RELIGION
Credidti ipie, et dbmta ^U9 Ma.
Il crat en Jéms-Christ , et toute sa maiitNi cmt comme lai.
Cest d'un père de famille que l'Évangile nous produit aujourd'hui l'exemple. Touché du miracle que le Sauveur du monde venait d'opérer en sa faveur, et ayant embrassé la loi de cet Homme-Dieu , il la fait encore embrasser à ses domestiques , et ne croit pas pouvoir mieux employer son pouvoir qu'à lui soumettre toute sa maison : Credidit ipscy et domus eju8 tota. Ce n'est pas qu'il use de violence, ni que d'une autorité absolue il entraîne des esprits rebelles, et arrache d'eux, pour ainsi parler, une foi contrainte et forcée. En matière de religion tout doit être libre et pleinement volontaire, et Dieu réprouverait un culte où le cœur n'aurait point de part. Si donc cette heureuse famille s'attache désormais à Jésus-Christ et en suit fidèlement la doctrine , c'est qu'elle y est engagée par l'exemple de son chef , c'est qu'elle y est animée par ses sages remontrances, c'est que le témoignage de ce nouveau chrétien est une instruction pour elle qui l'éclairé, qui la
BOinUALOei. « T. u.
convainc, et que de l'honneur qu'il rend à la foi elle apprend elle-même à l'honorer. Car ce fut là sans doute, mes chers auditeurs, la grâce prévenante et extérieure dont Dieu se servit , tandis qu'il agissait intérieurement dans les âmes , et qu'il y répandait les rayons de sa lumière. Si ce mattre n'eût pas cru , ou si , dissimulant sa foi , il n'eût pas eu l'assurance de s'en déclarer, tant de sujets soumis à son obéissance et témoins de sa conduite seraient demeurés dans les ténèbres de l'infidélité; mais parce qu'il ne se contenta pas de croire, et qu'il parla selon sa créance ,\|u'il s'expliqua hautement , qu'il confessa Jésus-Christ de bouche et par œuvres , sa conversion seule fut le principe de toutes les autres conversions : Credidit ipse y et domus eijus tota. Or voilà le zèle que je voudrais allumer dans vos cœurs. Voilà, chrétiens, par où je voudrais corriger mille scan dales que nous causons à notre religion et qui la déshonorent. Je vais vous faire comprendre ma pensée ; mais pour vous la bien développer j'ai besoin de l'assistance du Saint-Esprit , et je la demande par l'intercession de Marie ; disons-lui , yfve.
Nous avons tous une obligation indispensable et naturelle d'honorer notre religion, comme nous en avons une d'honorer notre Dieu. Ces deux obligations sont fondées sur le même principe, et l'une est une suite nécessaire de l'autre. Dieu et la religion , dit saint Thomas, ne se peuvent séparer. Car Dieu est la fin dernière que nous cherchons, et la religion est le moyen qui nous lie à cette fin. Conmie il est donc impossible d'aimer ta fin sans aimer le moyen , aussi est-il impossible d'honorer Dieu sans honorer la religion. Voilà le plus noble zèle que nous puissions jamais concevoir, et celui de tous auquel nous sommes le plus étroitement engagés. Cest le plus excellent et le plus noble , parce que faire honneur à la religion, c'est le faire à Dieu même. Or quel avantage pour une créature, qu'elle soit capable de faire honneur à son Dieu ! C'est celui auquel nous sommes le plus étroitement engagés, parce que le premier de tous les devoirs , comme les païens mêmes l'ont reconnu, regarde la Divinité et la religion. L'amour de la patrie, la foi conjugale, la piété des enfants envers leurs pères, le lien des amitiés les plus intimes , tout cela est fort et ce sont de grandes obligations : mais tout cela doit céder à l'obligation dont je parle; et plutôt que d'y manquer, il faut être prêt de renoncer à tout le reste.
Qu'est-ce que notre religion? C'est un précieux héritage que nous avons reçu de nos ancêtres, comme ils l'avaient eux-mêmes reçu de Dieu. Cest à nous de le conserver et de le maintenir avec honneur. Moïse, Josué et les autres conducteurs du peuple de Dieu, pouvaient tout sur lui quand ils l'intéressaient par cette considération. Allons, disaient-ils, généreux Israélites, c'est pour le Dieu
f^VR LE ZELE, ne.
^Ai>r4ham qu'il faut combcttre; e*est le Dieu d'IsiAC et de Jacob qiû yqu$ cominande de marcher ; c'est le Dieu de vos pères qui nous eovoie pour vous témoîgaer combien Uise tient offensé de vos superstition^. A cette parole de Dieu de leurs pères, Us se sentaient émus, ils obéissaient sans réplique, ils bnsaient leurs idoles, les armées entières se mettaient sur pied et se présentaient à Tennemi. Qjuoi donc, demande saint Chrysostôme, est-ce que Dieu était pour eux quelque chose de plus parce qu'il avait été ie Dieu d'Abraham, ou que leur religion était plus sainte,, parce qu'elle avait été celle de leurs pères? l'Ion, répond ce saint docteur; mais cependant cette vvb^du Dieu de leurs pères réveillait en eux les plus purs sentiments de leur foi. Se regardant comme les successeurs d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ils avaient honte d'avoir dégénéré de leur piété, et ç^ §eul motif leur inspirait le zèle de ces grands patriarches, je veux dire le zèle de la ▼raie Religion.
Je ne suis i chrétiens, ni un Moïse, ni un Josué, pour prétendre la m^e autorité sur vous : mais j'en ai une autre en vortu de mon ministère, qui ne m'autorise pas mma^ à vous parler de la part de Dieu ; et c'est par un mouvement particulier de son esprit que je viens vous solliciter pour les intérêts de votre religion et de la n|iienne : me promettant an reste bien plus de vous que jamais Moïse n'eut droit d'attendre du peuple juif. Car c'était un peuple grossier et incrédule , un peuple insensible aux bienfaits de JOieu, un peuple léger et inconstant : et moi j'espère trouver en vous un peuple docile, qui sera touché des scandales dont la religion de Jésus-Christ est déshonorée , et qui conspirera avec moi pour les letrancher du royaume de Dieu et de son Église : £t ooUigeni de regno ^us omnia scandcUa, ( Matth. , 13.) U ne s'agit ici que des scandales qui attaquent spécialement la religion, et voici le dessein de cediscours. Je suppose deux qualités essentielles ^ont je vous ai déjs^ entretenus et que nous reconnaissons , comme chrétiens , dans notre religion, savoif, la vérité et la sainteté. La vérité de sa doctrine, et la sainteté de sa morale. Or, de là je tire deux conséquences qui vont partager ce discours., Notre religioq ^t vraie; donc nous devons tous l'honorer parja profession de notre foi : c'est la première partie. Notre religion çst sainte; donc nous devons tous Thonorer par la pureté de nos mœurs : c'est la secondepartfé. Voilà où se réduit ce zèle dont j'ai entrepris de vous entretenir, et oe qui me donnera lieu de combattre bien des désordres , que nous ne pouvons assez déplorer dans Je tfaristianisme» ppnnez-moi votre attention.