sûr et irréprochable, un témom zélé et ardent, un témoin constant et ferme. D'où je conclus qu'il a donc parfaitement répondu au dessein de Dieu sur lui, et que rien ne lui a manqué pour vérifier dans toute leur étendue ces paroles de mon texte : Hic venit in testimonium. Écoutez-moi, je ne dirai rien qui ne soit tiré de i'Évangiie même.

Je prétends d'abord que Jean-Bapliste a fait à l'égard de Jésus-Christ l'office d'un témoin fidèle et désintéressé. La preuve en est incontestable; car voici , selon i'évangéliste, le témoignage que rendit cet homme de Dieu, lorsque les Juifs lui députèrent des prêtres et des lévites), pour lui demander qui il était : Et hoc est testi^nonium Joannis ( JOAif. , 1.) Que fit-il ? il ne délibéra point, il confessa de bonne foi, et il protesta non-seulement sans peine, mais avec joie , qu'il n'était point le Christ : Et confessus est, et non negavU , et confessus est , Quia non sum ego Càristus. (Id. ) Ils le pressent : Quoi donc, êtes-vous Elie? et il leur dit , Je ne le suis point : Non sum. (Id.) Étes-vous prophète? il répondit. Non : Etrespondit, Non. (Id.) Mais qui êtes-vous , répliquèrent-ils , afin que nous puissions en rendre compte à ceux qui nous ont envoyés, que dites- vous de vous-même? et c'est alors qu'il leur fît cette humble , mais héroïque déclaration : Ego vox clamanUs (Id.); Je ne suis qu'une simple voix, qui crie, et qui annonce au monde la venue du Seigneur. Ah! chrétiens, quelle fidélité! en vit-on jamais un plus bel exemple? Prenez garde , s'il vous plaît : les Juifs étaient disposés, si saint Jean l'eût voulu, à le reconnaître pour leur Messie; c'est-à-dire pour leur libérateur et pour leur roi; et Jean, avec une droiture d'èime qui les étonne , renonce à cette dignité pour la conserver à Jésus-Christ: il n'avait qu'à dire une parole, il n'avait qu'à donner son consentement, et toute

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la synagogue serait venue en foule lui roncire hommage; mais il sait trop bien ce qu'il est, et à qui il est Non, leur dit-U , mes frères, je ne suis poiat ce Messie que vous attendez; vous loi faites tort, «t vous vous fûtes tort à vous-mêmes de le confondre avec moi : ce n'est point moi ; c'est un autre plus grand, plus fort, plus puissant que moi; un autre à qui je ne suis pas digne de rendre les plus vils services; c'est celui-là, mes frères, -qui est votre Christ et votre roi; ne le cherchez point dans ce désert , il est au piilieu de vous et vous ne le connaissez pas : je n'en ai ni le mérite ni la sainteté, je suis un homme pécheur; et l'erreur la plus pernicieuse et la plus grossière où vous puissiez tomber, est de m'attribuer cette qualité de Messie, qui est infiniment au-dessus de moi, et de tous les dons de grâce que je puis posséder. Encore une fois, y eut-il jamais un témoignage plus désintéressé et plus fidèle?

Concevez-le encore mieux par la réflexion que fait îd saint Chrysostôme, et dont sans doute vous serez touchés; la voici : Saint Jean , par une heureuse conformité de caractère, se trouvait si semblable à Jésus-Christ , qu'on le prenait souvent pour Jésus-Christ; et Jésus-Christ, par la même raison, quoique Fils unique de Dieu, était si semblable à saint Jean , qu'au rapport de l'Évangile , on le prenait aussi souvent pour saint Jean. Car de là vient qu'Hérode , apprenant les mtiracles que cet Homme-Dieu faisait dans la Judée , disait que c'était Jean-Baptiste qui [était ressuscité : et de là vient que les pharisiens, voyant la vie toute céleste que Jean menait dans le désert, ne doutaient point qu'il ne fût le Christ, jusqu'à lui envoyer une ambassade pour le saluer comme Ciirist. Peut-on rien dire de plus glorieux à l'avantage de ce grand saint? oui, chrétiens : et quoi? c'est que Jean-Baptiste, étant pris pour le Christ , et passant pour l'être, déclara hautement qu'il ne l'était pas , et refusa , sans balancer, l'houneur qu'on lui voulait faire , pour avoir celui d'être fidèle à son Dieu ; car la fidélité de ce témoignage valut mieux pour lui que toute la gloire et tous les honneurs qu'il eût pu recevoir de la synagogue. Mais admirez, chrétiens, les autres marques de cette fidélité : C'est pour cela , disent les Pères, que saint Jean, jusqu'à l'âge de trente ans, se tint caché dans le désert, sans vouloir converser avec les hommes , de peur que les hommes, déjà trop prévenus en sa faveur, ne s'attachassent à lui , au préjudice du souverain attachement qu'ils devaient avoir et qu'il voulait leur inspirer pour Jésus-Christ. C'est pour cela que, encore que la main du Seigneur fût avec lui par une disposition particulière de la Providence, il ne fit jamais de miracles , de peur d'autoriser l'erreur où étaient les Juifs qui le regardaient comme le Messie promis de

Dieu : car s'ils étaient prêts sans iot avoir vu faire aucun miracle, à le connaître pour le Messid , qu'auraient-ils fait s'ils l'avaient vu ressufbker ks morts, et commander aux vents et à la mer^G^ait pour cela qu'il ne parlait jamais de Jésùa-Glirlst qjoedans les termesles plus magaifiques etteploa sublimes , et de soi-même , au contraire , qu^vfo les sentiments de la plus profoado et dé k'plaB parfaite humilité, preDam phâdr. à s'abaisaerpoiir exalter Jésus-Christ, disant de Jésua-Christ, II faut qu'il croisse ; et de soi-même , U faut que je diminue ; témoignant que le comble de sa joie et l'accomplissement de ses désirs, était de vonr Je- Christ oonnu et adoré dans le monde. Ceux de mes auditeurs qui m'écoutent avec un esprit et un ccBor chrétien, comprennent et goûtent ce que je dis. Mais enfin, si saint Jean, fidèle à son Dieu^ refusa, connue il était juste , les honneurs dus au seul Messie, que n'acceptait-il ceux au moins qui lui convenaient , et que les Juifs, sans le flatter ni se tronaper, lui déféraient? que n'avouait-il qu'il était prophète, puisqu'il l'était en effet? que ne confessait-il qu'il était Élie , puisqu'il en avait l'esprit, et que c'était personnellement de lui que le Sauveur disait : Elias venu ( MàB€., 9) , Élie est venu ; c'est-à-dire Jeao- Baptiste, ea qui Dieu fait revivre l'esprit d'Élie? Non , chrétiens , il ne consent à rien de tout cela; il ne veut être ni Êlie, ni prophète, ni docteur, ni maître; il se contente d'être la voix de celui qui crie : Préparez les voies du Seigneur, Ego voxy pourquoi ? parce qu'il veut être tout au Seigneur, et rien à lui-même, parce que, comme la voix n'a point d'autre usage que d'exprimer la pensée et de la rendre sensible, aussi Jeau-Beptiste n'a-t-il point d'autre vue ni d'autre fin que de faire cenndtre le Verbe de Dieu, en rendant témoignage à i'Homme> Dieu : Hic venit ttl testimonium perhiberet de hh mine.

J'ai dit de plus que ce saint précurseur avait été , à l'égard du Sauveur du monde, un témoia pleinement instruit : car tout ce que nous savons de Jésus-Christ, et tout ce que nous devons en savoir, tout ce que la foi nous en révèle d'important et de nécessaire au salut, c'est Jean-Baptiste qui nous l'a enseigné le premier, par les différents témoignages qu'il a rendus à oe Dieu sauveur; et , en effet , c'est lui qui nous a fait connaître Jésus-Christ en qualité de Dieu-homme , en qualité de rédempteur, en qualité de sanctificateur des âmes , en qualité d'auteur de la grâce et des sacrements à quoi la grâce est attachée, en qualité de juste juge, qui récompense et qui punit; en un mot, dans toutes les qualités qui en ont fait un médiateur accompli : Tinduction en sera sensible , et n'aura rien pour vous de fatigant. Il nous a fait connaître Jésus-Christ comme ^ Dieu-homme , quand il disait de lui : Post me venU

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fir ftd anie me faciut est, quia prior me erat ( JoAN. , 1 ); Celui qui est Tenu après moi était avant moi. Car, pour raisonner avec saint Augustin, si Jésus-Christ était avant saint Jean, ce ne pouvait être qu'en vertu de sa divinité ; il était donc Dieu : s'il était après saint Jean , ce ne pouvait être qu'en vertu de son humanité; ii était donc homme : s'il était tout ensemble avant et après saint Jean , ce ne pouvait être que selon les deux natures qui subsistaient en lui ; il était donc en même temps Dieu et homme. C'est ainsi que concluaient les Pères contre les ariens, les nestoriens et les eutychiens; ce témoignage seul de Jean-Baptiste , Post me venit vir qui ante me foetus est (Id.), ayant dès les premiers siècles de TÉglise confondu tous les hérétiques qui combattaient le mystère de l'incarnation. H nous l'a fait connaître comme rédempteur, quand il le montrait à ses disciples , en leur disant : Ecce agnus Dei; Yoilà l'agneau de Dieu qui doit être immolé comme une victime pour le salut des hommes : Ecce qui toUU peccatum muneU (Id.) ; Voilà celui qui efface les péchés du monde : ce qu'il ajoutait, remarque saint Augustin, pour désabuser les Juifs de la fausse idée où ils étaient que ce Sauveur, si longtemps attendu et si ardemment désiré, devait seulement venir pour les délivrer de leurs misères temporelles, et pour les affranchir de la domination des Romains ; au lieu qu'il venait pour les dégager de la tyrannie du démon et de la servitude du péché , et qu'il n'était Sauveur que pour cela, n nous l'a fait connaître comme sanctificateur des âmes , quand il allait prêdiant partent que c'est de la plénitude de Jésus-Christ que nous avons teus reçu les dons célestes : Et de plenitudine ^us nos omnes aceepimus. (Id.) H nous l'a fait connattre comme auteur de la grâce et des sacrementa, a quoi la grâce est attachée, quand il apprenait aux Juifs que Jésus-Christ avait établi un baptême bien plus salutaire et plus efficace que le sien, un baptême qui ne consistait pas simplement dans la cérémonie de l'eau , mais qui , par le feu de la charité et par l'opération du Saint-Esprit, purifiait teut l'homme pour en faire un sujet digne de Dieu : Ipse vos bapUzabit in Spiritu sanctoetigni. (Luc. , 3.) Il nous l'a fait connattre comme juste juge , comme souverain rémunérateur, quand il assurait que Jésus-Christ viendra à la fin des siècles avec le van à la main pour séparer le bon grain d'avec la paille : Ctçus ventUabrum in manu ejus (Id.); c'est-àdîre pour séparer les élus des réprouvés, et pour rendre à chacun selon ses œuvres. Voilà en substance toute la théologie, qui se propose pour objet la personne sacrée de Jésus-Chîîst , et cette théologie , comme vous le voyez , est contenue dans les témoignages de saint Jean. Ah 1 grand saint, de quoi ne vous sommes-nous pas redevables, après

que vous nous avez révélé de si haute mystères ; et que ne vous doit pas l'Église , puisque c'est par vous qu'elle est entrée dans les trésors de la grâce sure» minente et de la gloire de son divin époux?

Mais le témoignage que saint Jean rendit au FilB de Dieu , fîit-îl aussi convaincant et aussi irréprochable qu'il était vrai? Oui , chrétiens, il était convaincant et irréprochable, et jamais les Juifs opiniâtres, qui sont demeurés dans leur incrédulité, n'auront de légitime excuse, ni même de prétexte pour s'en défendre : car que pouvaient-ils répondre au reproche que leur faisait le Sauveur du monde? Jean-Baptiste est venu , leur disait-il ; vous avez eu de la vénération pour lui, vous l'avez respecté comme un prophète, comme un homme envoyé^de Dieu; et cependant, lorsqu'il a rendu témoignage de moi , vous ne l'avez pas écouté. S'il s'était luimême déclaré votre roi et votre Messie, vous Tauriez cru; car vous étiez déterminés à le reconnaître pour tel : et maintenant, parce qu'il vous a dit que c'est moi qui suis ce Messie promis dans la loi, vous ne le croyez pas. Un homme est-il moins digne de créance , quand il parle en faveur d'un autre , que quand il parle pour soi-même? Vous l'aunez cru dans sa propre cause , et vous ne le croyez pas dans la mienne ; comment pouvez-vous soutenir une telle contradiction? Ce reproche, dis-je, fermait la bouche aux ennemis du Sauveur. Et quand il ajoutait, dans une juste indignation : Au reste, sachez que les femmes prostituées et les publicains ont été en ceci plus sages que vous : car, malgré la corruption de leurs mœurs, Us se sont soumis à la parole de Jean-Baptiste; et vous qui cherchez tant à vous parer d'une fausse justice, vous vous obstinez à ne pas recevoir son témoignage : or c'est pour cela que ces pécheurs et ces pécheresses vous devanceront dans le royaume de Dieu. Quand il parlait ainsi aux pharisiens, il les confondait : pourquoi? parce qu'il leur opposait un témoignage qui les condamnait par eux-n^mes; savoir, le témoignage de saint Jean. En effet , ceux des Juifs qui furent fidèles à la grâce et qui crurent en Jésus- Christ, n'y crurent d'abord que sur le témoignage de son incomparable précurseur; ce témoignage faisait tant d'impression sur leurs esprite, qu'ils ne pouvaient y résister. Il est vrai, saint Jean leur disait de Jésus-Christ des choses prodigieuses et inouïes : il leur disait que celui qui passait parmi eux pour le fils d'un artisan, était Fils de Dieu et égal à Dieu; qu'étant Dieu il s'était fait chair, et que, sans cesser d'être Dieu, il était devenu homme sujet à la mort : teut cela devait natureiieroent révolter leurs esprits ; mais parce que saint Jean s'en faisait le garant , ils croyaient tout sur sa parole, et ils aimaient mieux, dit saint Chrysostome, cq)tiver leur entendement, jusqu'à recon*

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naître qu'un Dieu s'était humilié, s'était fait esclave, s'était anéanti, que de penser en aucune sorte que Jean-Baptiste se fût trompé; estimant l'un plus impossible que l'autre, c'est-à-dire se tenant plus sdirs que Jean-Baptiste ne se trompait pas dans le témoignage qu'il rendait, qu'il ne leur semblait incroyable qu'un Dieu en fût venu jusqu'à cet excès d'humiliation et d'abaissement. Y eut-il jamais sur la terre un tel don de persuader et de convaincre? Je vais encore plus loin, chrétiens; il faut qu'un témoin ait deVardeur et du zèle pour la vérité dont Il rend témoignage. Ce zèle a-t-il manqué à saint Jean? vous le savez, et en vain m'étendrais-je sur ce point, puisqull est évident que tout le soin du divin précurseur a été défaire connaître Jésus-Christ, de le faire adorer, de le faire aimer, de lui procurer dans le monde Thonneur et le culte qui lui est dû , et d'apprendre aux hommes à le recevoir d'une manière convenable à sa dignité, mais surtout à sa sainteté. Or, pour cela, il ne se contentait pas de montrer aux Juifs cet agneau de Dieu, comme Tespérance et le salut d'Israël ; mais il faisait retentir sa voix dans tout le désert, pour le prêcher hautement; mais, par un succès merveilleux que Dieu donnait à sa parole, il attirait les bourgades, les villes entières, et les convertissait à Jésus-Christ; mais quand il trouvait des esprits relies et indociles, ne pouvant contenir son zèle, et animé d'un saint courroux, il s'élevait contre eux , il les traitait de serpents et de races de vipères , il les menaçait de la colère du ciel : Genimina viperarum. (Lcc, 3.) Quel était donc le grand exercice et Tunique occupation de Jean-Baptiste ? de disposer les peuples à la venue de Jésus-Christ; de les exhorter à la pénitence, parce que la pénitence est la voie qui doit nous conduire à Jésus-Christ ; de leur recommander surtout Thumilité , parce que c'est l'humilité qui nous rend capables de participer à la rédemption de Jésus-Christ. Parate viam DomirU (Id) : Mes frères , leur répétait-il sans cesse, préparez les voies du Seigneur. Voici votre Dieu qui vient à vous dans l'état d'une humilité profonde; ne paraissezpasdevant lui comme des collines et des montagnes, c'est-à-dire comme des hommes superbes et orgueilleux. Pour rendre ces voies du Seigneur droites et unies, soyez petits à vos yeux , soyez humbles , et défaites-vous de cette propre estime et de cet amour-propre qui vous enflent. Ainsi leur parlait-il, faisant l'office de témoin, mais le faisant en apôtre. Voilà pourquoi ce grand saint n'eut point de désir plus ardent que de gagner des disciples à Jésus-Christ ; voilà pourquoi , non content de lui en former de nouveaux , il lui donnait même les siens. Allez, leur disait-il , mes chers enfants , je ne suis plus votre maître ; le grand maître est venu ; c'est le vôtre et c'est le mien : ne pensez plus désormais à moi. Cest à celui-là qu'il

faut vous attacher : il a les paroles de la vie éternelle. Allez le trouver, demandez-lui s'il n'est pas ce désiré de toutes les nations , que nous attendons depuis si longtemps, et vous verrez comme il vous répondra par ses miracles. Quel zèle, chrétiens, pour la gloire de Jésus-Christ! Voulez-vous un abrégé de toute la vie de saint Jean? en deux mots , le voici : il est venu, dit saint Luc, comme un second Élie ; et avec une ardeur infatigable , il a tra- ' vaille à la conversion des cœurs; il a réuni les pères avec les enfants ; il a rappelé les désobéissants et les incrédules à la prudence des justes : et pourquoi tout cela ? pour préparer à Jésus-Christ un peuple parfait : Farar$ Domino plebemperfectam. (Luc, 1.) Voilà ce que j'appelle un témoin zélé. Enfin, ce fut un témoin constant, puisque, depuis sa conception jusqu'à sa mort, il n'a point cessé de remplir son ministère : car ne pensez pas qu'il ait attendu jusqu'au temps de sa prédication pour rendre témoignage au Sauveur du monde; dès le sein de sa mère il avait déjà commencé. Ce tressaillement que ressentit Elisabeth, trois mois avant la naissance de ce fils si cher et donné de Dieu; cette joie dont il fut saisi et qu'il fit sensiblement paraître, ce furent les premiers témoignages qu'il rendit à son Dieu : Fervens ntmcius , s'écrie saint Pierre Chrysologue, qui ante ccepU nuntiare Christum, quam vivere! (Chrysol.) O le fervent témoin! dit ce Père, qui eut Tavantage d'annoncer Jésus-Christ avant que de vivre! Mais ce témoignage précoce , pour ainsi dire , n'était qu'un essai de tous les autres témoignages que saint Jean-Baptiste devait porter en faveur du Fils de Dieu ; ce qu'il avait commencé miraculeusement avant sa naissance, il le continua pendant tout le cours de sa vie ; et comme il avait vécu en témoin de Jésus-Christ, il voulut mourir de même : car mourir pour la justice et pour la vérité, nu)urir en reprochant aux grands du monde leur iniquité, mourir en instruisant Uërode de ses devoirs, mourir en faisant respecter jusque dans la cour, la sainte liberté d'un prophète qui parle pour la cause de Dieu , n'est-ce pas mourir en témoin de Jésus-Christ? Ainsi Jean-Baptiste a-t-il été constant dans son témoignage, puisqu'il l'a rendu dès son entrée au monde, puisqu'il l'a rendu jusqu'au dernier moment de sa vie, puisqu'il l'a rendu par ses paroles, puisqu'il l'a rendu par ses actions, puisqu'ill'a rendu par ses souffrances , puisqu'il l'a rendu par son martyre et par sa mort, et que partout il a vérifié ce qui était écrit de lui : Hic venii in tesiimonium, td taU" monium perhiberet de lumine.

Excellent modèle que Dieu nous présente au* jourd'hui , et qui doit faire le sujet de nos plus sérieuses réflexions. Je m'explique : nous tous qui faisons profession du christianisme, nous devons

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servir de tëmoîns à Jésus-Christ; voilà à quoi nous engage notre religion. Qu'est-ce qu'un chrétien? Un homme député de Dieu, un homme autorisé de Dieu, un homme qui a reçu de Dieu un caractère particulier^ pour être le témoin de Jésus-Christ : £t eritis mihi testes. {Ad., t.)De sorte que, si nous ne participons à cette glorieuse qualité du précurseur saint Jean , nous pouvons dire avec confusion et avec douleur, qu'il n'y a point en nous de christianisme, ni par conséquent de salut pour nous. En dfet, dit saint Augustin, depuis que Jésus-Christ est venu au monde, et qu'il a racheté le monde, Dieu , dans le conseil étemel de sa sagesse , a tellementdisposéleschosesqu'iln'yaurajamaisd'homme sauvé que celui qd , selon la mesure de la grâce attachée à son état , aura rendu témoignage à son divin Sauveur. Tous les saints qui sont dans le ciel, n'y sont qu'en vertu de ce titre; les apôtres n'y sont assis sur des trônes de gloire, que parce qu'ils ont rendu au Fils de Dieu le témoignage de la parole en préchant son nom; les martyrs n'y sont couronnés, que parce qu'ils lui ont rendu le témoignage de leur sang en souffrant et en mourant pour lui , et les confesseurs n'y portent, comme confesseurs, des palmes en leurs mains, que parce qu'ils lui ont rendu le témoignage de leur sainte vie en pratiquant son Évangile : or c'est à nous, mes chers auditeurs, de nous former sur leur exemple. Il y en a peu parmi vous qui soient destinés au ministère apostolique. Nous ne sommes plus au temps des persécutions, où la grâce du martyre était une grâce commune; mais il faut qu'avec l'esprit de la foi nous confessions tous Jésus-Christ par l'innocence de nos mœurs , par l'édification de notre vie, par la ferveur de nos bonnes œuvres : car voilà pourquoi il nous a choisis. Il a apporté du ciel une loi sainte et toute divine, et il veut que nous en convainquions le monde. Or le monde ne recevra jamais notre témoignage sur le sainteté de cette loi , tandis qu'il nous verra dans le désordre et dans la corruption du vice. Pour être de légitimes témoins de la loi de Jésus-Christ, il faut que nous nous conformions à elle , et que nous pratiquions fidèlement ce que nous confessons de bouche : sans cela notre témelignage est vain. Que devons-nous donc faire ? ah î chrétiens , l'importante instruction pour vous et pour moi ! Ce que nous devons faire , c'est de rentrer souvent dans nousmêmes, et de nous examiner de bonne foi devant Dieu , en nous de mandant à nous-mêmes :Hé bien ! la vie que je mène est-elle un témoignage recevable en faveur de Jésus-Christ et de sa loi? Si l'on en jugeait par mes actions et par ma conduite, quelle idée le monde aurait-il du christianisme que je professe? Ce pernicieux attachement aux biens de la terre, ce dé^ir insatiable d'en avoir, cette crainte excessive d'en manquer, qui endurcit mon cœur.

quel témoignage pour un Dieu qui a béatifié la pan* vreté, et qui l'a consacrée dans sa personne! cette mollesse de vie dont je me fais une habitude et même une fausse conscience , ce soin extrême de ma santé, cette recherche continuelle de tout ce qui flatte mea sens, quel témoignage pour un Dieu mort sur la croix ! cette ambition à laquelle je me tivre , ces mou» vements que je me donne pour me pousser, pour m'élever, pour ne travailler qu'à r^ccroissement de ma fortune, quel témoignage pour on Dieu qui s*eit anéanti! Ah! Seigneur, doit dire un mondain dans l'amertume de son âme, pour peu qu'il ait encore de foi, je le reconnais : ce sont là comme au- , tant de faux témoignages que j'ai portés contre vous. Car il n'y a point de témoignage plus faux que celui qu'on rend à un' Dieu souffrant, par une vie toute sensuelle; que celui qu'on rend à un Dieu pau*^ vre, par une vie employée à satisâiire l'avarice et la cupidité. Et voilà ce qui me fait trembler : si c'est un crime de porter faux témoignage contre un homme, que sera-ce, ô divin Sauveur! de l'avoir porté mille fois contre vous, qui êtes mon Dieu? Telle est, dis-je, chrétiens, la première leçon que nous devons nous faire à nous-mêmes : il faut que nous servions de témoins à Jésus-Christ; mais il faut encore qu'à l'exemple de saint Jean , nous soyons pour Jésus-Christ des témoins fidèles , des témoins zélés, des témoins irréprochables, des témoins constants. Pïe perdez rien de toute cette morale : des témoins fidèles qui ne nous cherchions pas nous-mêmes; qui , sous ombre de l'honorer , ne nous attirions pas l'honneur; qui ne tendions pas, en le glorifiant, aux fins secrètes de notre amourpropre; qui, par un raffinement de piété, je dis de piété mercenaire, n'affections pas, en le servant, la gloire même de le servir; au contraire, qui nous fassions un devoir de nous renoncer , de nous sacrifier, de nous immoler pour lui : car si le monde, tout perverti qu'il est , produit bien des hommes de ce caractère, c'est-à-dire, s'il se trouve des ministres qui se distinguent par là, qui sont tout à leurs maîtres, et rien à eux-mêmes, si nous en voyons des exemples, quel sentiment la foi ne doit-elle pas là-dessus nous inspirer? Est-ce trop pour le Dieu qui nous a sauvés, et à qui nous appartenons, que nous soyons tout à lui? la fidélité dont nous lui sommes redevables, doit-elle être d'une moindre étendue que celle dont on se pique envers les souverains de la terre? faut-il que le monde nous apprenne sur cela notre devoir? faut-il que Dieu ait en nous des sujets moins dévoués que nous ne les voudrions pour nous-mêmes? Cependant voilà notre désordre , jusque dans le culte que nous rendons à notre Dieu : nous ne regardons souvent que nous-mêmes, nous rapportons tout à nous-mêmes, nous ne pouvons nous défaire de nous-mêmes , et

VOm LA FâTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE.

s Jamais sur ce grand principe de saint Paul, que nous ne sommes plus à nous-mêmes, maisà celui qui nous a rachetés. Des témoins zélés, pour soutenir, en mille occasions qui se présentent, la cause de Jésus-Gbrist; et la soutenir, contre qui? contre l'impiété, contre le libertinage, contre le TJce qui sont proprement ces races de vipères à l;i malignité desquelles la force et l'efficace de notre zèle doit s'opposer ; étant comme nous devons l'être bien persuadés que, parmi les mauvais chrétiens, cet ilomme-Dieu n'a pas des ennemis moins dangereux qu'il en avait parmi les Juifs, et que c'est à nous , comme héritiers du zèle de saint Jean- Baptiste, de combattre ces ennemis , de les réprimer et de les confondre. Que si en cela nous sommes Ificlies, si le respect humain nous ferme la bouche , si la craiole de déplaire au monde nous rend timides; si. bi force de vouloir être prudents, nous devenons prévaricateurs; si , au lieu de nous élever contre le scandale, nous nous contentons d'en gé- 0iir; si, par nos ménagements et nos tolérances, nous le fomentons; si nous nous taisons ou il faudrait parler, et si nous dissimulons où il faudrait agir , dès là nous sommes indignes d'être à Jésus- Christ, et Jésus-Christ ne nous reconnaît plus. Des témoins irréprochables, qui ne détruisions pas d'une part ce que nous prétendons établir de l'autre , qui soyons à l'épreuve de la censure, et qui, par ceitains endroits, n'affaiblissions pas le témoignage que Jésus-Clirist d'ailleurs reçoit de nous; nous souvenant de l'avis de saint Bernard, que le monde est trop éclairé pour que nous puissions aisément lui eu imposer; que, quelque soin que nous prenions de nous caclier, il découvrira notre faible, et qu'il ne manquera pas de nous l'objecter; qu'un seul point qui le scandalisera dans nous, empêchera à son égard tout l'effet des vertus les plus exemplaires que nous pourrions pratiquer; et, qu'à moins d'être irrépréhensibles, danslesensquel'entend saint Paul, nous GOmmegiooapabiesd'êtrelestémoinsdeJésua-Christ. Enfin, des témoins constants, pour tenir ferme et pournenouspoiiitrelâdierdansles persécutions que l'enfer nous suscitera ; pour supporter avec patience les contradictions des hommes, pour résister à nos propres faiblesses et pour vivre et mourir, selon l'exemple de saint Jean, en rendant témoignage à ce Seigneur, qui veut spécialement être hoaorépar notre persévérance. Voila, mes chers auditeurs, ce qua nous devons être. Mais c'estàvous,â mon Dieu, défaire, par votre grâce toute-puissante, que nous ■oyons tels, comme c'est à nous de coopérer à cette grflee pour arriver à cette perfection ; c'est à vous à nous imprimer ces caractères et à nous de vous présenterdes cœursqui en soient susceptibles. Vous avez TU , chrétiens , le témoignage de saint Jean en fiveur de Jésus-Christ; voyez le témoisnagi' de

Jésus-Christ en faveur de saint Jean : tfest le saint de la seconde partie.

DETJXIÊME PARTIE.

C'est une question qui se présente naturellement à l'esprit , savoir lequel des àeax fut plus avantageux à Jean-Baptiste, ou de ce qu'il servit de témoin au Fils de Dieu , ou de ce que le Fils de Dieu lui servit lui-même de témoin, appliquer ici ce que di faisant le parallèledes saint Pierre et samt Je qui des deux avait eu et plus digne d'envie :

rapport de l'Évangile ,

tre plus ardemment ; ou saint Jean , qui , comme disciple favori , en avait été plus tendrement aimé ; car ce saint docteur répondit qu'à juger de l'un et de l'autre par les règles de la religion , il y avait eu plus de mérite â aimer comme saint Pierre , mais qu'il y avait eu [dus de bonheur et plus de faveur à être aimé comme saint Jean ; et qu'ainsi la comparaison ne pouvait être qu'à l'avantage des deux, parce que, si saint Jean avait eu au-dessus de saint Pierre la préférence de la tendresse et la prédilection de Jésos- Christ, saint Pierre l'avait emporté sur saint Jean par la ferveur et le zè!e qu'il avait témoigné pour Jé^iLS-CItrist. Il m'a paru, dis-je, que cette décision de saint Augustin convenait parfaitement à ta question que je me suis proposée touchant le divin précurseur saint Jean-Baptiste; car en voici la Juste application : avoir servi de témoin au Fils de Dieu, c'est ce qui a fait le mérite de ce grand saint; mais avoir eu pour témoin le Fils de Dieu même, c'est ce qui a fait son bonheur et sa gloire; et je vais vous montrer que cette gloire a été la récorapense et le couronnement de son mérite, comme il est vrai que son mérite a été le fondement et le principe de cette gloire, fjzoutez-moi ; il n'y aura rien en tout ceci qui ne vous instruise et qui ne tous édifie.

He vous étonnez pas , chrétiens , que le Sauveur du monde, par une espèce de reconnaissance, ait bien voulu rendre témoignage à saint Jean , et servir de témoin il son témoin même; c'était, dit saint Chrjsologue, pour vérifier dès lors, et pour accomplir par avance cette promesse si solennelle et si authentique : Qui confitebitur me coram hominibui ^ co7\fitfbor i't ego euin coram Pâtre meo (Matth. ^ 10); Quiconque me confessera et me reconnaîtra devant les hommes , je le reconnaîtrai devant mon Père et devant les anges , au jour de mon dernier aTéoement ; ainsi l'assurait le Fils de Dieu , parlant des justes en général : mais à l'égard de Jean-Bapti-te, il a encore plus fait; car sans attendre la fin des siècles, il lui a servi de témoin dès celte vie,

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

il V^ reconnu , il Ta glorifié en tontes les manières. Je m'explique : qu'a fait le Sauveur du monde pour honorer son précurseur ? il a rendu témoignage à la grandeur de sa personne, il a rendu témoignage à la dignité de son ministère, il a rendu témoignage à rexcellence de sa prédication , il a rendu témoignage à refGcace de son baptême, il a rendu témoignage à la sainteté de sa vie et à Paustérité de sa pénitence : tout cela, autant d'éloges sortis de la bouche do Fils de Dieu même, en faveur de saint Jean : pesez-les , mes cbers auditeurs , et admirez-les.

Non, jamais homme ne 8*est attiré , et n*a reçu tout à la fois tant d'honorables témoignages que •aint Jean-Baptiste. C'est ce que nous apprend l'évangile de ce Jour; car nous y voyons les anges et les hommes, par une espèce de concert, occupés à rexalter. Des hommes , an premier bruit de sa naissance , sont déjà dans le ravissement, et manquent, ce semble, de termes pour exprimer les hautes idées qu'ils conçoivent de sa personne ; ils se demandent les uns aux autres, Quis, putas, puer iste eritî (Luc, 1) Que pensez-vous que sera un jour cet enfant? comme s'ils disaient : Voici un enfant en qui la nature et la grâce ont déployé tous leurs trésors, un enfant de bénédiction, un enfant de prodiges et de miracles. Déjà, tout enfant qu'il est, la main du Seigneur, c'est-à-dire la puissance et la force de Dieu est avec lui ; déjà il a délié la langue de son père Zacharie, déjà il a rendu féconde la stérilité de sa mère Elisabeth; mais s'il a fait en naissant tant de merveilles, que fera-t-il dans le progrès de sa vie? s'il est si grand dans son berceau , que sera-ce quand , avec l'âge, il aura atteint la perfection d'une vertu consonmiée? c'est un secret, ajoutent-ils, que nous nous contentons de révérer, et qu'il ne nous est pas possible de pénétrer : EtposuerwU omnes qui audierunt, in corde suo, dicentes : Quis, putas,puer iste erit. (Id.) Après avoir entendu toutes ces merveilles, ils les conservent dans leur cœur, et ils demeurent dans le silence, parce qu'ils ne croient pas pouvoir s'en expliquer assez dignement. Mais voici un ange qui vient suppléer à leur défaut : un ange député de Dieu : c'est Gabriel qui vient résoudre leur doute , et leur apprendre clairement et distinctement ce qu'ils doivent penser de la personne de Jean. Vous êtes en peine de savoir ce que sera un jour cet enfant, et moi, dit l'ange, je vous déclare qu'il sera grand devant le Seigneur : Erit magnus coram Domino, (Id,) Témoignage , chrétiens , qui sufQsait pour canoniser le précurseur de Jésus-Christ : car être grand devant les hommes , ce n'est rien; être grand devant les princes et les rois , qui sont les dieux de la terre , c'est peu , puisque ces dieux de la terre sont eux-mêmes très-pe^ tits ; mais être grand devant le Seigneur , comme Jean-Baptiste, c'est être vraiment grand, c'est être

solidement grand, c'est être absolument grand, parce que c'est être grand devant celui qui est nonseulement la grandeur même, mais la source et la mesure de toutes les grandeurs : Erit magnus co^ ram Domino. En effet, tout est petit devant Dieu, et les plus hautes puissances de Tunivers ne sont , en présence de cette majesté divine, que des atomes et des néants : Et substantia mea tanquam nihU han ante te. {Psal. 38.) Mais pour saint Jean , il est quelque chose, et quelque chose de grand devant Dieu même : Magnus coram Domino, Concluez de là quel est donc le caractère de sa personne , et le degré de sa grandeur. Je me trompe , chrétiens , ne le concluez pas encore de là ; c'est d'un antre témoin , c'est de Jésus-Christ qu'il fiaiut que vous l'appreniez : car il n'appartenait qu'à lui de nous donner une juste idée de la personne de Jean-Baptiste. Les hommes n'en ont pu rien dire ; l'ange , quoique ministre du Seigneur , n'en a pas dit assez; mais le Fils de Dieu couronnera tout par son témoignage; et que dira-t-il? une parole qui renferme ou plutôt qui surpasse tous les éloges. j4men dico vobis , non surrexit inter natos muUerum major Joanne Baptista, (Matth., If.) Ouf , je vous dis en vérité , qu'entre tous les enfants des hommes , il n'y en a point de plus grand que Jean- Baptiste. Voilà , mes chers auditeurs, le comble de la grandeur : car être grand même devant Dieu , c'était , après tout , une louange qui convenait à plusieurs autres saints ; mais être si grand qu'entre tous les enfants des hommes il n'y en a point eu de plus grand, c'est la louange particulière et l'avantage de saint Jean. Sur cela \es pères et les interprètes sont partagés : les uns veulent que Jean n'ait été le plus grand qu'entre les saintsde l'ancienne loi; et les autres, qu'il n'y en ait point eu de plus grand que lui, même entre les saints de la loi de grâce. Quoi qu'il en soit, c'est de lui , et de lui seul que le Sauveur a dit : Non surrexit inter natos mu^ lierunimajor. Voilàl'oradedela vérité, à quoi, sans rien examiner de plus, nous devons nous en tenir, et voilà le premier témoignage que le Fils de Dieu rendit à la personne de saint Jean.

j'ai dit qu'il en avait rendu un autre à la dignité de son ministère : comment cela ? le voici. L'office important et le ministère essentiel de Jean-Baptiste, fut d'être le précurseur de Jésus-Christ ; mais cet office de précurseur était si relevé au-dessus de tous les autres ministères où les hommes jusque-là avaient été employés, que, sans le témoignage de Jésus- Christ, nous ne l'aurions jamais compris. Prenez garde , s'il vous plaît. Les Juifs reconnaissaient saint Jean pour un (nrophète, et ils en jugeaient bien, car il l'était; mais ils le croyaient simplement prophète, et en cela ils se trompaient, car il était quelque chose de plus. EHam dico vobis y et plus

PODR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE

fuam prophetam{ Màtth., 11) : Oui, leur disait le Fils de Dieu, il est prophète et plus que prophète. Pourquoi , demaude saint Jérôme, plus que prophète? parce que les prophètes n'avaient annoncé le Messie que dans Tavenir, au lieu que Jean-Baptiste annonçait qu'il était venu; parce que les prophètes n'avaient m les choses que de loin et dans l'obscurité , au lieu que saint Jean les voyait clairement et en elles-mêmes. Sans autre raison que celle-là , on avait droit de le mettre au-dessus de tous les prophètes, et de l'appeler plus que prophète; mais la prééminence de son ministère était fondée sur un titre encore plus digne de nos réflexions : Etiam dico vobiSy eiplus quam prophefam. Hic est enim de quo scriptum est : Ecce ego mitto angelum meum qtd prssparabit viam Utam ante te (Id.) : Il est plus que prophète, ajoutait le Sauveur du monde, parce que c'est celui dont le Père éternel a dit à son Fils : Voici mon ange que j'enverrai devant vous pour vous préparer la voie. En effet, préparer la voie à un Dieu, et être le précurseur d'un Dieu, c'était faire l'office d'un ange , et les anges du premier ordre se seraient tenus honorés de cette commission; mais cette commission est réservée à Jean , et il était proprement l'ange de Jésus-Christ. Or être l'ange de Jésus-Christ, c'était quelque chose sans doute de plus honorable que d'être un ange du commun : car les anges du commun , quoique ambassadeurs de Dieu , n'ont point d'autre ministère que de veiller à la conduite des hommes ; mais le ministère de Jean-Baptiste regardait immédiatement la personne de Jésus-Christ puisqu'il n'était envoyé au monde que pour Jésus-Christ : Ecce ego mitto angehan meum ante faciem tuam, (Id. ) Ah! chrétiens, est-il rien de plus sublime, et qui doive nous inspirer plus de vénération pour ce grand saint? c'était l'ange de notre Dieu ; il a fait dans le mystère de l'incarnation le même office que l'ange envoyé à Marie de la part de Dieu ; et en vertu de sa mission , il a rendu à Jésus-Christ , comme précurseur, des services plus importants et plus nécessaires que jamais les anges n'en ont pu rendre à cet Homme-Dieu. Encore une fois, ministère tout angélique, ou plutôt ministère tout divin , que Jésus-Christ a voulu honorer de son témoignage.

Ajoutez-y ce qui doit en être la conséquence naturelle , je veux dire le témoignage que le Sauveur du monde rendit à la prédication de saint Jean. Vous le savez : toute l'excellence de la prédication consiste en deux points, à éclairer et à toucher, à instruire et à émouvoir; mais il est rare de trouver l'un et l'autre ensemble : car il arrive tous les jours qu'entre ceux qui sont destinés , et qui ont même reçu des talents du ciel pour être les dispensateurs de la parole de Dieu, les plus fervents et les plus zélés ne sont pas les mieux pourvus de science et de lu-

BOniU>ALOIJB. — T. n.

mières; et que les plus intelligents et les plus liabiles ne sont pas ordinairement ceux qui ont le plus de zèle et d'ardeur. Les uns éclairent, mais ne touchent pas; les autres touchent, mais n'instruisent pas : an lieu que Jean-Baptiste , selon le témoignage de Jésus-Christ, excellait également dans tous les deux : JUe erat lucema ardensetlucens. (Joan. , 5.) Vous l'avez vu , disait aux Juifs ce Dieu sauveur, et vous l'avez admiré. C'était un flambeau qui éclairait toute la Judée; mais c'était un flambeau ardent et luisant : luisant pour dissiper toutes les ténèbres de l'infidélité du siècle; et ardent pour embraser tous les cœurs du divin amour. Il a prêché parmi vous avec tout l'esprit et toute la vertu d'Élie : In spiritu et virtute Eliœ, (Luc. , 1. ) L'esprit sans la vertu, ou la vertu sans l'esprit n'auraient pas suffi; mais ayant possédé éminemment l'un et Tautre, c'a été un prédicateur parfait. Que restait-il , chrétiens, après des témoignages si illustres? Encore im moment de votre attention ; je n'en abuserai pas.

Il s'agissait d'autoriser le baptême de saint Jean ; et c'est ce qu'a fait Jésus-Christ par un quatrième témoignage , qui ne mérite pas moins que les autres d'entrer dans l'éloge de ce glorieux précurseur. Jean baptisait dans le Jourdain tous ceux qui venaient à lui; mais comme ce baptême était nouveau , les Pharisiens et les partisans de la synagogue en jugeaient diversement. Quelques-uns l'approuvaient, d'autres le blâmaient; ceux-ci l'estimaient bon et profitable, ceux-là le rejetaient comme superstitieux et inutile. On demandait à saint Jean en vertu de quoi il s'attribuait la puissance de baptiser, puisqu'il n'était pas le Christ : Quidergo baptizas, si tunon es Christusf (Joan. , 1 .} Mais pour montrer que cette puissance lui convenait, le Sauveur des hommes rend hautement témoignage de la validité et de l'efficace du baptême de Jean ; et quel témoignage? le plus éclatant , mais aussi de la part de Dieu le plus surprenant; car tout Dieu qu'il est , il reçoit ce baptême de la pénitence qui disposait alors les hommes à la té mission des péchés et au baptême de la loi de grâce. C'est dans ce dessein qu'il vient de la Galilée au Jourdain , et qu'il se pr^nte à saint Jean pour être baptisé ; c'est , dis-je , afin de convaincre par là tous les esprits que le baptême de Jean est donc un baptême salutaire; qu'il est saint, et quil est de Dieu , puisque lui, qui est le Fils de Dieu, en veut bien user. Mais , Seigneur, que faites-vous , s'écrie Jean- Baptiste , touché et confus d'une humilité si profonde; que faites-vous, et avez-vous oublié ce que vous êtes et ce que je suis ? c'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez à motl Ne craignez-vous point , en vous abaissant jusque-là , d'obs curdr votre gloire, et qu'on n'en tire des consé-

POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN-BAPTÏSTE

quences au préjudice de votre sainteté? Sine modo , lui répond le Fils de Dieu , sic enim decet nos imr plere omnemjusHtiamiMkTTB, , 3 ) ; Laissez-moi faire pour cette heure, car c*est ainsi qu*il faut que nous accomplissions toute justice. Vous m'avez rendu témoignage , je vais vous le rendre à mon tour; et pour apprendre à tout le monde que votre baptême vient du ciel, moi qui suis descendu du ciel , j'en veux bien faire Tépreuve dans ma personne. Quoique ce soit le baptême de la pénitence, moi qui suis l'innocence même , je veux bien m'y soumettre ; et quoiqu'on m'y soumettant je paraisse inférieur à vous sans l'être, je ne dédaigne point de le paraître, pourvu que je persuade aux hommes que la pénitence à laquelle ce baptême les engage, est la seule voie qui peut les conduire au salut et à la véritable rédemption. I<i'est-il pas vrai, mes chers auditeurs, qu'il n'appartient qu'à Dieu de savoir honorer ses saints?

Finissons par le dernier, mais le plus essentiel de tous les témoignages que Jésus-Christ ait rendus à son précurseur, en publiant la sainteté de Jean , rinnocence de ses moeurs et l'austérité de sa péni^ tence. Où le trouvons-nous, ce témoignage? Au chapitre onzième de saint Matthieu ; car c'est là qu'il est dit que notre adorable Sauveur s'entretenant avec le peuple, et instruisant les Juifs qui Féeoutaient, leur parlait ainsi : Qu'étes-vous allés voir dans le désert ? Quid existis in desertum vi^ deref (Matth. ,11.) Vous y avez vu Jean-Baptiste; hé bien! qu'en dites-vous? avez- vous cru voir en lui un roseau agité du vent, c'est-à-dire un esprit léger et sans consistance, qui suit le mouvement de ses passions , qui plie 80U6 l'adversité , qui s'évanouit dans la prospérité, qui succombe à la crain* te, que la vue de plaire, ou que l'intérêt ébranle; qui cède à tout et qui ne résiste à rien : Arvndi» nem vento agitalamf (Id. ) Non Jean n'est point un homme de celte trempe; c'est un cœur' ferme et inébranlable dans le parti de Dieu; c'est une âme solide et à l'épreuve de toutes les tentations du monde ; c'est un esprit supérieur à tout ce que la faiblesse humaine peut former d'obstacles dans l'accomplissement des devoirs les plus difficiles, et qui demandent une vertu plus héroïque : en voilà le caractère. Mais encore , qu'avez^vous vu dans le désert? y avez- vous trouvé un homme vêtu avec mollesse, un homme voluptueux, attaché à ses commodités , aimant les douceurs de la vie , esclave de son corps et de ses sens? Sed quid existis tndere? hominemmoUibusvestUumfOâjLTTH.^ 11.) Au contraire , vous avez vu un homme crucifié pour le monde, un homme mort à tous les plaisirs du monde , un homme ennemi deson corp», un honnae épuisé d'abstinences et déjeunes, un homme couvert d'un rude cilice : telle est la forme de vie dont

Jean-Baptiste est venu servir de modèle. Qui parie ainsi , chrétiens ? le Fils de Dieu , lequel rend té* moignage de la sainteté de son pcécurseur; et qui n'allègue pour cela ni les révélations, ni les extases ^ ui le don des miracles et des guérisons^ ni l'esprit de prophétie, ni toutes les autres grâces éclatantes dont saint Jean était rempli , mais qui fait ooesister cette sainteté dans une vie pénitente et mortifiée, dans la haine de soi-même , dans le crucifiement de la cbair, surtout dans la constance et la fermeté. Arrêtons-nous là, mes chers auditeurs; voilà ce que je vous laisse à méditer, et ce qui doit étrei pour vous et pour moi le firuit de ce discours. Je vous l'ai dit, et je vous le dis encore, que si Jésus- Christ ne nous reconnaît devant son père, et q& rend ténM)ignage en notre faveur, eonune H Ta rendu, en faveur de Jean-Bapliste, bous ne ferons jamais du nombre de ses prédestinés et de ses élus. 11 fout, pour être juste dans cette vie, que nous ayons le témoignage de Dieu en nous : Qui crédit, habet tesUmonium Dei in se (Joan., 6) ; et j'ajoute que, pour être glorifié dans l'autre, il faut que nous ayons le témoignage de Jésus-Christ pour nous. Or jamais Jésus*Cbrist ne nous rendra ce témoignage favorable dont dépend notre saJut éternel, si nous ne sommes fermes comme saint Jean dans l'obs^vation de la loi de Dieu, et si nous n'entrons dans cette sainte voie de la pénitence et de la mortification où a marché le saint précurseur. Pourquoi cela? parce que Jésus-Christ ne rendra témoignage qu'en faveur de ceux qui auront eu soin de se conformer à lui. Or, nous ne pouvons nous confbrmer à Jésus-Christ que par cet esprit de pénitence , aocompagné et soutenu d'une inviolable persévérance ; par conséquent le ténK)ignage de cet Homme-Dieu nous est indispensableDaeat nécessaire. Il le donne aujourd^tti au plus saint d^ hommes , qui est Jean* Baptiste ; mais il ne le donne que fotidé sur ces deux drêlb, de l'austérité de sa vie, et de la solidité de sa vertu. Il n'est pas croyable que nous l'obtenions à des conditions plus douces, ni qu'il ait pour nous des lois de providence moins sévères et plus commodes. Stvez-vons donc, chrétiens, ce ^ë nous avons à craindre? c'est que Jésus-Christ, dans le jugement dernier, au lieu de rendre témoignage pour nous, ne le rende contre nous ; -et qu'au Heu que son témoignage, s'il nous était favorable, met-' trait le sceau à notre justifioatîori et à notre prédes^ tination<, il ne fasse notre condanination et notre réprobation. Si jamais cet affreUx malheur nous arrivait, par où Jésus-Christ fortifiera-t-il son témoignage contre nous? par l'exemple de saint Jean , par la pénitence de saint Jean , par la retraite de saint Jesn, en un mot, par Fénorme et monstrueuse opposition qui paraîtra entre la conduite de la plu« part de» chrétiens et celle de saint Jean*

POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE

Car comment nous sauverons-nous de cette contradiction , et qu^aurons-nous à y répondre ? Jean , rempli du Saint-Esprit et sanctiGé même avant sa naissance , n'a pas laissé d*embrasser une vie austère et pénitente; et moi qui suis pécheur, chargé devant Dieu du poids de mes iniquités , je veux mener une vie aisée et douce. Jean , dans la plus parfaite innocence , n'a pas laissé de mater sa chafîr par le jeâne et le cilice ; et moi j'épargne îa mienne qui est une chair de péché. Jean, à l'épreuve de toutes les tentations du monde, n'a pets laissé de fuir le monde ; et moi qui suis la faiblesse même , je m'expose à tous les dangers du monde. Voilà , dis-je , mes chers auditeurs , ce que saint Jean nous reprochera au tribunal de Dieu : car après avoir été témoin de Jésus-Christ dans le prerfiier avènement de ce Dieu Sauveur, il viendra encore dans le second , et sera appelé en témoignage contre les lâches chrétiens : Hic venitin testimonium, ( Joan., 1.) Oui , il viendra , non plus pour servir de ténnoin à la lumière, mais pour servir de témoin contre 11nîquité. Ce sacré chef que vous conservez comme un précieux dépôt; ce chef dont la vue confondît l'impie Hérode , et le fit trembler jusque sur le trône ; ce chef muet maintenant depuis qu'une mort sanglante lui a ôté l'usage de la voix , mais alors rappelé à la vîe et plus éloquent que jamais , fera sortir de sa bouche des paroles foudroyantes qui altéreront les pécheurs. Ah! grand saint, parlerez-vous donc contre ce peuple qui vous est spécialement dévoué? il vous honore et il vous invoque comme son prote^cteur ; en deviendrez-vous l'accusateur et le juge? obtenez-lui ces grâces de conversion , ces grâces de sanctification qui le remettront dans la voie du salut que Vous noàs avez enseignée ; surtout faites-lui bien comprendre ce fameux oracle , que , depuis le temps où vous avez vécu sur la terre , le royaume du ciel ne s'emporte que par violence : A dîebus Joannis BapHstm regnum cœlonan vim pafiiur. (Matth., 11.)

Du reste, chrétiens, parlant devant un prélat que je considère ici , non-seulement comme l'évêque et le pasteur de vos âmes , mais comme un des maîtres de l'éloquence de la chaire , où tant de fois il s'est distingué, j'aurais eu besoin, dans tout ce discours , des dons excelleiits qu'il a reçus du ciel , et qu'il a su si dignement et si saintement employer. Du moins, monseigneur, ai-je eu l'avantage de trouver en vous de quoi persuader a votre troupeau les saintes vérités que je viens de lui annoncer et de quoi les lui rendre sensibles : car en faisant l'éloge du précurseur de Jésus-Christ , je n'ai pu m'empécher de bénir le ciel , qui , pour ma consolation , me fait voir encore aujourd'hui dans votre personne , un prélat rempli de l'esprit de Jean-Baptiste et imitateur de ses vertus; je veux dire un prélat aussi

éclairé que zélé, aussi fervent que vigilant, et, si j'ose m'exprimer de la sorte , aussi aimable que ^ nérable; un préla* plein de vigueur et de forée pour foire observer la discipline, mais en même tenq^ plehi d'onction et de douceur pour la faire aÛBer; un prélat qui, comme Jean^Baptiste, a édifié la oooP) et que la cour a respecté; que le plus grand des rois a honoré de son estime; qui, prMnmt aux grands du siècle avec une liberté tout évàngéliqiie, mais aussi avec une égale sagesse, les a instniits de leurs devoirs, et n'a pas craint de leur reprocher leurs désordres; un prélat dont hi saîne doctrine, la solide piété, la vie édifiante lui ont mérité l'auguste rang qu'il tient; et qui , sans cesse occupé de ses fonctions , n'a en vue que la gloire de Dieu , que Jes intérêts de Dieu , que l'accroissement du culte de Dieu; enfin, un prélat qui , dévoué aux travaux apostoliques , et, selon l'expression de saint Paul, n^estimant pas sa vie plus précieuse que lui-même, sacrifie tous les jours sa santé aux exercices dé son ministère , à consacrer de dignes sujets et à les former pour servir utilement à soh Église, à visiter les ouailles que la Providence lui a confiées, à sanctifier son peuple et à le conduire dans le chemin de la perfection chrétienne : Parare Domino plebem perfectam, (Luc, 1.) Voilà, monseigneur, lesexemplesque vous donnez; et qui , plus efficaces que mes paroles, sont, pour toute cette assemblée, autant d'exhortations pressantes et touchantes. Plaise au ciel que vous en suiviez, chrétiens , toute l'impression, et que par là vous arriviez un jour à la vîe. éternelle, que je vous souhaite, etc.

SERMON

POUR

LA FÊTE DE SAINT PIERRE

Respondem Simon Pethts, âùHt : Tu es Chrisius, Fitittê Dei vivi.

Pierre lui répondit : Vous êtes le Christ « FUs du Dieu vivant. Saint MAmnEU, chapw 16.

Voilà, mes chers auditetirs; toute la substance de l'évangile de ce jour, et des importantes vérités qui y sont contenues ; voilà sur quoi est fondée la gloire de saint Pierre votre illustre patron. Cest lui qui le premier a confessé la divinité de Jésus- Christ; et voilà pourquoi Jésus-Christ lui a donné, au-dessus des apôtres , cette primauté qui nous le rend si vénérable, et en vertu de laquelle il est lechef de toute l'Église. C'est lui qui, non-seulement pour sa personne, mais au nom de tous les autres apôtres , a le premier rendu témoignage que Jésus- Clirist est le Fils du Dieu vivant , non pas sim-

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POUR LA FÊTE DE SAINT PIERRE

plement par adoption, mais par nature : car il Va reconnu Fils du Dieu vivant d'une manière qui ne convenait ni à Élie, ni à Jean-Baptiste, ni aux prophètes. Or Élie , Jean-Baptiste et les prophètes étaient, dans les termes de FÉcriture, enfants de Dieu par adoption. Il est donc vrai que saint Pierre, qui pi^ndait élever Jésus-Christ au-dessus d'eux , ]'a confessé absolument Fils de Dieu, égal à Dieu , fonsubstantiel à Dieu : eu un mot, Dieu lui-même. Et c'est pour cela , encore une fois , que Jésus- Christ a établi cet apôtre comme le fondement sur lequel il voulait édifier son Église, pour cela qu'il lui a mis en main les clefs du ciel, pour cela quMI lui a donné le pouvoir de lier et de délier sur la terre : en sorte que toutes les prérogatives de saint Pierre ont été les suites heureuses et les fruits ;de cette confession de foi : Tu es Christus, Filius Dei vivL Ajoutons-y toutefois , chrétiens, l'ardent amour de ce glorieux apôtre pour Jésus-Christ : car la foi de saint Pierre, sans son amour, n'eût pas suffi. Il fallait que le chef de l'Église fût nonseulement le plus éclairé , mais le plus rempli de zèle et de charité. En effet, ce que Jésus-Christ promet aujourd'hui à saint Pierre, parce qu'il confesse sa divinité, n'a eu son accomph'ssement qu'après que le Fils de Dieu lui eut demandé s'il l'aimait plus que tous les autres. M'aimez-vous , Simon, fils de Jean ? lui dit ce Sauveur adorable après sa résurrection. Oui , Seigneur, lui répondit Pierre; vous savez que je vous aime , et que je suis prêt à donner ma vie pour vous. Paissez donc mes agneaux et mes brebis , reprit son divin maître : Pasce agtws m€os,pasc€ oves meas, (Joàn., 2i.) Ainsi, chrétiens, c'est sur la foi de saint Pierre, et sur l'amour de saint Pierre qu'est établie sa sainteté .et sa prééminence : Voilà les deux sources des grâces dont il fut comblé. Il a été le pasteur des peuples , et le souverain pontife : pourquoi ? parce qu'il a reconnu Jésus-Christ pour le Fils du Dieu vivant, et parce qu'il a aimé Jcsus-Christ jusqu^à verser pour lui son sang. Arrêtons-nous là : car il ne s'agit pas aujourd'hui de parler des grandeurs de saint Pierre , mais de ses vertus ; il ne s'agit pas de œ que nous devons admirer, mais de ce que nous devons imiter en lui; il ne s'agit pas de relever son apostolat, et d'en concevoir de hautes idées, mais de nous édifier de ses exemples. Attachonsnous donc à sa foi et à son amour. En qualité de chrétiens, nous sommes les pierres vivantes de ce I mystérieux édifice de l'Église , que Jésus- Christ '• est venu construire sur la terre. Et comme , après ' Jésus-Christ, votre saint patron en est la pierre t fondamentale , il faut que nous soyons bâtis sur ' cette pierre : Et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam. (Matth., 16.) Or pour cela il feiut que nous participions à la foi et à l'amour de

j saint Pierre; pour cela il faut que la foi de laiat Pierre soit la règle de la nôtre, et que l'amour de saint Pierre soit le modèle de notre amour; il faut que nous croyions de cœur, et que nous confessions de bouche ce que le Père céleste, et non pas la chair et le sang, a révélé à saint Pierre; et il faut que nous puissions dire à Jésus-Christ, comme saint Pierre : Tous savez , Seigneur, que je vous aime. Ainsi , dirétiens, comparons notre foi avec la foi de saint Pierre), et notre amour avec l'amour de saint Pierre pour Jésus-Christ. En deux mots» la foi de saint Pierre opposée à notre infidélité; c'est la première partie : l'amour de saint Pierre pour Jésus-Christ, opposé à notre insensibilité; c'est la seconde. Toutes deux feront le partage de ce discours, et le sujet de votre attention, après que nous aurons salué Marie. Jve , Maria,

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