‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 55 sur 225 · POUR LE DIX-NEUVIÈME DIMANCHE · texte numérisé non relu

POUR LE DIX-NEUVIÈME DIMANCHE

APRÈS LA PENTECOTE.

3UR L'ÉTERNITÉ MALHEUREUSE

Tune dixit rex nUniêins : Ligatit manibus et pedibus ^u$, mittUe ewn in tamhras «rittiotw. Ibé «rii Jletus et $tridpr dènHum,

Alors le roi dit à tes oMciers : Jetez-to dans les ténèbres pieds et mains liés. Cest là qii*il y aura des pleurs et des grincements de dents. Sartf Màtth., chap. 33.

Cest ranrétque prononce un roi de la terre, contre un indigne sujet dont il se tient offensé, et c'est ainsi qu'il punit la témérité de cet homme , qui , sans égard à la majesté du prince et au respect qui lui est dû, s'est présenté à son festin, et n'y a pas apporté la robe de noces. Mais, chrétiens, ce roi de la terre, tout rigoureux qu'il paraît, n'est qu'une image bien imparfaite de ce Roi du ciel , qui doit un jour nous appeler à son tribunal pour y être jugés, et pour y entendre le formidable arrêt de notre réprobation, si nous avons eu le malheur d'encourir sa disgrâce et de tomber dans les mains de sa justice. Les plus puissants rois de la terre , dans la plus grande sévérité de leurs châtiments, n/ont, après tout, de pouvoir et n'exercent leur rigueur que sur les corps, sur ces corps déjà périssables par euxmêmes et mortels, Ligafis manibus et pedibus : mais d'étendre ses vengeances jusques à l'âme , de faire sentir à l'âme tout le poids de sa colère, de la réprouver et de la perdre , et par le même anathème de l'envelopper avec le corps dans la même damnation, c'est Tessentielle et terrible différence qui distingue ce juge redoutable , dont le bras vengeur s'appesantit si rudement sur ses ennemis , et les poursuit dans les ombres de la mort et tes profonds abîmes de l'enfer. Le dirai-Je néanmoins, mes cbers auditeurs? ce n'est point précisément par là, ce n'est point par la peine actuelle et présente qu'il fait ressentir au pécheur réprouvé, que ce souverain maître me semble plus à craindre : c'est par la durée infinie de cette peine, c'est par son éternité. Si ce n'était pas une peine éternelle, îl y aurait une On à espérer; et cette espérance, dans Textrémité même de la douleur, serait un soulagement et un soutien. Mais une peine sans Gn, sans espoir, sans remède, voilà ce que je viens vous proposer comme le comble de la misère et l'état le plus accablant. Voilà la source de ce^ larmes intarissables, et la cause de ces grincements de dents dont il est parlé dans notre évangile : Ibi erit Jletus et ttridordeniium. Vous voyez, chrétiens, l'importante matière que j'entreprends aujourd'hui de traiter. Je veux TOUS entretenir de l'éternité malheureuse;

et parce que c'est une de ces vérités capitales qui ee soutiennent par dles-mémes , je veux, sans art et sans étude, vous en donner les idées les plus com munes. Il ne me faut que le secours de votre grâce, 6 mon Dieu , et je vous le demande par Tînteroession de Marie, en lui disant : Jve.

C'est dans tous les siècles , depuis l'établissement de rÉglise, qu*OB a raisonné sur l'éternité nalheureuse; et qu'outre les impies et les libertins dédarés qui ont refusé de souscrire à cet article fondamental , il s'est trouvé, comme il s'en trouve tous lea jours au milieu même du christianisme, des chrétiens faibles et chancelants, qui se sont laissé troubler de certains doutes au sujet de cette éternité, et que leur trouble , par une conséquence naturelle , a refroidis dans tous les exercices de la religion. Car dès que ce point de foi commence à s'ébranler dans une âme, c'est une suite inmianquable, que, perdant la crainte des jugements de Dieu, elle se relâche à proportion dans la pratique de ses devoirs et qu'elle vienne enfin à les abandonner. Il est donc, mes chers auditeurs, d'une nécessité absolue de vous affermir contre des incertitudes et des doutes qui peuvent, quoique souvent involontaires, avoir des effets si pernicieux ; et il me sufQra pour les détruire de leur opposer les principes mêmes de la foi que nous professons. Mais afin de donner à mon stget plus d'étendue , je prétends aussi dans ce discours attaquer un autre désordre, non moins ordinaire ni moins condamnable. C'est de croire une éternité malheureuse , eu de se flatter au moins de la croire d'une foi ferme, d'une foi parfaite quant à la soumission de l'esprit; et cependant de n'en tirer nulle résolution , je dis nulle résolution eflîcace pour le règlement de sa vie, et pour s'appliquer avec plus de fidélité et plus de zèle aux oeuvres chrétiennes; car n'est-ce pas là une des contradictions les plus insoutenables? Ainsi, mes frères, |)our vous proposer en deux mots tout mon dessein, je vais vous faire voir comment la foi doit nous confirmer dans la créance de l'éternité malheureuse : ce sera la première partie; et comment la créance de l'éternité malheureuse, par le plus juste retour, doit nous exciter à la pratique des oeuvres de la foi : ce sera la seconde partie. L'une et l'autre méritent une atteution particulière.

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