‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 42 sur 225 · POUR LE QUINZIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE QUINZIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PEi^TECOTE.

SUR LA CRAINTE DE LA MORT

Cum approjdnquaret portm civitatû, eoce d^nnctmt iJi^rehatur JHius unicus matris sua; et hœc vidua eral; et tmrba eivitaiiê multa cum illa. Quant cum vidistet Dominui, miterkordia motus super eam, dixit UU : PioUflere.

Lorsque Jésos-Christ était près de la ville, oo portail en terre on mort , fils unique d*une femme veuve ; et cette femme était accompagnée d'une gran ?c quanUté de personnes de la ville. Jésus Payant vue , il en fut touché , et lui dit : Ne pleurez point. Saint Luc, ohap. 7.

Entre bien des sujets qui toucbèrent le Sauveur des hommes à la vue de ce funèbre appareil qu'il aperçoit devant ^ts yeux, savez- vous, chrétiens, à quoi son cœur est plus sensible et ce qui lui pcraît plus digne de sa compassion ? Ce sont les imperfections et les faiblesses qu'il remarque dans cette mère, qu! pleure la perte de son fils, que la mort vient de lui ravir. Il a pitié de son attachement excessif à la personne de ce fils unique; il a pitié du peu de soumission qu'elle témoigne aux ordres de la Providence; il a pitié de son infidélité, qui lui fait envisager la mort avec des sentiments tout naturels et tout humains ; il a pitié non-seulement d'elle, mais de nous tous, qui ne vivons pas dans cette disposition parfaite où doit être une âme fidèle au regard de la mort, et qui, par une lâche timidité, nous enfaisons'un objet d'horreur, lorsque nous en pourrions faire la matière de nos plus grandes vertus et le couronnement de notre vie. Voilà ce que Jésus-Christ déplore : Misericordta 'motus super eam. Or c'est à cette compassion du Fils de Dieu que je m'arrête aujourd'hui. J'entreprends de la justifier, et de vous montrer que rien en effet n'est plus déplorable que la préparation d'esprit et de cœur où se trouvent la plupart des chrétiens à l'égard de la mort. Nous sommes faibles en tout, et

notre misère en tout se découvre; mais on peut dn*e solitude entière, où vous vous demandiez compte à qu'elle est extrême sur ce point. La seule image d» Yous-mémes de vous-mêmes, et où vous vous pré- la mort nous contriste et nous effraye; nous n'y

pariez à le rendre à Dieu, et à recevoir de lui la iéoorapense éternelle, que je vous souhaite, etc.

pensons presque jamais sans douleur, et nous n'en pouvons entendre parler sans peine. Au moindre danger qui nous menace, aux premières attaques d'une maladie qui peut nous conduire à ce tei me t nous nous alarmons , nous nous troublons , nous nous désolons; et moi je veux, mes frères, vous rassurer contre ces alarmes; je veux vous prémunir contre ces troubles et ces désolations : comment? en vous faisant concevoir de la mort des idées plus conformes au christianisme que vous professez; en vous la représentant sous une figure beaucoup moins odieuse que vous ne l'avez jusques

SUR LA CRAINTE DE LA MORT

à présent eoosidérée; en combattant , on du moins en réglant cette crainte sans bornes et sans mesure, qui vous porte quelquefois à de si pitoyables extrémités. Vierge sainte, e*est vous que Dieu a établie notre protectrice au moment de la mort , et c^est en cette qualité que l^glise tous les jours vous salue. Obtenez-nous dès maintenant, par votre puissante médiation , les mêmes secours que nous attendons à cette dernière heure, et recevez Thommage que nous vous présentons en vous disant Jve,

Pour vous proposer d*abord mon dessein , je distingue trois sortes de personnes qui craignent la mort. Les'premiers la craignent par un esprit d'infidélité, et ce sont les libertins et les athées ; les seconds la craignent par une trop grande passion pour les biens de la vie présente, et ce sont les mondains ou ambiteux , ou intéressés , ou voluptueux ; les troisièmes la craignent par un sentiment de la nature , et ce sont généralement tous les hommes , sans en excepter même les sages ni les chrétiens. Trois principes tout différents, Tinfidélité, rattachement au monde , le sentiment de la nature ; mais principes qui tous agissant sur les âmes faibles , y produisent les mêmes effets, et y font naître, quoiqu'on diverses manières et par divers motifs, les mêmes frayeurs de la mort. Ceux qui la craignent par infidélité ou par une trop grande passion pour les biens de la vie sont les plus criminels; ceux qui la craignent par une aversion naturelle sont*les plus excusables; mais les uns et les autres sont toujours à plaindre dans leur condition, et ont de quoi exciter la compassion de Jésus-Christ et la nl^tre. Les libertins et les athées craignent la mort , parce que^ ne reconnaissant point d*autre vie que celle-ci , ils se persuadent que tout mourra pour eux du moment qu'ils mourront eux-mêmes , et c'est une Infidélité qu'il faut détester. Les mondains craignent la mort parce qu*ils aiment le monde, et qu'ils savent que la mort les en séparera ; et c'est une passion pour le monde dont il faut se détacher. Tous les hommes en général craignent la mort , parce que la nature d'elle-même répugne à cette violente division de l'âme et du corps , et c'est un sentiment humain que la religion doit corriger. Or écoutez trois propositions qui vont partager ce discours. Rien de plus funeste que l'état de l'impie [et du libertin qui craint la mort parce qu'il est tombé dans le désordre de l'infidélité; c'est la première partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui craint la mort parce qu'il est attaché au inonde; c'est la seconde partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme , je dis en particulier de tout homme chrétien , qui craint la mort pr^rce quil ne fait pour s'affermir contre cette

crainte naturelle nul usage de sa religion ; c'est la troisième partie. De là j'aurai lieu de parler, en conchiant, à ceux mêmes qui craignent la mort par une trop vive apprâiension des jugements de Dieu, et je leur apprendrai à régler sur cela leur foi. Je n'oublierai rien pour vous instruire sur tous ces points, et il ne tiendra qu'à vous d'en profiter.

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