‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 203 sur 225 · LE SIXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE SIXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR L\ nCMFâUIfCB cmÉnEHNC

Sujet. Alors Jésus prit les sept pains qui lui avaient été présentés : et rendant des actions degrdces, il les rompit et les donna à ses disciples pour les distribuer, et ils les distribuèrent au peuple.

Le Sauveur du monde , en nourrissant le peuple, nous enseigne la tempérance que nous dcTons garder dans les repas.

DiTisioif . Dans le mystère de la multiplication des pains et dans le soin queprend Jésus-Christ de nourrir ces saintes troupes qui TsTaient suiTi, il nous apprend à retrancher de la réfection du corps ce qu'il y a de défectueux et de déréglé : première partie. Et ce même Sauveur nous fait encore connaître de queDe sainteté cette réfection du corps est susceptible , et nous apprend à la perfectionner : deuxième partie.

PitEMiÈHE PARTIE. Jésus-Christ uous apprend à retram^ier de la réfection du corps ce qu'il y a de défectueux et de déréglé, ssToir, rattachement, l'excès, la délicatesse.

I. L'attachement, c'est-à-dire une attention trop grande à ce qui regarde le soulagement et l'entretien du corps. Pour corriger ce défiiut , Jésus-Christ mène le peuple qu'il traîne à sa suite, dans un lien solitaire, inculte, dénué de tout; et c'est là en effet que ce peuple , bien différent des anciens Juifs, et uniquement attentit à écouter hi parole de Dieu , se laisse conduire sans murmurer. Mais

ANALYSES DES SERMONS

combien y ft4-U roaiottiiânt dioi le christiâiiisme de oes hommes dont saint Panl t dit qa*ils font de leur corps leur diylnitéy ne pensant à rien autre chose et ne s'oocupant de rien antre chose? Comparons c^te insatiable avidité arec la ''sobriété de ces religieux dont parle Cassien, et combattons cet attachement immodéré, comme saint Augustin nous témoigne lui-même qu'il était sans cesse obligé de le combattre.

2. L'excès. La nature se contente du nécessaire; mais la conYoitise cherche le soperfln. Jésus*Christ ne pensa à la subsistance de ces quatre mOle hommes» dont il se trouvait chargé, que lorsqu'ils ftirent dans une nécessité extrême : mais ai^jourd'hul , comme dans tous les autres temps, on ya bien au delà de cette nécessité. De sorte que la parole du Saint-Esprit ne se vérifie que trop en nous, lorëqu'il nous dit que l'homme s'est rendu semblable aux bêtes. Encore les bêtes oot-eDes cet avantage , qu'elles s'en tiennent à ce qui leur suffit Quel opprobre pour nous , et en particulier pour les personnes du sexe, lesquelles se portent maintenantà des intempérances qui leur étaient autrefois inconnues !

3. La délicatesse. ^ésns<9irist ne nourrit le peuple que de pain. Dieu, remarque Tabbé Rupert, avait fourni aux Israélites dans le désert les mets les plus exquis : Etpluit super eas volatilia pennata. Biais ce n'était point par an efletde sa libéralité ; c'était plutôt par un châtiment de sa justice et pour punir leurs murmures. Car il n'est rien de plus dangereux ni de plus pernicieux que cette délicatesse» elle donne des forces àja chair pour se jrévolter et pour secouer le joug. Aussi les saints en ont-Us eu tant d'horreur : et c'est delà que les conditions les plus relevées et les'plus aisées sont communément les plus corrompues,

DsuxiiMB pÀiTiB. Jésus-Christ nous foit encore comud. tre de quelle sainteté k réfection du corps est susceptible , et nous apprend à la perfectionner ; par où? par la bénédiction des Tiandes et l'action de grftces , par sa présence adorable, et par les œuvres de charité.

1. Par la bénédiction des viandes et l'action de grâces. Il bénit les pains et rendit grâces à son Père. U est bien juste que nous nous acquittions de l'un et de l'autre devoir, puisque c'est de Dieu que nous recevons notre nourriture. C'est par là que se feisaient distinguer les premiers fidèles , et saint Ambroise observe que ces deux Toyagenrs à qui le Sauveur des hommes se j<^gnit sur le cbemm d'Emmaûs le reconnurent dans la fraction du paui et à hi bénédiction qu'il lui donna avant que de le manger. N'est-il pas étrange que nous jouissions des bienfeits de Dieu sans penser à Dieu et sans le remercier?

3. Par sa présence adorable. Ce fut en la présence de JésnsChrist que le peuple prit la nourriture qui lui avait été distnbnée. Dieu est présent partout pour tout voir; mais ou peut dire qu'il redouble en quelque sorte son attention dans les lieux et dans les rencontres oh nous pouvons plus aisément nous échapper, comme dans les repas. C'est donc là que nous devons le perdre moins de vue. Les païens eux-mêmes faisaient exposer leurs idoles devant leurs tables, afin que l'idée de ces feux dieux les tint dans une juste modération. Mais parce que nous oublions notre Dieu, tout présent qu'il est, qu'arrive-t*il souvent ? Jugeonsen par rexemplede Balthanr. Si Dieu n'éclate pas ouverte* ment contre nous, comme il éclata contre ce prince, ses

jugements secrets n'en sont pu moins redoiitables ni moins funestes.

3. Par les œuvres de charité. Jésus-Christ fit recueillir les restes pour ceux qui pouvaient survenir. Amsi les ri« ches doiventils entretenir les pauvres du superflu de leurs tables. Saint Louis en nourrissait tous les jours, dans son palais, un certatai nombre. On laisse périr dans les maisons tant de choses dont les pauvres pourraient se nourrir. On les laisse périr eux-mêmes, et par là on s'expose au triste sort de ee mauvais riche de l'Évangile qui fut enseveli dans l'enfer. PuissionsHBOus, ponr fruit de ce discours , nous aflfranchb de resclavage de nosoorpsi

LE SEPTIËIfE DIBfANCHE APRÈS LA PEIfTECOTE.

SUE L'HTPocaisa.

SfOfBi. Jésus dit à H$ dèseipUs : Gardez-wms des/aux pnrpkètêt, qui viennent à vous déguisés en brebis, et qui dans le fond s/omt des loups ravissants.

Voilà en peu de paroles le caractère des hypocrites : mais du reste ce n'est pohit tant de notre hypocrisie propre qull s'agit ici que de fhypocrisie d'autrui.

DiTisiOEf. Montrons an libertin eombien il est mal fondé, quand, pour se confirmer dans son libertim^ et son désordre, il se sert de rhypocrisie d'autrui, première partie : au chrétien lâche, combien il est feiUe etconpable dans sa faiblesse , quand U se trouble de l'hypocrisie d'autrui , jusqu'à s'élot^ner des voies de Dieu , deuxième partie ; et au ohfétiett ignorant et simple, combien il est hiexoisable devant Dieu lorsqu'il se laisse surprendre à rhypocrisie d'autrui, troisième partie.

PBBuiànE PARTIE. Le libertin nul fondé , quand , pour se confirmer dans son libertinage et son désordre, il se sert de rhypocrisie d'autrui. Parce que la vraie piété condanme le libertin et que c^est un reproche de ses désordres, que fal^il? il tâche à se persuader que tout ee qui parait piété dans le monde n'est que fausse piété, ou du mohis n'est qu'une piété très-suspecte. D'où il tire cette conséquence , que les autres ne valent pas mieux que lui , et qu'il n'a qu'à vivre toujours comme il vit. Or ce raisonnement se détruit en deux manières.

1 . Quand 11 n'y açrait point dans lemondede Traie piété. Dieu n'en serait pas moins Dieu , et par conséquent nous ne serions pas mohisobligés à le servir ; la loi n'en serait pas mohis loi , et par conséquent nous ne serions pas moins obligés de la garder. Nous ne serons pas jugés sur la conduite des autres , mais sur Ui nêtre. Exemple de David et de Tobie.

2. Quoi qu'en puissent dire les libertins. Il y a encore dans tous les états de vraies vertus ; et c'est par malignité que les mondains et les impies ne veulent pas les reconnaître.

Deuxièhe partie. Le chrétien lâche et faible, coupable dans sa feiMesse quand il se trouble de l'hypocrisie d'autrui jusqu'à s'éloigner des voies de Dieu. Cette tentation a trois pernicieux effets dans les chrétiens lâches et faibles. 1. Elle leur imprime une crainte servile de passer dans le monde pour hypocrites et pour faux dévots; etcetle crainte leur est un obstacle à raccomplissement des plus saints devoirs de la reUgion. t. Elle piroduiien eux un dé^Dûtde

ANALYSES DES SERMONS

la piété, fondé, disent-ils , sur ce que la inété » quoique solide en elle-même, a le malheur d'être sujette à la censure (les hommes et à la malignité de lenrs jugements. 3. Us tombent par là dans nn abattement de cœur qui va souvent jusqu'à lenr frire abandonner le parti de Dieu plutôt que de s'engager à soutenir la persécution. Or ce scandale est très-déraisonnable, et à l'égard d*michrétien fl ne peut éUt justifié dans aucun de ces trois cbefii.

1. n ne tienC qu'à un chrétien de Tivre de tdle sorte qu'on ne le puisse soupçonner dliypocrisiej car il y a certains caractères de vertus qui ne peuvent être suspects.

3. Bien loin que le malheur qu'a la piété d'être exposée an soupçon de rhypocrisie en doive dégoAter un chrétien , c'est ce qui doit au contraire allumer son zèle pour elle et l'exciter à prendre ses intérêts.

3. Au Ken donc de se décourager et de s'abattre, un clirétien doit s'animer, el ae souvenir combien U lui sera Kiorienx et avantageux de combattre et d'être persécuté IHHir la cause de Dieu. Le monde même ne pourra s'empêclier de lui rendre justice.

TRomâJiE PAMIE. Le chrétien ignorant et snnpie, inexcusable devant Dieu» lortquil se laisse aurprendre à l^hypocrisie d'autrui. On s'y laisae en effet tous les jours surprendre, jusqu'à quitter le parti de la vérité pour embrasser ceM de rerrenr, et jusqu'à se déclarer contre le bon droit poor Ikvoriser Ftafostice. Or, est^m excnsiâtie d'avoir afavi été surpris? non, et poor deux raisons.

t. Jésns-Christ ne nous a rien recommandé davantage dans rÉvangOe que de noua garder des sorprises d'une fausse piété, et d'y apporter une extrême vigilance. Or, c'est à quoi nous ne pensons point assez.

2. JésuS'Christ nous a donné les règles nécessaiies ponr nous garantir de ces surprises de la Cmissc piété. Par ezem pie , fl nous a dédaré que la preuve infidUible de la vérité étoit rattachement et la soumission à l'Église. Du reste , ayons recours à Dieu et demandons-lui qn'U nous découvre ses voies.

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