TROISIÈME SERMON
LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
Peceaia noUra ipte pertuUt in corpore èuo super Hgnmm • ut peceatU mortui, ju$tUim vivamus, *
(7ert lui qui a porté nos péchés en son eorps sur la croix : attn qu'éUnt morts pour le péché, nous yMam pour tajna- Uoe. Première épttre de sairt Piebrb , chap. 2.
SiBB,
Voilà le précis de tout le mystère qui fait aujoor» d'hui le sujet de la dévotion publique, et qui eause dans l'Église un deuil si universel. Nous célébrons la passion d'un Dieu mort pour nous, d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut, jusqu'à se rendre anathème devant le ciel pour en attirer sur nous les plus abondantes béné* dictions «jusqu'à vouloir être traité comme pécheur, tout Dieu qu'il était , et à se charger de toute l'igoominie et de toute la peine de nos péchés. Car, quand Jésus-Christ eût été pécheur, quand il eût été le péché même, paraltrait-il dans un autre état que celui où nous Talions considérer? et pourquoi s'est-il soumis à un si rigoureux châtiment, sinon, ajoute le texte sacré, afin que nous soyons guéris par ses plaies, afin que nous soyons lavés dans son sang, afin que nous soyonsjustifiés par Tarrét de sa condamnation, et que nous trouvions dans sa mort le principe de notre vie ? Tel fut , dis-je, l'excès de la charité d'un Dieu, et d'un Dieu sauveur ; mais tandis que l'amour d'un Dieu le rend si sensible à nos intérêts , que serait-ce si nous devenions insensibles à ses soufi&an* ces? Cest , ô chrétiens, ce que je regarderais dans vous comme un caractère de réprobation ! et la menace que Dieu faisait aux Israélites ne s'accomplirai^elle pas à votre égard ? Anima qux afjlicta non Jverit die hoc, peribU de populis suis. {Levit.j 38.) Dieu voulait qu'au jour solennel destiné, pour les expiations de son peuple, chacun prît des sentiments de douleur;et8'ilyavaituneâmeassez endurcie pour n'entrer pas dans FafDiction commune, il ordonnait qu*elle fût exterminée , et qu'on ne la comptât plus parmi son peuple. Or voici , mes chers auditeurs, le grand jour des expiations, puisque c'est le jour où Jésus-Christ a expié par son sangtous les péchés des hommes : et par conséquent c'est en ce jour qus Dieu a droit de nous dire : Anima qum qf/Ucta non fiieritdiêhaCfperUHtde populis suis. Cependant^ mes frères, il ne s'agit pomt précisément ici de s'affligar et de pleurer ? il s'agit de méditer et de goûter
SUR LA PASSION DE JESUS-CHRIST
•es Yérités importantes qui nous sont proposées; il 8*agit , pour ainsi parler, d*ouvrir le livre de la croix, qui est le grand livre de notre foi , et' de corn* prendre , autant que nous le pouvons , combien Dieu a en horreur le péché , puisque , pour détruire le péché, il n*a pas épargné son propre Fils; de reconnaître combien Dieu a aimé le monde, puisque, pour sauver le monde, il a sacrifié ce Fils même , l'objet de ses complaisances étemelles ; de mesurer le degré de perfection et de sainteté où Dieu nous appelle, puisque, dans la personne de ce Sauveur mourant , il nous a donné de si illustres exemples de toutes les vertus. Ne cherdions point, pour profiter de ces leçons si solides et si nécessaires , d*antre secours que celui de la croix; car la croix doit être aujourd'hui notre asile, et Tunique médiatrice à qui nous devons recourir. Rendons-lui nos hommages, en lui adressant les paroles de FÉglise, etiui disant : Ocrux! ave.
De toutes les idées dont le Saint-Esprit s'est servi dans FÉcriturepour exprimer le mystère adorablede la passion et de la mort du Fils de Dieu, je n'en trou ve ' point de plus noble que celle de saint Paul dans l'épttre aux Golossiens, lorsqu'il dit que le Sauveur des hommes étant attaché à la croix, y attacha avec lui la cédule de notre condamnation pour Teflbcer de son sang, et qu'en même temps il désarma les puissances et les principautés, les menant comme en triomphe à la vue du dd et de la terre, après les avoir vaincues dans sa personne : Delens, quod advenus nos erat, etUrographum decreiiy expoHans principatus et potestates , iraduxU confidenier, palam triomphons ittos in semetipso, (Coloss,, 2.) Prenez garde, s'il vous platt, chh^ens : l'apdtre nous représente le Calvaire comme un champ de bataille où le Fils de Dieu parut pour combattre tous les ennemis de la gloire de son Père, mais surtout le péché , qui s'était montré le plus indocile et le plus rd>dle. 11 faisait depuis longtemps la guerre à Dieu ; mais l'Homme-Dieu est venu pour le détruire, et c'est sur la croix qu'il lui a donné le coup de la mort. Voilà le grand mystère dont j'ai à vous parler. Cependant qu'est-il arrivé? Ce qui arrive quelquefois dans les combats particuliers d'homme à homme , lorsque deux adversaires se trouvent égaux , et que l'un et l'autre se portent des coups mortels, en sorte que l'un et l'autre demeurent tout à la fois vaincus et vainqueurs. Ainsi le péché a fait mourir Jésus- Christ dans sa passion, et Jésus-Christ, dans cette même passion , a fait mourir le péché. Deux propositions auxquelles je m'arrête, et qui vont faire les deux parties de ce discours. Dans la première, je vous représenterai le péché agissant contre le Fils de Dieu, et lui faisant perdre la vie; et dans la seconde, je vous ferai voirie Fils de Dieu détruisant le péché par ses souffrances , et lui donnant la mort.
Voilà ce qui nous est marqué dans ces parole^ du prophète : Fulneratus est propter iniquitatesÛM-^ stras, attriiusestproptesscelera nostra. (ISAI., 6^)\ Qui l'a couvert ce Dieu-Homme de tant de blessures dans sa passion? Ce sont nos iniquités : Fulneratus est propter iniquitates nostras. Et pourquoi dans sa passion a-t-il reçu tant de blessures? Pour abolir et pour réparer nos iniquités : Attritus est propter scelera nostra. Le p^îhé donc, cause essentielle de la passion du Fils de Dieu , c'est le premier point ; et , par un miracle de la Providence , le péché trouvant aussi sa destruction dans la passion du Fils de Dieu, c'est le second. Dans toute la suite de ce discours, je m'attacherai fidèlement à l'histohre des souffrances du Sauveur, selon qu'elle est rapportée dans l'Évangile, tant pour satisfaire votre piété, qui attend cela de moi, que pour me concilier davantage votre attention.