‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 202 sur 225 · LE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR LES OEUVRES nS LA FOI.

Sujet. Pierre lui répondit : Maître ^ nous avons travaillé toute la nuit et nous n'avons rien pris : mais sur votre parole je jetterai encore le filet.

Voulons-nous travailler utilement, appdons à nous Jésus-Christ, et travaillons sous ses ordres et en sou nom. Agissons selon la foi et par la foi.

Div»iON. La foi se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres, première partie. Elle se rétablit par la ferveur dans la pratique des bonnes œuvres,

PRBMièRE PARTIE. La fol sc perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres. La perte de la foi ne |)cut venir que de deux prhicipes, de Dieu et de pous-n^fr

mes. De nous-mêmes, qui ne conservons pas avec soin It précieux trésor de la foi. De Dieu , qui retire de nous les grâces et les lumières de la foi. Or l'un et Fautre n'arrive que par notre relAchement dans la pratique des bonnes œuvres, qui sont les fruits de la foi.

1. De nous-mêmes nous perdons la foi , parce que nous n'en pratiquons pas les œuvres; car ce qui la fait vivre, ce sont les œuvres. Quand donc les œuvres cessent, elle s'altère, elle devient languissante, et, selon l'expression de saint Jacques, elle meurt. Il est vrai qu'il n'y a que le péché d'infidélité qui puisse absolument la détruire; mais on en vient peu à peu à ce péché. Car dès quels foi n'agit plus en nous , miUe ennemis commencent à s'élever dm» nousmêmes pour agir contre elle , nos passions, l'orguefl , Ta* mour de la liberté, le monde, la chair; et comment se défendra-t-elle, si elle n'a plus de mouvement ni d'action? Ce serait une espèce de prodige, que , dans une vie déréglée , on conservât une foi sainte et pure. Mais dépend-il de nous de croûre et d'avoir la foi? oui , chrétiens, avec le secours de la grâce.

2. De la part de Dieu , nous perdons la foi, parce que, voyant que nous n'en pratiquons pas les œuvres, Il retire de nous les grâces et les lumières de la foi. RI» de plus marqué dans FÉcriture. Et n'est-il pas bien naturel que la foi ne nous étant donnée que pour agir, Dieu la laisse détruire lorsqu'elle n'opère rien en nous et que nous ne bisons rien avec elle? C'est amsi que des esprits sublimes, des esprits forts , pénétrants, éclairés , selon le monde , sont tombés et tombent encore dans des aveo^emeots qui font horreur.

Deuxième partie. La foi se rétablit par la ferveur dans 1» pratique des bonnes œuvres; car c'est par les bonnes œuvres fidèlement et shioèrement pratiquées que Ton parvient à la perfection de la foi. Jl est vrai que lafoi au moins commencée est le principe nécessaire du bien que nous faisons pour Dieu ; mais il n'est pas moins vrai que c'est le bien que nous faisons pour Dieu qui nous conduit à celte foi parfaite et achevée dont dépend notre sainteté. Ainsi le centenier ComeUle , d'une foi obscure et confbse qu'il avait des mystères de Dieu , parvint à cette foi claire et distincte qui lui fit connaître Jésus-Christ , et embrasser sa foi. Dieu eut égard aux œuvres de piété et de miséricorde où il s'exerçait continuellement, selon qu'il est rapporté dans les Actes des apôtres. De là vient que dans le langage des Pères, ces bonnes œuvres sont appelées œuvres édifiantes. De là vient que saint Paul exhortait si fortement son disciple Timotliée à ressusciter dans lui-même, par de saintes œuvres, la grâce qu'il avait reçue, et c'est à quoi l'on ne peut trop cxliorfer tant de chrétiens faibleset chancelants. Pour trouver Dieu , il faut le chercher, et pour le chercher, il faut agir.

Vous me direz que pour pratiquer ces bonnes œuvres , par où l'on parvient à U perfection de la foi, vous n'avez pas encore assez de foi. Faux prétexte. En quelque désordre que nous puissions être , non*seulement fl nous reste assez de foi pour faire ces oeuvres qui doivent rétablir notre foi, mais nous avons à craindre qu'il ne nous en reste trop pour servir à notre condamnation, si nous ne les faisons pas. Quand nous n'aurions que la foi d'un Dieu et de ses adorables attributs , en fliudrait-il davantage pour nous porter à tout le bien qu'on exige de nous? Corneille le centenier en avait^l d'abord une autre? Jésus«Christ disait

ANALYSES DES SERMONS

iui JiiKs : Marchez pendant que voui avez la lumière ; M leur MaéumoiMéCailalortâaMltOBdédin. Unhomnie en OMNide, im pédwar, qooiqiiesalM aoK presque éteinte, a toqjoiin nMlfBré loi eertalM retours intérieurs» certaines ▼«es dont fl se tient qu'à M de profiter. Prière à Dieu.

LE CmQUIÈafE DDfÀNCHE APRÈS LA PENTECOTE

Sk» Là TIAB n Lk FkViK. nÈTt

Sujet. Je wms dis en vérité: Si votre Justice n*est au dessus de celle des scribes et des pharisiens, vous ft entrerez point dans le rofoume des deux.

C'était une .fiuisse piété qoe celle des pharisiens, et la nôtre doit être solide et Traie.

DmsMM. Notre piété , pour être solide et Traie , doit être entière, première partie; désintéressée, deuxième partie; intérieure, troisième partie.

Pbbviéiie PARTn. Entière , c'est-à-dire qui embrasse les grasdaset les petites choses, les préceptes et les conseils. Les pharisiens , sdon le reproche que leur en fUsait Jésus- Christ, pratiquaient des œuTres de pure perfection, et manquaient aux deToirs capitaux de te justice et de la miséricorde. Abus où tombent encore tant de faux dérots. Un homme est assidu àceitakis eierdees de*piété ; mais dans les oonTersatîoos il tient les disooors les plus satiriques et déchire fanpnnément la réputation du prochain ; ainsi des autres.

Sur quel fondement la sainteté chrétienne est-elle établie? sur l'observation des commandements , comme Jé> sus-Christ le fit entendre à ce jeune homme de rÉTangHe : Serva mandata. Mous pouvons donc appliquer ici ce que l'apôtre disait de la clMurité : tout le reste, sans raocomplisseroent des préceptes, n'est rien.

Gardons-nous aussi de donner dans une autre extrémité, qui est de se borner tellement aux obligations de la loi , qu'on néglige toutes les pratiques d'une ferveur chrétienne. Excès injurieux à Dieu , pernicieux pour nous-mêmes, et très^angerenx dans ses suites. La pôfectioB et par conséquent la vraie piété est cette pléoitode de fidélité qui réunit tout, le précepte et le eonicf ; le précepte par deroir, et le conseil par amour. Voilà ce qoe Jésus-Christ nous a enseigné , et ce qu'il a pratiqué.

DBCxd^ PARTIB. Désintéressée. Deux sortes d'intérêts conduisaient les pharisiens dans lev prétendue piété. Ils Toulaient être honorés , et ils Tonlaient être abondamment pourTQs de tout ce qui peut contribuer aux commodités de la vie. Or, cette i^été mercenaire et intéressée est également criminelle doTaut Dieu et odieuse doTant les hommes.

Criminelle devant Dieu : car quelle proûnaAion, remarque saint Chrysostôme, et quel sacrilège d'abuser amsi, non plus seutonent des choses safaites, mais de la sainteté même? c'est serTir Dieu pour le monde.

Odieuse derant les hommes : rien de plus à craindre dans la société humaine que fintérèt mêlé avec la déTotion, on que la déTotion gouvernée par l'faitérêt. Un dérot de ce caractère est capable de tout : 1** parce qu'il donne àtovt, et quelquefois aux plus grandes iniquités, une apparence de religion qui le trompe lui-même; 2^ parce que qodque dessein que la passion hii suggère, sa piété , ou phitôtrestime où cette piété fastueuse l'établit, le met en état de réussir.

Ne dissimulons point : c'est.cet intérêt qui dm» tous les siècles a été le grand scandale de la religion ; c'est ce qnia lut parier les hérétiques, et ce qui les a rendus si éloquents contre nous. Aussi le Fils de IHeu eoToyant ses ap6très prêcher son Érangile, Toulaitqulis s*y employassent sTec le plus parfait désintéressement Et saint Paul , afin de rendre sa prédication plus efficace, avait bien aohi de lUre remarquer aux fidèles qu'il ne s'y proposait pour lui-même nul intérêt temporel. Heureuse une Ame qui, dans les choses de Dieu chercha Dieu* et n'y cherche rien avec Dieu!

TRomèME PAâTiB. Intérieure. La piété des pharisiens n'était qu'une piété superficielle, toute sur le visage et sur les lèvres, mais rien dans le coeur. C'était, selon la figure de Jésus-Christ, des sépulcres blanchis. Qu'est-ce que Dieu attend de l'homme? le cœur. Et sans le cqmu-, qu'y a-t-il dans llionmie qui soit digne de Dieu? Dans rancienne loi il exigeait de son peuple cette piété intérieure, comme l'Écriture nous le foit connaître : à plus forte raison la demande-t41 de nous dans la loi nouvelle , où Jésus-Christ est Tenu former des adorateurs en esprit et en Térité.

Cela supposé , jugeons de bien des oeuvres que nous pratiquons dans le christianisme, où que nous y voyons pratiquer. Quel (hiit peut-on s'en promettre? Importante leçosi pour les ministres de JésusChrist sans cesse occupés à des fonctions saintes, mais sans esprit intérieur; et leçon non moins nécessaire à tant d'âmes dévolês, ou du moins en ayant la réputation et le nom. On tombe en deux espèoes d'hypocrisies : on trompe le pabUc et on se trompe soimême. SuiToos donc TsTis de l'apêtre : tout ce que nous faisons, faisons-le pour Dieu.

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