PREMIÈRE PARTIE
Oui, chrétiens, c'est en se soumettant à la circoncision de l'ancienne loi , que le Fils de Dieu s'est montré véritablement sauveur; et c'est, à proprement parler, dans le mystère de ce jour qu'il a commencé à en exercer l'office : écoutez-en les preuves. Car au moment qu'il fut circoncis , il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché. Au moment qu'il fut circoncis, il offrit à Dieu les prémices de son sang adorable, qui devait être le remède du péché. Au moment qu'il fut circoncis , et en vertu de sa circoncision, il s'engagea à répandre ce même sang plus abondamment sur la croix, pour la réparation entière du péché. Trois choses à quoi la rédemption du monde était attachée, et dont la foi nous assure que le salut des hommes dépendait. Trois raisons solides, que je vous prie d'approfondir avec moi, et qui vous vont faire comprendre, mais d'une manière sensible, sur quoi est fondée cette mystérieuse liaison qui se rencontre entre la circoncision de l'enfant et l'imposition du nom de Jésus : CiVciwicidUur, et vocatur Jésus.
Au moment que le Fils de Dieu fut circoncis , il se trouva dans la disposition prochaine et nécessaire pour pouvoir être la victime du péché, et par con-
SUR LA CIRCONaSlON DE JÉSUS-CHRIST.
séquent pour être parfaitement sauveur : car pour sauver Thomme tombé dans la disgrâce de son Dieu, il fallait satisfaire à Dieu dans toute la rigueur de la justice : Dieu le voulait ainsi, et c*est un point de religion qui ne peut être contesté. Pour offrir à Dieu cette satisfaction rigoureuse, il fallait un sujet capable de souffrir et de mourir; la croix et la mort étaient les moyens choisis pour cela dans le conseil de la sagesse éternelle : toutes les Écritures nous renseignent. Pour être capable de souffrir et de mourir, il fallait au moins avoir la marque du péché ; la chose est évidente, et c'est sur quoi roule toute la théologie de saint Paul. Cette marque du péché ne devait être imprimée sur la diair innocente de Jésus-Christ que par sa sainte circoncision; et en effet, lacirconcision, quelque sainte que nous la concevions dans la personne du Sauveur, était en soi, et selon l'institution divine, le sacrement et ïe sceau de la justiûcation des pécheurs. Que s'ensuit-il de là ? vous prévenez déjà ma pensée : il s'ensuit qu'avant que Jé^us-Christ fût circoncis, il lui manquait, pour ainsi dire , une condition sans laquelle il ne pouvait pas encore être la victime de ce sacrifice sanglant et douloureux que Dieu exigeait pour notre rédemption. Cette condition, c'est-à-dire, ce pouvoir prochain d'être immolé comme victime pour nos péchés, était la suite du mystke de sa circoncision ; et c'est ce que l'évangéliste semble nous déclarer par ces paroles : Postquam consummaU sunl dies ni circumcideretur puer, vocatum est nomen ejus Jésus : Lorsque le temps de la circoncision de l'enfant fut venu, et qu'en effet on l'eut circoncis, on lui donna Ip nom de Jésus. Comme si l'évangéliste nous disait : Jusque-là , quelque perfection et quelque mérite qu'il eût, il ne portait pas encore ce nom, parce qu'il n'avait pas encore tout ce qui lui était nécessaire pour être actuellement sauveur; mais après la circoncision, il eut droit d'être appelé Sauveur, parce qu'il ne lui manquait plus rien pour Fêtre. Donnons à cette vérité plus d'étendue et plus de jour.
Pour sauver des pécheurs et des coupables (cex;i TOUS surpendra , chrétiens , mais c'est votre religion que je vous expose) , pour sauver des pédieurs et des coupables , il fallait un juste ; mais un juste , dit saint Augustin , sur qui pût tomber la malédiction que traîne après soi le péché et le châtiment qui lui est dû. Or, ce juste , c'était Jésus-Christ : il ne devait pas être pécheur; comme pécheur, il eût été rejeté de Dieu : il ne suffisait pas qu'il fût juste; comme juste , il n'aurait pu être Tobjet des vengeances de Dieu : mais en qualité de médiateur, il devait, quoique exempt de péché , et quoique impeccable même , tenir une espèce de milieu entre l'innocence et le péché : et ce milieu entre l'innocence et le pédié, ajoute saint Augustin , c'était qu'il eût la mar-
que du péché. Ainsi il fallait que Jésus-Christ fût juste en vérité , et pécheur en apparence : juste en vérité, pour pou voir justifier les hommes; et pécheur en apparence, pour pouvoir attirer sur soi les châtiments de Dieu. Car Dieu, tout irritéqu'il ét-ait contre les hommes , ne pouvait s'en prendre à Jésus-Christ » tandis qu'il ne voyait en lui que justice et que sainteté; et cette irrépréhensible sainteté de Jésus-Christ, quelque désir qu'il eût d'expier nos crimes , le rendait incapable d'en subir pour nous la peine. Que fait-il donc? il prend la forme de pécheur, et par là il se met en état d'être sacrifié pour les pécheurs ; car c'est pour cela , dit saint Paul , que Dieu l'a envoyé revêtu d'une chair semblable à celle du péché, Deus FUium suum mittens in similUudinem camis peccati. {Rom. y 8.) Expression dont les manichéens abusaient, lorsqu'ils concluaient de là que Jésus-Christ n'avait eu qu'une chair apparente , au lieu que les Pères se servaient du même passage pour combattre Thérésie des manichéens , et pour prouver contre eux la vérité et la réalité de la chair de Jésus-Christ. En effet , comme raisonnait saint Augustin, l'apêtre ne dit pas précisément que Dieu a envoyé son Fils avec la ressemblance de la chair, in similitudinem camis; Il s'ensuivrait que Jésus- Christ n'aurait pas été vraiment homme, et cela seul saperait le fondement de tout le christianisme : mais il dit que Dieu Ta envoyé avec une chair semblable à celle du péché, in similUudinem camis peccaU, pour marquer que la chair de Jésus-Christ a en Tapparence et la marque du péché , sans avoir jamais contracté la tache du péché; et c'est ce que nous faisons profession de croire. Il n'en fallait pas davantage, reprend saint Augustin, afin que Jésus- Christ fût en état de souffrir pour nous ; car il y a, dit ce saint docteur, entre Dieu et le péché une telle opposition, que l'apparence seule du péché a suffi pour obliger Dieu à n'épargner pas même le Saint des saints, et pour le déterminer à exéc4iter sur la chair innocente de Jésus-Christ l'arrêt de notre condamnation. Oui, mes frères, parce que ce Dieu- Homme est couvert de l'ombre de nos iniquités. Dieu le livrera à la mort, et à la mort de la croix ; et parce qu'il a consenti à paraître criminel, il sera traité comme s'il l'étiiit. Vous diriez , à entendre parler TEcriture, que Jésus-Christ , en conséquence de ce mystère, ait été non-seulement pécheur, mais le péché même, parce qu'il en a pris le caractère et la marque : Eum qui non noverat peccatum, pro nobis peccaiumfecU. (2. Cor.^ 5.) Ce sont les termes de saint Paul , qui , pris à la lettre , pourraient nous scandaliser; mais qui , dans le sens orthodoxe, expriment une des vérités le^ plus chrétiennes et les plus édifiantes. Celui qui ne connaissait point le péché , a été fait péché pour nous ; c'est à-dire , celui ^ qui ne connaissait point le péché, a paru devant Dieu
SUR LA CIHCONCISION DE JESDS-CHRIST,
comme s'il eût été lui-même le péché, et a été traité de Dieu comme le péché même subsistant eût pu mériter de Tétre. Eurn qui non novercU pecdatton , pro nobis peccatum fecU.
Or, dans quel moment de la vie du Sauveur cette étonnante proposition fut-elle exactement et spécialement vérifiée , et quand peut-on dire que Jésus- Christ s^est pour la première fois présenté aux yeux de son Père , comme s'il eût été le péché même? Au moment de sa circoncision : je m'explique. Dès sa naissance il était homme; mais il n'avait rien encore alors de commun avec 1^ pécheurs. Son incarnation, Tœuvre par excellence du Saint-Esprit , sa génération dans le sein d'une vierge toujours vierge, son entrée miraculeuse dans le monde, tout cela Téloignait des moindres apparences du péché. Mais au* jourd'hui , dit saint Bernard , qu'il se soumet à la loi de la circoncision , cette loi n'ayant été faite que pour les pécheurs, il paraît pécheur. Le voilà donc dans rétat où Dieu le voulait pour l'immoler à sa justice. Avant qu'il subit cette loi , Dieu offensé cherchait une victime pour se satisfaire, et il n'en trouvait point : Super qtio percutiam (Isai., l)? disait-il par un de ses prophètes : Sur qui déchargerai-je ma colère , et sur qui dois-je frapper? Sur les coupables , qui sont les pécheurs ? quand je les aurais tous anéantis, ma gloire n'en serait pas réparée. Sur ce juste, qui vient de nattre*dans l'obscurité d'une étabie? c'est mon Fils bien*aimé, en qui je me plais souverainement, et en qui par là même je n'aperçois rien qui puisse mériter ma vengeance. Voilà , mon Dieu , où votre justice en était réduite ; et jusques à l'accomplissement de ce mystère , il n'y avait point encore de Jésus qui pût être pour nos péchés l'hostie de propitiation que vous demandiez. Le Messie qui venait de paraître au monde, pour être trop saint, n'était pas encore en état d'être pour nous un sujet de malédiction, Faciuspro nobis maledictum (Galot. , 3 ) ; et pour être trop digne de votre amour, il ne pouvait encore ni ressentir, ni apaiser votre juste courroux : mais maintenant qu'il porte, comme circoncii , la marque du péché , souffrez , Seigneur, que nous vous le disions avec confiance, nous avons epfin un Sauveur. Vous demandez sur qui vous frapperez pour vous venger. Super quo percutiam f C'est sur ce divin enfant ; car il a désormais tout ce qu'il faut , et tout ce que vous pouvez désirer pour tirer de lui et pour vous donner à vous-même une satisfaction entière. Il a la forme d'un pécheur pour éprouver la rigueur de vos jugements , et il a la sainteté d'un Dieu pour mériter vos miséricordes : en faut-il davantage pour nous sauver ? Vengez-vous donc , 6 mon Dieu ! pourrais-je ajouter avec respect , vengez-vous aux dépens de la chair de cet agneau , qui devient aujourd'hui semblable à la chair du pédié I et qui , par cette ressemblance même , se trouve
en état d'être la précieuse matière de ce grand sacrifice, qui doit détruire le péché. C'est ainsi que le Fils de Dieu se met, en voulant être circoncis, dans la disposition prochaîne et nécessaire pour sauver les hommes.
Mais en demeure-t-il là? Non, chrétiens, sa charité va phis avant : il ne se contente pas d'être en état de nous sauver; il veut dès aujourd'hui en faire l'essai , et dans sa circoncision il en trouve le moyen. Comment cela? En offrant à Dieu les prémices de son sang, qui devait être le prix de notre salut. Il est vrai, disent les théologiens, que la moindre action du Fils de Dieu, eu égard à la dignité de sa personne, pouvait suffire pour nous racheter : mais dans l'ordre des décrets divins, et de cette rigide satisfaction à laquelle il s'était soumis, il fallait qu'il lui en coûtât du sang. Ainsi était-il arrêté dans le conseil de Dieu que ce serait lui qui pacifierait par son sang le ciel et la terre, lui qui par son sang nous réconcilierait avec son Père, Pac{ficans persanguinem cruels eju8, sive quœ in terris, sive qux in cœlis sîmt{Coloss. y 1} ; et que ce traité de paix entre Dieu et nous ne commencerait à être ratifié que quand le sang du Rédempteur aurait oonmiencé à couler : d'où vient que lui-même l'appelait le sang de la nouvelle alliance : Hic est sanguis meus novi testamenti. (Matth., 26.) Ainsi était-il ordonné que, dans la loi même de grâce , nul péché ne serait remis sans effusion de sang. Sine sanguinis ef/usione nonJUremissio (Hebr,, 9 ) , et que le sang de Jésus- Christ aurait seul la vertu de nous purifier et de nous laver : Sanguis Jesu Christi FiHi ^jus emundat nos ab omni peccato, (1 . Joan., 1 .) Ainsi la foi nous apprend-elle que l'Église, comme épouse du Dieu sauveur, devait lui appartenir par droit de conquête ; mais que ce droit ne serait fondé que sur l'acquisition qu'il en aurait faite par son sang : Ecclesiam, quam acquisivit sanguine sito, (Act*, 20.) Or c'est ici que la condition s'exécute; et quand je vois, sous le couteau de la circoncision, ce Dieu naissant, je puis vous dire bien mieux que Moïse : Hic est sanguis fcederîs, quodpepigit Dominus vobiscum (Exod,, 24) : Voici le sang du testament et de l'alliance que Dieu a faite en votre faveur. C'est donc proprement en ce jour que commence la rédemption du monde , et que le Fils de Dieu prend possession de sa qualité de Sauveur, puisque c'est en ce jour qu^il en fait les premières fonctions , et qu'il entre dans le sanctuaire, non plus avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, en vérifiant à la lettre cette parole de l'apôtre : Per proprium sanguinem introicit in sancta. (Hebr,, 9.) Ah! mes frères , s'écrie saint Augustin , que cette conduite de Jésus-Christ est différente de celle qui nous est rcprésentée dans l'Histoire sainte , au troisième livre des Rois! Nous lisons que les prophètes et les prêt
SUR LA CIRCONCISION DE JÉSUS-CHRIST
très de Baal , dans la célèbre contestatioa qu'ils eurent avec Élie, se/aisaient à eux-mêmes , par un zèle superstitieux, et pour honorer leur Dieu, de douloureuses incisions, jusqu'à ce qu'ilsfussent couverts de leur sang : Ei incidèbant sejuxta rUum ^uum cuUrisellanceoUs, donecperfunderentiar sanguine. (3. Reg. , 18.) Mais aujourd'hui nous voyons un Dieu qui , par Texcès d'une ardente charité , se fait circoncire pour sauver son peuple. Quelle opposition entre Jésus-Christ et Baal, ou plutôt entre les adorateurs de Baal et ceux du vrai Dieu 1 Dans le temple de Baal, les hommes répandaient leur sang pour leur dieu : et dans le temple du vrai Dieu , c'est Dieu même qui verse son sang pour les hommes. Là , un peuple idolâtre déchirait sa chair pour plaire à une fausse divinité; et ici le Dieu incarné n'épargne pas sa propre chair pour faire un peuple fidèle. Un sang impur offert à Baal, voilà le mystère de l'impiété; le sang d'un Dieu qui nous purifie, voilà le mystère 4e l'amour divin. Mais aussi, poursuit saint Augustin, devons-nous reconnaître que dans cette opposition, ou dans ce parallèle, toute la gloire est du côté de JésusrChrist : car jamais la superstition n'a donné à Baal, ni aux autres dieux des nations, le titre de Sauveur; il était réservé à Jésus-Christ seul , et ne convenait qu'à lui. Les païens, comme le même «aiut docteur le montre évidemment dans son admirable traité de la Cité de Dieu , les païens étaient plutôt les sauveurs de leurs dieux, que leurs dieux n'étaient leurs sauveurs : mais pour nous, reprend-i^ nous adorons un Dieu, et un Dieu sauveur; et de ces deux qualités* l'une nous sert pour conclure l'autre : car nous comprenons que Jésus-Christ n'a rien épargné pour nous sauver parce qu'il était notre Dieu; et nous ne pouvons plus douter qu'il ne soit notre Dieu, puisqu'au prix même de son sang il a voulu nous sauver.
Cependant, me direz-vous, ce n'était pas à la circoncision du Fils de Dieu, mais à 3a mort , qu'était attaché le salut du monde : j'en conviens , mes chers auditeurs; mais convenez aussi, et souvenez-vous de ce que j'ai ajouté; savoir, que la circoncision fut pour le Fils de Dieu un engagement à la mort. Souvenez-vous qu'au moment qu'il fut circoncis, il s'obligea solennellement à consommer sur la croix le sacrifice sanglant dont il ne disait alors que la première oUation; et de là reconnaissez avec moi que le sahit du monde eut donc encore une connexion essentielle avec notre mystère. Ce ne sont point ici mes propres pensées, ni des spéculations ; c'est l'ex presse. doctrine de saint Paul, lorsqu'il déclarait aux Galates que tout homme qui se faisait circoncire, en vertu de la drconcision même, se chargeait d'accomplir toute la loi, Tesdficor ornni homM circumcidenH se, quoniamdebitùr estwdversœ iegisJàcUndm {(Mai., 5); conséquence onéreuse
dont le Fils de Dieu fut bien éloigné de se dispenser puisqu'il protesta depuis hautement qu'il était venu pour l'accomplissement de la loi. Or, l'accomplissement de la loi , dit saint Jérôme, par rapport à Jésus-Christ, c'était la mort de Jésus-Christ même : car Jésus-Christ était la fin de la loi. Finis enim legis Christus {Rom., 10); et il n'en devait être la fin que par la consommation du sacrifice de son h«manité sainte. Ainsi , du moment qu'il se soiunit à être circoncis , il s'engagea , par un pacte aolemid , à être crucifié et à mourir : pourquoi ? parce que son crucifiement et sa mort étaient le terme et comme le dénoûment de toute la loi, dont il s'imposait le fardeau, et dont , selon l'expression de l'apôtre, il devenait , par sa circoncision , le débiteur universel : Debitor univers» kgis faeietui».
Concluons, après saint Bernard, que c'est donc avec justice que le nom de Jésus lui est donné. Ahl dit ce Père , nous ne devons pas considérer ce Sauveur comme les autres : car mon Jésus n'est pas semblable à ces anciens sauveurs du peuple de Dieu , et ce n'est pas en vain qu'il porte ce nom : Neqm enim ad instar priomm, nieus iste Jésus nomen vanum aut inane portât. (Bben.) II n'en a pas seulement l'ombre comme ceux-là, mais la vérité : Non est in eo magni nonUnis umbra, sed verilas. (Id.) Quand les princes naissent sur la terre, nous les appelons rois , monarques , souverains ; mais ce sont des titres pour signifier ce qui doit être un jour,, et non pas ce qui est. Bien loin d'être en état de gouverner les peuples, ils ne sont pas encore en état de se connaître; et dans cet âge tendre et sans expérience, leur faiblesse les réduit à se laisser conduire par leurs propres sujets, avant qu'ils puissent les conduire eux-mêmes. Mais Jésus-Christ ne commence à prendre la qualité de Sauveur qu'au moment qu'il commence à en faire l'exercice; et dès ce jour on peut dire de lui ce que l'Écriture a dit du brave Éléazar, au premier livre des Machabées : Dedit se ut liberaret populum suum, et acquireret sibi nomen xtemum. {Machab., 6.) Il n'est pas plutôt né , qu'il se livre pour le salut des siens , et pour s'acquérir un nom immortel, qui est le nom de Jisus. N'est-ce pas pour cela, chrétiens, que ce nom lui a été si cher, et que , dans la pensée de saint Jérôme , il lui a tenu lieu d'une récompense proportionnée à toutes les humiliations de sa circoncision et à tous les travaux de sa vie? N'est-ce pas pour cela qu'il l'a porté sur la croix comme un diadème d'honneur, et qu'ayant souffert que les Juifs lui refusassent devant Pilate le titre de roi, il ne permitjamais qu'ils lui contestassent le nom de Jésus? N'est-ce pas pour cela qu'il a fait publier par toute la terre ce saint nom , ce grand nom , cet auguste nom ? N'est-ce pas , dis-je, parce qu'il n'est rien de plus naturel que de se glorifier des noms qu'on s'est acqms par sa vertu r
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plutôt que de ceuic qu'on tient du hasard , ou du bonheur de la naissance? Or, THomme-Dieu n'a pos* sédé le nom de Jssus que par titre de conquête : il Ta mérité en sauvant les pécheurs, et il commença à les sauver en voulant répandre son sang et subir la loi de la circoncision.
Mais quoi, mon Dieu! y avait^il donc pour vous tant de gloire à racheter de vils esclaves? trouviez-vous tant de grandeur à vous abaisser si profondf^ment pour eux, et des hommes valaient-ils un sang aussi précieux que le vôtre? Oui, moucher auditeur, voilà ce que valait votre âme , et ce qu'elle valait au jugement même de votre Dieu : c'est ainsi qu'il l'a estimée; et en donnant son sang pour elle, il n'a pas cru trop donner; car son amour, tout libéral qu'il est, n'est pas prodigue. Toujours dirigé par sa sagesse, il conforme les moyens à la fin; et puisqu'un Dieu souffre déjà pour votre salut, il faut que votre salut soit le juste prix des souffrances d'un Dieu. Or, mes frères, est-ce là l'estime que vous en faites vous-mêmes ; est-ce de la sorte que vous en jugez? Saint Augustin disait : Voyez ce que votre âme , ou plutôt ce que le salut de votre âme a coûté au Dieu sauveur qui s'en est fait la victime; et par le sang qu'il a versé, vous apprendrez quel bien il a prétendu acheter : Fide quanto emU, et videbis quid émit. (Aug.) Mais je dis, moi : Voyez en combien de rencontres tous Tavez sacrifié, ce salut : en combien de rencontres vous le sacrifiez tous les jours à un vain intérêt, à un plaisir profane, et même si abominable; et de là tirez, à votre confusion, cette triste conséquence, que le premier de tous les biens, le souverain bien est de tous les biens le plus méprisé. Car si vous l'estimez , je ne dis pas autant qu'il le mérite, puisqu'il est audessus de toutes nos vues, et que Dieu seul en peut connaître tout le prix , mais du moins autant que vous le pouvez, et que vous le devez, pourquoi l'oubliez-vous, pourquoi l'exposez-vous , pourquoi y renoncez-vous si aisément? D'où vient que donnant tout au monde, et faisant tout pour des affaires temporelles, vous ne faites rien pour celle-ci; que vous ne voulez presque jamais en entendre parier ; que vous craignez ceux à qui le zèle inspire de vous en représenter les conséquences , et de vous y faire penser; que toutes les pratiques chrétiennes, la prière, la méditation des vérités éternelles, l'assiduité à la parole de Dieu , la lecture des bons livres, l'usage des sacrements, moyens de salut si nécessaires , que tout cela vous fatigue , vous ennuie , vous rebute? Ah! mes chers auditeurs , quelle opposition entre ce Dieu circoncis et nous , et en cela même quel aveuglement de notre part, et quel renversement! Il fait sa gloire et son plus bel emploi de nous sauver ; et nous , nous faisons un jeu de nous perdre. Lui était il donc plus important d'être sauveur, qu'U
ne nous importe d'être sauvés? S'il est sauveur, est-ce pour lui? et si nous sommes sauvés, n'est-ce pas pour nous-mêmes? Sans être sauveur, en eût-il été moins heureux, en eût-il été moins Dieu? et sans être sauvé, que pouvons-nous être , et quel ana • thème doit tomber sur nous? Cependant, pour être sauveur, rien ne lui paraît difficile; et pour être sauvé, tout nous devient impossible. Mais ne nous y trompons pas , et ne croyons pas qu'il veuille nous sauver sans nous. Je l'ai dit, et je ne puis trop vous le redire, il veut bien sans nous faire les premières avances; il veut bien sans nous s'immola pour nous; il veut bien, pour satisfaire â la justice de Dieu , et pour nous mettre en état de l'apaiser nous-mêmes, se charger de nos iniquités, et en devenir la victime ; se présenter à son Père tout couvert de sang, et s'engager à en répandre jusqu'à la dernière goutte; voilà ce qu'il veut, voilà ce qu'il fait, et comment, sans nous, et par une pure miséricorde, il est sauveur; mais que dans la suite il vous dispense de tout ce que vous devez contribuer au salut qu'il vous procure; mais qu'il en fasse tous les frais, et que vous n'y mettiez rien de votre part; mais qu'il vous transporte et qu'il vous communique tellement tous' ses mérites , que vous soyez pleinement déchargés du soin de vous les appliquer : mais que tout innocent qu'il est, et l'innocence même, que tout saint qu^il est, et la sainteté même, il porte toute la peine du péché, et que les pécheurs vivent dans les aises et les commodités de la vie, ce n'est pas là ce qu'il a prétendu; et, si j'ose ainsi m'exprimer, le nom de Jésus, entendu de la sorte, n'est qu'un fantôme. H est vrai, disait le grand apôtre, touché de cette pensée, il est vrai que mon Dieu a souffert pour moi ; mais en acquittant mes dettes , ce que je ne pouvais sans lui , il ne m'a pas dégagé de l'obligation indispensable où je suis de les acquitter moi-même avec lui ; et c'est pour cela que j'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffirances de Jésus-Christ : Adimpleo ea qttœ désuni passionvm CkrisH. {Coios,, 1.) Ainsi parlait saint Paul , et ainsi devons-nous parler nousmêmes. Mais qu'y a-t-il donc à f»*veî» C'est , mes frères, de coopérer avec Jésus-Chi.st à l'ouvrage de notre salut : et comment? Ne sortons point de notre mystère pour l'apprendre; car si Jésus-Christ a commencé dans ce mystère à nous sauver, par l'obéissance qu'il a rendue à la loi de l'ancienne circoncision, il nous y donne encore un moyen sûr pour nous aider nous-mêmes à nous sauver par la loi qu'il a établie de la circoncision nouvelle : c'est la seconde partie.