‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 89 sur 225 · PREMIER SERMON · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON

SUR

LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST

fhtne jMdieHim ai mumdi : nunc prineepi ht^ut mundi eiicietw foras : et ego n exaUatus fuero a terra, omnia traham ad meipeum. Hoc autem dicebatsigni/lcans qtia morte e$ut moriturui.

Cest aqjounrhoi le Jugement da monde ; c'est maintenant qoe le prince da monde va en être chassé : et quand on m'aura élevé de la terre, j'attirerai toat à mol. Ce quil disait pour marquer de quel genre de mort U devait mourir. Saint Jeau , chai». 13.

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C'est ainsi que le Sauveur du inonde pariait de lui-même, et qu'entretenant ses disdples de ce qui devait lui arriver, il leur déclarait tout à la fois, par un esprit prophétique, trois grands mystères renfermés dans cehii de sa passion et de sa mort , le jugement du monde commencé, le prince du monde diassé , le Fils de l'homme élevé, et attirant à soi tout le monde. De ces trois mystères et de ces trois oracles prononcés par Jésus^Christ, nous en voyons déjà deux sensiblement accomplis. Le Fils de l'homme élevé, et attirant tout à lui : car quelle vertu la croix , oà nous le contemplons en ce saint

Jour, n'a-t-elle pas eue pour lui attirer les cœurs? De cette croix qui l'a élevé de la terre, combien de sectateurs de sa doctrine , combien d'imitateurs de ses vertus , combien de confesseurs de son nom , combien de martyrs , témoins irréprochables de la vérité de sa religion, combien dé disciples zélés pour sa gloire ; disons mieux , combien de peuples, combien de royaumes et d'États n'a-t-il pas gagnés et soumis à son Évangile ? Et ego si exaUatus fuero a terra » omnia traham ad meipsum. Le prince du monde chassé : car en vertu de ce mystère de la croix , combien de temples ont été renversés , corn* bien d'idoles brisées, combien de faux sacrifices abolis, combien d'erreurs confondues, combien de superstitions détruites, combien d'infidèles convertis, combien de pécheurs sanctifiés? Tout cela, aux dépens du prince du monde et de ce fort arme que le Fils de Dieu , plus puissant encore et plus fort, est venu combattre, non par la force néanmoins et par la puissance, mais par la faiblesse et par l'infirmité : Nunc princeps kt^us mundi eji' ctetur/bras. Il ne reste donc plus que le jugement du monde, et c'est l'important mystère que j'ai choisi pour sujet de ce discours. Jésus-Christ nous assure que ce jugement du monde a commencé dans sa passion : Nunc judicium est mundi; et c'est ce que j'entreprends de justifier, après que nous aurons rendu à la croix qui fut l'instrument de toutes ces merveilles, les devoirs ordinaires , en lui adressant la prière de l'Église : O crux ! ave.

Que celui qui est Dieu, et sans usurpation égal à Dieu , juge le monde et le condamne , c'est Tordre naturel et inviolable; mais que le monde entreprenne déjuger et de condamner un Dieu, c'est le renversement de l'ordre et le comble même de tous les désordres. 11 appartient, dit saint Ambroise, au supérieur de juger, et à l'inférieur d'être jugé. Pour juger, il faut avoir l'autorité; et pour être jugé et condamné, il faut être dépendant et criminel. Le monde était le criminel et le sujet, et Jésus- Christ était le juste et le souverain. C'était donc Jésus-Christ qui devait juger le monde, et non pas le monde qui devait juger Jésus-Christ. Cependant, mes chers auditeurs , nous voyons ici l'un et l'autre , et le mystère des souffrances du Sauveur n'est qu'une preuve sensible et convaincante de cette parole que j'ai prise pour mon texte , et qui s'est vérifiée à la lettre dans le double sens que je lui vais donner : Nunc judicium est mundi. C'est aujour-. d'hui le jugement du monde : pourquoi? parce que c'est aujourd'hin que le Fils de Dieu, par un secret impénétrable de sa sagesse et de sa charité divine « s'est soumis à être jugé et condamné par le monde ; et parce que c'est aujourd'hui que le monde, par un retour nécessaire et inévitable, a été malgré lui condamné et jugé par le Fils de Dieu. Deux juges *

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et deni çoup^b^ toi^^ k la fois ; ou plutôt un coupable érigé CD juge, et uq juge dégradé jusqu'à la condition de coupable : un faux juge, et un vrai coupable qui est le monde ; un coupable apparent , et MQ juge légitime qui est Jésus-Christ : tous deux prononçant , fous deux décidant , tous deux , pa^ une opposition mutuelle e^ bien surprenante , se réprouvant. Peux jugements c^ans la vue desquels je puis m'écrier d'abord avec ^e propliète royal : Judicia tua abyssus mul/a ( /*s, ZS)\ Ah ! Seigneur , que vos ji^gements sont profonds ! Soit que je considère celui que le monde a porté contre vous , soit que je niédite celui que vous avez porté contre le monde , tous deux me paraissent de vastes abîmes : Tun de péchés , l'autre de vertus ; l'un d'horreurs et d'iniquités, l'autre de grâce et de sainteté. Abîme d'iniquités, dans le pigement où je vois le Saint des sainte cqndapmé par des pécheurs : abtme de sainteté, dans le jugement où je vois les pécheurs condainnés par les exemples d'un Dieu mourant. En ^eux mots, chrétiens, Jésus-Christ jugé par le monde, et le monde jugé par Jésus-Christ : c'est tout le svyet de votre attentiop.

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