‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 77 sur 225 · SUE LA · texte numérisé non relu

SUE LA

NATIVITÉ DE JÉSUS-CHJRIST

Bt hoc vobit tignum : invemetig ii^antem patmis invohttum, elpontmn inprmiepw.

Voici la marque à quoi vous connaîtrez le Sauveur qui vous est né : c^est que vous trouverez un enfant emmaillotté et couché dans une crèche. Skun Luc, chap. 2.

SiBS,

Est-il donc vrai que le Dieu destiné pour nous sauver, que le médiateur des hommes, que le Fils unique du Père, faisaiit son entrée dans le monde, y dût être reconnu par des langes et par une crèche? Est-il vrai que ce devaient être là les marques de sa venue, et que ce Messie, dont les prophètes avaient si magnifiquement parlé , que ce Messie envoyé de Dieu pour un si important dessein , ne devait être distingué dans sa naissance que par Thumilité et la pauvreté ? Yoilà, mes frères , dit saint Augustin , ce qui a causé le scandale des Juife. Ils attendaient un Sauveur : mais ils supposaient que ce Sauveur viendrait dans l'éclat de la majesté; qu'il serait riche, puissant, heureux; qu'il rétablirait visiblement sur la terre le royaume d'Israël , qu'il comblerait ses sujets de biens et de prospérités. Prévenus qu'ils étaient de ces espérances , on leur a annoncé que ce Sauveur était né dans l'obscurité d'une étable, et c*est ce qui les a non-seulement troublés, mais choqués , mais révoltés. Ce scandale a passé jusque dans le christianisme : l'enfance et la crèche d\ui

SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUSCHRIST

Bien, voilà par où a commencé parmi les chrétiens Finfidélité de Thérésie. Otez-moi, disait, au rapport de Tertullien, Fimpie Marcîon; ôtez-moi ces langes honteux, et cette crèche indigne du Dieu que j'adore : aufer a tu^H$ parmos et dura prsuepia. ( Tfi&TULL. ) Ainsi parlait cet hérésiarque , si injustement et si feussement préoccupé contre les has- Sêsses apparentes de Jésus-Christ naissant. Or, ee qui a scandalisé les Juifs, ce qui a servi de fond à l'erreur des premiers hérétiques, c'est ce qui nous trouhle encore aujourd'hui. Car c'est là le signe que notre orgueil combat intérieurement, le signe qui blesse notre amour-propre, et contre lequel H s'élève , le signe que notre raison même a bien de la peine à ne pas condamner ; en un mot, le signe qui devait être, selon le prophète, et qui sera toujours pour le monde un sujet de contradiction : Signum oH êontradicetur. (I^uc., 2.) Cependant, chrétiens, c'est à ce signe qu'est attaché notre salut, et c'est de là que dépendent les fruits de grâce que nous devons retirer de ce mystère. Il est donc de mon devoir de justifier, si j'ose parler de la sorte, ce signe adorable, et c'est ce que je vais faire, après que nous aurons rendu à Marie l'hommage ordinaire. j4ve, Maria,

Dieu , parlant au roi d'Israël, lui dit : Demandez au Seigneur votre Dieu qu'il vous fasse voir un signe de sa toute puissance, Pete tibi signum a Domino Deo tuo (IsA.1., 7); et sur le refus que fit Achaz de demander ce signe à Dieu , parce qu'il ne voulait pas tenter le Seigneur, le Seigneur lui-même lui donna , sans qu'il le voulût , un signe qu'il ne demandait pas : Propter hoc dabit Domintu ipse pobis signum, (Idem. ) C'est ainsi, chrétiens, que Dieu dans ce mystère en use à notre égard. Pour nous faire entendre que le Messie est né, il nous donne un signe, mais un signe que nous ne demandions pas, un signe que nous n'attendions pas, un signe auquel nous ne pensions pas; je dis plus , un signe que nous ne voulions 'pas, et contre lequel il prévoyait bien que le monde se révolterait. Cependant c'est lui-même qui nous le donne, lui-même que le choisit pour nous : Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum. Et il est question de savoir si nous avons droit de le rejeter , et si le choix qu'a fait Dieu de ce signe doit trouver tant de contradiction dans nos esprits. Or, je prétends que jamais contradiction n'a été plus mal fondée ; pourquoi ? Parce que jamais signe n'a été plus raisonnable, plus saint, plus divin, et par conséquent plus digne et du choix de Dieu et de l'approbation des hommes , que celui de la pauvreté et de l'humilité de Jésus-Christ. Écoutez-en la preuve , qui va faire le partage de ce discours. Le signe que l'ange donne aux pasteurs, en leur annonçant la naissance de Jésus-Christ, est le siame du Dieu Sauveur :

Natui est vdds hodie Saloator^ et hoc vobis signum (Luc. , 2) : Il vous est né un Sauveur, et voici la marque à quoi vous le pourrez reconnaître. C'est donc par rapport à l'office de Sauveur que nous devons considérer ce signe. D'où je conclus d'abord que c'est de tous les signes que Dieu ait jamais donnés aux hommes le plus admirable : pourquoi ? Parce que c'est le signe le plus naturel , et en même temps le plus efficace que Dieu ait jamais employé pour découvrir aux hommes les richesses de sa grâce et pour leur faire sentir les effets de sa miséricorde. Deux qualités qui distinguent ce signe, signe le plus naturel , et signe le plus efficace : le plus naturel, c'est-à-dire le plus propre à marquer et à bien faire connaître la chose qu'il signifie ; le plus efficace, c'est-à-dire le plus propre à opérer même ce qu'il signifie. Non, chrétiens. Dieu avec toute sa sagesse ne pouvait aujourd'hui nous donner un signe ni plus naturel , puisqu'il nous marque parfaitement que le Sauveur est né, et pourquoi il est né; première partie : ni plus efficace, puisqu'il commence déjà à produire dans les esprits et dans les cœurs les merveilleux effets pour lesquels le Sauveur est né; seconde partie. Conformité de ce signe avec la qualité de Sauveur, vertu de ce signe dans les miracles qu'il a opérés dès la naissance du Sauveur : c'est tout mon dessein.

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