‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 71 sur 225 · AUG · texte numérisé non relu

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Or cette vue, chrétiens, cet ce qu'il y aura de plus insupportable à l'homme pécheur : c'est ce qui î'aocablera et ce qui le consternera. Et voilà pourquoi les réprouvés s'adressant, ainsi que le marque expressément saint Matthieu, aux collines et aux montagnes pour implorer leur secours, ne leur di« ront point , selon l'olrâervation de saint Ghrysostôme aussi solide qu'ingénieuse : Montagnes , cachez-nous le visage de ce Dieu de gloire qui nous doit juger; collines , empêchez-nous d'apercevoir ces esprits qui doivent nous tourmenter : mais seulement. Montagnes , tombez sur nous , couvrez-nous , servez-nous d'un rempart éternel contre nous-mêmes. Car c'est de nous-mêmes que nous avons aujourd'hui à nous défendre, et qu'il est de notre intérêt d'éviter l'aspect : Timc incipientdicere numtibus, CadUe guper nos; ei colUbus, OperUe no». (Luc. , 28. ) Et en effet , si dans ce jugement nous pouvions être à couvert de nous-mêmes , ni la présence de Jésus-Christ quoique majestueuse , ni celle des démons quoique effrayante , ne seraient plus capables de nous troubler.

Mais venons au détail, et, pour tirer de cette première partie tout le fruit que j'en espère , entrons dans la discussion des choses. Nous avons , chrétiens , deux sortes d'erreurs en ce qui regarde Dieu et le salut : des erreurs de fait et des erreurs de droit. Des erreurs de fait, qui nous ôtent la connaissance de notre propre action; et des erreurs de droit, qui nous font même ignorer notre obligation. C'estàquoî se réduisent tous les désordres d'une conscience erronée. Or, à ces deux genres d'erreurs. Dieu , qui est la vârité éternelle , et qui , par on privilège de son être , n'est pas moins infedlUble pour le fait que pour le droit, opposera cette double infaillibilité de son jugement. Infaillibilité dans les faits, pour nous confondre sur mille péchés auxquels peut-être nous n'avons jamais bien pensé. Infaillibilité dans le droit, pour nous condamner sur mille points de précepte et d'obligation dont nous nous sommes obstiné à ne vouloir jamais convenir. Ahl chrétiens, que n'aije le zèle et l'éloquence des prophètes, pour vous proposer ici l'un et l'autre dans toute sa force I

Nous entassons tous les jours péchés sur péchés ; mais avec cela nous vivons tranquilles, nous accusant à peine devant Dieu, et ne nous avouant presque jamais coupables devant les honunes. Pourquoi ? parce que nous ne cherchons qu'à nous aveugler sur tout le mal que nous commuons, parce que nous ne nous le reprochons que très-rarement, parce que nous ne l'envisageons que très-superficiellement, parce que nous ne l'approfondissons jamais, et que nous en perdons très- volontiers et]

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très-aisément le souvenir. Que fera Dieu? Parlez, mon Dieu, par vous-même, et faites-nous connaître par les oracles que vous avez prononcés quel doit être le procédé de votre justice, afin que nous le prévenions, ou que nous soyons inexcusables. Car ce ne sont pas mes raisonnements , mais vos révélations toutes divines, qui en doivent instruire cet auditoire chrétien. Dieu , mes cbers auditeurs , suppléera là-dessus à votre défaut; il recherchera ce que vous aurez négligé; il approfondira ce que vous n'aurez fiait qu'effleurer; ce qui manquera au compte que vous vous en serez rendu , ïï l'ajoutera ; ce qui était demeuré comme enveloppé dans l'embarras de vos consciences , il le débrouillera. Ainsi nous l'a-t-il formellement déclaré dans ses saintes Écritures , et en des termes dont l'infidélité la plus endurcie ne peut désavouer qu'elle ne soit émue.

Oui , mes frères , ce jugement de Dieu succédera au nôtre, et réformera le nôtre : sur quoi? je le répète, sur tant de péchés que notre légèreté, que notre Tivacité, que notre dissipation continuelle, que notre précipitation dans l'examen de nousmêmes, que notre ignorance volontaire fait disparaître à notre vue. Car rien de plus commun que ces péchés inconnus ; je dis inconnus même au pédieur qui les a commis, et qui s'en trouve chargé devant Dieu. Je n'en voudrais point de preuve plus soisible que ce qui se passe au tribunal de la pénitence, s'il m'était permis de le révéler. Nous y voyons venir des mondains et des mondaines , après avoir été des années ratières sans en approcher ; ils s'accusent au ministre de Jésus-Christ, et toute cette accusation se termine à quelques faits dont le récit est presque aussitôt achevé que commencé. Est-ce que ces pécheurs sont moins criminels que des âmes timorées (je ne dis pas scrupuleuses ) , mais que des âmes sagement et solidement chrétiennes, qui, dans des confessions de quelques semaines et même de quelques jours , s'expliquent avec to«t une autre étendue , et demandent de notre part beaucoup plus de temps pour les entendre? Il y aurait lieu d'être surpris de cette différence, si l'on n'en découvrait pas d'abord le principe. C'est que ces hommes , que ces femmes du siècle, peu en peine de se connaître, ne font presque nul retour sur eux-mêmes , et laissent échapper sans réflexion les points quelquefois les plus essentiels. Combien de pensées, de soujigons, de jugements , de sentiments, de paroles , d'actions , qui ne leur reviennent point dans l'esprit, parce qu'ils ne se donnent ni le loisir ni le soin de les rappeler? Combien de consentements au mal qu'ils prennent pour de simples tentations? combien de désirs formés , qu'ils ne distinguent point des simples idées? combien dt haines invétérées et depuis longtemps entretenues, qu'ils traitent d'antipathies naturelles et involontaires? combien de

discours libertins qu'ils ne regardent que comme des traits d'esprit et de belle humeur? Combien de tours et de détours, de chicanes et d'artifices, de dissimulations et de supercheries, de violences et de concussions , pour profiter, peur gagner, pour s'avancer, pour s'assurer un héritage, pour s'ingérer dans un emploi? Combien, dis-je, de toutes ces injustices , et combien d'autres dont ils se savent bon gré, dont ils s'applaudissent , bien loin de les réputer pour des crimes, et qui ne sont dans leur opinion qu'adresse, qu'habileté, que science du monde? Voilà ce qu'ils ne font jamais entrer dans la recherche de leur vie; et quand, selon le devoir de notre ministère, nous voulons être éclairois làdessus , et qu'ils nous en rendent compte, comment nous répondent-ils , et pour qui passons-nous auprès d'eux?

Mais si , malgré nos soins , nous ne pouvons par* venir à développer ce chaos, et si nous sommes enfin obligés, après avoir pris les mesures convenables , de nous en rapporter à leur propre ténH>ignage , ils ont un juge supérieur, qui de leur témoignage en appellera au sien, ou plutôt qui , par son témoi* gnage, les rendra témoins eux-mêmes de toutes leurs iniquités. C'est lorsque répandant sur eux un rayon de sa vérité , il les éclairera de toutes parts, et qu'il ne laîss^a rien de si obscur et de si secret, qu'il ne produise à la lumière. Vois , pécheur, vois (c'est ainsi qu'il leur parlera à chacun en particu* her) : suis par ordre tout le cours de tes années ;. en voilà devant toi toutes les heures et tpus les moments. Voilà , sans y rien ajoute^ et sans y rien omettre , tout ce que tu as pensé , tout ce que tu as dit , tout ce que tu as fait; voilà cette passion qui t'a dominé , et tous les excès où elle t'a porté ; voilà cet intérêt qui t'a corrompu, et toutes les usures, tontes les fourberies qu'il t'a inspirées et que tu as exécutées; voilà cette envie, ce ressentiment qui te dévorait, et que tu as mille fois satisfait aux dépens de la bonne foi , de l'équité, de la charité, de toute la compassion naturelle. En un mot, te voilà teinte , et il ne tient qu'à toi de te considérer et de te contempler toi-même. Mais non , il ne tient plus proprement à toi ; car, malgré toi , je te forcerai éternellement à te considérer de la sorte, et à te contempler toi-même ; pourquoi ? afin que tu te haïsses et que tu te détestes étemdiement toi-même. Ainsi^ dis-je , parlera le Seigneur ; et dites-moi , mes frères , si vous le pouvez , quelle sera la surprise de ce pécheur, et son ^Êroi, quand d'une première vue il viendra tout à coup à découvrir cette affreuse multitude de péchés oubliés, de péchés ignorés, de péchés éloignés par la distance des temps, de péchés comptés pour rien et à peine remarqués , de péchcs^ jusque-là ensevelis dans une confusion de faits presque impénétrable, mais alors tellement étalés devant

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lui, et tellement rapprochés de lui , que pas un ne sera soustrait à sa vue, et que tous se montreront à ses yeux dans tout leur nombre et dans toute leur difformité.

Ce n*est pas que dès cette vie plusieurs ne les connaissent ; mais appliquez-vous à cet autre article , qui s'étend encore plus loin. Nous connaissons nos désordres , mais , par un défaut d'attention qui ne nous est que trop ordinaire , nous n'en considérons ni les circonstances , ni les dépendances , ni les conséquences , ni les effets, et de là nous ne nous accusons qu'à demi. Or, c'est surtout en cela que le jugement de Dieu doit être le supplément du nôtre , et c'est ce que le Psalmiste comprenait admirablement, lorsqu'il disait à Dieu : Jppone iniquitdtem super iniquUatem eorum. {Ps, 68.) Ajoutez, Seigneur, ce que vous savez qui a manqué à la confession qu'ils ont faite de leurs iniquités, et tirez du fonds inûni de votre sagesse , laquelle voit tout , ce qui doit rendre selon vous leur jugement complet : Àppone iniquitatem super iniquitatem. Car voilà, remarque le chancelier Gerson , l'un des aveuglements les plus pernicieux dans la pratique et dans l'usage de la vie chrétienne. On se juge et on se condamne , mais , par un malheureux secret d'abréger les choses , de dix péchés qui ont été , pour ainsi dire, compliqués et d'un enchaînement nécessaire entre eux, on n'en avoue qu'un, et cela parce qu'on n'envisage que la substance du péché dénuée de tout ce qui l'accompagne et de tout ce qui la suit.

On dit : J'ai trop d'amour et trop de complaisance pour ma personne ; mais on ne dit pas que cet amour de sa propre personne a été suivi d'un désir désordonné de plaire; mais on ne dit pas que pour plaire on a méprisé toutes les lois de la modestie , n'omettant rien de ce que le luxe et la vanité ont pu y contribuer; mais on ne dit pas que ce luxe et ce désir de plaire ont fait naître dans autrui des passions criminelles; passions dont on s*est bien aperçu, que Ton a excitées et qu'on a pris plaisir à faire croître, bien loin d'en rompre le cours; mais on n^dit pas que par là on a été la ruine des âmes que Ton a fait périr, et à qui l'on a servi de tentateur : Appone iniquitatem super iniquitatem. On dit : J'ai eu une attache qui m'a engagé dans des conversations trop libres ; mais on ne dit pas que cette attache a refroidi peu à peu et même entièrement éteint un amour légitime et de devoir ; mais on ne dit pas que cette liberté dé la conversation a suscité des querelles et des jalousies, dont la paix d'une famille à été troublée; mais on ne dit pas que cet engagement a éclaté et scandalisé le public : Appone iniquitatem super iniquitatem. On dit : J'ai trop aimé le jeu; mais on ne dit pas que ce jeu , outre le crime d'une ne oisive qui n'en a pu être séparé, a /ait abandonner

les soins les plus essentiels, a détourné des exercices de piété et de religion , a donné un mauvais exemple à des enfants, a autorisé des domestiques dans leur libertinage, a empêché de payer ses dettes, a causé des emportements et des dépits contre Dieu même : j4ppone iniquitatem super iniquitatem. J'ai parlé, dit-on, peu charitablement de mon prochain; mais on ne dit pas qu'en parlant de la sorte on a perdu ce prochain d'honneur et de crédit , mais on ne dit pas que cette médisance a été un obstacle à sa fortune, mais on ne dit pas qu'on a parlé pour se venger d'une injure qu'on prétendait avoir reçue; on ne le dit pas, et peut-être ne se l'est-on jamais dit à soi-même. Mais Dieu vous le dira , et c'est ainsi que dans son jugement il mettra iniquité sur iniquité; c'est-à-dire, qu'outre celles que nous avons connues, il nous présentera celles, ou que nous n'avons jamais observées, ou que nous avons oubliées : Appone inlqui' tufem super iniquitatem.

Je dis que nous avons oubliées, car nous en perdons facilement la mémoire. Mais Dieu , qui se trouvera intéressé à réveiller ce souvenir et à le perpétuer, le rendra Gxe et immuable ; comment cela? en nous appliquant la lumière de son entendement divin, par où ces mêmes crimes jui sont toujours présents; et en nous l'appliquant avec des traits si marqués, qu'il ne sera jamais en notre pouvoir de les effacer. Lumière divine (prenez garde, s'il vous plaît) qui pour cela est comparée par le Saint-Esprit, non pas à la parole , mais à l'écriture : Lingua mea calamus scribas velociter scribentis {Ps. 44) : Ma langue, disait le prophète, lorsqu'elle exprime les pensées de Dieu, est semblable à la plume d'un écrivain. Que voulait-il dire? Similitude admirable ! répond saint Jérôme, Parce que de même qu'un écrivain forme des caractères qui demeurent, qui se conservent des siècles entiers, et qui représentent toujours à l'oeil ce que d'abord ils lui ont€ait voir, au lieu que la langue ne forme que des paroles passagères, qui cessent d'être à l'instant qu'elles sont prononcées , aussi la lumière de Dieu a-t-elle un être permanent, de sorte que lorsqu'une fois elle sera imprimée dans nos esprits comme Diea l'y imprimera, nous ne pourrons plus perdre l'idée des sujets de notre condamnation, et nous les verrons éternellement écrits dans Dieu même : Lingua mea calamus scribse velociter scribentis. Et voilà , mes frères, dit saint Bernard, ce que Dieu voulaièlious déclarer dans ce passage du Deutéronome, quand, après avoir fait le dénombrement des péchés de son [)euple, il concluait ainsi : Nonne hoc condita sunt apud me, et signala in thesauris meis [peut. 32) : Tout cela n'est-il pas comme en réserve chez moi, et tout cela n'est-il pas comme scellé dans les trésors de ma justice? Voyez-vous, chrétiens, la conduite de Dieu à notre égard ? Si , par un esprit

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de pénitence, nous conservions noaintenant le sou- Tenir de nos désordres, les ayant toujours devant les yeux , et les repassant dans l'amertume de nos âmes, tout désordres qu'ils auraient été, nous nous en ferions devant Dieu un trésor de miséricorde : mais parce que nous les laissons volontairement échapper, Dieu les ramasse et nous en fait un autre trésor, qui est ce trésor de colère dont a parlé Tapôtre. Trésor qu'il nous ouvrira dans le grand jour de la manifestation, trésor où il mettra le sceau, afin que jamais ni la négligence, ni l'oubli même involontaire, n'y puissent donner la moindre atteinte, et que malgré nous notre esprit se trouve, pour ainsi dire, toujours saisi delà connaissance de nos propres actions : Nonne hxc condita iunt apud mcy et signala in thesauris mets f

Voilà ce qui concerne les erreurs de fait; mais il en est d'autres, que j'appelle erreurs de droit. En effet, l'extrémité de notre misère est que nous errons même dans les principes, et que, par un renversement qui se fait en nous aussi bien de l'homme raisonnable que de l'homme chrétien;, nous nous formons des consciences que notre raison, pour peu épurée et peu exacte qu'elle soit, ne peut s'empêcher de contredire : réglant nos devoirs par nos intérêts, opinant et décidant sur nos obligations suivant le mouvement de nos passions ; nous en rapportant à notre sens particulier, au préjudice des saintes lumières que la religion nous fournit; qualifiant les choses comme il nous platt , traitant de bagatelles et de riens ce qui est esentiel au salut; ne jugeant de ce qui est criminel que par rapport aux idées du monde, c'est-à-dire ne comptant pour criminel selon Dieu que ce qui l'est selon le monde; nous figurant honnête et permis tout ce qui est autorisé par l'usage du monde ; au lieu de combattre le monde par notre foi , accordant notre foi avec le monde, et par là même l'anéantissant et la détruisant. Mais Dieu , chrétiens, viendra par son jugement rectifier tous ces faux principes, dissiper toutes ces illusions , réformer toutes ces consciences , et ce sera , dit-il , lorsqu'après nous avoir laissé prendre notre temps il prendra le sien : Cum accepero tempus. (Ps. 74.) Ces consciences, dont nous nous étions assurés et sur lesquelles nous nous reposions, il nous les fera paraître pleines d'injustice, de préoccupation, de mauvaise foi, et comme telles il les réprouvera. Dès cette vie, il nous avait suffisamment pourvus de règles pour nous obliger à les réprouver nous-mêmes. Car nous n'avions qu'à les confronter avec la pureté de sa loi ; nous n'avions qu'à les soumettre aux jugements de ceux qu'il avait établis dans son Église pour nous conduire; nous n'avions qu'à les comparer avec les premiers jugements que nous faisions autrefois du bien et du mal , avant que notre raison fût pervertie et obscur-

cie par le péché : mais parce que nous n'avons rien fait de tout cela , et qu'emportés par l'esprit du monde , nous avons toujours voulu suivre ces consciences erronées; Dieu, pour nous confondre, leur opposera la sainteté, Tintéi^rité, Tincorruplibilité de son jugement. Et qu'aurons-nous autre chose, mes frères, à lui répondre, que de faire en sa présence^ le même aveu que Job, et de le faire encore avec plus de sujet que ce saint homme : f^erescio quod if a sit, et quod non justificetur komo compositus Deol ( Job, 9.) Ah! on nous le disait et nous l'éprouvons , Seigneur, que vos vues sont bien différentes des nôtres et bien au-dessus des nôtres. Nous pouvions nous justifier à nos yeux, mais nous ne l'étions pas pour cela devant vous : et c'est même pour nous être tant justiGés à nos yeux que nous devenons devant vous plus criminels. Ou plutôt, mes chers auditeurs, sans rien répliquer et sans rien dire , qu'aurons-nous à faire autre chose que de demeurer dans un triste et morne silence, confus, interdits, effrayés, apercevant partout les titres d'une juste et affreuse réprobation, et ne pouvant les déguiser, ne pouvant les éluder, ne pouvant les détruire ni les réfuter, parce que nous ne pourrons éteindre cette lumière éternelle de la vérité qui nous percera de toutes parts et nous retracera incessamment l'odieuse peinture de nous-mêmes?

Je serais infini si, pour l'accomplissement de mon dessein et pour la conclusion de cette première partie, je voulais. maintenant, dans une nouvelle image, vous exposer comment Dieu , vérité toujours infaillible , non content de nous faire reconnaître à nous- mêmes pour nous détromper de nos erreurs, nous fera encore connaître aux autres pour confondre nos hypocrisies. Hypocrisie , caractère de notre siècle, ou, pour mieux dire, caractère de tous les siècles où le libertinage a régné , puisque le libertinage, quelque déterminé qu'il puisse être, ne se soutiendrait jamais s'il ne se couvrait du voile de la religion. Hypocrisie, compagne inséparable de l'hérésie, et qui as fomenté toutes les sectes, puisqu'il n'y en pas une qui ait osé se produire sans être revêtue des apparences d'une spécieuse réforme. Hypocrisie, qui, sous prétexte de perfection, va à la destruction, et qui , sous ombre de ne vouloir rien de médiocre dans le culte de Dieu, anéantis visiblement, quoique insensiblement, le culte de Dieu. Hjrpocrisie qui sous l'austérité des paroles, caches les actions les plus basses et les plus honteuses, et qui y sous le masque d'une fausse régularité, insultes à la véritable et solide piété. Hypocrisie, qui, par un raffinement d'orgueil, déguisé sous le nom de zèle, condamnes tout le genre humain, fais de la médisance une vertu, n'épargnes pas les puissances établies de Dieu , et n'as de charité pour pcr* sonne. Hypocrisie, qui, pour parvenir à tes fin»,

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remaes toutes sortes de ressorts, formes toutes sortes d'intrigues, emploies toutes sortes de moyens ; ne trouvant rien dMnjuste dès qu'il te peut être utile ^ ni rien qui ne soit permis dès qu'il sert à ton avancement et à ton progrès : c'est là , c'est à ce tribunal que tu comparaîtras, et que Dieu, pour l'honneur de la vérité t révélera toute ta honte. Lui-même il

charité, sans équité, sans religion. Je ne puis voiiJi donner d'idée parfaite de cette infamie, et rien de tout ce qui se passe dans le monde n'en peut approcher. Un homme est décrié sur la terre et noté, mais il disparaît; mais il n'est flétri que dans une société y que dans un quartier, que dans une ville , que dans une certaine contrée; mais la tache enGu

nous le dit, mais avec des expressions dont j'aurais ' s'efface avec le temps : au lieu que lliypocrite, dé-

peine à user si elles n'étaient consacrées : Ostendam gerUibus nuditatem tuam et regnis ignominiam tuam. (Nabum., 8.) Oui, je découvrirai à toute la terre ton opprobre, c^est-àdire tes artiûces, tes fraudes, tes impostures , tes cabales, tes abominations d'autant plus ignominieuses pour toi, qu'elles auront été plus secrètes pour le monde. Ostendam : tout cela sera connu, et par là non-seulement je me satisferai, mais je satisferai tout l'univers. Tu séduisais les peuples, tu leur imposais , tu te les attachais par une vaine montre de probité , de simplicité , de sévérité; tu reeevais leur encens, et tu te repaissais de leiu's éloges. Or, je produirai au grand jour tous ces mystères d'iniquité et toute cette turpitude. On la verra, et tu auras à soutenir les regards de tous ceux que tu as trompés : Ostendam gentibus nuditatem tuam, et regnis ignominiam tuam. Voilà, chrétiens, la menace, et jugez de l'effet. Que dis-je , et qui peut l'imaginer et le concevoir ? Je vous le demande : qui peut concevoir de quelle confusion seront oouverts tout à coup et accablés, tel peut-être et telle qui sont ici présents; qui, portant au fond de leur cœur de quoi les diffamer, lèvent la tête néanmoins avecplus de confiance et plus d'orgueil ; qui dans un moment se tiendraient perdus sans ressource, si ce quMls cachent avec tant de soin et sous de si beaux dehors venait à être su, non pas du public, mais seulement de cette personne en particulier ou de cette autre; qui ne trouveraient point alors d'assez épaisses ténèbres ni de retraite assez profonde où se précipiter et s'abîmer. Ah ! je le répète, et qui peut penser quelle sera pour eux l'ignominie de cette révélation authentique et solennelle où ils se verront comme donnés en spectacle à toutes les créatures intelligentes; où tout ce qu'il y aura eu de plus lâche , de plus indigne, de plus malin, de plus sale et de plus corrompu dans leurs sentiments, dans leurs déguisements, dans leurs menées et leurs fourberies, dans leurs plaisirs et leurs brutales voluptés , sera tiré des ombres qui l'enveloppaient et mis sous les yeux de tous les hommes ; où devenus les objets du mépris le plus général , ils seront surtout témoins de la surprise et de l'indignation de ceux qu'ils auront trompés , de ceux qui les croyaient tels qu'ils paraissaient et qu'ils s'étudiaient de paraître, droits, sincères, désintéressés, réglés, vertueux, honnêtes; mais qui commenceront à les connaître tels qu'ils étaient, sans foi, sans retenue, sans pudeur, sans

masqué à ce jugement redoutable, sera forcé malgré lui de demeurer en vue; que Fimage de sou hypocrisie sera gravée dans tous les esprits^ et qu'éternellement cette miage et sa honte subsistera.

Le remède, mes frères, et le plus assuré préservatif que nous ayons ^ dont nous puissions présentement nous servir , c'est d'être de bonne foi avec nous-mêmes pour travailler à nous bien connaître, et de l'être avec les autres pour vouloir aussi sincèrement nousfairebien connattreàqui nous le devons, je veux dire aux ministres de la pénitence. Connaissons-nous nous-mêmes, afin de nous remplir d'une sainte haine de nous-mêmes et de nous exciter à la réformation de nous-mêmes. Et faisons-nous bien connaître aux médecins spirituels de nos âmes , afin qu'ils puissent mieux nous traiter, et qu'ils s'appliquent avecplusdefruitàlaguérlson de nos infirmités. Essuyons à leurs pieds et avec toute l'humilité chrétienne une confusion particulière et salutaire. Demandons à Dieu qu'il répande sur eux et sur nous sa vérité, et souhaitons que ce soit cette souveraine vérité qui nous conduise par leur ministère. Sans cela nous avons tout à craindre de cette véritéQnfaillible que rien ne trompera, et de cette équité inflexible que rien ne corrompra , comme il me reste à vous faire voir dans la seconde partie.

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