‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 29 sur 225 · SUR L'ÉTAT · texte numérisé non relu

SUR L'ÉTAT

tions des hommes , qui sont encore bien plus noblement les ouvrages de Dieu , aient eu en cela moins d'avantage, ou, pour mieux dire, moins de part à sa sagesse et à sa bonté. Dieu leur donna donc, aussi bien qu'à tout le reste des créatures , le caractère de perfection qui leur était propre ; et si ces états nous paraissent maintenant défectueux, déréglés et corrompus comme ils le sont, ce n*est point par ce que Dieu y a mis , mais par ce que nous y avons ajouté. Car si nous les considérons en eux-mêmes, il n*y en a aucun qui n*ait sa perfection dans l'idée de Dieu , et qui ne doive Tavoir dans nous. Or je dis , chrétiens, et voici l'excellente maxime que Dieu m'a hispiré de vous proposer pour la conduite de votre Tie ; je dis que toute la prudence de l'homme , même en matièredesalut, se réduità deux chefs, à s'avancer dans la perfection de son état , et à éviter toute autre perfection , ou contraire à celle-là , ou qui en empêche l'exercice. Étant aussi éclairés que vous l'êtes dans les choses du monde , vous devez être déjà plus convaincus que moi de l'importance de ces deux règles.

Il faut s'avancer dans la perfection de son état : pourquoi ? parce que c'est ce que Dieu veut de nous , parce que c'est uniquement pour cela qu'il nous a préparé des grâces , parce que c'est en cela seul que consiste notre sainteté , et à quoi par conséquent notre prédestination est attachée. Pouvonsnous avoir de plus puissants motifs pour persuader notre esprit, et pour toucher notre coeur? Dieu veut cela de nous, et ne veut point tout autre chose : si nous étions soumis à ses ordres, n'en faudrait-il pas demeurer là ? Quand saint Paul instruisait les premiers fidèles des devoirs du christianisme, une des grandes leçons qu'il leur faisait était celle-ci , d'examiner soigneusement et de tâcher de bien reconnaître, non pas simplement ce que Dieu voulait, mais ce qu'il voulait le plus, c'est-à-dire ce qui était le meilleur et le plus agréable à ses yeux : Ut probeHs qux sU vohiTitas Dei bona, etbeneplacens etperfecta, {Rom.y 12.) Mais pour moi, chrétiens, et pour la plupart de vous qui m'écoutez, il me semble que nous n'avons point à faire là-dessus de longues recherches. Car quelque parfaite que puisse être la volonté de Dieu sur moi , je suis sûr que je la connais déjà, et que, sans passer pour téméraire, je puis me glorifier d'être déjà instruit de ses desseins , puisqu'il m'est évident que Dieu ne demande de moi qu'une seule chose, qui est que je sois ce que je fais profession d'être, et ce que moimême j'ai voulu être : vérité si constante (écoutez ceci , qui peut être de quelque soulagement pour les consciences), vérité si constante que quand par malheur j'aurais embrassé une condition sans y être appelé de Dieu, dès là que j'y suis engagé par nécessité d'état , et qu'il ne a*est plus libre d'en

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sortir, la volonté de Dieu est que je m'y perfectionne , et que je répare le désordre de ce choix aveugle et peu chrétien que j'ai fait. Hors de là , quoi que je fasse, ce n'est plus la volonté de Dieu. C'est, si vous voulez , ce qui éclate le plus aux yeux des hommes, c'est ce que les hommes estiment, c'est ce qui fait du bruit dans le monde , c'est peut-être même ce qui paraît le plus louable en soi ; mais après tout c'est ce que je veux, et non pas ce que Dieu veut : pourquoi ? parce que c'est quelque chose hors de mon état. Quelle est donc dans Dieu cette volonté que saint Paul appelle bon plaisir et volonté de perfection : Foluntas Dei bene placens etperfecta ? Je vous l'ai dit, chrétiens; cette volonté est que chacun soit dans le monde parfaitement ce qu'il est; qu'un roi y soit parfs^itementroi; qu'un père y fasse parfaitement l'office de père , un juge la fonction déjuge; qu'un évêque y exerce parfaitement le ministère d'un prélat, que tous marchent dans la voie qui leur est marquée, qu'ils ne se confondent point , et que les uns ne s'ingèrent point en ce qui est du ressort des autres : car si cela était, et que chacun voulût se réduire à être ce qu'il doit êtr^, on peut dire que le monde serait parfait.

Mais parce qu'on vit tout autrement, et qu'à Fexemple de ce philosophe dont parle Minutius Félix , on veut régler la vertu et le devoir même par le caprice de l'inclination et de l'humeur; c'est-à-dire parce que l'on ne se met pas en peine d'être dignement ce que l'on est-, et qu'on travaille éternellement à être ce que l'on n'est pas, de là vient cette confusion et ce mélange qui trouble non-seulement la conduite entière du monde, mais les vues mêmes de Dieu sur nous ; ce que nous devons souverainement craindre. Et c'est de quoi saint Bernard représentait si bien la conséquence en certaines personnes qui , dans une profession sainte et dévouée à Dieu, s'adonnaient à des choses purement profanes , et menaient une vie toute séculière. Car que faites- vous? leur disaitil , et à quoi vous exposez-vous, en passan t ainsi les bornes que Dieu vous a prescrites? L'apôtre vous dit que chacun ressuscitera dans son rang : mais comment se pourra-t-il faire que vous ressuscitiez dans le vôtre , puisque vous ne gardez aucun rang ? et que peut-on espérer de vous, sinon qu'ayant vécu dans le désordre, vous ressuscitiez un jour dans le désordre? Belle idée , mes chers auditeurs , de je ne sais combien de chrétiens, qui vivent aujourd'hui, et qui ne sont ni du monde ni de l'Église, parce qu'ils ne s'attachent parfaitement nia l'un ni à l'autre; qui pensent faire quelque chose , et qui ne font proprement rien, parce qu'ils ne font pas ce qui leur est ordonné de Dieu.

Cependant , chrétiens , c'est pour cela seul que Dieu nous a préparé des grâces , et si nous avons des secours à nous promettre de sa miséricorde,

sua L'ÉTAT DE VIE , ktc

c'est anîqaenient poxxt la perfeetion de notre état; car la plus grossière de toutes les erreurs serait de croire que toutes sortes de grâces soient données à tous. Comme Dieu est aussi sage qu'il est bon, et que dans la distribution de ses trésors il sait observer le poids , le nombre et la mesure avec lesquels FÉcriture nous apprend qu'il a tout fait , il ne nous destine point d'autres grâces que celles qui sont conformes et proportionnées à notre condition. Cest la théologie expresse de saint Paul en mille endroits de ses épttres. Il y a diversité de grâces, dit ce grand apôtre; et selon la diversité des grâces, il y a diversité d'opération» surnatutelles , quoique toujours par l'influence du même esprit , qui opère tout en tous; et comme l'œil n'a pas la vertu d'entendre, ni Toreille la faculté de voir, et que la nature ne fournit des forces à ces deux organes que pour l'action qui leur est propre , aitssi Dieu , qui a tait de son Église un corps mystique, ne dispense ses grâces aux hommes , qui en sont les membres , que par rapport à la fonction où chacun est destiné. Il donne la grâce de commander à celui qui doit commander, et la grâce d'obéir à celui qui doit obéir; la grâce de direction est pour les prêtres et pour les pasteurs des âmes, et la grâce de soumission pour les peuples qui ont recours à leur conduite : ainsi du reste. Or il est de la foi que nous ne ferons jamais d'autre bien que celui pour lequel Dieu nous accorde sa grâce, et que tout ce que nous entreprendrons hors de l'étendue et des limites de cette grâce, quelque apparence qu'il ait de bien , nous sera inutile. Si donc celui qui a la grâce d'être conduit veut se mêler de conduire et de diriger, comme il n'arrive que trop, dès là, outre qu'il ne fait rien de ce qu'il pense, parce qu'il n'a point de grâce pour cela, il tombe, sans y prendre garde, dans le péché de présomption , et il tente Dieu , ou en lui demandant une grâce qu'il n'a point droit de lui demander, ou en présumant de faire sans grâce ce qui est essentiellement l'ouvrage de la grâce. Il corrompt cet ouvrage de la grâce, et cet ouvrage de la grâce ainsi corrompu, bien loin de le perfectionner, a un efïbt tout contraire. Car nous voyons que les bonnes oeuvres faites hors de l'état ne servent qu'à inspirer Torgucll, rattache^ ment au sens propre , et mille autres imperf^ions. Pourquoi ? parce qu'elles ne promeut pas du principe de la grâce, mais de nous-mêmes : au lieu qu'étant pratiquées dans l'état d'un chacun , elles portent avec elles une bénédiction particulière, et de sainteté pour celui qui les fait , et d*exemple pour les autres.

Car n'espérons pas, chrétiens, trouver jamais la sainteté ailleurs que dans la perfection de notre état. Cest en cela quelle consiste , et les plus grands saints n'ont point eu d'autre secret que celui-là pour y parvenir. Ils ne se sont point sanctifiés ,

parce qu'ils ont fait des choses extraordinaires qde Ton n'attendait pas d'eux : ils sont devenus saints parce qu'ils ont bien fait ce qu'ils avaient à Mte , et ce que Dieu leur prescrivait dans leur condition. Jésus-Christ lui-même , qui est le Saint des saints , n'a point vodln suivre d'autre règle. Quoiqu'il fût audessus de tous les états , il a borné , sinon sa sainteté , du moins Texehîice de sa sainteté , aux devoirs de son état; et la qualité de Dieu qu'il portait ne l'a point empêché de s'accommoder en tout à l'état de l'homme. Il était fils, il a voulu obéir en fils; il était Juif, il n*a manqué en rien à la loi des Juifs : et parce que la loi des Juifs défendait d'enseigner avant l'âge de trente ans, tout envoyé qu'il était de Dieu pour prêcher le royaume de Dieu, il s'est tenu jusqu'à l'âge de trente ans dans l'obscurité d'une vie cachée, arrêtant toutes le ardeurs de son zèle, plutôt que de le produire d'une manière qui ne fttt pas ré« glée selon son état; car c'est la seule raison que nous donnent les Pères de la longue retraite de cet Homme-Dieu. Voilà pourquoi saint Paul, dont je ne fais ici qu'extraire les pensées , exhortant les chrétiens à la sainteté , en revenait toujours à cette maxime : Unnsquisque in qtia vocatione ûocatm est{\. Cor, y 7>: Que chacun de nous, mes frères, se sanctifie dans Tétât où il a été appelé de Dieu. Voilà pourquoi ce grand mattre de la perfection chrétienne , et qui avait été instruit par Jésus-Christ même, recommandait si fortement aux Romains de n'affecter point cet excès de sagesse qui s'égare de la vraie sagesse, et de n'être sagea qu'avec sobriété : Non ptus sapere quant oporàeà sapere, êed sapere ad êobrUtatem. {Rom., 13.) Non pas qu'il voulût mettre des bornes à la perfection et à la sainteté de ces premiers fldèlefl ; il en était bien éloigné ; mais parce qu'il craignait que ces premiera fidèles n'allassent chercher la sainteté et la perfection où elle n'était pas , je venx dire hors de leur état; car c'est proprement ce que signifie cette intempérance de sagesse dont parle saint Paul; intempérance , dis-je , non point en ce qui est de notre état, puisqu'il est certain que nous ne pouvons ja* mais être trop parfaits dans notre état; mais intem* péranœ en oe qui est au delà de Tétat où DIoa noua a mis, parce que vouloir être parfoits de la sorte i c'est le vouloir trop , et cesser tout à fait de l'être. Or le moyen de corriger dans nous cette Intempérance? le voici renfermé en trois paroles par où je finis, et qui contiennent un fonds inépuisable de moralités. Cest de nous défaire de certains faux sëes de perfection qui nous préoccupent, etquinons empêchent d'avoir le solide et le véritable* Je m'explique. C'est de retrancher le zèle d'une perfection chimérique et imaginaire que Dieu n'attend pas de nous , et qui nous détourne de celle que Dieu exige de nous ; de modérer ce zèle inquiet de la perfection

SUR LA MÉDISANGK.

d'autrni qui nous &it négliger la nôtre, et que nous entretenons assez souvent au pr^udice de la nôtre; mais par^dessus tout, de réformer ce zèle tout païen que nous avons d'être parfaits et irréprochables dans notre état selon le monde, sans travailler i rétre selon le christianisme et selon Dieu. Prenez garde : je dis de retrancher le zèle d*une perfection ehimérique; car j'appelle perfection chimérique celle que nous nous Ggurons en certains états où nous ne serons jamais, et dont la pensée ne sert qa'à nourrir le dégoût de celui où nous sommes. Si j'étais ceci ou cela, je servirais Dieu avec joie, je ne penserais qu'à lui , je vaquerais sérieusement k mon salut. Abus, chrétiens : si nous étions ceci ou cela, nous ferions encore pis que nous ne faisons; car nous n'aurions pas les grâces que nous avons. Or ce sont les grâces qui peuvent tout , et qui doivent tout faire en nous et avec nous. Dieu donne des grâces à la cour qu'il ne donnerait pas hors de la cour, et des grâces dans la magistrature qu'il vous refuserait partout ailleurs. J'appelle perfection chimérique, celle qui nous porte à faire le bien que nous ne sommes pas obligés de faire , et à omettre celui que nous devons faire. Car vous verrez des chrétiens pratiquer des dévotions singulières pour eux , et se dispenser des obligations communes; faire des aumônes par une certaine compassion naturelle, plus que par charité , et ne pas payer leurs dettes, à quoi la justice et la conscience les engagent. Voilà le zèle qu'il faut retrancher, et voici celui qu'il faut modérer. Cest un zèle inquiet de la perfection d'autrui, tandis qu'on néglige la sienne propre. On voudrait réformer toute l'Église, et l'on ne se réforme pas soimême. On parle comme si tout était perdu dans le monde, et qu'il n'y eût que nous de parfaits. Eh I mes chers auditeurs, appliquons-nous d'abord à nous-mêmes; un défaut corrigé dans nous vaudra mieux pour nous que de grands excès corrigés dans le prochain.

Mais ce que nous avons surtout à régler et à redresser est ce faux zèle qui nous rend si attentifs à notre propre perfection sebn le monde , tandis que nous abandonnons tout le soin de notre perfection selon Dieu ; comme si l'honnête homme et le chrétien devaient être distingués dans nous ; com* me si toutes les qualités que nous avons ne devaient pas être sanctifiées par le christianisme ; comme s'il ne nous était pas mille fois plus important de nous avancer auprès de Dieu et de lui plaire , que de plaire aux hommes. Ah! chrétieos, pratiquons la grande leçon de samt Paul , qui est de nous rendre parfaits en Jésus-Christ; car nous ne le serons jamais qu'en lui et que par lui. Toutes les sectes de philosophes ont fait des hommes vains, des hommes orgueilleux, des hommes remplis d'eux-mêmes, des hommes hypocrites; mais un honune parfait, c'est le chef-

d'œuvre de la religion , comme il n'y a qu'elle aussi qui puisse nous conduire à une félicité parlaite.el à l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite , etc.

SERMON

POD)R LE OlfZIÈME DIM ARCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

SUR LA MÉDISANCE

Bt mdâMcuni ti turdum et muium, et depreeabmntmrmm ut impoAat iUi manum.

On lui amna on homme.qiii éUU sourd et muet , et on le pria de mettre les mains sur loi poar le guérir. Saint M4bc, ctiap. 7.

Void, chrétiens, une diose bien étrange, que nous représente notre évangile. Dans un moment le Fils de Dieu, par une vertu toute miraculeuse, délie la langue d*un muet et lui donne l'usage de la parole : Solutum est vinculum Unguœ ejus , et loque* bcUwr recte (Marc, 7 ); mais en vain ce même Sauveur des hommes veut-il imposer silence à une nombreuse multitude qui l'environne , et leur fermer la bouche. Malgré le commandement qu'il leur fait , et plusieurs ordres réitérés de sa part, ils élèvent la voix, et ne cessent point de se &ire entendre : Quanto autem eis praecipiebatj tanto magUplus px(iicabant.{ld.) Cest, dit saint Grégoire, qu'il es t beaucoup plus difficile de se taire que de parler. L'un procède d'une discrétion sage , d'une retenue modeste et humble, d'une charité compatissante aux faiblesses d'autrui , et d'un empire absolu sur soi-même; au lieu que l'autre, en mille rencontres, n'est l'effet que d'une impétuosité naturelle, et souvent d'une passion maligne et d'une envie secrète de censurer. Si l'on parlait au n\oins comme cette troupe zélée qui rend gloire à Jésus-Christ, et qui publie le miracle qu'il venait d'opérer à leurs yeux ! mais on parle pour décrier le prochain et le couvrir de confusion ; on parle pour en railler, pour le condamner, pour relever ses défauts , pour noircir sa réputation, pour le perdre enfin dans l'estime publique. Il y a longtemps , mes chers auditeurs , que je me suis proposé de vous entretenir de la médisance, et c'est ce que j'entreprends dans ce discours. Injurieuse et criminelle Ijber^, qui ne respecte personne, qui s'attaque sans distinction et aux grands et aux petits , qui n'épargne ni le profane ni le sacré , et qu'il est d'une importance extrême , pour le bon ordre du monde et le salut des âmes , de réprimer. Demandons les lumières du Saint-Esprit, et adressons-nous à sa sainte Épouse, qui est Marie. Jve.

Si nous connaissions parfaitement nos maux ^ et si nous avions soin d'en étudier la nature et les qualités, souvent il ne faudrait rien davantage pour

SUR LA MÉDISANŒ.

nous en guérir, et cette réflexion seule en pourrait être le remède infaillible et souverain. Ce qui fait que nous les entretenons, c'est que nousn^en royons pas la malignité, et que, par une négligence trèsdangereuse, nous n'examinons presque jamais, ni de quelle source ils procèdent, ni quels effets ils causent dans nous. Or je parle aujourd'hui , chrétiens , d'un mal d'autant plus déplorable qu'il est volontaire, et d'autant plus pernicieux qu'il est habituel ; savoir, du péché de médisance , ou plutôt de la passion qui est en nous le principe de ce péché. Mon étonnement est que cette passion étant d'une part la plus lâche et la plus odieuse, et de l'autre ayant pour la conscience les plus étroits et les plus terribles engagements, ce soit toutefois celle que nous craignons le moins , et qui nous devient ainsi plus ordinaire. Car enGn, pour peu que nous soyons sensibles à l'honneur, sans grâce même et sans christianisme, nous fuyons naturellement ce qui porte avec soi un caractère de lâcheté, et ce qui peut nous attirer la haine des hommes; et pour peu d'ailleurs que nous ayons de religion , et que nous soyons touchés de zèle sur l'affaire du salut, nous devons conséquemment éviter ce qui nous le rend plus difficile et ce qui l'expose à un péril plus certain. Mais par une conduite tout opposée, la médisance est de tous les péchés celui dont nous nous préservons avec moins de précaution, et voilà encore une fois ce qui me surprend. En deux mots, qui comprennent tout mon dessein, point de péché plus universel que la médisance , et c'est ce qui m'étonne par deux raisons : en premier lieu, parce qu'entre les péchés il n'en est point de plus lâche ni de plus odieux; vous le verrez dans la première partie : en second lieu, parce qu'entre les péchés il n'en est point qui engage plus la conscience ni qui lui impose des obligations plus rigoureuses; je vous le montrerai dans la seconde partie. Appliquez-vous à l'une et à l'autre, et commençons.

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