DEUXIÈME PARTIE
Une circoncision qui n'est pas seulement extérieure, mais qui pénètre, pour ainsi dire, jusque
SUR LA CIRCONCISION DE JÉSDS-CHRIST
<iaas les parties les plus intimes de Fâme, Non qxix in manijesto esi circumcisio (fiom^ 2) ; une circoncision qui n*est plus de la main des hommes, mais qui est l'ouvrage de Dieu, et qui sanctifie Tbomme devant Dieu , Circumcisio non manu fada {Coloss., 2) ; une circoncision qui ne consiste plus dans le dépouillement de la chair, mais dans le renoncement aux vices et aux concupiscences de la chair. In expoUatiane corporis carnis (Ibid.); une circoncision dont Fesprit et le coeur sont les deux principes , aussi bien que les deux sujets : les deux principes, parce qu'elle s'exécute par eux; et les deux sujets, parce qu'elle s'accomplit en eux : c'est-à-dire une circoncision de cœur, qui se fait non selon la lettre , mais dans la ferveur de l'esprit, Circumcisio cordis in spiritu, non littera {Rom., 2) : voilà, mes chers auditeurs, les saintes, mais énergiques et vives expressions dont s'est servi le grand apôtre pour définir ce que j'appelle la nouvelle circoncision, ou la circoncision évangélique; voilà l'idée qu'il en a conçue; et par là, dit saint Chrysostôme, il nous a marqué l'essentielle différence et la perfection infinie du culte chrétien, comparé à celui des Jui£s et des païens. Car les païens , remarque ce Père , pratiquaient un culte tout à la fois charnel et faux ; les Juifs, dans leurs cérémonies, en observaient un pareillement grossier et charnel, mais véritable : les chrétiens seuls ont l'avantage, dans leur religion, d'avoir, tout ensemble, et on culte véritable, et un culte spirituel. C'est donc de cette véritable circoncision qu'il s'agit maintenant de vous parler : encore un moment d'attention, s'il vous platt. Que fait aujourd'hui le Fils de Dieu pour nous apprendre comment nous devons coopérer à l'œuvre de notre salut? U nous en propose un moyen aussi divin qu'il est indispensable et nécessaire, savoir : cette mystérieuse, mais réelle circoncision de l'esprit et du corar. Circoncision dont il nous fait une loi, dont il nous explique le précepte, dont il nous facilite l'usage : trois choses qui sont pour nous autant de grâces, que nous n'estimerons jamais assez, et pour lesquelles nous lui devons une reconnaissance étemelle.
U nous propose la circoncision du cœur, et il nous en fait une loi : car il n'abolit l'ancienne circoncision, ou , pour parler plus exactement, l'ancienne circoncision ne finit en lui que parce qu'il établit la nouvelle ; et, comme dit saint Augustin , il ne prend l'ombre et la figure, que parce qu'il apporte la lumière et la vérité : SuscipU umbram, daturus lucem; suseipitfiguram, daturus veritaUm. ( AuousT.) Or, la lumière et la vérité, c'était que nous fussions tous drooncis de cœur, comme les Juifs l'étaient selon la chair. Circoncision de cœur, c'està-dire', retranchement des désirs vagues et inutiles , des désirs inquiets et bizarres, des désirs déréglés
et immodérés , des désirs charnels et mondains , des désirs criminels et illicites , qui naissent dans le cœur et qui le corrompent Ainsi l'a entendu saint Paul ; et parce que ces pernicieux désirs sont excités en nous par de vains objets qui nous charment , par de faux intérêts qui nous aveuglent, par des occasions dangereuses qui nous entraînent et qui nous pervertissent, cette circoncision du cœur doit être une séparation entière de ces objets, un renoncement parfait à ces intérêts, un éloignement salutaire de ces occasions. Car voilà, mes frères, reprend saint Angustin, ce qui nous était figuré par la circoncision judaïque; voilà à quoi Dieu préparait le monde, quand il obligeait Abraham et tous ses descendants à se circoncire. Comme les sacrements de ce temps-là, i^oute le même Père, étaient non-seulement des figures, mais des promesses, voilà ce que Dieu promettait au monde, quand il disait à ce saint patriarche : C'est par là que tu trouveras grâce devant moi : Ut sit in signum fœderis inter me et vos. ( Gènes. , 17. ) Aujourd'hui la promesse cesse : pourquoi? parce qu'en vertu de la circoncision de Jésus-Christ, ce qui était alors promis est présentement exécuté ; je veux dire, parce qu'en conséquence du mystère que nous célébrons, nous sommes, ou du moins il ne tient qu'à nous que nous ne soyons circoncis en Jésus-Christ , de cette circoncision parfaite qui nous dépouille de nous-mêmes, et qui nous rend dignes de Dieu : In quo et circumdsi sumus. Car c'est nous, dit l'apôtre, qui, comme chrétiens, sommes les vrais circoncis, Nos enim sumus circumcisio (Philipp., 3) ; et c'est nous qui , par la profession que nous faisons de renoncer au monde , de nous détacher du monde, de mourir et d'être crucifiés au monde, avons droit de nous glorifier en qualité de vrais circoncis , d'être les légitimes enfants d'Abraham. U est vrai; mais aussi devons-nous reconnaître que si nous n'avons nulle part à cette bienheureuse circoncision qui réforme l'intérieur de l'homme, dès là, quoique extérieurement marqués du sceau de Jésus-Christ , qui est le caractère du baptême, nous n'avons que le nom de chrétiens, nous sommes encore juifs d'esprit et de cœur; ou plutôt nous ne sommes ni juifs, ni chrétiens, puisque nous n'avons ni la sain-, teté de la loi , ni la perfection de TÉvangile. État déplorable de tant de mondains qui vivent presque au milieu du christianisme sans religion, parce qu'ils y vivent, pour me servir du terme de saint Paul, dans une incirconcision générale de leurs passions ; et Dieu veuille, mes chers auditeurs, que vous ne soyez point de ce nombre! c'est là, dis-je, ce que nous prêche le Fils de Dieu dans cette auguste solennité.
U nous propose la circoncision spirituelle ou la circoncision du cœur, comme un moyen indispen-
SUR LA CIRCONCÏSION DE JÉSUS CHRIST
doit être, selon TÉvangile, de retrancher cette passion démesurée de vous pousser et de vous élever à laquelle vous sacrifiez tout ; ces vues de fortune qui vous occupent uniquement, et que vous vons flattez en vain de pouvoir accorder avec les règles d'une droite conscience ; ces empressements de parvenir à ce qu'un orgueil présomptueux s'est proposé pour objet ; cette disposition secrète à employer pour y réussir toutes sortes de moyens , fussent-ils les plus honteux et les plus bas ; ces envies du bonheur d'autrui et de ses prospérités, dont vous vous faites un supplice; ces jalousies qui vont jusqu'à vous inspirer les haines et les aversions les plus mortelles, conmie si le mérite du prochain était un crime dans lui, et qu'il ne pût, sans vous offenser, jouir des avantages dont le ciel , préférablement à vous, Fa gratifié. Enfin, ce que vous devez retrancher, c'est, homme sensuel et voluptueux, cet attachement opiniâtre qui vous tient depuis longtemps dans le plus dur et le plus vil esclavage ; ce jeu , qui , jusqu'à présent , a été la source de tous les désordres de votre vie; ces conversations licencieuses , qui , d'un jour à un autre , vous font perdre insensiblement la pudeur et l'horreur du vice; ces lectures, dont le poison subtil a commencé et fomente encore maintenant votre libertinage; ces parties de plaisir, qui sont pour vous de si dangereuses tentations, et qui allument le feu dand votre âme. C'est, femme du monde, cet amour de vous-même, dont vous êtes toute remplie et comme enivrée; cette idolâtrie de votre personne, qui attaque directement le premierdevoir de la religion ; ces soins outrés de votre santé , qui vous font si aisément transgresser les plus inviolables et les plus saintes lois de l'Église; ces dépenses excessives en habits, en ajustements, en parures, et ce luxe dont rougirait une païenne; ces nudités immodestes , et ces désirs de plaire, qui vous rendent complice et responsable de tant de crimes ; cette vie douce , commode, molle, qu'il est si difficile et comme impossible d'allier avec l'innocence du cœur et la pureté des moeurs. Voilà, chrétiens, pourquoi il faut vous armer de ce glaive, que le Sauveur du monde a lui-même apporté sur la terre; ou , pour parler plus simplement, voilà à quoi doit s'étendre celte circoncision dont Jésus-Christ a voulu lui-même être le modèle : sans cela point de salut.
Mais il s'ensuit donc que, pour se sauver, il faut mourir à soi-même. En doutez-vous, mon cher auditeur? Le Fils de Dieu ne nous Fa-t-il pas expressément déclaré, quand il nous a dit que, pour être son disciple et pour être digne de lui , il fallait renoncer à tout, et porter sa croix? Saint Paul ne nous dit-il pas que, sans la mortification chrétienne, on ne peut avoir part à l'héritage de Dieu , ni régner »vec Jésus-Christ? Et n'est-ce pas ce que nous fait
admirablement entendre saint Augustin au IIvk treizième de la Cité de Dieu ? Les paroles de ce Père sont remarquables. Il parle de l'obligation qu'avaient les martyrs de fnourir pour la défense de leur foi : mais ce qu'il dit convient parfaitement à mon sujet, et peut très-naturellement s'appliquer à la mort des passions. Oui , mes frères ( c'est ainsi que s'explique ce saint docteur) , il faut mourir au monde pour vivre à Dieu. On disait autrefois au premier homme. Tu mourras si tu pèches; mais maintenant on dit aux fidèles , Mourez pour ne pas pécher, OUm dictum est homtni, Morieris si peccaveris ; ntmc ditur chrisUano, Morere ne pecces. (August., 13, de Civil, Dei.) Ce qu'il fallait craindre alors pour ne pas pécher, maintenant il faut le désirer et le faire pour se préserver du péché : Quod timendum iuncfuerat utnonpeccaretur, nunc susclpiendum est ttt non peccetur, (Idem.) La foi nous enseigne que si nos premiers parents n'eussent pas péché, ils ne seraient pas morts ; et la même foi nous apprend que les plus justes même pécheront s'ils ne meurent, Nisi peccassent illi, non morerenlur; Justi autem peccabtmt, nisi moriantur. (Id.) Ceuxlà sont donc morts , parce qu'ils ont voulu pécher, et ceux-ci ne pèchent point, parce qu'ils veulent bien mourir : Mortui sunt illi, quia peccaverunt ; non peccant isti y quia morinntur. (Idem.) Ainsi, conclut saint Augustin , Dieu a donné tant de bénédictions à notre foi, que la mort même, qui détruit la vie, est devenue un moyen pour entrer dans la vie : Sic Deiis tnntamfidei nosfrx praesHlit gmtiam, vt mors y qiiam vitxconstatesse contrariant, instmmentumfieretperquodtransireturadvitam,
(W.) Cette morale, direz-vous, n'est propre que pour
les solitaires et les religieux. Erreur, mes frères : en quelque état et de quelque condition que vous soyez, elle vous regarde, et j'ose dire qu'elle vous est encore plus nécessaire dans le monde que partout ailleurs. C'est ce que vous avez tant de peine à vous persuader, et ce qui néanmoins est incontestablement vrai. Il faut que l'homme du monde et le religieux soient circoncis de cœur ; mais à comparer les besoins de l'un et de l'autre , cette circoncision du cœur e^t encore , dans un sens, d'une obligation plus indispensable pour Phonime du monde que pour le religieux. Pourquoi ? parce que l'homme du monde a beaucoup plus de choses à retrancher que le religieux, à qui les vœux de sa profession ont déjà tout ôté; parce que l'homme du monde a des passions beaucoup plus vives que le religieux, puisqu'il a beaucoup plus d'objets capables de les exciter ; parce que l'homme du monde est beaucoup plus exposé que le religieux , et qu'il doit par conséquent veiller beaucoup plus sur lui-même, et faire de plus grands efforU pour se défendre et pour se soutenir-
SUR L'EPIPHANIE
Après le premier pas qu*a fiait le religieux , après ce premier sacrifice qui l'a dépouillé de tout, il ne lui reste plus rien, ce semble, à offrir; mais tous, dans lemonde,qu*avez-yous jusqu'à présent donné à Dieu , ou que n'avez-vous point encore à lui sacrifier?
Je n'ignore pas, après tout, que cette circoncision, qu'on vous demande , a ses peines ; elle est difficile, j'en conviens; mais comme Jésus-Christ nous en fait une loi , comme il nous en explique le précepte , il nous en facilite l'usage; et cela par où ? par la vertu même du sang qu'il commence à répandre : car ce sang divin porte avec soi une double grâce ; Tune intérieure, et l'autre extérieure. Grâce intérieure, c'est celle du Sauveur, cette grâce que le médktenr des hommes a lui-même apportée , cette grâce qui nous éclaire l'esprit et nous fait connaître nos devoirs, qui nous touche le coeur et nous les fait aimer; cette grâce victorieuse et toute-puissante, qui réprimait dans saint Paul l'aiguillon de la chair, dont il était si riolemment tourmenté, qui soutenait les martyrs contre toute l'horreur des tourments, et qui seule, dans notre plus grande infirmité, peut être pour nous l'appui le plus ferme et le plus inébranlable. Grâce extérieure, c'est celle de ce même exemple par où Jésus-Christ nous explique sa loi , et par où il nous encourage à l'aocomplir : car à la vue de ce sang qu'il verse , de quel prétexte pouvons-nous colorer notre lâcheté? Que nous demande-t-il qui égale ce qu'il a fait , et comment, dit saint Bernard , le remède qu'il nous présente peut-il nous paraître amer, après qu'il l'a pris lui-même avant nous et pour nous?
11 est donc temps, chrétiens , de nous réveiller du profond sommeil où notre foi demeure ensevelie : c'est l'avis que nous donne l'apôtre , Hora est jam nos de somno surgere, ( Rom. y 13. } Il est temps, poursuit le maître des Gentils, que, renonçant à l'impiété et aux passions mondaines, nous vivions dans le siècle présent avec tempérance et avec justice , en vue de cette béatitude que nous attendons, et de ce glorieux avènement de notre Dieu, où il couronnera ses élus , marqués du caractère de l'agneau. Nous entrons aujourd'hui dans une nouvelle année : combien Dieu en voit-il dans cet auditoire qui la commencent , et qui ne la finiront pas! Si tel qui m'écoute ^ait convaincu qu'il est de ce nombre, et si de la part de Dieu je lui disais avec certitude : Pensez à vous, car votre heure approche, et c'est dans le cours de cette année qu'on vous redemandera votre âme; c'est dans le cours de cette année que vous devez comparaître devant le tribunal de Dieu, et y rendre compte de vos actions ; si , dis-je , tel à qui je parle en était assur4ç et qu'il n'en doutât point, je n'aurais alors aucune peine à lui persuader cette circoncision du cœur dont je viens de vous^tre-
BOURDALOfE. — T. U.
tenir. Quelle impression ne ferait pas sur son esprit cet arrêt de mort que je lui aurais prononcé? Pénétré de cette pensée. Voici la dernière année de ma vie, quelles résolutions ne formerait-il pas? quelles mesures ne prendrai^il pas? avec quels sentiments de repentir et de douleur ne sortirait-il pas de cette prédication ? quelle pénitence ne serait-il pas disposé à entreprendre? quel changement et quelle réfimne ne verrait-on pas dans toute sa conduite et dans ses mœurs ? penserait-il à sa fortune , serait-il occupé de ses plaisirs? Ah! dirétiens, sans avoir la même assurance que lui , la seule incertitude où nous sommes ne suffit-elle pas pour produire en nous les mêmes effets? Ayons toujours, comme le prophète royal , notre âme dans nos mains : Atdma mea in manibus meis semper. {Ps. 119.) C'est-à-dire, soyons toujours prêts à partir, toujours prêts à nous présenter devant Dieu ; pourquoi ? parce que nous ne savons quand il nous appellera, et que ce sera peutêtre dès cette année. Quoi qu'il en soit, sanctifionsla, et faisons-en une année de salut : elle passera; mais ce qui ne passera jamais , c'est la récompense éternelle qui vous est promise, et que je vous souhaite, etc.
SERMON
SUR L'EPIPHANIE
Cum fmius eœt JetMs in Bethléem Juda , in diehui ffe* rodii régis, ecce Magi ab Oriente venerunt Hierotolymam , dicentes : Ubi eêt qui natut est rex Judaorum? Fidimus enim stellam ejus in Oriente, et venimus adorare eum, Avdisns autem Herodesrex, turbaiits est; et omnis Hierosolyma cum iUo.
lésas étant né dans Bethléem de Jada, aa temps que régnait Hérode, des Mages vinrent d'Orient à Jérusalem, et lis demandaient : Où est le roi des Jai6 , qui est nouvellement né? car noas avons vu son étoile en Orient , et nous sommes venos radoter. Le roi Hérode, ayant apprisoela , en Ait troublé et tonte la viUe de Jérusalem avec luL Sajkt BIaithiei; ,. cbap. 2.
Yoilà, chrétienne compagnie, l'accomplissement de la parole de Siméon, lorsque, tenant entre ses bras Tenfant Jésus, il disait à Marie, sa mère : Cet enfant que vous voyez sera la ruine et la résurrection de plusieurs : Ecce positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum, ( Luc. , 2. ) Les Mages partis de l'Orient pour venir adorer ce divin Sauveur, ce sont ceux pour la résurrection desquels il commence à paraître an monde ; et l'impie Hérode, troublé de sa venue et du seul bruit de sa naissance , nous marque ceux au contraire pour qui il doit être une occasion de ruine. Yoilà l'effet de ce que le même Fils de Dieu, après le célèbre miracle delà guérison de l'aveugle-né, dit à ses disciples : Injudiehim veni in hWiCmundum, utqtdnonvideni, videant;etqui
SUR LTEPIPHANIEL
vident, cxci fiant ( Joan. , 9) : Je suis veou dans le monde pour y exercer un jugement en conséquence duquel les aveugles voient, et ceux qui voient deviennent aveugles. C'est en ce jour que ce jugement s'accomplit à la lettre. Les Mages, au milieu de? ténèbres de la gentilité, sont éclairés des plus vive^ lumières de la grâce, Hérode et les Juifs avec lui, dans le centre de la vraie religion, sont frapp<^^ d'un aveuglement terrible. I^ crèche de Jésus-Christ est le tribunal où , en qualité de souverain juge, il prononce ces deux arrêts , et où par avance il peut dire : Injudickum vemin hu?ic mundum, ut qui non vident f videant; et qui vident y ca^i fiant. Figurez-vous donc, chrétiens, ce Sauveur naissant, sous ridée que Jean- Baptiste son précurseur en concevait, ayant dès aujourd'hui le van à la main, Cvjus bentilabmm in manu sua { Matth., 12 ); c'est-à-dire, faisant dès aujourd'hui le discernement des. hommes : prédestinant les uns , réprouvant les autres ; appelant et éclairant ceux-ci , abandonnant et aveuglant ceux-là; attirant des étrangers et des infidèles , rejetant les enfants et les héritiers du royaume. Mystère étonnant , où nous devons avec respect adorer les conseils de Dieu. Mystère impénétrable qu'il ne nous est pas permis de sonder, et où je dois néanmoins trouver de quoi vous instruire. Or pour cela, mes chers auditeurs, je m'arrête aux deux premières vues qui se présentent d'abord, et qui semblent partager notre évangile. Nous y voyons, d'une part, les Mages qui viennent chercher Jé^us- Christ, et de l'autre, Hérode qui conspire contre Jésus-Christ. C'est à quoi je m'attache , et d'où je veux tirer deux grandes instructions qui vont faire la matière de ce discours, après que, etc. Jve, Maria, .
C'est des Juifs en particulier que saint Paul a voulu parler, quand il a dit que nul des princes de ce monde n'avait connu la sagesse cachée dans le mystère d'un Dieu fait homme : Sapientiam in mysterio, qux abscondita est, quam nemo principum hvjus sxculi cognovit ( I. Cor,, 2. ) Et la raison qu'il en apporte te fait bien voir , puisqu'il ajoute que s'ils avaient connu cette sagesse, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire: Si enim cognovissent , nunqùamDùmfnum glof^iœ crudfixUsent ( Ibid.) Par là , dis-je , il est évident que les seuls Juifs étaient ceux que Tapôtre av^ritçn vue, et dont il déplorait le sort : car il ne pouvaf d'ailleurs ignorer qu'entre les Gentils il y avait eu des sages du monde, des hommes distingués selon le monde , des Mages qui , sous la conduite de l'étoifê , ou plutôt sous la conduite de Dieu même, ayant cherché Jésus-Christ, et Payant adoré, étaient parvenus à la connaissance de cette sagesse divine. Mais saint Paul , dans la suite du même passage , nous fait remarquer que les Juifs , qui n'avaient pas
connu, et qui avalent eu le malheur de ne voulour pas connaître cette sagesse de Dieu , eachée dans le niystère de l'Hooime-Pieu , s'étaient piqués de connaître et de suivre tioe sagesse tout opposée , savoir la sagesse du siècle. Sagesse réprouvée, et dont Dieu, disait-il, avait pris plaisir à confondre !a vanité jusqu'à la convaincre de folie i Nonne Deus stuUamfecit sapientiam hujussœadi? (1. Cor,, 1,) Or, il est encore certain qu'entre ces princes du monde, qui, dès le temps de saint Paul, s'étaient ainsi aveuglés dans le judaïsme , Hérode , par toute sorte de raisons, a dû tenir le premier rang. Voilà donc, mes chers auditeurs, les deux idées que je me propose, et où je trouve que doit se rapporter toute la morale du grand mystère que nous célébrons, l'idée de la vraie sagesse , et l'idée de la fausse sagesse : l'idée de la vraie sagesse, qui consiste à chercher Dieu; et l'idée de la fausse sagesse, qui consiste à se chercher soi-même : l'idée de la vraie sagesse, dont nous avons le modèle dans l'exempte des Mages , et l'idée de la fausse sagesse, que je découvre dans l'exemple d'Hérode : comprenez , s'il vous plaît, œs deux pensées. Qu'était-ce que les Mages, dont bous honorons la mémoire? C'étaient les sages de la gentilité, et tous les Pères conviennent qu'ils ont été les prémices de notre vocation à la foi. Il était donc naturel que Dieu nous donnât dans eux un parfait modèle de la sagesse chrétienne , et c'est ee qu'il a prétendu » comme je vais vous le montrer dans la première partie. Au contraire, qu'était-ce qu'Hérode dans le judaïsme? Un sage- politique , un sage mondain, le plus infidèle de tous les hommes envers Dieu. II était donc plus propre que tout autre à nous faire comprendre le désordre de la fausse prudence , et c'est ce que vous verrez avec ^tonnement et avec frayeur dans la seconde partie. Ainsi la solide sagesse des élus et des vcais chrétiens dans la conduite des Mages , en cherchant le Fils de Dieu ; et l'aveugle sagesse des réprouvés et des irapies dans la conduite d'Hérode , ea persécutant le Fils de Dieu; l'une, qui nous fait connaître les saintes voies par où nous devons marcher pour arriver au terme du salut; l'autre, qui nous fait voir sensiblement les voies d'iniquité dont nous devons nous préserver, et qui ne peuvent aboutir qu'à la perdition : c'est tout mon dessein.